PREFACE XXIII
La Justice feut également être considéré comme un beau foème social.
Revenons à Jean Ajalhert (1). C'est un réaliste. Il se rattache aux modernes, mais a la gloire de les avoir précédés, lui qui inventa peut-pn dire, au point de vue littéraire, (1886) la banlieue de Paris, que rendait, en art, le premier aussi, S071 ami J.-F. Baffaelli. C'est par son réalisme qu' Ajalhert est social. Il ne veut pas se mouvoir hors de la vie vraie, et c'est de plus un combattant brave et un excellent cœur. Le regretté Robert Caze caractérisait bien sa manière dans la préface de son premier volume: Sur le vif, où il constatait « de la première à la dernière page, l'impressionnisme, la chose vécue, observée, immédiatement fixée sur le papier ».
Jean Lahor (2), lui, serait peut-être le plus conscient des poètes sociaux, s'il avait beaucoup éciit dans cette note, car il prêche, on sait avec guelle persévérance, la beauté cherchée et spécialement faite pour le peuple. Certes, à côté de cela, c'est un grand philosophe, un peu hindou de tempérament, mais il s'est beaucoup occupé d'art, de poésie populaire et des problèmes et des luttes d(* la vie des petites gens. Il a frémi de leurs angoisses. Des pièces comme Matinée de Printemps l'indiquent assez. Toutefois, de ceux de son temps et dans la même voie, c'est Maulice Bouchor (3) qui a fait le plus...
Bouchor est essentiellement l'ouvrier de la régénération populaire à laquelle il a consacré le meilleur de son talent et de son activité. On lui doit des reconstitutions {comme son Noël, rappelant nos anciens Mystères) de la poésie sociale
(1) Jean Ajalbert, né à Clichy (Seine\ en 1S63. D'origine auvergnate. Il fut l'avocat de l'anarchiste Vaillant. Œuvres en vers : Sur le vif (18Ç6), Sur les talus (188*), etc. Jean Ajalbert a, en outre, écrit une importante préface pour Articles de Paris, Horizons de Province, de Georges Normandy.
(2) Pseudonyme du docteur Henri Cazalis, né en 1840.— A. traduit d'abord des Chants populaires de l'Italie (1865). Son œuvre principale de poète est VUlusion (188S).
(3) Né le 16 novembre 1855. — Principales œuvres en vers : L'Aurore, les Symboles (l''88). Noël, mystère (1890), Trois Mystères (1892), la Muse et l'Œuvre ',1"'97), Chansons populaires pour les écoles (1897), Quarante Chansons (1900), Trente-sijo chansons de route (19f^0). Poèmes et /îécifs, d'après les vieilKs chansons de France, Vers la Pensée et l'Action (18':i'9\ etc.
j^iv LES poètî:» sociaux
d'antan, di.< adaptations adorables des Vieilles Chansons de France, des pohiies et pièces jwiir les ouvriers, pour les enfants, des organisations de lectures, veillées, causeries spécialement destinées aux laborieux des faubourgs. Il a ouvert.il a bleui des horizons aux regards charmés des humbles. Il leur a fait goûter nos chefs-d'œuvre, annotant, expliquant les passages difficiles, élevant vers lui les faibles (et non pas « s' abaissant vers eux »). Boucher est un noble exemple. Il a d'aiUev.rs été suivi par d'autres poètes comme Jean Vignaud et par les instigateurs des Universités Populaires. Vignaud, qui a écrit sur celles-ci un, roman célèbre, s'en est tout spécialement occupé. Nous ne nous attarderons pas ici à Fernand Gregh que nous retrouverons tout à l'heure, mais nous noterons seulement que Vignaud fit partie avec lui d'un groupe qui publia un manifeste et s'effrita.
C'est d'ailleurs le sort des écoles littéraires de se fragmenter en « petites classes » dissidentes vouées chacune à une rapide disparition. Peu d'entre elles y échappent. Le Symbolisme 7ie fit pas exception. Le Symbolisme a fait suite au Parnasse. Nous n'y trouvons qu'un poète social, le plus grand de sa génération d'ailleurs: Verhaeren (1) érocateur pui-^sant des kermesses flamandes, des villes prodigieuses créées par les temps modernes, des glèbes et des plèbes d'âpre labeur et de gloire violemte, Verhaeren dont on suit avec émotion et respect, et suivant le mot de Rémy de Gourinont, « le terrible galop de la pensée ivre d'images, de fantômes et de visions futures ». A- côté de Verhaeren, il faut faire une place à cet autre Belge: Georges Eerkhoud (2), pdntre des terriens de la Cnmpine et des Poldtrs, qui, s'il égale souvent le poète des Villes tentacu-
(1) Nù à Saint-Amand. près Anvers, lo 22 mai 18"-'5. — Principales
MMivr.'S »Mi vfTs : les Flamandes (1N83). les Moines (1885', les Soirs
. tes Débi'ieleft (18HH). les Ffambfnnx vuirs (IH'.Hj), An bord
■""tr (ISOl), len Cnmjtaçptcs hallucinées (1893). leê Villages
I , Ipk Villes tentacuhiires (lS!)i), les Visages de la
'' < Forces tumultueuses <190?), Toute la Flandre
. < ir.
iKs Keckhoud, né à Anven*. en l''54. — Prin^-ipalps ■ Il Vers : Myrtes et Cyprès (1877), Ziij-Zags poétiques , les l*ittorc8ques (1879), etc.