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LES DECHARGEURS DE PIERRES

A la mémoire d'Éuiile Zola.

Un dur soleil couchant irritait les paupières ; Front penché, les passants allaient pleins de stupeur Et, dans l'embrasement du fleuve et sa torpeur. Je vis des hommes nus qui déchargeaient des pierres.

Longue et mince, joignant le gros chaland au quai, La planche fléchissait au poids de la brouette. Et, chacun roidissant sa brune silhouette Roulait péniblement le fardeau débarqué.

Du large pantalon serré vers la ceinture,

Emergeait la vigueur de leur torse cuivré

Que les soleils avaient à ce point pénétré

D'en faire un bronze humain pétri par la nature.

Dans l'immobilité de l'air lourd et brûlant Qui mettait au lointain comme un peu de fumée.

Ces hommes travaillaient sous la nue enflammée : Leur va-et-vient égal allégeait le chaland.

Le soir incendié d'un jour de canicule Jetait ses derniers traits à leur chair en sr:eur ; Leurs yeux aux durs sourcils reflétaient la lueur Du fleuve où brasillait le fauve crépuscule ;

Et, plus forts du travail rude bientôt quitté, Leurs fronts têtus narguaient les rayons implacables ; Les muscles de leurs bras tordus comme des câbles •Semblaient porter en eux toute une ajitiquité.

Et toute la beauté que le travail incruste S'accusait en saillie aux flancs du corps humain ; Rien n'égale en grandeur ce bras et cette main Qui lèvent sous le ciel embrasé le bloc fruste.

Les faits prodigieux consacrés et relus, La défense ou le viol sanglant d'un territoire Valent moins à mes yeux ; et je crois que l'histoire Est faite des efforts de ces torses velus.

Sous les soleils frappant d'aplomb ou bien obliques, Vous avez fait Memphis et Ninive et Ralbeck, Lorsque vous menaçant de la serre et du bec Les aigles tournoyaient dans vos places publiques.

Ah ! les vrais glorieux, c'est vous les bâtisseurs Dont les blocs effrayants descendaient les rivières, Vous, les peuples captifs en proie aux étrivières, Vous seuls avez transmis le nom des possesseurs.

O i)euplos enchaînés ! vous n'étiez point serviles, Tandis que sans pitié, sans trêve, sans remords. Du bronze des fourreaux béants sortait la mort. Du bronze de vos bras au loin sortaient des villes.

Tandis que le buccin et le rauquc tambour

Lf'H menaient au combat, sur vos poitrails humides,

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