DIMANCHE DE MAI
Mai, le mois délicat chéri des faibles âmes,
Qui fait ouvrir les fleurs et sourire les femmes,
Poudre de soleil fin l'espace énamouré
Par les parfums flottants et simples, exhalés
Des légumes frileux aux chairs k peine mûres,
Multicolorement, côte à côte, étages
Sous les stores tendus ombrant les devantures.
Ou, inconsciemment, jetés en tas croulants
Sur l'errante longueur de petites voitures
Que poussent, le dos rond, des hommes claudicants. . .
Dans ce soleil dissous, parmi lequel s'épanche
L'envolement béni des cloches du dimanche,
LiSi rue exulte et rit de tout son cœur heureux;
Les toilettes, déjà, ne sont plus hivernales,
Mais ne projettent pas encor les tons d'opale
Des tissus promenés aux jours d'été fougueux.
Et rien n'est captivant comme cette peinture :
Un visage de femme émergeant des fourrures
Sous un joyeux chapeau de printanières fleurs.
Tout l'air vivant frémit de quiétude chère.
D'autant plus chère à nos pauvres nerfs fatigués
Qu'elle émane d'objets quotidiens, vulgaires :
Un regard de passante, un toit ensoleillé,
Un reflet de satin, un rire de fillette.
De précoces bouquets qui penchent aux tablettes
Des balcons élégants d'où s'envole, à travers
Les courtines de soie ondulant au vent tendre,
Un tintinnabiilis de musique et de vers.
Tout enflamme nos cœurs, vibrants jusqu'à se fendre,
Et tout s'idéalise en nos fronts enchantés
Par l'éblouissement de ce matin magique,
Sur qui s'égouttent, brefs, en perles de gaîté.
Les timbres sans écho des tramways électriques...