‹ Les Poètes sociauxChapitre 60 sur 72 · LA LAINE · texte numérisé non relu

LA LAINE

0 toisons de brebis, d'agneaux et de béliers, Toisons qu'un suint acre et visqueux a pétries. Vous apportez la bonne odeur des bergeries, Quand vos balles de brut s'éventrent par milliers.

Alors dans le labeur âpre des ateliers

Où des mains d'artisans, de l'aube au soir, vous trient,

C'est une vision d'immensités fleuries,

De plaines, de ravins, de coteaux, de halliers.

C'est l'évocation puissante de la Terre,

Avec ses lents troupeaux que mène en la nuit claire

Quelque pâtre qui chante au son des chalumeaux.

Et c'est parmi le bruit incessant qui s'élève

Dans l'usine, au grand souffle assourdi des tourneaux,

La nature distribuant un peu de Rêve !

JOQEURS DE BOULES

...La semaine est finie et voici le dimanche, Et les métiers lassés d'un long halètement Laissent à la cité comme un recueillement; Le clos des cabarets s'emplit de taches blanches.

Car les gens ont mis bas blouse ou veste. Le vent Fait bomber la chemise au dos, gonfler les manches, Les rais d'or du soleil palpitent dans les branches, Le jardinet joyeux n'est que frémissement.

Des pots de grès ventrus la bière blonde coule Et, sur le sable fin, l'effleurement des boules Glisse silencieux comme de lourds cerceaux,

Et les vieux artisans qui boivent sous la treille Sans songer à demain, oublieux de la veille, Sont gais d'une gaîté pépiante d'oiseaux !

Page 1