LES PEUREUX
Ils ont peur! la jeunesse est pour eux trop légère' Ils condamnent tout haut, ils redoutent tout bas, Défenseurs attardés d'une œuvre mensongère, L'-avenir qui leur manque et la foi qu'ils n'ont pas !
Parler, penser, chercher, mots de langue étrangère, Qu'ils entendent à peine et traduisent : « combats » ; Et toute liberté leur semblerait trop chère, Qui trouble leur sommeil ou hâte leur repas.
(1) Eugène Manuel, né à Paris, le 13 juillet 1823, mort en 19C6. Agrégé, professeur à Dijon, Gren' ble. Tours, puis Paris, inspecteur général de l'Instruction publique depuis 1878. Parmi ses œuvres publiées : Pages intimes (l'^GC). Les Ouvriers, drf<nie en vers (Comédie-Française), Pour les Blessés, scène en vérs(187(^), Les Pigeons de la liépublique (1871), Poésies populaires (1811), Pendant la guerre (1872>, Poésies de Vécole et du foyer (1892).
Passons outre. Jamais de ces âmes craintives^
Et dans leur gravité béatement captives,
De ces sages enfin pour qui nous sommes fous,
— Pauvres déshérités, race longtemps proscrite Que tremble d'embrasser leur tendresse hypocrite, Un saint élan du cœur ne descendra vers vous.
Eugène Manuel fut quelque temps sans disciples. C'est à peine si quelques rimeurs obscurs peuvent être xctpprochés de lui: Michel d'Ambur (1), Théodore Vihert (2), Fernand Massy (3) jusqu'au moment oïl paraîtront Clovis Hugues et François Coppée.
Ce furent, ces deux-là, deux poètes supérieurs de heaucoitp à Manuel et d'ailleurs aussi dissemblables que possible. Travail, du fougueux assoiffé de justice que fut le poète des Roses du laurier, rapproché des Petits Bourgeois,du calme et plaintif rhap'iode des Humbles, met assez en lumière l'antithèse qui existe entre tes deux écrivains. A défaut de ces longs poèmes, citons au moins du premier V admirable pièce intitulée: La Charrue: