LES BOULANGERS
Les toits sont endormis. Nul bruit. La ville immense Tait ses mille rouets et cache ses fuseaux : Les étoiles ont l'air de fleurs d'or sur les eaux, La terre est un berceau qu'un dieu caché balance.
Pour reprendre demain leurs tâches quotidiennes. Et partir quand s'allume au levant le soleil, Les hommes inquiets réclament au sommeil, Avec l'espoir, l'oubli des tristesses anciennes.
Pendant que nos désirs errent à l'aventure, Blancs oiseaux exilés vers des ciels inconnus, Des frères, au travail, le torse et les bras nus, Préparent de nos corps l'auguste nourriture.
Leurs mains aux doigts nerveux pétrissent les farines, Toute l'âme légère et féconde des blés. Et les grains qui s'étaient dans l'espace envolés, Tombent en purs manteaux sur les larges poitrines.
Les humbles boulangers ressemblent à des prêtres Officiant, de leurs étoles revêtus, Qui mêlent au levain leurs solides vertus Pour rénover les corps et les âmes des êtres.
Lorsque de l'aube enfin la candide lumière Sèche le sol foulé sous les pas de la nuit, Les hommes des brasiers défournent le pain cuit, Dont la chair refera jeune toute la terre.