LES CHAMPS MAUDITS
Est-ce donc vrai qu'un jour, hélas ! peut-être proche, Parmi les flots mouvants et calmes de ces blés, Des frères de douleur, par d'autres assemblés, S'égorgeront sans que des cœurs monte un reproche?
Quand les forts se seront sur les faibles rués, Ils partiront, joyeux, leur colère assouvie ; Les moissons au front d'or que fleurissait la vie, Mortes, s'affaisseront sous les soldats tués.
Les mères porteront les corps sous les vieux chaumes, Où, dans les clairs matins et les soirs triomphants, Leurs voix pleines d'amour bercèrent leurs enfants De chants qui célébraient la. clémence des hommes.
Et l'été refera les épis mûrissants. Les tiges s'élevant dans l'air calme, superbes; Les vainqueurs glorieux iront faucher les gerbes. Pour se nourrir d'un pain que souillera le sang !