CHAPITRE... UN PEU CONSOLANT
quels le suffrage universel se plaît à livrer et confier nos destinées.
Rien n'est si triste pour nous. Rien ne doit être si gai pour les autres peuples, — ennuyés d'entendre dire par nous-mêmes et accepter par les autres que nous sommes le peuple le plus spirituel de la terre, — que le spectacle de nos sottises et de nos bêtises.
Le peuple français avait supporté le tyrannique, le fastueux, l'implacable Richelieu, le rusé et avide Mazarin, auquel il n'avait fait qu'une guerre de comédie, histoire de rire, le despote égoïste Louis XIV, le despote crapuleux Louis XV; mais vint un jeune roi, doux, humain, honnête, vertueux, qui commence par renoncer au droit onéreux de joyeux avènement, abolit la torture et la question, rétablit les parlements, crée le mont-depiété et la caisse d'escompte, réduit les dépenses de sa maison, etc. ; alors la patience du peuple français est à bout : « Guerre au tyran, vive la liberté I » on coupe la tête à Louis XVI, on coupe la tête à Marie-Antoinette, on coupe la tête à madame Elisabeth, la sœur du roi, la plus charmante, la plus innocente, la plus courageusement résignée des femmes; on acclame, au nom de la liberté, et Robespierre, et Danton, et Marat, et Hébert, et Fouquier-Tinville, et CoUot-d'Herbois, et Carrier, qui guillotinent, fusillent, mitraillent et noient les plus honnêtes gens de France, puis s'entre-guillotinent; le peuple crie : « A mon tour d'être libre ! » mais en réalité c'est à son tour d'être Néron, Caligula, Héliogabale ; quelques-uns des tyrans acclamés au
nom de la liberté avaient échappé au couteau de leurs complices, ils deviennent courtisans, chambellans, préfets de Napoléon Bonaparte. On subit le despotisme de Napoléon Bonaparte, qui sème des cadavres français sur toute la surface de l'Europe, qui laisse la France diminuée de territoire, épuisée d'hommes et d'argent ; ce n'était vraiment pas la peine de guillotiner Louis XVI, Marie- Antoinette et Madame Elisabeth, et tant d'autres.
Nous avons vu de ce temps-ci avec quelle ardeur les Français ont suivi une autre occasion de renverser un tyran î r
Louis-Philippe lui donne dix-huit ans de paix, de prospérité, de gloire en tout genre ; ça ne peut pas se supporter; la patience des Français est encore une fois à bout. On chasse Louis-Philippe; puis à Cavaignac, l'honnête, le sage, le brave Cavaignac, on préfère Louis-Napoléon, qu'on ne connaissait que par des émeutes et des tentatives ridicules; l'enthousiasme pour Louis-Napoléon est sans bornes ; le suffrage dit universel est presque unanime en sa faveur; on sait la suite.
Aujourd'hui, sous prétexte de liberté, on obéit aveuglément, servilement, bêtement, à un demiquarteron d'intrigants. C'est au nom de la liberté que les électeurs indépendants attendent et reçoivent de Paris, émanant d'un groupe d'hommes .dont les plus forts sont notoirement médiocres, Tordre de donner unanimement, sans examen, sans contrôle, les yeux fermés, leurs suffrages à tel ou tel, dont ils ne connaissent à peine le nom