CHAPITRE... UN PEU CONSOLANT
que par cet ukase, par ce firman, et on ne prend même pas la peine de leur dire, fût-ce en mentant : « C'est un homme honnête, vertueux, intelligent, courageux, ferme... » Il n'est pas question de ces vieilleries.
On vous dit seulement : « Cascamèche, c'est un des 363; il faisait partie de certains trois cent soixante-trois avec trois cent soixante-deux autres; que demandez-vous de plus?
— Cascamèche! quèque c'est que ça? demande un citoyen médiocre et curieux au nord ou à Touest; c'est la première fois que j'entends ce nom.
— Cascamèche qiœsaco? demande un citoyen médiocre et curieux du Midi. Je ne l'ai jamais vu.
On leur impose silence : « Nous ne le connaissons pas, c'est vrai ; mais il nous est envoyé par un comité que nous ne connaissons pas davantage : donc, au nom de la liberté, obéissons. »
Et, au nom de la liberté, on obéit.
Or ces envois, acceptés de confiance, ne réussissent pas toujours. Lyon, par exemple, la grande cité industrielle, la seconde ville de France, en est devenue la première, si l'on classe les villes d'après la bizarrerie de leurs choix.
Un jour, le comité d'alors, voulant, ppur s'amuser, essayer jusqu'où irait la servilité des électeurs indépendants, et jugeant prudent d'ailleurs pour ses candidats de les présenter toujours le plus loin possible des lieux où ils sont connus, et jamais à Cahors, ordonna à Paris de nommer le Lyonnais Barodet, pour jouer un tour à Thiers et renverser
celui qui les avait tant fusillés et devait plus tard devenir leur idole.
En même temps, comme ça pouvait paraître dur et triste aux Lyonnais de perdre l'illustre Barodet, on leur envoya avec ordre de l'élire le journaliste parisien Ranc.
Or M. Ranc, peu de temps après, frappé par la justice du pays, était obligé de s'enfuir en Angleterre ou en Belgique. Les Lyonnais indépendants alors reçurent l'ordre de nommer député le citoyen Ordinaire. Les électeurs indépendants s'empressèrent d'obéir. Mais voici que le citoyen Ordinaire eut, dans ses affaires privées et financières, de si mauvaises chances, que les amis eux-mêmes et la coterie qui l'avaient recommandé durent l'abandonner et le jeter par-dessus bord.
Alors M. Duportal dit aux électeurs indépendants de Lyon : « Nommez Bonnet-Duverdier.
— Qu'est-ce que M. Bonnet-Duverdier?
— Mais c'est un homme recommandé par M. Duportal. C'est un bon.
— Ahl très bien; et qu'est-ce que M. Duportal?
— C'est celui qui recommande M. Bonnet-Duverdier; donc, c'est encore un bon. »
Cela rappelle cet homme qui entrait gratuitement à tous les théâtres par le procédé que voici : Il amenait un ami devant le contrôle, et, la tête levée, le regard fier, sans saluer, il passait devant les contrôleurs, en disant d'un ton impérieux et en désignant son ami :