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LES POISONS DE LA TUBERCULOSE

Sommaiue : Les recherches de Koch, de Maffucci, de Prudden et Ilodenpyl, de Straus et de l'auteur, de Granclier et Ledoux- Lebard. La tuberculine de Koch et les recherches qu’elle a provoquées. La toxomucine de Weyl.

Les poisons tuberculeux n’ont été trouvés que dans ce dernier temps. Longtemps on chercha sans succès les substances toxiques dans les cultures du bacille do Koch , et on ne les a trouvées qu’en s’adressant au bacille lui-même.

Koch a vu que le bacille tuberculeux mort provoque par injection sous-cutanée la formation des abcès chez les animaux. En outre, il a retiré des corps bacillaires une substance nommée tuberculine qu’on a longtemps crue pouvoir exercer une action spécifique sur les tuberculeux1.

Maffucci a trouvé une influence cacheclisante dans les cultures tuberculeuses mortes par vieillis

1. Koch, Vorlselzung der Mittheilungen ueber ein Heilmillel gegen Tuberculose. ( Deulsche rncdic. Wochenschrift, 18 janvier 1891.)

lie

sement ou tuées par la stérilisation discontinue1 2.

Prudden et Hodenpyl ont vu que les bacilles tuberculeux bouillis et bien lavés peuvent donner naissance à la formation des lésions nodulaires curables3. Straus et moi nous avons montre que les cadavres des bacilles tuberculeux provoquent chez les différents animaux une maladie extrêmement semblable par sa marche et scs lésions à la tuberculose produite par les bacilles vivants3. Cette maladie que Grancher etLedoux Lebard ont proposé plus tard de nommer la nécrotuberculose4 se caractérise d’abord par le développement chez les animaux inoculés d’une grande sensibilité envers une nouvelle inoculation de la tuberculose, d’une prédisposition. Cette prédisposition se traduit par la mort très rapide à la suite de la réinoculation. L’inoculation des bacilles morts produit de tels changements dans l’organisme animal qu’ils meurent très rapidement à la suite d’une

1. Maffuci, Ueberdie Wirkung reiner, sterilen CuUurendcr Tubrrculbncillen. (Centralblatl f. allgemeine Pathol., lo décembre 1890, Ma/fucei.)

2. Prudden et Hodenpïl, Studios on the action of dead Bacteriu in the lioing body. (New-York medical Journal, 6 et 20 juin 1891.)

Prudden, Experimental pneumonitis in the rabit. ( Id .)

3. Straus et Gamaleïa, Contribution d l'élude du poison tuberculeux. (Archives de médecine expér., 1891, n° 6.)

■i Grancher et Ledoux-Lerard. Tuberculose humaine el aviaire. (Arcli. de mcdec. expér., 1892, n° 1.)

nouvelle injection de la tuberculose, injection qui ne produit que des effets à longue échéance chez les animaux sains.

Un autre symptôme de la nécroluberculose, même beaucoup plus apparent, c’est l’amaigrissement continu et progressif des animaux.

Ils peuvent perdre jusqu’à la moitié de leur poids initial. Us meurent dans une cachexie profonde. A l'autopsie, on trouve des lésions caractéristiques.

Les différents organes, et surtout les poumons, dans les cas de l’injection intraveineuse des bacilles morts, sont parsemés de granulations formées de cellules épithélioïdes et embryonnaires et contenant les bacilles de Koch. Le volume des nodules qu’on peut produire ainsi dans les différents organes dépend presque exclusivement de la grandeur des amas des cadavres qui ont été inoculés. 11 est très intéressant de noter que l’organisme animal ne peut pas disloquer les colonies bacillaires qu’on lui inocule.

Une fois qu’on a établi l’existence du poison tuberculeux et sa présence dans les cadavres des bacilles, il fallait chercher à déterminer la substance toxique et l’isoler des bacilles.

Il y avait évidemment différents moyens pour procéder à cette extraction. Par l’alcool et l’éther Hammerschlag a extrait des bacilles avec la léci-

tliine et la graisse une substance toxique qui tuait les animaux avec des convulsions*. Plus tard, Zuelzer a aussi réussi à trouver une ptomaïne convulsivante dans les cultures tuberculeusesI. 2.

Beaucoup plus intéressante a été la découverte de Koch. Au moyen do l’eau glycérinée à la température de l’ébullition et en milieu neutre, Koch a extrait des bacilles tuberculeux une substance albuminoïde nommée tuberculine qui provoquait chez les animaux tuberculeux la lièvre et l’inflammation des foyers bacillaires. Koch a étudié avec beaucoup de détails les 1res intéressantes propriétés de cette tuberculine3. La tuberculine dissoute dans l’eau glycérinée est un corps très stable qui supporte la chaleur de 160°. Elle est facilement précipitée par l’alcool.

Mais si on essaye de la purifier et de la débarrasser de la glycérine et des sels, ses propriétés se modifient. Les solutions aqueuses de la tubercu-

I. IlAMMEascuLAG, User baclerioloyisch-chemisclie unlersuchung der Tuberkelbacillen. ( Correspondenzblalt fiir Schweizeraerzle, 15 octobre 1888.)

II. uiheusciilag, Bacleriologisch-Chemisclie Unlersuchungen über Tuberkelbacillen. [Cmtralblall f. KliniscKo eMdicin. lurjanvier 1891.)

•2. Zuelzeh, Ueber cin Allcaloid des Tuberkelbacillus. (Berl. Klin. Wochens., 1891, Ü6 janvier.)

3. Koch, 1 Veitere Mitlheiluruj ueber dus Tuberculin. ( Deu'.sche medic. Wochensch., 1891, n° 43.)

Sur l’action thérapeutique de la tuberculine. Voir notre revue:

Gajiai.eïa, Sur le traitement de la tuberculose par la méthode de Koch. ( Arch . de méd. expér., 1891, il" 2.)

line purifiée sont très instables en absence de glycérine. Elles donnent aisément un précipité plus ou moins abondantd’une substance insoluble dans l’eau et soluble dans les alcalis qui conserve l’action toxique de la tuberculine. En absence des sels (et surtout du sel marin), la tuberculine purifiée n’est plus précipitée par l’alcool absolu.

La tuberculine purifiée a toutes les réactions des substances albuminoïdes. Elle donne un précipité par l’acide acétique, précipité soluble dans l’excès du réactif. Elle contient une grande quantité de phosphore. Mais elle n'est pas évidemment une substance pure, car d’abord elle laisse de 11 à 20 0/0 de cendres. Puis son mode de préparation par la concentration des cultures faites dans le bouillon ajoute à l’extrait des corps bacillaires touteslcs substances préexistantesdans le bouillon.

Hunier a essayé de pousser plus loin nos connaissances sur la tuberculine. Malheureusement, lui aussi s’adressa pour ses recherches chimiques à la tuberculine brute de Koch, préparée au moyen des bouillons de culture, au lieu de prendre les bacilles eux-mêmes lavés et propres. Dans cette tuberculine brute, Hunier retrouva les quatre aJbumoses de Kuehne et Chittendcn. On n’a qu’à regretter qu’il n’ait pas essayé de les chercher dans le bouillon primitif des cultures.

Hunier a aussi comparé les différences dans

l'action sur l'homme et l’animal tuberculeux dos différentes tubereulines modifiées.

La modification A, qui est le précipite obtenu par l’alcool absolu, aurait la propriété de produire la réaction locale avec très peu de fièvre. La modification G, qui contient les substances qui ne sont pas précipitées par l’alcool absolu, produirait surtout une forte fièvre. La modification B, qui est le précipité obtenu par la sursaturalion de la tuberculine au moyen de sulfate d’ammoniaque, posséderait surtout le pouvoir de provoquer la réaction locale et salutaire sans désordres constitutionnels. Enfin, la modification CB aurait toutes les vertus curatives de la tuberculine de Koch sans en posséder les inconvénients : ni la réaction inflammatoire dans les foyers tuberculeux, ni la réaction fébrile. Cette heureuse modification CB est obtenue en se débarrassant par l’alcool absolu de la grande majorité des albumines et par la dialyse d’autres substances nocives '. Ces résultats de Hunter ne pouvaient être accueillis qu’avec les plus grandes réserves, car ils ne s’appuyaient que sur un nombre tout à fait insuffisant d’expériences. Ces réserves sont d’autant plus légitimes que, d’après tous les expérimentateurs et entre autre Pfuhl. le collaborateur de

1. Hunter, On lhe nature, action and therapeutic value of the aclivprinciples ofluberculin.{Brilischmedic. Journal, 28 juillet 1801 J

Koch, la tuberculine n’a pas de propriétés curatives, surtout si l’on évite les réactions locales1.

Les mêmes réserves s’appliquent à la tuberculocidinede Klebs, préparée au moyen de la tuberculine2.

Au sujet de la nature chimique de la tuberculine, on ne peut pas encore se prononcer avec certitude jusqu’à ce qu’elle soit préparée plus pure. 11 n’est pas douteux qu’elle appartient à notro classe des poisons modifiés que nous supposons être des nucléines ou des acides nucléiniques. Il est évident aussi que dans la tuberculine de Koch ne se trouve pas le poison tuberculeux primitif. L’action de la tuberculine no nous explique pas les effets produits par les bacilles morts. Cette action n’est pas caractéristique pour la tuberculine, car elle est aussi provoquée par beaucoup d’autres extraits bactériens. Les effets propres au poison tuberculeux contenu dans les cadavres, la prédisposition qu’il crée, et les lésions suppuratives et caséeuses ne peuvent pas être produits par la tuberculine.

Plus importante sous ce rapport est la substance que Weyl a retirée des bacilles tuberculeux au moyen d’une solution de soude caustique. Cette

1. Ppchl, Beitrag zur Behandlung tubereulôser Meerschweinchen mit Tuberculin ICochii. ( Zeitschrift fur Hygiène, t. XT, p. 241.)

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