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PRÉFACE
Les poisons bactériens sont pour la première fois ici 1 objet d’un travail d’ensemble. Par conséquent, il ne sera pas superflu d’indiquer le plan général qui a présidé à ce travail.
Du jour où la bactériologie étendant son domaine au delà dos données étiologiques sur l’infection, chercha à en pénétrer la pathogénie, elle dut entreprendre l’étude des poisons chimiques produits par les microbes. Celte étude s’imposa d’abord dans les maladies, telles que le choléra, la diphtérie et le tétanos, où l’agent pathogène se trouve cantonné en un endroit limité de l’organisme et cause pourtant une affection générale de 1 économie. Dans ces cas, l’action pathogène des bactéries ne s’expliquait que par l’inloxication par les produits spécifiques de ces bactéries. Mais, la même
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explication a été reconnue exacte dans les maladies d’un autre type où, comme dans la tuberculose, la lésion produite par l’agent pathogène est strictement circonscrite à l’endroit oùvégète cet agent; ici aussi on a prouvé que la lésion ne relève pas du microbe en tant qu’organisme vivant, mais de ses poisons chimiques : lésion et maladie peuvent être reproduites par le microbe mort qui n'agit plus que par les substances toxiques qu’il contient.
L’étude des poisons bactériens n’intéresse pas seulement la palhogénie des maladies infectieuses ; elle trouve aussi des applications pratiques pour leur prophylaxie et leur traitement. Contrairement aux doctrines anciennes, il a été démontré que la vaccination sûre et inoffensivc peut être obtenue sans aucune intervention des bactéries vivantes, et que l’état réfractaire peut être conféré par les seuls produits solubles des microbes. Enfin, une nouvelle méthode a été trouvée : l’immunisation, qui a des applications directes à la thérapeutique, puisqu’elle est apte non seulement à prévenir la maladie, mais à la guérir quand elle est déclarée. Ici, le rôle des bactéries vivantes est encore moindre que dans la vaccination chimique. La guérison des mala-
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clics infectieuses s’obtient avec le sérum des animaux vaccinés.
La théorie de l’immunité a également bénéficié de la connaissance des poisons des bactéries : on a montré que l’immunité des animaux contre les maladies infectieuses est liée à leur résistance aux poisons microbiens; celle-ci est subordonnée à son tour à l’élaboration, par ces animaux, de substances spéciales, — antitoxines, — qui ont la propriété de neutraliser l’action des toxines microbiennes.
De cet ensemble de faits est née une science nouvelle, la science des poisons microbiens, qui lient à la fois de la bactériologie, de la chimie biologique et de la physiologie générale.
A la bactériologie, elle emprunte les données sur les microbes comme producteurs des poisons; mais les résultats importants obtenus avec les poisons analogues d’autre origine, comme 1 abrine, la ricine, la robine, nécessitent l’extension du domaine de la toxicologie microbienne au delà de la microbie.
A la chimie biologique appartiennent les méthodes de préparations et d’isolement des poisons bactériens; c’est à elle qu’il faut
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demander des renseignements sur leur nature et leur production.
Enfin, l’étude de leur mode d’action sur l’organisme animal, de leur diffusion et de leur destruction dans cet organisme sont du domaine de la physiologie générale.
Ainsi, la toxicologie microbienne touche à la fois à la bactériologie, à la chimie biologique et à la physiologie générale; elle est la science des poisons bactériens, qui a pour objet l’étude de leur nature chimique, de leur mode de production et de leur action sur les animaux.
Ce travail est divisé en trois parties.
La première partie, — histoire de la toxicologie microbienne, — est consacrée à révolution qu’a subie l’étude de l’intoxication dans les infections.
La deuxième partie, — toxicologie générale,
— a trait à nos connaissances actuelles sur la nature chimique des poisons microbiens, leur production et leur sort dans le corps animal.
La troisième partie, — la toxicologie spéciale,
— sera l’exposé des données acquises sur les toxines des différentes maladies.
Paris, mai 1892.