‹ Les poisons bactériensChapitre 8 sur 39 · Selmi, Ptomaïnc od alcaloïdi cadaverici. Bologna · texte numérisé non relu

Selmi, Ptomaïnc od alcaloïdi cadaverici. Bologna

On avait isolé du cadavre de Klebs un alcaloïde très toxique que les experts avaient identifié avec la coniine. L’illustre chimiste Otto démontra que la base en question n’était ni coniine, ni nicotine quoiqu’elle ressemblât à ces alcaloïdes. Otto supposa que c’était une ptomaïne. 11 est instructif de faire remarquer que tandis que les experts chimistes se rangèrent à l’avis d’Otto, les médecins, au contraire, rejetèrent la supposition sur l’origine cadavérique de la base isolée et la déclarèrent pour un alcaloïde végétal, en raison de sa grande toxicité.

Tous ces procès et les communications de Sdmi ébranlèrent la doctrine sur l’origine exclusivement végétale des alcaloïdes et mirent à l’ordre du jour, l’étude des plomaïnes.

On se rappela alors que Sdmi n’était pas le premier à trouver des bases organiques d’origine animale.

Ainsi, Marquardt , de Stettin, en 1865, retira du cadavre humain un alcaloïde toxique semblable à la coniine. 11 l’appela septieine.

En 1868, Dupré et Bence Joncs ont trouvé dans le corps des animaux et de l’homme une substance olfrant beaucoup de réactions chimiques propres aux alcaloïdes. Elle avait en solution aqueuse une fluorescence bleue comme le sulfate de quinine et fut appelée la quinoïdinc animale. La même année

Marquardt et Grœber décrivirent une base qu’on peut retirer des cadavres.

Sonnénschein , en I8G9, a cru trouver la coniine dans un cadavre qui en réalité ne la contenait pas. La base de Sonnenschein était dépourvue de toxicité.

Tous ces faits trouvèrent ainsi leur explication naturelle dans l’existence des ptomaïnes de Selmi, produites par la putréfaction.

On se rappela encore du poison putride de Panam et des alcaloïdes de putréfaction, décrits par Begmann et Schmideberg, Sonnenschein ai Ziilzer, dont nous avons parlé précédemment.

Si, par conséquent, Sdmi n’était évidemment pas le premier à trouver les bases animales, il lui appartient incontestablement le mérite d’avoir été le premier à les soumettre à des recherches approfondies et à bien comprendre toute leur importance. Il faut notamment savoir que pour Selmi l'intérêt de l’étude des ptomaïnes ne se bornait aucunement à la médecine légale à cause de leur simulation des alcaloïdes végétaux. Selmi, au contraire, avait bien saisi la signification qu’elles pouvaient avoir pour la chimie biologique et la physiologie pathologique. Dans la chimie biologique, les ptomaïnes étaient pour Sdmi une nouvelle démonstration de l’absence de limites tranchées entre les règnes végétal et animal. Au dépens des matières animales pouvaient être produits des alcaloïdes tout à fait

semblables à ceux qu’on croyait jusqu’àSe//»t l’apanage exclusif (les végétaux. Pour la pathologie générale, l’importance des découvertes de Selmi était encore plus grande. Les mêmes substances que les microbes pouvaient produire au dépens du corps animal mort, ils pourraient les élaborer dans le même corps envahi pendant la vie : autrement dit. la maladie infectieuse, produite par les microbes, pourrait donner lieu à la formation des ptomaïnes dans l’organisme malade. En effet, Selmi a trouvé des ptomaïnes dans les urines dans les cas de la fièvre typhoïde, de la pneumonie, du tétanos. La mort prématurée de Selmi arrêta ces importantes recherches. Mais ce savant a eu la satisfaction de voirie gouvernement italien nommer une commission spéciale pour l’étude des ptomaïnes. Selmi était élu président de cette commission.

Le mouvement imprimé à la science par Selmi fut très considérable. Un grand nombre de travaux ont été publiés sur les ptomaïnes. Nous ne pourrons, malheureusement, que citer en passant les plus importants de ces travaux en renvoyant les lecteurs aux nombreuses revues consacrées spécialement à ces questions

\ . Husemann, Die Plomaïne miel ilirc Bedeutung für die yc'ichtlichc Chemit und, Toxicoloyic ( Arcliiv . der Pharmacie, Bd 16, 17,

19, 20 et 21). . ï

OEffinger, Die Plomaïne oler cadaver alculoiJe. Wiesbaden,

Morrigia et Battistini montrèrent en 1875 qu’on trouve dans les cadavres des ptomaïnes très toxiques dont l’action est très semblable à celle de curare. Rorsch et Fassbender trouvèrent dans le cadavre une ptomaïne analogue par son action à la digitaline. Brouardel et Boutmy , une base très semblable à la vératrine.

Nenclà donna, en 1876, la première analyse d’une ptomaïne, obtenue par la putréfaction delà gélatine avec le pancréas. C’était la collidine, une base déjà extraite des produits de distillation de l’huile animale.

Gautier et Etard définirent chimiquement en 1881 deux autres bases : la parvoline et l’hydrocollidine, trouvées dans les produits de décomposition du poisson et de la viande, du cheval et du bœuf. La quatrième ptomaïne définie, c’est la corindine trouvée en 1883 par Qmreschi et Mosso et retrouvée plus tard par Oecksner et de Coninck *

Nous devons nous arrêter plus longuement sur les recherches extrêmement importantes dues à Armand Gautier.

Gautier annonça déjà en 1874 que, pendant la putréfaction de la fibrine, il se forme une certaine quantité d’alcaloïdes fixes et volatiles.

En 1881-1883 il a fait avec Etard une série de recherches qui firent connaître la nature chimique de certaines ptomaïnes de putréfaction

comme appartenant aux séries pyridique et hydropyridique.

Mais la science doit à Gautier non seulement ces importantes acquisitions faetiques, il a aussi émis et défendu avec beaucoup de talent des idées générales sur la signification et la genèse des ptomaïnes

Pour Gautier toutes les décompositions des corps albuminoïdes qui se font à l’abri de l’air donnent naissance aux alcaloïdes. La putréfaction s’accompagne toujours de la formation des ptomaïnes.. Mais la vie normale des animaux qui, dans une grande partie, se fait en absence d’oxygène libre, conduit aussi à la formation des bases organiques que Gautier a réunies sous le nom de leucomaïnes (leucom-blanc d’œuf). Telles sont la xantbine, la créatine, etc. Dès que les perturbations des conditions normales de la vie augmentent le manque d’oxygène dans le corps, comme le font l’anémie ou les maladies infectieuses, alors naissent les produits basiques ou les ptomaïnes en nombre plus considérable.

La non-élimination des leucomaïnes normales ou la production des ptomaïnes sont autant de causes d’intoxication de l’organisme. Certaines

d. Gautier, Sur les alcaloïdes dérivés de la destruction bactérienne ou piiysiolngique des tissus animaux. Ptomaïnes et leucomaïnes. (Bull, de l’Acad. de médecine, 1 2 et 16 janvier 1886.)

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leucomaïnes sont extrêmement toxiques : ainsi, par exemple, les sécrétions des différents animaux à venins. (Déjà, en 18G6, Zalewslcy avait isolé du venin de salamandre, l’alcaloïde samandariue.)

On voit avec quelle ampleur de vue Gautier établissait sa conception sur l’origine en somme identique des alcaloïdes chez les végétaux, les animaux et les microbes; ces bases de la même nature proviendraient partout de la môme source, des albumines; partout dans les mêmes conditions fondamentales, décomposition en l’absence de quantité d’oxygène suffisante. Guidés par ces idées générales, Gautier et scs élèves trouvèrent un grand nombre des leucomaïnes nouvelles. Mais l’exposé de leur histoire ne rentre pas dans le plan de notre livre i.

L’étude des ptomaïnes proprement dites, qui nous intéressent plus particulièrement ici, doit ses grands progrès dans ces dernières années surtout aux recherches de Brieger*. Brieger a fait l’étude

!• Gautier, Chimie biologique. Paris, 1892.

IIugounenq, Les alcaloïdes d’origine animale. Paris, 1886.

Roussy, Ptomaïnes et leucomaïnes. ( Revue des sciences medicales, t. XXXI, 1888.)

2* Ri'iegeu, L'ntersuchungcn über Plomaine, 3 volumes. Berlin, 1885-1886. (Traduction française sous le litre : Microbes, plumâmes et maladies. Paris, 1886.)

Brieger, Beitrag sur Kenlniss der Zusammensetzung des Mytilotoxms nebsl einer Ucbersicht der bisher inilirer Haupteigenschaften

AaoTn!en P,omnin* and Toxine. ( Virchow’s Arch. f. Palh. Anal., 1889, t. 113, p. 483 )

systématique d’un grand nombre de questions, soulevées par l’histoire des ptomaïnes. Grâce aux méthodes chimiques perfectionnées, il a réussi à isoler de nombreuses ptomaïnes parfaitement définies comme unités chimiques. Nous indiquerons les principaux résultats qu’il avait obtenus. Vu la facilité avec laquelle les ptomaïnes se forment au sein des substances albuminoïdes en putréfaction, Brieger se posa la question de savoir si les alcaloïdes ne pouvaient pas résulter déjà de la simple dissolution des albumines par les ferments solubles. En effet, en laissant digérer la viande parla pepsine, il a constaté l’apparition, parmi les produits de cette digestion, d’une base organique convulsivante qu’il appela la peptotoxine.

Nous reviendrons plus tard sur ce résultat remarquable qui a une importance énorme pour toute la question des ptomaïnes.

Dans les cadavres pourris et dans la viande des mammifères et des poissons pourris, Brieger a trouvé un certain nombre des bases comme des représentants constants des ptomaïnes delà putréfaction. Elles appartiennent toutes à la catégorie des ammoniaques composées ou amines. Outre les mêthyl et éthylamines, Brieger a isolé à l’état de pureté parfaite lacadavérine, la putrescine, la neurine, ia muscarine, l’éthylendiamine, la saprine, la mydaléine et un grand nombre d’autres.

Ce sont surtout les diamines.

Enfin, Brieger a repris l’idée de Panuvn et de Selmi et fit l’étude des ptomaïnes produites par les microbes des maladies infectieuses. Il a étudié ainsi les bases formées dans les cultures par le bacille typhique et tétanique, par le vibrion cholérique. Mais, par ces dernières études, Brieger est entré dans la période nouvelle de l’évolution des idées sur le rôle des poisons bactériens, période qui sera exposée dans le chapitre suivant.

a. — Sur la constitution des alcaloïdes artificiels et naturels.

Le premier alcaloïde végétal (morphine) a été découvert par Serlürner en 1806. Depuis, le nombre des bases organiques, retirées des végétaux ou préparées artificiellement, est devenu très considérable, et dans ces dernières années on a enfin réussi à déterminer leur constitution.

Les principaux alcaloïdes dérivent de la pyridine qui a beaucoup d’anologie avec le benzol.

La pyridine est un benzol où un atome d’azote N, qui est trivalent, remplace le groupe CH qui a aussi trois' atomicités libres.

Dans la formule de pyridine, les atomes d’hydrogène peuvent être remplacés par les groupes monovalents — H- jj -H — ou (CH3).

On aura ainsi la picoline. Si cotte substitution so fait doux fois, on auralaputidine: avec 3 groupes CH3 au lieu de 3 atomes d’hydrogène, on obtient la collidine, et après une nouvelle substitution la corindine.

Tous ces produits sont des bases énergiques obtenues artificiellement par la distillation sèche des os (huile de Dippel).

La collidine et la corindine nous sont déjà connues, car elles ont été aussi trouvées dans les produits de la putréfaction.

Les alcaloïdes naturels des végétaux sont un peu plus complexes, mais iis sont aussi les produits de substitution de la pyridine ou de la pipéridine qui est la pyridine hydrogénée.

Ainsi, la coniine est une propylpipéridine ou une pipéridine où un atome d’hydrogène est remplacé par le groupe monoatomique C3H7 qui s’appelle propyl. D’autres alcaloïdes des végétaux dérivent de la quinolinc qui correspond à la naphtaline où un atome N remplace le groupe CH.

Nous n’avons pas besoin d’y insister.

VoirPiCTET, La constitution chimique des alcaloïdes végétaux. Paris, 1888.

b. — Sur les amines.

L’ammoniaque a la formule NH3 ou N, — h. Les atomes d’hydrogène dans l’ammoniaque peuvent

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être remplacés par les radicaux alcooliques. Cette substitution donne naissance aux ammoniaques composées ou les amines.

Ainsi, l’alcool méthyliquea la formule CH3-HO. Dans celte formule CH3 est le radical alcoolique qui s’appelle méthyl, combiné au groupe HO qui s’appelle hydroxyle. Le méthyl peut remplacer un, deux ou trois atomes d’hydrogène dans l’ammoniaque. On aura mono-méthylamine, diméthylamirie, triméthylamine.

— Il — Il - CII3

N — Il N — CH. N — CH 3

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