LA DÉCOUVERTE DES PTOMAÏNES
Sommaire : Sclmi allire l’altenlion sur les ptomaïnes retirées clos cadavres. — Loucomaïnos et ptomaïnes de Gautier. — Les recherches de Brieger sur les ptomaïnes.
Dans un procès célèbre où le domestique du général Gibbone était accusé de la mort de celui-ci, les chimistes ont trouvé dans le cadavre l’alcaloïde delphinine. Mais, François Sclmi, professeur de chimie à Bologne, à qui était confiée la conLreexpertisc, démontra, par une analyse chimique détaillée, que la hase, isolée par les premiers experts, se distinguait de la delphinine et d’autres alcaloïdes d’origine végétale. Pour Sclmi , la hase en question était d’origine animale et provenait de la putréfaction du cadavre. Cette opinion de Sclmi était en désaccord complet avec la conviction générale d’après laquelle les alcaloïdes ne pourraient être produits que par les végétaux. Aussi, l’issue du procès Gibbone a produit une certaine impression dans le monde savant.
Bientôt après, des faits analogues sont venus et ont attiré de plus en plus l’attention sur les j recherches de Selmi.
Dans le procès de la veuve Sonzogno à Crémone, les premiers experts avaient trouvé la morphine dans le cadavre. Selmi démontra d’une façon péremptoire qu’il ne s’agissait là que d’une hase cadavérique.
Enfin, dans un troisième procès célèbre, la discussion s’engagea entre deux chimistes les plus autorisés de l’Italie, Fr. Ciolta et Selmi. Tandis que le premier croyait à l’empoisonnement par la strychnine, Selmi affirmait la provenance cadavérique de la hase trouvée. Le prévenu fut acquitté. Cette possibilité de la controverse au sujet des corps qu’on croyait si bien connus et caractérisés par des réactions spécifiques comme la morphine et la strychnine, fut cause de l’intérêt particulier qu’on a prêté à la question des alcaloïdes cadavériques, et tout d’abord aux recherches de Selmi.
Depuis 1870, Selmi faisait des investigations expérimentales et chimiques sur les hases organiques qu’on trouve dans les cadavres. Sur cet ordre de recherches il était conduit par la constatation de la présence dans les cadavres des substances qui possèdent des réactions générales des alcaloïdes et même leurs réactions spécifiques, mais qui pouvaient en être distinguées pari absence
de loulc action toxique. Sdmi eut l'idée que des alcaloïdes analogues à ceux d’origine animale pourraient se produire du fait de la putréfaction. Pour vérifier cette idée, il institua toute une longue série de recherches sur les cadavres exhumés dont la maladie, la mort et la durée de sépulture lui étaient connues. 11 y décela, en effet, un grand nombre d’alcaloïdes inoffensifs ou toxiques avec des propriétés chimiques différentes et plus ou moins semblables aux alcaloïdes des végétaux. 11 leur donna le nom des ptomaïnes ou alcaloïdes cadavériques.
Poursuivant plus loin ses recherches sur l’origine de ces produits, Sdmi démontra enfin péremptoirement leur provenance de la putréfaction des matières albuminoïdes, car il trouva que les ptomaïnes prennent aussi naissance dans l’albumine d’œuf pourrie 1 .
Ces découvertes de Sdmi battaient trop en brèche toutes les idées admises pour être accueillies sans résistance. Mais nous avons déjà dit comment elles s’imposèrent, dans les procès criminels, à l’attention du monde savant. Ces expertises de Sdmi en Italie ont eu aussi leur pendant en Allemagne dans le procès retentissant de Brandes-Klebs en 1874.