INTRODUCTION
Dès le début de mes études scientifiques, je fus intéressée par la question du cancer; et mes premières recherches furent effectuées au Laboratoire de physiologie de la Sorbonne.
Je remercié mon maitre, le professeur Dastre, de sa constante obligeance, et j'adresse à MM. Louis Lapicque et Victor Henry un souvenir reconnaissant. À cette époque, le professeur Pozzi et son élève le docteur Xavier Bender, voulurent bien ne procurer les tumeurs qui m'étaient nécessaires et m'instruire de leur structure histologique.
. En 1905-1906, j'ai pu venir travailler au Laboratoire de pathologie expérimentale et comparée, sous la direction de mon maître, le professeur Henri Roger, qui a non seulement accueilli mes recherches avec intérêt, mais
qui depuis bientôt quatre ans m'a aidée, encouragée
comme il le faisait depuis le début de mes études médicales. C’est à lui que je dois la meilleure partie de mes travaux ; son érudition étant très grande et sa pratique expérimentale incomparable.
Les docteurs Josué et M. Garnier m'ont chaque jour prêté la plus cordiale assistance, et je leur dois nombre de conseils efficaces.
Fe INTRODUCTION.
Dans les hôpitaux, j'ai pu recueillir un matériel expérimental sans difficultés, grâce aux professeurs Chauf- fard, Reclus, Robin et Segond : aux docteurs J.-L. Faure, chirurgien de l'hôpital Cochin ; Lejars, chirurgien de l'hôpital Saint-Antoine ; Broca, chirurgien de l'hôpital des Enfants-Malades, et surtout aux docteurs Bazy, chirurgien de l'hôpital Beaujon et Aimé Guinard, chirurgien de l'Hôtel-Dieu. J’adresse à tous l'expression de ma profonde gratitude, ainsi qu’au docteur Letulle, médecin de l’hôpital Boucicaut, et au docteur Paul Mulon, agrégé d’histologie, auxquels je dois tous mes examens histologiques.
Le professeur Cadiot, d’Alfort, et M. Grollet me procurérent toutes les tumeurs d’origine animale ; je leur dois beaucoup et les prie de m'en croire très reconnaissante.
Dès le début de ces recherches j'ai trouvé tant d’obligeances désintéressées que je ne puis citer tous ceux qui me furent serviables, mais j'en garde un très vif souvenir avec le sentiment profond de ce que je leur dois.
L'existence de poisons cancéreux prenant leur origine dans les tumeurs malignes est encore mise en doute par certains auteurs, tel Ferdinand BLumenruar, qui, en 1907, étudiant les phénomènes chimiques du cancer, peut écrire :
« Il est plausible d'admettre des toxines cancéreuses « analogues aux poisons microbiens ; mais le suc exprimé: « de tumeurs cancéreuses (à l’aide de la presse de Buchner: « 390 atmosphères) et injecté à des souris ou à des « hommes ne produit aucun phénomèné d'intoxication, « même lorsque les tumeurs proviennent d'individus « très cachectiques. »
Pourtant, déjà au xvi° siècle on pensait à rechercher des poisons dans le cancer ; Prericne y fait allusion dans sa thèse de 1774, et Aimer fait avaler à sa chienne l'humeur ichoreuse de cancers ulcérés, sans résultat du reste.
Plus tard, Dupuyrren fait ingérer à des chiens des débris cancéreux sans obtenir plus de succès ; la question ne paraît pas avoir été agitée jusqu’en 1827.
A cette époque, Cruverzuter fit connaître « le suc cancéreux » par une communication à la Société anatomique ; je ne puis mieux faire que de citer son propre texte publié en 1866:
Le cancer n'est pas contagieux, c'est une maladie « générale qu’on ne saurait expliquer que par une cause « interne insaisissable ; par ce virus individuel qui se .« produit spontanément dans tel ou tel organe pour «infecter de là toute l’économie ; il est plus que pro- « bable que le suc cancéreux est l'agent de cette infection « générale. Des expériences sur les animaux pourraient « être faites, soit en injectant le suc cancéreux dans les « veines, soit en introduisant dans le tissu cellulaire du « suc cancéreux ou des fragments de cancer ».
Ces expériences ne devaient être faites que 60 ans plus tard par divers expérimentateurs, et pourtant Cruveilhier insiste, différenciant parfaitement l'ichor cancéreux, cette sérosité des surfaces ulcérées, du suc cancéreux issu du tissu pathologique et qui est pour lui la caractéristique anatomique du cancer. |
L'infection cancéreuse, c’est-à-dire la généralisation du cancer dans l’économie, d’où résulte la cachexie cancéreuse, est un fait fondamental dans l'histoire du cancer.
Le suc cancéreux est secrété dans les veines, ce qui « explique comment le cancer se comporte, tantôt « comme une maladie locale, tantôt comme une maladie « générale. Quand le suc cancéreux mêlé au sang, a été « porté dans tous les organes, l'infection devient générale. « Il faudrait injecter aux animaux, dans les veines, du « sue cancéreux étendu d'eau distillée, »
Je n'ai pas assez de littérature pour savoir si aucun lecteur de ces lignes affirmatives a repris les expériences si nettement formulées : mais je ne connais aucune tentative avant celles de Free Domxcos et de Muzzer en 1887, sans netteté dans les résultats.
Un peu plus tard, Barp a comparé le cancer à une glande, secrétant des produits solubles, sans voie d’élimimaton vers l'extérieur ; déversés dans le sang comme les secrétions internes, ces produits toxiques causeraient la cachexie cancéreusge.