‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 10 sur 236 · DE LEUR REPRODUCTION · texte numérisé non relu

DE LEUR REPRODUCTION

Tout poisson nait d'un œuf, mais tous les œufs des poissons n'arrivent pas à maturité ; et c'est bien heureux, car ln mer et les eaux douces en seraient infestées, leur nombre se comptant par des mille et des millions.

Les œufs sont jetés par les femelles à certaines époques de l'année variant parfois beaucoup, suivant les espèces de poissons, et quelque peu, parmi les mêmes espèces, suivant la latitude, le climat, les accidents des saisons, la fonte des neiges, le charroi des glaces, les orages, les surprises causées par des obstacles, des chemins interrompus, des cours d'eau déviés, des ombrages disparus, et d'autres circonstances qui déguisent à leurs yeux la patrie, le berceau, et leur font renoncer à la parturition destinée à assurer la perpétuité de leur race.

Les ovaires des femelles ont une position et une forme analogues à celles des laites chez les mâles : ils se remplissent périodiquement d'œufs presque ronds, qui, en grossissant, compriment les organes qui les contiennent : les femelles cherchent alors à s'en débarrasser, et se frottent ordinairement le ventre contre les pierres et le fond de l’eau, pour faciliter leur sortie : de là viennent, dit-on, les expressions de frai, frayer (fricure, frotter). La ponte achevée, les mâles, attirés sans doute par l'odeur où la saveur des œufs, viennent les féconder, en répandant dessus leur laite,

La Nature, prévoyante en tout, x donné aux poissons qui fraient en hiver, des œufs plus lourds que l'eau, atin qu'ils puissent aller au fond chercher une température égale et un abri contre les glaces et les crues. Au contraire, les œufs des poissons qui fraient en été surnagent la rivière, sont portés au loin sur les eaux libres de glaçons, et s’'attachent aux rivages, aux herbes qui poussent à ce moment, et y reçoivent l'influence de l'air, et de la lumière surtout, qui accélère le moment de l’éclosion.

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En réunissant un certain nombre d'œufs, les pressant jusqu'à les briser, en les arrosant de laitance, nu moment propice, on est arrivé à produire des petits monstres curieux et intéressants au possible, à deux, trois et quatre têtes, des croisés se tenant par le ventre, ayant deux têtes et deux queues, des jumeaux en forme d'équerre, d'hélice, ayant vie et force, mais fatalement impuissants à se reproduire, Le eyprin doré de la Chine, le poisson de la Pompadour, nous en fournit de fréquents exemples, à Montréal même, dans les vitrines de nos apothicaires,

Fiac, 1,—Œufs et alevin du saumon, avec vésicule ombilicale,

Au moment où l'œuf vient d'être fécondé, son contenu se trouble et devient plus opaque : mais peu à peu la transparence primitive reparait, et il reste à l'intérieur une petite tache circulaire qui n'y était point avant la fécondation. Cette marque n'est cependant pas un signe absolu de la fertilisation de l'œuf, car elle se développe aussi, mais plus tardivement, dans ceux qui sont restés stériles.

Bientôt, une ligne arquée se fait voir dans l'œuf fécondé, c'est le cœur du petit poisson en germe, dont on distingue très bien, à la loupe, lu tête avec ses petits yeux noirs, et la queue. Les mouvements de la queue sont très visibles et servent à déchirer l'enveloppe quand le jeune animal a acquis les forces voulues pour cela.

(fl + DES POISSONS

| L A ce moment, l’alevin est muni d’une vésicule ombilicale, et sort enve- À l loppé d'une membrane qu'il brise pour être tout à fait libre. ; j ! La vésicule ombilicale des poissons naissants est quelquefois intér*" 1re, t À} dans l'abdomen, comme chez la carpe : quelquefois extérieure, comme chez l | In truite. Cette petite vessie fournit à l'animal la nourriture nécessaire à é pi la vie, pendant un temps variable, d'après les espèces: ainsi la carpe \ | absorbe en 15 ou 20 jours sa nourriture ombilicule, tandis qu'il en faut 4 l' de 35 à 50 à la truite et au saumon pour arriver à cette résorption. é | | Il est probable que, même pendant le temps de résorption, le poisson p {1 absorbe les animalcules microscopiques que charrie l’eau dans laquelle il d A est plongé. a pl Le temps qui s'écoule entre la fécondation de l'œuf et le moment où le pi petit poisson brise sa dernière enveloppe protectrice, varie suivant les É à espèces, de 8 jours à 30, 40, 50 et même 60 jours. “ | L'époque de la reproduction est un moment de perturbation dans les | D {!| habitudes des poissons: ceux qui vivent dans les eaux profondes se rar- il prochent des rivages, afin que leurs œufs jouissent de l'influence bienfai- la fl sante de la lumière et de la chaleur. Plusieurs espèces marines remontent v pi très haut les cours d’eau, sans doute dans le même but: d’autres, enfin, de | qui habitent constamment les eaux douces, quittent les courants, et vont ur chercher dans les lacs et les étangs une plus grande tranquillité. in | de | hâ | LE TEMPS DU FRAI gôt | lier des Au point de vue purement scientifique, Le tenps du frai des poissons pre

n'est qu'une simple question de curiosité: mais, du moment que la pro-

hibition de la pêche en certaines saisons devient un principe admis dans

nos lois, cette question revêt une importance économique assez sérieuse,

Il importe d'établir, d'après des observations locales, à quelle date

approximative les poissons que la loi entend protéger, dans l'intérêt

général, commencent à faire leur ponte, et à quelle date ils la finis-

sent. C’est une chose difficile à déterminer dans notre pays du Canada,

où nos grands cours d'eau, nos rivières, nos lacs ont été livrés à la

Ÿ navigation, à l’industrie, à de multiples exploitations agricoles, forestières, minières et de transport, qui, de toute nécessité, ont dû modifier les

| hubitudes des poissons familiers, les détourner des eaux natales, et amoindrir des sources de production naturelle, d’une manière imprévue. «3 Encore faut-il essayer de savoir à quoi s’en tenir à ce sujet, afin de rattraper une partie de ce que nous avons perdu, et semer ailleurs, e

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dans des eaux nouvelles, pour y récolter de quoi compenser nos pertes, avec des chances de plus grands profits. Nous pourrons ainsi tirer avantageusement parti des innombrables lacs et cours d’eau disséminés dans les Laurentides et au delà, dont une protection intelligente et une culture éclairée feraient une source de richesse publique inépuisable. Bien connaître la nature du fond, la profondeur des eaux d’un lac, le nombre des cours d’eau, des ruisseaux qui s'y déversent, les ombrages qui l'entourent, est chose de première nécessité pour y semer le: espèces qui pourront y prospérer. Une fois le lac peuplé comme il convient, le temps du frai devient l'objet d'une étude attentive pour chaque lac, suivant sa latitude, son altitude, l'exposition, la température de ses eaux. Un lac alimenté par des rivières de cours lent et long conservera ses eaux froides plus longtemps qu'un lac qui ne reçoit que de petits cours d’eau. Le plus ou moins de profondeur de la masse des eaux exerce une influence analogue. D'autres circonstances qui ne peuvent être connues que par des observations répétées expliqueront, tantôt la hâtivité, tantôt le retardement de la ponte et de l'éclosion des œufs. Prenez pour exemple un poisson de valeur, et bien connu, l'achigan. Ce poisson dépose ses œufs dans un nid de gravier, en forme d'assiette, à une profondeur variant de trois pieds à un pied et demi ; les œufs déposés à la plus faible profondeur éclosent invariablement les premiers. Dans le même lac, il y aura une différence de plusieurs jours dans l’éclosion,suivant l'exposition des œufs à la lumière et à la chaleur du soleil. Les vieux couples seront plus réguliers et plus hâtifs dans leur ponte, que les jeunes à leur première parturition. En sorte qu'il importe de s'enquérir minutieusement des circonstances de lieux, de latitude, de hauteurs, de la condition des eaux, de la taille et des mœurs d'un poisson, avant de fixer l’époque du frai dans un but de protection effective.

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TABLEAU GÉNÉRAL DES CIRCONSTANCES DU FRAI | des principaux poissons d'eau douce de lu province de Québec. | = —

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