‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 115 sur 236 · RUE · texte numérisé non relu

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Une ancre tout à fait primitive, formée d’un caillou brut encoché par le milieu, pour y fixer le grelin dont l’autre extrémité est attachée à une traverse de l’embarcation, giît à côté d’un dard de forme particulière mais bien appropriée, engin de pêche unique employé en cet endroit pour 1 pêche à l’anguille ; sous le siège de derrière, une bouteille bien bouchée sort indiscrètement son col des plis d’un caban. A la pince du canot, sur une étroite plateforme, est fixée à vis ou à clou une lanterne qu'éclairent deux lampes à pétrole, dont la lumière, masquée en arrière par une boiserie, se projette tout entière de l'avant et de côté, à travers deux grandes vitres angulairement ajustées.

La nuit est venue, une nuit sombre, tant mieux! Des nuages bas présagent de la pluie ; le fanal jette un plus vif éclat dans des ténèbres plus profondes ; les éphémères foisonnent sur les vagues moirées de leurs cadavres agglutinés ; les rapides grondent plus sourdement dans les gorges des îlots qui gênent le cours du fleuve au-dessus : tous les signes favorables sont réunis pour promettre une bonne pêche.

Serrant des deux mains le manche de son dard retenu à son poignet gauche par une bonne ficelle, le pêcheur, debout à l'avant du canot, en dehors de la nappe lumineuse, fouille les vagues d’un regard avide : son oreille fine perçoit, de-ci de-là, le bruit sec des queues d'anguilles coupant la surface de l’eau comme avec un couteau.

Tout à coup, il se rejette en arrière et balance son harpon : tout son corps est en mouvement, son œil seul reste fixe. Une anguille s'est montrée debout, au tiers hors de l’eau, se balançant à la façon des reptiles irrités ; mais presque aussitôt, comme affaissé, et la paupière en chute, il remet son arme au repos: que voulez-vous ? l’anguille dansante, cette bayadère appétissante a passé hors d'atteinte. L'œil du pêcheur sen détourne à regret pour chercher une proie plus à la main, pendant qu'il mordille un juron sous sa moustache,

Mais presque aussitôt, de s’écrier :

— Ah bon ! toi, tu vas payer pour l’autre !

Et le dard, parti en sifflant, décrit une courbe, plonge dans l'eau jusqu'à mi-manche ; la perche s'incline, va s’enfoncer dans les profondeurs: par bonheur, la ficelle la retient au poignet du pêcheur (qui, souriant, ct se disant à lui-même des mots qui ne signifient rien, sinon qu'il est content), et en deux brassées, il la ramène à lui avec une anguille qui se

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tord, sanglante, dans la mâchoire du nigog. Son compagnon l'en arrache violemment, et lui frappe la queue sur la lisse du canot, pour l'engourdir, en fredonnant un vieux refrain :

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Hardi ! pêcheur, les anguilles accourent en nombre, de tous côtés, attirées par les rayons lumineux de la lanterne. Frappe vite, frappe fort, surtout frappe sûrement ! celle-ci d’abord, qui, debout, te nargue en passant ; puis celle-là, dont le ventre argenté jette un éclair dans la vague sombre, à trois pieds de profondeur ; cette autre qui fait la planche, en se laissant aller paresseusement au fil de l’eau, ne t'échappera pas, j'espère ; frappe à droite, frappe à gauche ; regarde en avant, en arrière, à gauche, à droite, mais frappe ! Ah çà ! es-tu donc déjà las ? Eh ! celle-ci ? cette autre qui s'en vient ? Passe-moi le harpon, de grâce !”

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canoë, en Une bonne pêche à l’anguille dans ces endroits pourra rapporter, chaque vide : son soir, de cinquante à soixante pièces par canot, valant de dix à quinze PS COUPANL sous l’une. Des familles peu nombreuses trouvent leur farine et leur lard,

9 quelquefois même des confitures, dans cette industrie shpplémentaire de tout som la pêche à l’anguille.

uille s'est Un peu avant les foins le fleuve se couvre dans toute sa largeur, de es reptiles Saint-[gnace à la Grande-Ile, des Cèdres à Saint-Timothée, de centaines n chute, il | de lumières — par les nuits noires — prenant de loin l'aspect d'une ville hte, cette flottante sortie inopinément des eaux. Ce n’est plus ni un chapelet niun heur s'en rosaire, c'est un collier à double et triple branches entrecroisées, enchelant qu'il vêtrées en forme de macédoine. Vers minuit, le collier commence à

ségrener, et dès les premières lueurs du jour, de toute cette ville si

brillante il ne reste même pas l'ombre.

Pêche-t-on encore l'anguille à La vermée ? Je ne saurais le dire, car, la

ans l'eau dernière fois que je l’ai vu faire me fait remonter à des souvenirs qui ondeurs: datent de près de cinquante ans.

driant, ct Seriez-vous curieux d'en connaitre la description ? De la Blanchère qu'il est nous la donne, à peu près dans les termes suivants, et c'est tout à fait

le qui se celle que j'ai vu mettre en pratique, dans mon enfance.

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“ Vous prenez un fil de chanvre de trois à cinq pieds de longueur, que vous enfilez dans une forte aiguille, Choisissant de gros lombrics ou vers rouges, soigneusement vidés, une quantité suffisante, vous passez l'aiguille suivie du fil, dans le sens de leur longueur, jusqu’à ce que le fil en soit entièrement couvert. Vous lovez ensuite ce saucisson d'un nouveau genre, en anneaux de six à sept pouces, réunis par un lien que vous attachez an bout d’une ligne de trois à quatre pieds de longueur, jointe à une canne trés courte et solide, Il va sans dire que cette pêche se fait toujours au falut ou à des feux allumés sur la grève.

“Du rivage ou du pont du bateau, vous laissez descendre le paquet de vers à quelques pouces dans l’eau, et vous attendez.

“ Les anguilles attaquent les vers, que le fil intérieur empêche de « diviser ; le pêcheur sent-il quelques petites secousses, il relève vivement le paquet qu'il jette soit dans le bateau, soit sur le rivage, où il entraine sa proie accrochée par les dents. Telle est la pêche à {« vermée où à la vermette, comme je l'ai vu faire, je le répète, il y a près de cinquante ans”

La pêche à la foëne ou fouane se pratique en hiver, à travers la glace, sciée et coupée de longueur au-dessus d’endroits vaseux. La foëne est une fourchette à plusieurs dents plus ou moins pointues, mais toujours barbelées, ayant entre elles un espace d’un pouce à un pouce et demi.

Le pêcheur expérimenté se rend dans les anses vaseuses où l'anguille engourdie gît enlisée, pendant les mois d'hiver. Dès que la glace est brisée, il enfonce sa rourchette en foëne, fixée à une longue perche. jusqu’à un pied ou plus, das la vase du lit du cours d’eau ; il tâte, il sonde patiemment, au hasard, à l’aveugle, à la chance, ne retirant l'instrument que s’il a senti le croquant de la chair vive... ou s’il a piqué une écorce, un copeau ou quelque vieux soulier.

Croyez bien que ce mode de pêcher fait naître plus de grimaces que de sourires, provoque plus de jurons que de bénédictions, et laisse plus de déceptions que de succès. Heureux le pêcheur qui, d'heure en heure, peut amener au Jour un paquet de huit ou dix anguilles pelotonnées ensemble ; mais hélas ! ces bonnes aubaines du temps passé se font de plus en plus rares, d'année en année, dans nos eaux.

En somme, au-dessus de Québec, la pêche à l’anguille la plus facile, la plus sûre et la plus fructueuse, est la pêche à la ligne de fond.

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