PORTRAIT DE LA TRUITE COMMUNE
Après avoir étudié consciencieusement les auteurs en renom qui ont parlé de la truite, je me suis arrêté au portrait suivant qui me parait rendre aussi exactement que possible les traits de la truite commune, dû à la plume de Brehm.
“ La truite commune, très connue de tous les pêcheurs, a le corps généralement comprimé, médiocrement allongé, couvert de petites écailles. En dessus, la tête est large ; elle est forte, le museau est gros, obtus, plus où moins arrondi, la bouche largement ouverte, la mâchoire supérieure étant ordinairement plus avancée que l'inférieure ; les deux mâchoires sont garnies de dents crochues. La dorsale se compose de trois ou quatre rayons simples et de neuf à onze rayons branchus, l’anale de trois rayons simples et de sept à neuf rayons divisés ; chez les individus jeunes, la caudale est fourchue, tandis qu'elle est coupée à peu près carrément chez les individus adultes.
Rien n'est variable comme le système de coloration ; la nature des eaux, le fond, l'alimentation, la température exercent une influence des plus marquées sur cette coloration et sur la taille, “ On est embarrassé, écrit Ischudi, lorsque l’on veut indiquer la coloration de la truite de
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rivière, Souvent le dos est tacheté de noir sur un fond olivâtre, les flancs étant jaune verdâtre ponctués de rouge avec des reflets dorés, le ventre étant d'un gris blanchâtre, les nageoires abdominales d'un jaune clair, Parfois la couleur sombre domine, sans que l'animal soit pour cela tout à fait noir. La plupart des truites des Alpes sont ornées de taches noires, rouges où blanches ; souvent c'est la couleur jaune qui domine, d'uutres fois c'est la couleur rougeñtre.
Les variations sont telles que les pêcheurs des Alpes désignent les variétés sous le nom de truites argentées, dorées, blanches, noires, truites de pierres, truites de forêts, sans qu'on puisse tracer une limite entre toutes ces variétés qui passent les unes aux autres. Les pêcheurs croient généralement que la couleur dépend de la nature de l'eau dans laquelle vivent les truites ; cette coloration est assez constante dans ces mêmes cours d’eau, c’est ainsi que dans l’Aa d'Engelberg les truites sont généralement tachetées de bleu, tandis que dans l’Erlenbach presque toutes sont tuchetées de rouge. En général, plus l'eau est limpide plus la couleur est cire. Il en est de même de la couleur de la chair qui, chez les truites dorées, ponctuées de jaune et de rouge, est rougeñtre. Les truites du lac Plane sur la Bernina, dont les eaux offrent une truite presque laiteuse à ause du sable et des eaux des glaciers qui y sont apportés, sont toutes de teinte plus claire que les truites qui habitent près de Ià dans le lac Noir, dont le fond est vaseux. Les truites pêchées dans ces deux lacs ont k chair blanche, tandis que les truites du lac de Paschiano ont la chair d'un jaune rougeûtre.
Saussure rapporte que les petites truites pâles du lac de Genève ont des points rouges lorsqu'elles remontent dans certains ruisseaux du Rhône, tandis que, dans d’autres ruisseaux, elles deviennent d'un vert noir, tandis que dans d’autres encore elles restent blanches.
On a vu des truites conservées dans des rivières devenir brunâtres où prendre des bandes sombres transversalement disposées sur le dos, ætte coloration disparaissant rapidement lorsque l'animal est placé dans une eau vive et courante. Dans le lac de Sentis, qui communique vraisemblablement avec un lac souterrain, on voit un grand nombre de tuites d’un gris blanchâtre. Il faut bien distinguer entre les légères ntances de coloration et la distribution des diverses couleurs sous forme de bandes ou de raies: celles-là changent souvent suivant les diverses conditions dans lesquelles se trouve l'animal, tandis que celles-ci restent constantes, Non seulement la nature de l’eau, mais encore la saison, la lunivre, l’âge du poisson ont une grande influence sur sa coloration. Un remarque chez les truites de rivière une parure de noces spéciale, qui apparaît surtout lorsque l’animal est excité.”
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La taille à laquelle arrive la truite ne varie pas moins que su colo. ration, Dans les petits ruisseaux à courant rupide où la truite est obligée de se contenter d’une faible quantité d'eau elle atteint tout an plus un poids de un kilogramme : dans les eaux profondes, au contraire, et lorsqu'elle trouve une nourritur abondante, elle peut arriver à ne taille de On, 60, et peser jusqu'à sept ct huit kilogrammes. On prend accidentellement des animaux d'une grande tuille ; c'est ainsi que Yarrell mentionne la capture d'un mâle pesant quinze kilogrammes et mesurant Om, 88. Blanchard mentionne la capture d'une truite de douze kilogrammes dans l'Eure ; Meckel rapporte que l’on pêcha, en 1851, dans le Fischa, à Wiener Neustadt, un individu long de Om, 92, haut de Om, 24; Valenciennes parle d’une truite qui atteignit 1m, 04.
On peut affirmer que des géants de cette taille doivent être bien âgés, Beaucoup de pêcheurs pensent que la truite vit une vingtaine d'années; plusieurs observations montrent que cet animal peut vivre plus longtemps. Oliver rapporte qu'une truite put être conservée pendant vingt-huit ans dans le fossé d’un château, et qu'elle était devenue tout à fait familière, Mossop cite une truite qui vécut dans de semblables conditios pendant cinquante-trois ans,