‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 26 sur 236 · DURÉE DE LA VIE OHEZ LES POISSONS · texte numérisé non relu

DURÉE DE LA VIE OHEZ LES POISSONS

La plupurt des poissons ont la vie très longue : malheureusement la science n'a pas beaucoup de données authentiques sur ce sujet: il ne faut pus oublier les carpes de Fontainebleau, qui datent du temps de François Ier (1515), vingt uns avant la découverte du Cana'a. C'est bien le lieu de dire qu'elles sont vieilles comme les pierres. Ces carpes sont devenues énormes, couvertes de mousse et presque blanches ; mais avouons qu'on blanchirait à moins. Elles sont excessivement familières, et viennent prendre leur nourriture dans la main des enfants, parmi lesquels elles ont toujours des favoris. Les carpes de Chantilly et de Pontchartrain sont contemporaines du grand Condé; celles qui habitent le jardin royal de Charlottenburg, près de Berlin, ont plus de deux cents «ns. Il est constant que les individus dont parlent certains ichtyologistes et qui avaient 1.50 mètre de long et un poids que l'on n'ose pas mentionner, n'étaient pas d’une jeunesse beaucoup plus tendre. Le brochet de Frédéric Barberousse, pêché dans le luc Kaiïserlautern, voisin de Manheim, avait environ 300 ans. Nous en reparlerons plus tard, à l'article brochet.

Bary de Saint-Victor cite de grêles poissons rouges qui ont vécu, sans grossir, onze ans dans un même bocal, et qui, sortis de là, doablaient de taille en moins d'un an. L’esturgeon, pour atteindre sa taille maxima de 6 à 7 mètres, en se nourrissant de vers et de mollusques mous qu'il fouille dans les vases, doit employer un certain nombre de printemps. Des anguilles qui ont été vues ayant la grosseur d’un congre de près de 50 livres, avaient mis certainement plusieurs siècles à en arriver là.

Il faut probablement attribuer cette longévité au peu de force que les poissons doivent dépenser pour se mouvoir, dans un liquide de densité presque égale à celle de leur corps : au peu d'énergie de leurs sensations, à leur sang froid, à la température du milieu où ils vivent, dont les variations ne sont pas brusques comme celles de l'air ; entin, à l’indépendance assez grande de leurs organes, qui fait que l’un d'eux peut être attaqué gravement, sans que les autres en souffrent. Ce dernier motif rend compte du peu de danger de la rastration que l’on fait subir à ces animaux, lorsqu'on veut les engraisser dans des réservoirs,

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Le proverbe qui dit “ muet comme un poisson ” n'est peut-être pas aussi vrai qu'on le pense. Sans qu’il soit besoin de recourir à la fable avec ses sirènes, il est assez fucile d'établir que certains poissons produisent des sons distincts, et quelquefois forts et prolongés. Peut-on considérer ces sons comme étant ceux d'une voix ? Évidemment non; Car, chez les poissons, l'air est avalé en même temps que l’eau où il est dissous ; cet air passe entre les lames des branchies et est expulsé par le mouvement spasmodique de celles-ci, en même temps que l’eau. La respiration se fait par déglutition et non par aspiration ; il n'existe donc pas de larynx chez ces animaux, par conséquent, point de voix.

Le bruit plus ou moins remarquable que quelques-uns font entendre

2 tient sans doute à des mucosités placées soit dans les ouïes, soit dans la

bouche, soit au gonflement et au dégonflement de lu vessie natatoire .. .. on ne sait rien de bien fixe à cet égard, pas même si l'émission du bruit

| est réelle pour tous les poissons auxquels on l’attribue.

Cuvier et Valenciennes ont observé que des cyprins produisaient un son guttural très prononcé, dans les baquets où on les inettait après la pêche. Ces poissons produisent ce son dans l’eau, remarquent les célèbres naturalistes, et, dans ce cas, aucune bulle d'air ne s'échappe ni de leur ouïe ni de leur bouche. Ils avouent ne pas connaître le moyen que l'animal emploie pour produire ce bruit, et le rapprochent de celui des trigles, des cottes, etc.

La sardine erie comme la souris, en mourant; le hareng pousse un gémissement que les Anglais appellent squeuk:.

Les loches d'étang font toutes entendre un bruit distinct quand on les prend. Les Allemands les ont appelées, de ce fait, hfeister, de pfeifer, qui veut dire siffleur.

Le bruit sourd que le maigre (poisson de mer ressemblant au bars) produit sous l'eau, ainsi que l’assurent aujourd’hui beaucoup de pêcheurs, et que Alain, docteur en médecine, compare au mugissement des taureaux, épouvante vraisemblablement les autres poissons. C’est de là qu’il a reçu le surnom de roi des sardines, sur quelques points de la côte occidentale de France. Telle était en effet l'opinion des pêcheurs dans des temps d'ignorance, qu’ils croyaient que les mugissements de ce poisson exprimaient ses ordres qu’au premier signal ses sujets s’éloignaient de lui,

que ses moindres volontés étaient exécutées avec promptitude et soumission, ‘“ Le maigre commande, disaient-ils, et les sardines obéissent.” On sait aujourd'hui que ce prétendu roi — couronné par l'amour du merveilleux et l'erreur de l'opinion — est un véri‘“hle ennemi des sardines, et donne la chasse à toutes les espèces de poissons, [l ne règne dans l'Océan que par la terreur qu'il inspire et in dévastation qu'il exerce autour de lui.

Les imaquereaux et les donzelles produisent également des sons parti culiers. Pendant un voyage scientifique que fit M. Lemesle au Cambodge, en 1864, il a trouvé des poissons hantants, dans un grand lac du pays.

—Va!... Pourvu que ce ne soient pas des grenouilles !

Mais en 1866, M. A. Moreuu a constaté, sur ce point, des faits curieux et intéressants qui méritent une attention sérieuse. Il s'agit surtout de trois espèces de poissons sonores, sinon musiciens — où harmonieux — à savoir, les trigles, surnommés grondins, l'organo et la lura (lyre, montionnée par Aristote), dont il explique la faculté phonétique par des dispositions anatomiques que la science est forcée de reconnaître — en dépit qu'elle en ait.

Dans sa remarquable description du royu : de Siam, Myr Pellegoix parle d'un poisson nommé langue-de-ch ii ressemble beaucoup à ln sole et qui jouit de facultés assez exu. unaires. Il s'attache au-dessous des barques, et fait entendre un bruit très sonore, et même harmonieux ; ce qui est encore bien plus frappant lorsque cinq ou six de ces animaux sont collés à la barque.

Il paraît que ces poissons merveilleux ne sont pas particuliers au royaume de Siam. Dans un voyage assez ancien déjà, exécuté au centre de l'Amérique (1879), don Henrique, vicomte Onfroy de Thoron, parle d’une autre espèce de poissons par lui découverts dans la baie du Prailon (république de l'Équateur). Ce voyageur longeait la plage, lorsque tout à coup un son étrange, extrêmement grave et prolongé, résonna à ses oreilles. 11 avança encore, et entendit une multitude de voix qui lui parurent se rapprocher des sons des orgues d'église. Ne voyant rien autour de lui, il interrogea les aborigènes qui conduisaient sa pirogue, et qui lui répondirent : les uns, que c’étaient des poissons chanteurs, les autres, les esprits de ceux qui n'étaient plus.

M. de Thoron entendit les mêmes concerts sur les bords de la rivière Matajé. Il put ainsi remarquer que ces poissons vivent dans l’eau douce aussi bien que dans l’eau salée. Ils n’ont pas plus de dix pouces (anglais) de longueur. Leur conformation antérieure n’a rien de particulier. Leur couleur est blanche, avec quelques taches bleuâtres sur le dos. C’est vers le coucher du soleil que ces poissons commencent à se faire entendre ; ils continuent leurs chants sans s'inquiéter des bruits extérieurs, et cela

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pendant plusieurs heures, et sans se montrer à lu surface de l'eau, ‘“ Lu vibration de leur chant, dit le voyageur, produit un son aérien qui semble tenir du mystère.”

Le Sheepshead où malachigan de l'Amérique du nord équivalant au muigre des eaux douces, en Amérique, donne fréquemment des fêtes aux moules, dans nos grands lacs, au son du tambourin. Nous le décrirons

bientôt

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