‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 36 sur 236 · LE · texte numérisé non relu

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en mars, suivant la température. Un doré est apte à se reproduire avant d'avoir atteint le poids d’une livre. Ses œufs sont petits, d’un jaune clair, et se comptent par deux cent ou trois cent mille, même chez les plus jeunes adultes. Sans cette fécondité exceptionnelle chez nos poissons d’eau douce, le doré disparaitrait bientôt, car il laisse tomber ses œufs à l'aventure, sur des sables toujours agités auxquels ils adhèrent et qui souvent les charrient par rouleaux à la grève. Après de fortes tempêtes, les rives des lacs en sont parfois radicalement ourlées. Que de poissons sent friands de caviar ensablé ! Le doré lui-même n’est pas le dernier à, la curée : pourquoi aller chercher des omelettes ailleurs lorsqu'on en «a de si bonnes chez soi ?

De la croissance du doré on ne sait pas grand'chose. Les auteurs ne s'accordent pas sur ce point, non plus que sur la durée de leur existence. [en est qui prétendent qu'il ne vit pas plus de dix ans. Cela me paraît douteux, pour le grand doré en particulier, qui pèse parfois plus de vingt livres. Tout au plus serait-ce admissible pour le svuger ou petit doré qui dépasse rarement le poids d’une livre et derme et une longueur de dix-huit pouces.

Les deux espèces principales que nous venons d'indiquer se subdivisent en plusieurs variétés qu'il serait fastidieux de décrire et que négligent la plupart des auteurs. Le petit doré, ranadense où sauger, se distingue de son aîné par sa couleur et l'infériorité de sa taille, par la petitesse de ses veux, par un nombre moindre de rayons épineux à la seconde dorsale: par ses joues plus écaillées et plus dentelées, par trois rangées de points noirs courant sur les dorsales, et l'absence d’une large tache noire à la base de la première dorsale, Les cœca pyloriques sont petits, s'étendent sur des longueurs irrégulières, at nombre de pas moins de quatre, quelquefois de sept, pendant que les autres espèces et sous-espèces de dorés américains n'en comptent que trois. La tête du petit doré est plus comprimée, le museau plus étroit que chez le grand doré.

La pêche en grand du doré, pour des fins commerciales, se fait sous la glace, dans le temps du frai, où quelques jours seulement avant la ponte. [est surtout bon à manger lorsqu'il est chargé d'œufs. Les lois d'Europe ne paraissent pas le protéger à cette saison-là, On en voit la preuve dans le fait que plusieurs millions de livres d'œufs de dorés, capturés dans Astrokan, sont annuellement exportés en Grèce et en Turquie. Cependit. comme je Fai dit plus haut, le nombre des dorés ne paraît pas dininuer dans ces contrées, Il s'en fait des pêches énormes, au moyen de tilets de fond à poches : on les entasse à la corde, comme nous faisons ici du bois de chauffage, et il eroit et se multiplie quand même, pendant qu'au Canada, en entourant d'une touchante sollicitude les afs roulants dé eu poisson, pendant une quinzaine de jours où un mois, nous le voyons

néanmoins dépérir d'année en année, et finir par s’éclipser de nos eaux. Ne serait-il pas possible de se renseigner sur la manière de pêcher le doré en Europe, et sur les moyens de protection qu'on y prend pour conserver et multiplier ce précieux poisson, tout en en retirant de beaux revenus ?

S'agit-il de la pêche à la ligne au printemps, elle commence dès lu débâcle des glaces, vers la fin de mai, dans les anses, à l’orée des ruisseaux gorgés et charriant graines et vermisseaux.

Ce sont les dorés d’un an, de deux ans au plus, qui s'en vont ainsi marauder, écumer le long des bords: les gros, les anciens se rassemblent dans les grandes fosses, dans les remous ou le milieu de: cours d’eau. Vous en accrochez quelques-uns peut-être, au mois de juii, en promenant votre troll près des fonds herbeux, sous un chaud soleil matinal, et dans l'après-midi passé l'heure de la collation. Au printemps ecnre à l'automne, c'est une heure avant et une heure après le soleil couchant qu il donne le mieux, Été comme hiver, c’est le poisson vif qu'il prefere; il mange un peu de tout, vers, écrevisses, bœuf, sauterelles, mannes, scor pions, pourvu que ce soit de la chair fraiche.

Il est des endroits 6ù le doré se pêche à la mouche aver suceès, d'autres où il se pêche à la froll montée sur une légère mais solide perche de ligne ; toutefois, c'est à la ligne de fond qu'on doit donner la preférence, en se souvenant que c’est un poisson qui rase les platins unis et sablonneux.

Au lac Pepin, dans le Minnesota, où les dorés des deux principales especes s'attroupent par bandes innombrables,on les pêche en ouvrant des trous dans la glace, par centaines : en employant des lignes appâtées de petits poissons vivants, accrochées à des lattes en balancier sur un essieu de bois posé en travers du trou. A la moindre attaque, la latte se redresse perpendiculairement, et reste ainsi tant que la ligne n’est pas soulagée. Sur une série de vingt-cinq lignes, cinq ou six seront mises en branle à la fois, et c’est un plaisir toujours nouveau de faire la levée des captures.

Par sa beauté et la délicatesse de sa chair, ce poisson devait être l’un des premiers à attirer l'attention des pisciculteurs. Aussi, voit-on, au mois de mai 1857, M. Carl Muller, de New-York, féconder artificiellement vingt millions d'œufs qui furent transportés du lac Ontario dans le lac Saltonstall, au Connecticut. Cet essai ne paraît pas avoir réussi. D'autres expériences di même genre ont été tent/es en Poméranie, en 1889, sans de meilleurs résultats. Mais la pisciculture a fait des progrès immenses depuis quelques anaées, en appelant à son aide la physique, la chimie, la botanique, là mécanique même. Les gouvernements s’y intéressent, et le capital s'avance devers nos lacs et nos rivières, quærens quem deroret. La multiplication artificielle du doré réussira bientôt

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demain, aujourd'hui même peut-être, ne fût-ce que pour apaiser la faim du minotaure Million.

Eaux claires et profondes, fonds rocheux et sablonneux par endroits, bons ombrages en pendentifs sur les eaux, cours d’eau tributaires frangés de ruisseaux herbeux — nids d’ablettes et de menu fretin -— abondance de blanchaille, voilà des conditions favorables à une jeune colonie de dorés, Je veux que le lac ait au moins de six à sept milles de longueur par deux à trois milles de largeur. Semez du poisson blanc, des ides, des catastômes, des chondrostômes, des meuniers, de la blanchaille à profusion. N'oubliez pas que ce qui fait le beau et le bon poisson, c'est lu belle et bonne nourriture. Aussi, nos arpenteurs, nos gardes-chasse et de pêche devraient avoir pour instructions, de signaler, sans doute, les espèces et les qualités et la quantité probable des poissons des lacs et cours d’eau de leurs circonscriptions, mais encore, et surtout la nature ot l'espèce d'aliments que ces poissons économiques ont sous la dent, suivant les saisons.

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