‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 48 sur 127 · LA COLONISATION · texte numérisé non relu

LA COLONISATION

Depuis un temps immémorial, on a pratiqué la transplantation des poissons d'un cours d'eau dans un autre, afin de les y acclimater et d'enrichir la faune d'espèces nouvelles. C'est par ce moyen que la carpe, originaire de la Perse et de l'Asie Mineure, a été propagée dans toutes les rivières de l'Europe, que le poisson doré nous est arrivé de la Chine, et que le gourami a été importé à l'île de Bourbon et en Australie. Il y a plus de cent ans, on a, de cette façon, introduit l'alose dans des rivières de l'Amérique du Nord, où elle n'existait pas auparavant.

Il faut être très prudent dans le choix des espèces nouvelles à introduire dans des eaux libres, qu'on ne saurait ni pêcher complètement à fond, ni mettre à sec. On peut, dans beaucoup de cas

faire plus de mal que de bien. C'est ainsi qu'il serait dangereux d'acclimater le brochet dans des eaux peuplées de truites ou d'ombres communs, parce que ce poisson, si vorace, détruirait des espèces plus précieuses que lui. Le brochet empêche aussi les carpes de se reproduire : cela peut être avantageux dans un étang", mais non clans les canaux et les rivières. On a tenté d'acclimater le silure en France. Heureusement, cette tentative n'a pas réussi, car ce poisson est éminemment destructeur, et sa chair est de qualité médiocre. Quelque part qu'il se rencontre, il ne pourra qu'être nuisible, et doit être exterminé par tous les moyens.

Malgré sa valeur, au point de vue de la consommation, la perche ne doit être propagée qu'avec précaution. Le professeur Baird ' rapporte qu'en 1854, M. W. Shriver a placé dans la rivière du Potomac, en Amérique, un certain nombre de perches prêtes à frayer. Au bout de quelques années ce poisson pullulait dans la rivière, où il ne se rencontrait pas auparavant. Mais ce ne fut qu'aux dépens des innombrables essaims de cyprins et d'écrevisses qui la peuplaient antérieurement, et qui, jusqu'alors n'avaient eu pour ennemi que le brochet. Aujourd'hui, que cette population primitive a considérablement diminué, les perches sont devenues plus rares. Privées

\. Baird, Rapport, 1874, II.

Page 1