PONTE DES TRUITES EN LIBERTÉ
A l'approche des froids, pendant les derniers jours de l'automne, les truites recherchent des eaux à courant rapide et continu, coulant sur un fond de gravier, pour y déposer leurs œufs. La ponte commence dans la seconde moitié d'octobre et se continue jusqu'aux premiers jours du mois de mars. Plus le climat est froid, plus la fraie est précoce; elle a presque toujours lieu avant les grandes g'elées.
A ce moment, l'extérieur de la truite se transforme d'une manière remarquable. Le ventre de la femelle est g-onfïé par les œufs, sa robe prend une teinte plus foncée, le poisson se meut avec lenteur, on dirait paresseusement. Les couleurs du mâle au contraire deviennent plus claires et plus vives, surtout au ventre et sur les flancs. Son poids diminue sensiblement. La mâchoire inférieure se relève à son extrémité. La chair du poisson perd de sa qualité, elle devient molle, filandreuse, prend un aspect livide et contracte souvent un g"oùt désagréable.
Vieux mâles en tête, les poissons remontent le courant le plus loin possible '. A ce moment les mâles combattent pour la possession des femelles. Leur acharnement est tel, que souvent il en résulte la mort d'un des combattants, quelquefois celle de tous les deux. Les combats cessent lorsque les poissons se sont appariés, et dès lors les droits de l'époux ne sont plus contestés, même par des poissons de plus forte taille. Il les chasse, sans combat, des environs du lieu de la ponte, quand ils s'en approchent pour dévorer quelques œufs. Les truites établissent alors leur nid à l'endroit choisi. La femelle creuse un trou circulaire de 0m, 30 à O, 90 de diamètre et de 0m, 18àOm, 15 de profondeur. A cet effet, elle écarte le gTavier avec sa queue, en remontant le courant. Elle continue son travail pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que le nid soit achevé et suffisamment g'rand pour la contenir.
Lorsque tout est prêt et que la femelle se dispose à expulser une partie de ses œufs, le mâle est couché à côté d'elle pour les arroser de sa laitance, toujours émise en même temps que les œufs. A ce moment, les poissons font des mouvements particuliers. Faisant tête au courant, ils se courbent et redressent la partie antérieure du corps, en même temps qu'ils frottent le ventre contre le gravier et avancent d'environ un tiers
\. Seth Green, Troutculture, p. 61.