HISTOIRE ÉCONOMIQUE
§ 1 . — Les Poissons considérés sons le rapport de rintérét public.
l’ür leurs formes et leurs couleurs infiniment variées, par leur oriranisalion spéciale , remarquablement modifiée à tant d’égards suivant les tjqies, mais toujours racr\cilleusement adaptée à des conditions d’existence particulières, par leurs instincts encore trop imparfaitement connus, les Poissons fournissent des sujets d’observation du plus haut intérêt au naturaliste, au philosophe, à quiconque a l’esprit assez élevé pour admirer ce qui est admirable dans b vie des êtres, à celui enfin qui est capable de comprendre que toute conna’issancc acquise dans le domaine de la nature est un bien apporté à la cause de la civilisation. Cependant ce n’csl pas à raison de ces faits d’une incontestable grandeur, appréciés dans des limites fort étroites à cause de leur grandeur même, que les Poissons sont l’objet de l’intérêt ou des préoccupations de la multitude. Les Poissons aux yeux de la foule n’ont d’imj)ortance qu’au point de vue économique. L"-ur importance en effet est considérable sous ce rapport, même étant restreinte
aux espèces des eaux douces. Il s'agit donc, non-seulement de conserver cette importance déjà si réduite de nos jours, mais encore do l'accroître.
C'est d’abord, dans la pèche sur les rivières et les lacs, une industrie qui occupe un grand nombre d’hommes et procure le pain de leurs familles. C’est ensuite une branche de commerce, principalement dans les grandes villes où, sur les marchés, des femmes trouvent une occupation lucrative. C’est, pour toutes les classes de la société, une masse et une variété de.substances alimentaires dont le seul défaut est d’étre trop restreinte. Les uns y trouvent simplement une nourriture saine et agréable , les autres des objets do luxe pour leurs tables somptueuses , des objets de gourmandise jxmr leurs repas délicatement composés. C'est enfin, dans la jiêche à la ligne, un amusement, une distraction, une occupation dans la vie oisive, propre à chasser l'ennui, dont le résultat est de faire entrer dans la maison une augmentation de subsistances.
Les avantages que les populations tirent de la pèche sont nombreux; on ne saurait donc trop craindre de continuer à en voir amoindrir la source. Les véritables amoureux de la créalion ne s'arrêtent point à la pensée de la destruction des animaux sans en concevoir une profonde tristesse, cir c’est le spectacle de rinintelligence n’apercevant rien au delà du moment présent, rien au delà de l'objet d’une préoccupation d’un jour, ne songeant jamais que viendra un lendemain.
On se plaît cependant à contempler l'humanité, jouissant des biens de la nature dans une juste mesure, mesure constamment indiquée par le degré d’abondance ou de rareté de chaque espèce. Ici, c'est la jouissance dans son acception la plus large; jouissance pour satisfaire des besoins matériels, jouissance
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ponr donner une occupation au corps et à l’esprit, ua repos à
l'âHie.
En voyant les pêcheurs de profession, jetant leurs filets sur ces grands fleuves, sur ces nombreuses rivières qui arrosent la France, sur ces lacs, magnifiques ornements de quelques coins de notre pays, on se demande avec intérêt : Combien sont-ils, ces hommes gagnant leur vie uniquement avec le produit de nos eaux intérieures?
Rien ne répond à semblable question. Tous les cinq ans, se renouvelle le recensement de la population. On publie le tableau donnant le chiffre d'habitants dé chaque canton, de chaque village, mais dans le dénombrement des hommes , suivant leur profession, il y a des professions oubliées ou confondues. L’industrie de la pèche fluviale, malgré son caractère spécial , n’existe pas dans les documents officiels.
Apres les pêcheurs, patrons et ouvriers , travaillant en grand, avec bateaux et filets , viennent les pêcheurs qui travaillent en petit et les pêcheurs qui s’amusent. La profession de pêcheur à * lu ligne ! cela paraît incroyable de nos jours, et pourtant, il parait hors de doute qu’il e.xiste bon nombre d’individus n’ayant pas d’autre moyen d’existence que cette pêche. Ce sont des amis de l’indépendance absolue, très-résignés , probablement, à se contenter de peu, au moins serait-il agréable de le supposer. On pêche quelques Poissons en recevant le bienfait du grand air, on les vend pour quelques sous, et l’on n’a ni à recevoir les ordres, ni h subir la contrainte de personne. On a, enfin, la liberté de l’homme primitif. Il ne serait pas impossible de concevoir une sorte de syinpathie pour des philosophes pratiques restant ainsi, au sein de la civilisation, un exemple de la vie humaine aux premiers âges du monde, mais nous aurions besoin d’être