‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 118 sur 132 · SUS · texte numérisé non relu

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« cours d’eau, où le Poisson, sortant des réservoirs, trouve un « lieu favorable à son accroissement, M. Guitel l'a toujours « dirisée, et grâce aux études qu’il a faites sous la direction de « M. Coste, grâce à quelques j)erfcctionnements, résultat de son « expérience personnelle, en a fait un établissement pratique « donnant d’excellents résultats, n

« Grâce à l’expérience de son directeur, continue le rappor- « teur, la pisciculture de Maintenon a produit cette année près « de 40,000 élèvesde la familledes Salmonidés, tels que Saumon* Il de différentes variétés, Tmites ordinaires. Truites des lacsde Il la Suisse. Cette magnifique espèce, autrefois si rare sur nos « tables, est aujourd’hui parfaitement acclimatée dans les ri- II vières de Maintenon, où l'on en pêche qui atteignent le poids Il de 3 kilogrammes. »

La première année 250 petites Truites des lacs ont été acclimatées. Ce sont les termes de l’écrit auquel nous empruntons ces détails.

A la troisième année, on aurait obtenu dans l’établissement mbmeSOOieuneüTrwitesprovenantdecellesdelapremiéreatmée.

La quatrième et la cinquième année, on aurait produit 3, .*500 et l,.500 jeunes Truites, et de beaux résultats auraient également été obtenus pour la Carpe, le Brochet, la Perche.

Une personne ayant assez récemment visité Maintenon , m’assure que ce tableau d’une si merveilleuse prospérité est un pou flatté, et je regrette très-fort de n’avoir p>as été à même de constater par moi-même cette acclimatation si complète de la Truite des lacs, condamnée à vivre d’une manière permanente dans de petites rivières. Il me reste toujours une crainte que cette espèce ne soit, en quelques circonstances, confondue, avec la Truite commune.

5M IIISTÜIHK ÉCONOMIQUE WES POISSONS.

Dans beaucoup de départeraenLs les préfets ont témoigné d’un zèle digne de tous les éloges pour les progrès de la pisciculture. Des conseils généraux ont voté des sommes, afln que des opérations soient entreprises.

M. P. Gervais, ayant eu de la sorte des facilités particulières à sa disposition, commença en 1857 à s’occuper de la multiplication des Poissons dans le département de l’Hérault. Des rapports du préfet' constatent que les eaux de l’Hérault, de la Vis, de la Vidourle, du Lez, de la Mosson, etc., ont reçu de jeunes Poissons, Saumons, Truites des lacs, au nombre de 15 à 20,000 pendant plusieurs années, et en outre 700,000 œufs de Féras. Tout a semblé marcher de la manière la plus satisfaisante. M. Gervais a également publié des rapports à ce sujet*. Il assure en 1862 que « les Saumons introduits dans l’Hérault commencent à s'y reproduire » , qu’on en a péché du poids de 600 à 800 grammes. .Si les Saumons se reproduisent, ils ont été à la mer; alors comment se fait-il que des observations précises n’aient été faites par personne sur le départ et le retour de ces Poissons? Comment se fait-il qu’un zoologiste habile comme M. Gervais n’ait jamais noté, si, à des époques déterminées, il a vu les Saumons à l’état de Pair, à l’état de Smoit, à l’état de Grilse ? En l’absence d’explications à cet égard, est-il possible de s’abandonner à une confiance entière?

M. Lecoq, de Clermont-Ferrand, a trouvé près du Conseil général du Puy-de-Dôme la même assistance que M. Gervais, et il a également rendu compte de ses essais de pisciculture ®.

' Bull, de 1(1 Soc. d'agriciiUnre de C Hérault; 1858. — Bail, de la Soc, d'acclimatation^ l. VII, p. 30; 1860.

• Bail, de la Soc. d'agriculture de l'Hérault; 1862, 1863, 1864. — Camfdes rendus de C Académie des scienceSf i. LIV, p. 148 ; 1862.

* Bull, de la Soc, zool. d'acclimatation^ I. VU, p. 518; 1860.

PISCICULTURE MODERNE

ü ms le même département, M. Rico s’est occupé de la propagation du Saumon dans les eaux dormantes, et, M. Gillet de Grandmont, rendant compte des expériences, affirme que deux individus de cette espèce ont été pêchés dans le lac Pavln, ayant atteint, l’un, le poids de 300 grammes, l’autre, le poids de 700 grammes ‘.Des Saumons d’un pareil volume, élevés dans de semblables conditions, auraient dû être placés dans un musée d'histoire naturelle pour l’instruction générale. Us y auraient figuré comme une contradiction palpable des résultats si laborieusement acquis parles habiles expérimentateurs de l’Écosse. D ins une notice récente, M. R. Caillaud déclare qu’il regarde l'éducation du Saumon en eau douce comme rfoMfce/se*. Nous pensons qu’il a bien raison.

A Toulouse, M. Joly, professeur à la Faculté des sciences de cette ville, s’occupe, depuis quelques années, de la multiplication, dans le midi de la France, de nos meilleures espèces de Poissons Nous ne pouvons dire encore l’impiortance des résultats obtenus.

Deux publications intéressantes pour la pisciculture ont été faites par le Ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics. C'est une notice sur l’établissement d’Huniiigue, rédigée parM. l’Ingénieur en chef des travaux du Rbin, et un rapport sur la pêche fluviale dans la Grande-Bretagne,

par le même ingénieur, M. Coumes*. Le premier de ces docii-

1 fiul/. de la Sjc, d'arclimiitation, t. X. p. 261 et 332; 1S03*

• B ill, de la Hoc. d’accUmatationy 2* série, t. I, p. 785 ; 1864.

* Mêm, de l'Académie des >ciences^ inscripiions et belies-lettres de 7ü«huse, 1>(63.

^ Notice historique iwr Vétablissement de pisciculture de HaninguCj 1862. — R'ipftort sur la pisciculture et la pêche fluviale en Angleterre^ en Écosse et en Irlande^ in-4® ; 1863.

i)96 HISTOIRE ÉÇONOMIQL'E DES POISSONS, mcnts fait connaître l’établisserucnt d'Huningue dans scs phases successives, et ensuite la nature et l’importance des opérations qui y ont été effectuées. Des tableaux particuliers fournissent l’indication précise des quantités d'œufs de Salmonidés fécondés chaque année et des distributions de ces œufs dans tous les départements de la France. Le nombre de ces distributions s’élève à un chiffre considérable. Le second document fournit les i-enseignemcnts les plus instructifs pour la propagation et la conservation des Saumons dans les rivières.

Depuis une dizaine d'années, il a été publié encore d’intéressantes notices sur l’empoissonnement des eaux douces et sur l’état de la pisciculture en France, où l’on trouve souvent des indications utiles. Une notice de Jules Hairae, qui date de Iff.'ii, a été particulièrement remarquée *. Sont venues ensuite des notes de M. Cloquet * et de M. René Caillaud destinées à constater des résultats obtenus. Des instructions pour le repeuplement des cours d’eau, rédigées par M. Millet, ont été publiées en 18C0 par l’administration des Forêts. M. Baude a émis ses vues particulières sur l’empoissonnement des eaux douces *, M. Charles Deville a présenté des remarques au siyet de la pêche fluviale*, et M. de Quatrefages a développé des considérations d’un ordre élevé sur 'la fertilité et 1a culture de l’eau *. Plusieurs propriétaires se sont livrés avec zèle à des travaux de pisciculture et ont eu parfois des succès réels dans la propagation de la Truite. Leurs noms se trouvent souvent cités dans

' Ln Pixicullure, Revue des Beux Mondes, !•' juin ISSU.

* BuH, de l'a Sœ. d'aeelimalatwn, I. V, p.49;l858.

’ lit'/., 2' série, I. I, p. 580; 186t.

‘ Revue des Deux Mondes, 1 5 janvier 1861 .

* Annales forestières, mars 1861 .

* Bull, de la Soc, tracclimnlalion, I. IX, p. XLix; 1862,

PHATIQUKS UE PISClCUl.Tü H E. S97

les écrits dont il vient d'être fait mention et dans tes ouvrages de M. Coste. M. le comte de Galbert, à la Buisse, canton de Voiron (Isère), entre autres, semble être arrivé à faire une industrie véritable de l’élève de la Truite

L’impulsion donnée en France s’est fait sentir dans presque tous les pays d’Europe, et depuis plusieurs années, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, ont des établissements de pisciculture.

§ 6. — Des pratiques mises en usage pour la pisciculture.

De temps immémorial, on a pratiqué la pisciculture ou plutôt r A ÿuicw/Zî/re, [Knir employer une expression peut-être meilleure, introduite depuis quelques années. Les étangs, qui avaient une si grande importance au moyen Age, ont toujours été l'objet d’aménagements constituant une véritable aquiculture.

Les étangs offrent un moyen de tirer parti du sol avec peu de travail et à très-jieu defrais. Si leur exploitation n’est pas des plus )>roductives, on comprend néanmoins qu’elle ait dû être fort appréciée dans les pays où la population était peu abondante, où la cidture était peu avancée. Dans les localités où la culture des étangs est la mieux entendue, d’après l’avis des hommes les plus compétents, on les alterne en eau et en labourage ; en eau, ils fournissent du Poisson et quelque pâturage, ou un peu de fourrage pour les bfestiaux. Desséchés, rais enassec, suivant le terme consacré, on obtient de bonnes récoltes, sans engrais et avec peu de travail.

' Son établissement piscicole a été décrit par M. Victor Borie. Journal <t Agriaillure pratique.

Ce n’est pas ici le lieu de parler des étangs à divers points de vue d’utilité publique, comme dans les endroits où ils servent au flottage, comme dans les pays où ils sont employés à l’irrigation des prairies ou à fournir de l’eau à de petites rivières, dont on augmente ainsi le volume, de façon à les rendre flottables.

Il n’y a pas lieu, pensons-nous, de s’arrêter davantage à ce qui concerne la culture des étangs. Les pratiques de cette culture sont assez généralement bien connues, les avantages et les inconvénients qu’elles présentent ont fourni matière à une foule de publications et à de nombreuses discussions. Ce qgi excite aujourd’hui l'intérêt du public, ce qui éveille partout l’espérance d’un nouveau bien-être pour les masses, d’une nouvelle richesse pour le pays, ou du moins, du retour à une ancienne richesse , aujourd’hui perdue , c’est la pisciculture moderne, l’aquiculture pratiquée d’après les données fournies ]wr l’expérience et par l’observation.

Le récit des essais, des travaux de tout genre, pour obtenir la multiplication des Poissons, a déjà montré à quels moyens on a eu recours dans ce but, et, jusqu’à un certain point, à quels résultats on est arrivé. 11 importe cependant de faire un résumé de tous les procédés indiqués par les expérimentateurs qui pensent être en posséssion des meilleurs moyens de rendre l’aquiculture vraiment profitable.

On l’a vu, M. Coste, qui s’est beaucoup occupé de cette importante question, a publié, dès 1853, un pfetit ouvrage intitulé: Instructions pratiques sur la pisciculture, dont il a donné une seconde édition en 1856. Ce traité, où les faits sont exposés avec beaucoup de clarté, a été fort commode pour toutes les personnes qui ont voulu faire éclore des reufs de Truites ou de

PRATIOIES UE PISCICll.Tl.HE. 509

Saumons, soit avec le désir de faire des opérations sérieuses, soit dans un simple but de curiosité ou d’amusement. Le petit livre de M. Costc a été traduit en plusieurs langues et plus souvent imité que traduit *. D'un autre côté, diverses personnes, qui se sont occupées particulièrement de la fécondation et de l’éclosion des Poissons, ainsi que de la nourriture des alevins, ont parfois imaginé de petits procédés ou certaines pratiques qu’il convient de ne point passer sous silence. Il est juste de citer en première ligne les expériences de M. Millet, inspecteur des forêts, qui, avec des moyens bien restreints, s’est adonné, depuis plus de quinze ans, avec infiniment de zèle et d'intelligence, à l’étude de toutes les questions qui se rattachent à l'aquiculture. On doit également faire une mention spéciale des résultats obtenus par les directeurs de l’établissement d'Huningue, MM. Bertot et Detzem, qui font chaque année des distributions très-considérables d’œufs fécondés de Salmonidés.

Les pisciculteurs de l’époque actuelle ont porté principalement leur attention sur les frayères artificielles , sur les procédés de fécondation artificielle, sur les app'ireils pour l'éclosion des œufs, sur les soins à donner aux œufs, sur y alimentation des jeunes Poissons ou alevins.

L’idée des frayères artificielles paraît assez heureuse en l’état

' Nous avons sous les yeux plusieurs écrits de ce genre publiés en- Krance : Jourdicr, Traité de piteicullure. — Fraiche, Traité des procédés de muUiplicalionnaturelle et artificielle des Poissons. — Pierre Carbonnier, Guide pratique du pisciculteur, avec beaucoup d'observations propres à Fauteur. — P. Joigneaux, Pisciculture et culture des eaux, etc., etc. D’autres publiés en Allemagne: Die Geheimnisse der kûnstlichen Fischiuehl, 1858 (sans nom d'auteur). — J. F. Neu, Die Teichwirlsehaft, etc., nacli praklisrhen Erfahrungen in der Ober-Diuvitz, Ruutzcn, 1859. — D'R.iphaél Molin, Die rationelle Zuehl der Sûisuxssserfisehe, in-8*.Wicn, t804 (ouvrage étendu), etc., etc.

m) HISTOIRE ÉCONOMIQUE DES POISSONS.

OÙ se trouvent actuellement nos rivières et nos canau.v. M. Millet a insisté devant la Société d’acclimatation avec la plus grande énergie sur la préférence à donner, dans beaucoup de circonstances, aux frayères arliflcielles sur les fécondations artificielles. La fécondation artificielle n’est pas toute l'industrie, a dit avec raison M. Coste *, et cependant l’opinion contraire s’est beaucoup propagée. On n’a certes pas oublié les merveilleux résultals que l’on devait obtenir au moyen des fécondations artificielles. Les Poissons abandonnés à eux-mêmes s’y prenaient mal pour avoir une nombreuse postérité; on les remplacerait dans l’acquittement de leurs devoirs, et les avantages seraient incalculables. Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les jours de CCS séduisantes annonces, sans avoir encore fourni de brillants résultats.

Parmi les Poissons, les uns, comme les Salmonidés, déposent leurs œufs dans de petites cavités au milieu du gravier ou dans les interstices des pierres ; les autres, tels que les Perches, les Cyprinides: Carpes, Urèmes, Gardons, etc., attachent leurs œufs, agglutinés au moyen d’une matière visqueuse, aux. végétaux aquatiques, aux pierres, à tous les corps enfin où les œufs peuvent être fixés. C’est pour ces derniers surtout que les frayères artificielles doivent parfois être d’une certaine utilité.

La construction d’une frayère artificielle est une chose fort simple. 11 s’agit de former un cadre avec des bâtons on des lattes, qt d’attacher à ce cadre avec des liens, des branclvages, des bruyères, des plantes aquatiques, de façon à constituer des massifs irréguliers. Il est aussi aisé de donner aux appareils de ce genre une forme circulaire en prenant des cerceaux pour cadres. Les formes, et surtout les dimensions à donner à ces

' Imlruetion), etc., p. 2D.

' PHATIQLES DE PISCICL’I.TL'RE. 601

frayères doivent nécessairement varier selon la nature, selon la largeur des cours d’eau dans lesquels on les immerge, en les

assujettissant au fond avec des pierres et en les retenant à un piquet ou à un poteau placé sur le rivage. Les appareils main-

lllSTOlKt; ÉCONOMIOLE UES POISSONS, tenus en place de la sorte, sont facilement tirés de l'eau si un besoin l’exige.

On comprendra aisément l’avantage de ces frayôres artificielles dans des rivières ou des canaux si bien curés, qu’il n’y a plus que de l’eau claire, comme le remarquait justement M. Leverrier dans une des réunions des sociétés savantes tenues à la Sorbonne, où il avait été traité de l’aménagement des eaux *.

Pour les Salmonidés, qui pondent sur le gravier et dont les œufs restent libres, les frayères artificielles sont fort simples à établir: on couvre dans certaines parties les bords du lit de rivières peu profondes et bien courantes, ou le fond de ruisseaux, d’une couche épaisse de gravier ou de cailloux, et l’on y forme de petites cavités ou des rigoles semblables à celles que creusent les Saumons et les Truites pour y déposer leurs œufs. M. Millet recommande d’élever des monticules de cailloux sur les bords de ces rigoles. .\ l’aide de ces artifices, les Truites particulièrement, s’arrêtent souvent pour pondre dans les endroits qu’elles ne fréquentaient pas auparavant et où il convient de les retenir.

La fécondation artificielle a été la préoccupation dominante de ceux qui, depuis ipiinze à vingt ans, se sont adonnés à des travaux de pisciculture. Les procédés à suivre pour obtenir les œufs et la laitance destinée à les féconder, devaient ainsi être avant tout l’objet de remarques spéciales. S’emparer de quelques Poissons à l’époque de la maturité des œufs, est le premier acte à accomplir; mais, pour opérer cette capture en temps opportun, il est besoin d’observations continues, et l’entreprise en est fort difficile. Les Poissons doivent être saisis

• Btviitde! Sociétés suçantes, t. III, p. 239; 1893.

PIIATIÜUES UE l’ISCICl I-TEHE.

presque au moment où ils vont effectuer leur ponte, et ce moment ne peut jamais être précisé d’une manière rigoureuse. Les œufs ne sont pas parvenus h maturité chez tous les individus d’une espèce, le même jour ; il y a des variations individuelles, il y a des variations générales d’une année à l’autre, selon la température. Afin d’obvier à ces inconvénients, M. Coste a proposé de prendre les Poissons destinés à être employés comme reproducteiœs, un peu avant l’époque du frai et de les tenir captifs dans des bassins fermés où il devient facile de reconnaître chaque jour l’état de leurs ovaires et de leurs laitances. Jusqu’ici on n’a signalé, dans cette captivité, aucune influence fâcheuse sur les Poissons.

Lorsque le moment de la ponte approche, des signes particuliers l’indiquent. Les femelles ont les flancs distendus par leurs ovaires, l’orifice gonflé et plus ou moins rouge ; les mâles sont toujours moins alourdis que les femelles, mais sous la moindre pression du ventre la laitance jaillit au dehors.

C’est le moment d’opérer. Pour les Salmonidés qui pondent en hiver, la température la plus favorable pour la fécondation artificielle est entre 5 et 10 degrés au-dessus de zéro.

Une femelle est saisie et maintenue au-dessus d’un vase de verre, de terre ou de bois ; en exerçant alors une légère pression d’avant en arrière sur le ventre de l’animal, absolument comme le prescrivait Adanson dans son cours au Jardin du Roi, en l’année 1772, on détermine l'expulsion des œufs. Après la femelle, vient le tour du mâle; on agit à son égard, pour obtenir l’évacuation de la laitance, de môme qu’avec la femelle. Quand l’eau a pris une apparence laiteuse, la quantité de laitance est jugée suffisante. Le liquide doit alors être agité et les œufs légèrement remués, afin que leur surface se trouve

6U4 HlSTOtllK ÉCONOMIÜtK ÜKS POISSONS,

partout exposée au contact de la matière fécondante ; aussi est-il nécessaire que ksi œufs ne soient jamais rassemblés au fond d’un \ase en masse trop considérable. Pour le même usage, M. Millet emploie un tamis double en canevas ou en toile métallique.

Dans le but de faciliter l’imprégnation des œufs, M. Coste conseille de placer dans le récipient, avant l’opération, une corbeille à mailles fines que l'on élève et que l’on abaisse successivement, en ayant soin de ne pas la sortir du liquide.

Après quelques minutes de repos, les œufs Se trouvent fécondés, et, s’il s’agit d'œufs de Salmonidés, il faut les transporter sans retard dans des appareils à éclosion, ou dans des bottes que l’on place dans des ruisseaux ; pour les œufs des Truites et des Saumons, une eau bien claire et courante est toujours nécessaire.

C'est jwur les Salmonidés en particulier, que les fécondations artificielles peuvent rendre de véritables services ; le transjiort des œufs étant facile, le transport des Poissons vivants presque iaqxjssible. Nous en comprenons moins l’utilité au contraire pour les Crtrpes, Tanches, etc., et même pmir la Perche, que l’on trouve d’ailleurs un peu partout. On objecte, il est vrai, que les œufs sont ainsi soustraits à la voracité d'une foule d’animaux aquatiques. L’avantage, néanmoins, n’est pas encore très-démontré.

Si l’on opère la fécondation artificielle des œufs de Carpe, de Tanche, de Perche, qui s’agglutinent et s’attachent aux corps étrangers, on agit comme avec les Salmonidés, mais en prenant soin de faire couler les œufs sur des bouquets de plantes aquatiques ou sur des balayettes de bruyères que l’on a pris soin de placer dans le récipient. Lorsque l’opérateur se trouve

PHATIQIKS DE IMSaCl'LrüRE. B05

en possession d’une quantité sullisantc de bouquets chargés d’œufs, ce qui s’obtient aisément avec un petit nombre de Poissons, la fécondité des Cyprins et des Perches étant prodigieuse, il ne reste plus qu’à les mettre dans l’eau qui convient à resjvèce.

Les pisciculteurs pratiquant la fécondation artiflcielle, ont à s’occuper du choix d’un appareil pour l’éclosion des œufs. Les premiers expérimentateurs avaient eu^ecours à un moyen fort simple. Jacobi plaçait les œufs fécondés sur une couche de gravier dans une boite de bois garnie à ses extrémités d’une toile métallique. La botte était déposée dans un ruisseau, et les œufs mis de la sorte dans les conditions qu’ils rencontrent à l’état de nature et préservés des chances de destruction auxquelles sont exposées en liberté, les pontes des animaux aquatiques. MM. Hivert et Pilachon n’avaient pas d’autre procédé ; Rémy et Géhin employaient des bottes de fer-blanc criblées de trous. Toujours la même méthode 5 l’usage de bottes, de caisses, plutôt que de corbeilles ou de paniers d’osier, n'a aucune importance dans la pratique.

Le moyen présente cependant de nombreux inconvénients, surtout pour des opérations «n jicti vastes. C’est la difTiculté d’exercer une surveillance continuelle sur les bottes ou lea paniers immergés dans une rivière, la difficulté d’observer si la condition des œufs demeure satisfaisante, la difficulté encore, d’extraire des bottes, les Poissons nouveau-nés sans les blesser. On s’est aperçu, en outre, que souvent les grillages se trouvent obstrués par des corps étrangers, par des sédiments calcaires, etc., qui amènent la perte des œufs. M. Coste a imaginé un appareil à éclosion simple et d’une disposition commode. L’appareil consiste en un assemblage de rigoles ou d’auges

606 HISTOIRE ÉCONOMIQUE DES POISSONS, pourvues d'une gouttière pour l’écoulement de l’oau. Dans une petite expérience, une seule auge placée sous un robinet rend

tout le service qu’il est permis de désirer. S’il s’agit d’opérations considérables, on multiplie les auges en les plaçant sur des gradins. Un seul fdet d’eau, arrivant dans le bassin le

PHATIQUKS DK IMSCICLI.rKIlK. 607

plus élevé, tombe successivement dans tous les autres jusqu'au dernier, établissant de la sorte un courant continu. Si l’on dispose les auges comme un double escalier, il est facile d’en avoir un plus grand nombre encore sur un petit espace, pouvant être alimentées par un seul filet, car il suffît que la rigole supérieure soit pourvue d’une gouttière de chaque côté.

Les auges en faïence ou en poterie émaillée doivent être préférées soit aux vases en métaf, soit aux baquets en bois, qui ont le défaut d’altérer la pureté de l’eau.

L’incubation des œufs de Salmonidés s’obtient, du reste, partout avec une extrême facilité. Bien des personnes aujourd’hui s’amusent à faire éclore des Saumons et des Truites dans leur appartement. Une assiette placée sur la cheminée ou sur une table contient les œufs. En ayant soin de renouveler l’eau de l’assiette, trois ou quatre fois par jour, l’évolution s’effectue sans plus de difficulté.

Cependant, lorsqu’on opère sur des quantités d’œufs un peu considérables, il y a des précautions à prendre pour empêcher la mortalité. Les expérimentateurs sont tombés d’accord sur les avantages de la suspension des œufs. D’abord on a fait usage de claies d’osier; des inconvénients ont obligé ii y renoncer. M. Millet a adopté des châssis en toile métallique galvanisée, et il affirme qu’en aucune circonstance le métal préparé n’a exercé d’influence fâcheuse sur les embryons. M. Goste a imaginé des claies en baguettes de verre. Le verre ne peut être suspect d’être nuisible aux œufs ; sa fragilité seule pourrait devenir parfois une cause d’embarras. Un inconvénient d’une autre nature a pourtant été attribué aux claies formées de baguettes de verre ; les jeunes Poissons au moment de leur naissance laisseraient aisément passer la partie la plus mince de

008 IIISTOlllli ÉCONOMlgl E DES POISSONS, leur corps entre les baguettes et se trouveraient souvent pris • de la sorte sans parvenir îi se dégager. Ce sont là, au resté, des pratiques d’ordre secondaire, sur la valeur desquelles les opérateurs devront être bientôt fixés.

Pour obtenir de bons résultats dans l'incubation des œufs, il est utile de se préoccuper de la température convenable et du degré d’intensité de la lumière. Dans la connaissance acquise de l’époque du frai de ch.aque espèce de Poisson, on trouve une excellente indication de la température moyenne dont il est essentiel de peu s’écarter. Avec la même connaissanoe, on arrive à estimer dans quelle mesure la lumière doit être distribuée. Les œufs des espèces qui pondent en été, supportent une

vive lumière. 11 en est autrement des espèces qui pondent en hiver au milieu des graviers.

Si l’eau employée dans les appareils à éclosion est d’une grande pureté et s’écoule avec rapidité, on voit peu d’œufs s'altérer; mais cette double condition n’étant pas satisfaite, les perles augmentent et il est recommandé d’enlever avec une pince ou une pipette les œufs gdtés, afin de ne jamais laisser les œufs sains en contact avec ces derniers. Souvent aussi des byssus se développent à la surface des œufs et amènent la mort des embryons. Dans tous les cas, il est conseillé de faire disparaître à l’aide d’ün pinceau tous les corps étrangers qui s’attachent aux œufo, en un mot, de maintenir la propreté la plus rigoureuse.

Les jeunes Poissons éclos, l’eau claire leur suffit pendant une période variable scion les espèces ; période dont le terme est toujours annoncé par la disparition de la vésicule ombilicale.

C’est seulement après la résorption complète de cette vésicule, que les jeunes Poissons commencent à manifester le besoin de

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