‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 119 sur 132 · PRATIQUES DE PISCICULTURE · texte numérisé non relu

PRATIQUES DE PISCICULTURE

se nourrir : il devient nécessaire alors do leur donner des ali-

* inents, si l'on tient à attendre qu'ils aient acquis une certaine , force, avant de les abandonner dans les cours d'eau. Ce qui convient aux Truites et aux Saumons nouveau-nés, ce sont de jeunes Poissons plus faibles, de petites larves d'insectes, etc.

La chair pilée ou hachée, les pâtées, dont on a fuit qsage avec plus ou moins de succès, offrent une multitude d'inconvénients faciles à concevoir.

Les fécondations artificieiles étant particulièrement utiles dans les circonstances où il s’agit de propager des espèces dans des eaux où elles n’existent pas, il a été essentiel de s’occuper des conditions dans lesquelles le transport des oeufs pou- ' vait avoir lieu, avec le moins de danger possible. Pour des transports à courte distance, les œufs laissés dans l’eau arrivent en général à destination sans accident, si l'on ne leur fait . subir un ballottage trop violent. II n’en est pas de même dans les cas où les œufs doivent être envoyés au loin.

Les observateurs écossais avaient bien reconnu la possibilité de sortir de l’eau les œufs de Saumons et de les conserver assez longtemps avec un peu d’humidité. Ce n’était pas tout encore, néanmoins ; il fallait s’assurer du moment de l’incubation où le transport aurait lieu avec les plus faibles chances de perte, et les personnes qui en France se sont efforcées de diriger la nouvelle pisciculture, ont acquis la preuve, après des essais et des tâtonnemenLs inévitables, que l’instant à choisir pour les expéditions, est celui où l’embn on commence à devenir bien distinctau travers delà coque de l’œuf; c’est alors, l’œuf embryonné, suivant l’expression aujourd’hui admise par les praticiens.

Le moment de l’expédition arrivé, on prend une boite et^

Bl.ANCHARn. * S 9

610 HISTOIIU; ÉOONOMIOL E DES POISSONS, d’après l’avis de M. Coste, on forrae, pour les œufs de Salmonidés, un lit de sable fin mouillé au fond de la boite. Une courbe d’œufs est placée sur ce premier lit, puis un nouveau lit de sable et une nouvelle couche d’œufs, et ainsi de suite. Une certaine quantité de mousse humide, associée au sable, a l’avantage, à cause de sa légèreté, d’empècher que des pressions trop fortes ne soient exercées sur les œufs. M. Millet recommande, comme moyen plus simple et préférable à l’usage du sable, l’emploi de linges mouillés qui maintiennent les œufs sans jamais les écraser.

§ 7. — Des (Xinditions nécessaires à la propagation des Poissons.

Si l’on veut s’en rapporter avec une confiance entière aux écrits déjà nombreux, où les avantages de la fécondation artificielle des œufs sont présentés avec un accent qui témoigne d'une intention bien arrêtée de n’admettre aucune contradiction; si l’on prend lajæine de parcourir l’énumération des succès qui se répètent depuis quinze ans, il sera difficile de ne pas croire jusqu’à nos plus petits ruisseaux peuplés par des légions de Truiles, tous nos fleuves visités chaque printemps par d’immenses troupes de Saumons. Cependant les Truites et les Saumons n’arrivent pas sur les marchés des villes de France en quantité notoirement plus considérable que par le passé; on ne rencontre guère encore de pécheurs assurant que les rivières, dé|)cuplées il y a quelques années, possèdent aujourd’hui une nombreuse population.

Les fécondations artificielles ont été pratiquées sur une vaste échelle; l’établissement d'Huningue a pu satisfaire avec une extrême libéralité aux demandes qui lui ont été adressées de

CONDITIONS DE LA l'ROl’AC ATION DES POISSONS. 611 tous les points de la France en œufs de Saumons. Et néanmoins, tous les succès obtenus jusqu’ici sc bornent, croyons-nous, à quelques résultats heureu.'i, dans un très-petit nombre de propriétés particulières, offrant des conditions favorables pour la multiplication de la Truite.

Dans la plupart des rapjwrts des expérimentateurs qui se sont occupés le plus ardemment de la pisciculture, on voit que chacun se félicite de ses succès, car les œufs de Saumons, de Truites, de Féras, etc., presque toujours fournis par l’établissement de Huninguc, ont donné des milliers de jeunes Poissons ; les pertes ont été insignifiantes, même jusqu’au moment où a été entièrement effeetuée la résorption de la vésicule vitelline. Alors des milliers déjeunes Poissons ont été jetés dans une rivière, dans un lac ; tout s’est passé de façon à faire concevoir de belles espérances. Pourtant, de ceux qui sont interrogés au bout d’un certain temps, sur le degré de prospérité de leur exploitation, n'en reçoit-on pas à peu près invariablement cette réponse : Les Poissons sont morts; ils ont disparu?

lis sont morts, en effet, et, dans la plupart des circonstances, ils devaient mourir d’après toutes les prévisions possibles. Que penserait-on d’une personne ayant l’idée de propager les Lièvres sur un sol entièrement nu? Les Lièvres ne peuvent vivre dans un désert, remarquerait chacun, et, généralement, l’on ne remarque pas que l'on a fait le désert dans nos cours d’eau. .

Dans son rapport de 1831, M. Miliie Edwards indiquait la nécessité de beaucoup d’études, si l’on voulait réussir à multiplier les Poissons ; éludes indispensables dans chaque localité où l’on se proposait d’agir. On a cru pouvoir se passer de ces études. M. de Ouatrefages, de son côté, a fait la remarque suivante, qui mérite bien d’être rapiwrtée : « Une foule de pisciculteurs, ne

(il2 HISTOIRE ÉCONOMIQUE DES POISSONS,

s’attachant qu’aux meilleures espèces, sèment exclusivement de « la Truite etdu Saumon. c’e.st-à-dire des espèces carnassière.s « Pt très-vornees, qui, une fois lâchées dans un cours d’eau, ne « trou\ent pas à s’y nourrir; ces esi>èces en sont réduites à « s’entre-dévorer et disparaissent. Il faut, dans les mêmes eaux, « multiplier les espèces herbivores, sinon il sera impossible de « les peupler ‘. »

Rien de plus vrai, mais ce n’est pas tout encore.

Il ne suffit pas que des Poissons, même des herbivores, soient mis dans l’eau pour qu’ils vivent et grandissent, et, dans une infinité de rivières, il n’y a plus de nos jours que de l’eau claire ou bourbeuse. C’est le désert. Les herbes ont été arrachées, anéanties au préjudice des espèces herbivore^. La disparition des herbes a entraîné la disparition des mollusques fiuviatiles, Liranées, Planorbes, Paludines, des insectes, des vers, qui, dans les conditions ordinaires, entrent pour une part énorme dans l’alimentation de nos meilleures espèces de Poissons. La disparition des herbes a enlevé aux Poissons dont les œufs s’agglutinent les moyens de déposer leur ponte dans les seules conditions oîi les œufs puissent se développer; elle a enlevé aux jeunes Poissons les retraites, les refuges contre les atteintes do leurs ennemis.

.\ltribuer, uniquement à une pèche trop active la rareté, actuelle de certains Poissons dans des cours d’eau, où ces Poissons vivaient autrefois en abondance, c’est beaucoup se tromper. Les ravages produits par des pêches inintelligentes sont, certes, bien réels ; mais ce n’est pas, sans doute, sur une foule de points, la seule cause de la diminution des Poissons. La cause principale

' Bulletin de la Suc. tool. d’acclimatation, t. IX, p. 6S ; I8fc2.

COMlITIÜ.NS DE l,A PHOl'AEATION DES POISSONS. 013 est due au curage des rivières, à reulèvemeiil des lierbes, et avec les herbes, d'une masse d'animaux et souvent de frai de Poissons.

Le jour où l'ou veut faire vivre des Truites ou d'autres Salmonidés dans une riv ière, il est indispensable de s’assurer, avant tout, si dans la rivière vivent des insectes, des vers, des mollusijues, de petites espèces de Poissons, comme des Vairons, des Chabots et des Loches, et, dans le cas où leur absence est constatée, de commencer par introduire de ces animaux, ainsi que la végétation qui leur est nécessaire. Il y a pou d'années, je visitais, aux environs de Montivilliers (Seine-Inférieure), une propriété dans laquelle couraient une rivière et des rnisseaux limpides, offrant une belle végétation près de leurs bords; on s’émerveillait en voyant l’abondance des Truites, grosses et petites, qui se jouaient dans ces eaux pures. C'est qu'en cet endroit étaient réunies toutes les conditions favorables à la ponte et à l'alimentation de la Truite.

Rémy et Géhin, qui avaient eu des succi s.pendant plusieurs années, étaient obligés de nomnVleurs Truites, de leur apporter du frai et des têtards de grenouilles, de petites espi'ces de Poissons, etc. ; il arriva que l.es eaux du voisinage furent mises à contribution d'une manière excessive; les deux pécheurs constatèrent avec chagrin que ,1a nourriture manquait à leurs Truites. Eli, disait Géhin à l’un de ses parents, de qui je liens ce renseignement , savez-vous que nous ne trouvons plus assez d’animaux pour nourrir nos Truites ; elles se mangent les unes les autres ; bientôt nous n’en aurons plus. Bientôt, en elTet, il n’en restait guère.

En essayant de propager en un lieu une espèce animale, on n’est en droit d'esjiérer un succès que si l’on a acquis une con-

naissance exacte des conditions nécessaires à la vie et à la reproduction de l’espèce, que si l’on s’est assuré ensuite de l’existence de ces conditions dans la localité. Si les conditions font défaut, il est indispensable avant tout d’arriver à les produire. Il est entré dans la croyance d’une infinité de personnes qu’il suffisait de semer du poisson, à peu près indifféremment dans toutes les eaux, pour avoir de bonnes récoltes. De là, de continuelles déceptions, capables de jeter le plus regretUible discrédit sur la valeur des indications de la science relativement aux applications à l’industrie et à l’agriculture. En procédant à l'aventure, il faut s’attendre à voir, presque toujours, les résultats se traduire par des pertes de temps et d’argent ; en procédant d’une manière scientifique, c’est-à-dire appuyé de la connaissance profonde des conditions nécessaires à la vie et au développement des êtres que l’on désire multiplier, on n’agira qu’avec les plus grandes chances de succès.

Les échecs sans nombre, les pertes considérables, l’expérience du passé, doivent être aujourd'hui un enseignement jxmr l’avenir.

Chacun a eu confiance dans les promesses de l’ostréiculture, et la confiance a été trompée. Les huîtres semblaient pouvoir être multipliées à profusion sur toutes les côtes, parce que la faculté procréatrice de ces animaux est immense, et, depuis qu’on s’occupe de cette branche d’industrie, les huîtres sont devenues chaque année plus rares que l’année précédente *. Voici, au reste,

' M. Robert de Massy (Des halles et des marchés, etc., p. 3t(i) constate la diminution annuelle de l’approvisionnement des huilrcsà Paris de IS5.1 à tStiO, en même temps que l'élévation du prix.

Nooabrc de cents d'Hiiilrcs Prix du cent d'Huitres

en 1S53, en ISfiO, en 1853, en t860,

«78,700 184,706 2 fr. 27 4 fr. 58

CONDITIONS DK I.A PROPAGATION DKS POISSONS. 615 ce qu’on peut lire dans un document officiel, encore récent, émané du Ministère de la Marine: « Pendant l’année 1864, « 1,501 établissements, destinés au rapide développement ou à it la fixation des huîtres ont été créés. Partout l’Administration « s’efforce de faire, apprécier aux riverains l’avantage de trans- Il former en lieux de production les plages sur lesquelles vient Il échouer le naissin, les parcs du rivage étant le complément « nécessaire des huttrières sous-marines, dont elles augmentent « et améliorent les produits ; enfin des essais récents permetteni « de mieux augurer de l’avenir, en ce qui concerne le repeuple- « ment, infructueusement tenté jusqu'à ce jour, des huUrières Il sous-marines *. »

Pourquoi ce repeuplement a-t-il été tenté infructueusement d’une manière aussi générale ? Parce que l’on a attendu le succès de la bonne chance. On a oublié de procéder avant toute opération à une étude complète des conditions d’existence et de développement de l’hultre. Il y aurait eu profit, cependant, à observer des huîtres à tous les Ages, dans les conditions naturelles où elles prospèrent. Animaux fixés bientôt après la naissance, ces mollusques se nourrissent de corpuscules flottants, qu’ils attirent à l’aide de leurs palpes ; la nature de ces corpuscules n'a pas été exactement déterminée. Il était utile de constater leur degré d’abondance dans les eaux où les huîtres se développent le mieux, et ensuite, de s’assurer s’ils existaient dans les eaux où l’on se proposait de créer des bancs artificiels, s’ils n’avaient pas disparu des localités où ils venaient autrefois en abondance; on ne s’en est point préoccupé. D’autres faits méritaient encore d’ôtre observés, comme l’influence du fond,

’ Exposé de la situation de l’Empire présenté au Sénat et au Corps lf‘ ynlét/i/. Marine, p. 163. Monitiufwiixeriel. F<îv. 186.“.

6(6 HISTOIUK ÉCONOMlül't UKS POISSONS, des abris, (ie la |)rofoiideiir; on s’(*st passé do toutes ces observations et l'un a oi)éré infructueusement. Si l'Administration do la Marine, animée des plus excellentes intentions, eût demandé à un naturaliste, exercé à ces sortes de recherches, une étude bien complote de l’huître ; avec une semblable étude pour p;nidc, il est permis de le croire, on aurait dépensé moins d’arpent infructueusement.

Je cite ce fait en dehors de mon sujet, comme un exempte saisissant de la nécessité d’une connaissance scientifique trèsparfaite des animaux que l’on désire multiplier pour procéder avec avantage à des essais industriels. En agissant au hasard, un succès fort limité n’est pas absolument impossible ; mais c’est tout.

Pourles Poissons des eaux douces, et en particulier pour les Salmonidés, les mêmes errements ont été suivis. LaTruite était l’espèce la mieux connue dansses habitudes; à l’égardde celle-ci, des résultats avantageux ont pu être obtenus en quelques endroits, mais, à l'égard des autres, qui dira ce qu’ont produit les millions d’œufs de Saumon, d’Oinble-Chevalier, de Fera, etc., expédiés par l’établissement d’Huningue?L’histüire du Saumon était faite, au moins en grande partie ; il semble que personne en France n’ait songé h la lire. Cette lecture eût refroidi les espérances que l’on fondait surle lac du bois de Boulogne, sur l’étang de Saint- Cueufa auxenvironsde Paris, surle lac Pavin en AuTergne, etc.

La séduction a été immense en voyant avec quelle facilité on obtient l’éclosion de jeunes Poissons, et cependant une plainte énergique s’est élevée à l’occasion d’une recherche trop active des œufs de Salmonidés dans les cours d’eau et les lacs de la Suisse. Entièrement dégagé de tout intérêt personnel dans la question, voulant rendre hommage à tous les efforts dont le but

C0.\DIT4Ü.NS DE LA PHÜPAGAT I0.\ DES POISSONS. 017 est d'augmenter le bien-être des populations, désirant qu’on ne s'abandonne jws au découragement, parce qu’on s’est trop aisément abandonné à l’espérance, je dois, pour l’instruction générale, rappeler cette plainte. Dans un Congrès de pisciculture qui eut lieu à Lausanne, en 1839, il a été dit que «les nou- « celles méthodes de pisciculture, appliquées {)ar quelques sa- « vants et quelques ingénieurs, au lieu d’apporter chez eux lu « richesse et l’abondance, n’avaient eu d’autre effet, jusqu'à « présent, que d’amener la pénurie et presque la disetlé. » M. H. Gostaz rapporte que l’établissement d’Huningue faisant ses approvisionnements d’œufs par l'intermédiaire de pécheurs qui reçoivent un prix fixé par litre ou par kilogramme, ces pécheurs se hâtent de ramasser la plus grande quantité possible d’œuft pour les expédier à Huningue au fur et à mesure de leur fécondation. La précipitation qu’ils apportent dans cette opération ne leur permettant pas de tenir compte de toutes les circonstances défavorables, il y aurait des pertes considérables ; des femelles étant prises quand leurs œufs ne sont pas encore arrivés à maturité, la totalité des œufs étant extraite en une seule fois, etc. *

Nous avons parlé de la nécessité de conserver de la végétation dans les rivières. C’est une remarque générale qui, s’appliquant à tous nos cours d’eau, appelle l’attention des particuliers et de l’Administration supérieure. Les besoins de la navigation peuvent exiger que le lit des fleuves et des rivières demeure entièrement libre sur une grande surface ; mais, dans tous les cas, il faudrait laisser croître les plantes aquatiques près des berges. Dans les canaux, une grande faute est commise, lorsque les

’ H. Costal, Mémoire sur la deslrue/ion du Saumon dans le Rhin, avril 1859.

HISTOIHE ÉCONOMIQI E DES l’OISSONSl

herbes qui poussent contre Içs parois sont arrachées. Nous avons * vu des canaux, herbus sur leurs bords, où pullulaient les animaux de tous genres, devenir, résultat inévitable, entièrement déserts, après un curage et la destruction de toutes les plantes aquatiqiic.s. La végétation a l’avantage de rendre à l’eau, au moins dans une certaine mesure, la pureté que lui fait perdre la présence de matières organiques en décomposition.

\ l’égard du préjudice causé par les égouts desgrandes villes, et surtout par les résidus versés dans les rivières par les usines, les plaintes n'ont pas manqué. Elles ne sont que trop fondées. Tout en admirant la grandeur du développement industriel de notre éjwque, il est permis de signaler comme un acte digne d’un temps de barbarie, l’empoisonnement de nos cours d’eau, qui occasionne la mort des Poissons, l’ànéantissement d’une partie de nos ressources alimentaires. S’imagine-t-on que soit possible le repeuplement des rivières où s’écoulent d’une manière incessante les résidus des fabriques de soude, des fabriques de couleurs, des papeteries, des distilleries, des lavages de laine, des fabriques de colle et de gélatine, des fabriques de sucre? Combien de fois n’a-t-on pas vu flotter à la surface d’une rivière une foule de Poissons morts à la suite d’un écoulement un peu considérable des déjections d’une usine. Il y a trente-cinq à quarante ans, une petite rivière et deux pièces d’eau, sur un domaine de M. de Sommariva, étaient corrompues par les eaux d’une féculerie de pommes de terre ; les Poissons périrent. De là, une suite de procès'. Jejis qu’àlafîuderannée 1801, il y eut une grande mortalité de Poissons dans l’Escaut, causée par le déversement dans la rivière, de l’eau contenue dans la cuve du

' Annales J' hygiène publigue et île méilecine légale, l. XI, p. 251 ; 1834.

CONDITIONS DK LA PHOPAGATION DKS POISSONS. 619 gilzomètrc de Cambrai Des exeinplesde cette nature pourraient être multipliés presque à l’infini.

Dans certaines fabrications, on est parvenu à tirer un parti avantageux de résidus autrefois abandonnés et toujours nuisibles*. II est urgent de demander pour toutes les industries des recherches afin d'obtenir le même résullal, ou la destruction de ces résidus, si leur emploi est impossible. De graves difficultés se présentent, il est vrai, dans l’état actuel ; il importe néanmoins de songer à les faire disparaître. une éjioque récente, le préfet du département du Nord voulut, par un arrêté, interdire aux fabricants de sucre de faire écouler leurs r/nosscs dans les rivières. Les fabricants alléguèrent l’impossibilité d’agir autrement et déclarèrent leur intention de fermer leurs usines, si l’on persistait dans l’idée de les obliger à consommer d’énormes quantitésde combustible ijourévaporer les vinasses. L’arrêté fut aussitôt rapporté. Les industriels estiment si grande l’importance de leurs produits, qu’ils comprennent peu, en général, qu’on les gêne dans le but de conserver le Poisson dans les rivières et même de protéger la santé publique, en empêchant la corruption des eaux. Kneore une fois, il y a là un reste de barbarie; on ne saurait trop se préoccu[)cr de le faire disparaître.

Le rouissage du chanvre et du lin, dans les rivières, produit des effets désastreux. D’autres méthodes sont connues et mises en usage pour là préparation de ces matières textiles ; n’est-il pas temps d’interdire absolument une pratique funeste?

* Happortidu Conseil de salubrité du *Vorf/, 1. XX, p. 270; 1802.

* Voir lr« Rapports des Conseils de salubrité du département du Nord, le Rapport sur l'aisainissement industriel et municipal dans la Belgique et la Prusse rhénane^ par M. Ch. dv Krtyciiu'l, p. 63; Pari&, U6a, etc.

620 HIST011U-; ECO.VOMIÜfli l'ES POISSO.NS.

Un mal plus difficile à arrêter est occasionné, dans plusieurs localités, par le chaulage des terres. Lorsque de grandes pluies \iennent laver ces terres, de noUibles quantités de chaux sont entraînées dans les rixières et causent la mort de beaucoup de Poissons. Depuis des siècles, la défense de jeter dans les eaux des drogues et, en particulier, de \a.coque du Levant ' , dans 1e but de faire péiir les Poissons et de s’en emparer sans peine, a été mille fuis renouvelée. Mais n'importe-t-il pas de prendre des mesures qui rendent impossibles ces actes de sauvagerie?

Une calamité d’un autre genre, déjà bien des fois signalée, et s’aggravant chaque jour davantage, c’est la présence sur les rivières des barrages qui mettent obstacle à la remonte et à la descente des Poissons migrateurs. Autrefois, la Bretagne était réputée la province de France la plus favorisée pour la pêche du Saumon. Avant 1789, cette pêche était affermée 200,000 livres par an*. Aujourd'hui, sur toutes les rivières, les barrages des moulins arrêtent les Saumonneaux qui affluent devant ces obstacles à une époque de l’année où on les détruit par myriades.

M. Millet, ayant constaté avec un grand soin les conditions dans lesquelles se trouvent actuellement les rivières de la Bretagne et de la Normandie, m’a communiqué à ce sujet des notes intéressantes. Ainsi, l’Aulne, dans le département du Finistère, qui recevait autrefois beaucoup de Saumons, n’en a plus, aujourd’hui que la rivière a été canalisée et pourvue d’écluses. Il en est de même pour le Pensez et les autres cours d’eau, depuis l’établissement de moulins.

Des obstacles analogues existent dans rillc-ct-Vilaine, sur le ' Le fruit du Mems)mm\im eoceuhis.

’ Raude, l'Empoissonnemtnl deseanx douces, — Jieruedes Detu Mondes, lô janvier I S6I .

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CONDITIONS DE LA PHOPACATION DES POISSONS. 651 Couesnoii ; dans le département de la Manche, sur la Sée, 'la Sélune, la Sienne ; dans le Calvados, sur la Touques, la Dives, l’Orne, la Sculle.

Sur la Risle, l’affluent de la Seine, où le Saumon était autrefois le plus abondant, tout passage du Poisson est maintenant interdit par le grand barrage éclusé de Pont-Audemer.

Dans le cours supérieur de la Loire, sur l’Ailier et sur la plu-; part de nos cours d’eau, les mêmes obstacles se sont multipliés.

On a cité, sur la Dordogne, les barrages de Mauzac et de Bergerac, où, depuis quelques années, on a installé des échelles; sur ses affluents, l’isle, la Dronne, les écluses et les moulins qui rendent impossibles les passages des Poissons migrateurs ‘. Il en est de même sur les affluents de la Garonne.

Les escaiiers ou échelles h Saumon ont été réclamées avec la plus grande insistance; malheureusement, les réclamations n’ont pas été suivies d’un grand effet.

Ces échelles, qui permettent aux Saumons de franchir les chutes, peuvent varier ù l’infini dans leur mode de construction mais, dans leur forme la plus simple, elles consistent en une série d'auges superposées comme les marches d’un escalier. Les Tniites et les Saumons gravissent aisément ces marches. En disfiosant les bassins sur deux files, on établit un passage allant alternativement à droite et à gauche, passage spirale qui est plus facile encore à franchir pour les Poissons.

S'il est indispensable d'établir des échelles partout où il y a des barrages et des chutes, afin que les Saumons puissent re-

' Millet, Z)u repeupleihenl des eaiir Je la France, — Actes Je l'AcaJéinie de llurJeaiix; 18j6.

* Coste, Vuyaÿe J'cx/jlhralioit, etc., p. 554; ISOI. — Coumes, yotice sur la phcicullure et ta pèche fluviale en Anytelerre, en Écosse et en IrlanJe; |St;o.

HISTOIHE ÉCONOMIOIJE DES POISSONS, monter, il est à craindre que cela ne suffise pas toujours pour les autres Poissons mip;rateurs; il serait donc à désirer qu’on ouvrît des passages, comme il en a été ouvert quelques-uns dans des barrages, placés près des embouchures de rivières, |wr les soins du commissariat de la marine. Ces passages peuvent être fort utiles pour la descente des Saumonneaux.

En résumé, pour arriver au repeuplement des eaux de la France :

Il importe que l'Administration supérieure interdise d’une manière absolue tout ce qui fait entièrement obstacle au passage des Poissons migrateurs; qu’elle prenne des mesures pour interdire l’écoulement dans les rivières des résidus des fabriques et de toutes les matières capables de nuire aux êtres vivants ; qu’elle empêche, sur tous les cours d’eau, la destruction complète de la végétation aquatique.

Maintenant, toutes les fois qu’il s’agira de propager une espèce, il ne faudra pas jverdre de vue la nécessité de connaître d’avance les habitudes de l’espèce et de constater , si dans l’endroit où l’on désire la multiplier elle rencontrera les conditions nécessaires à son existence et à sa propagation. Avec ces études préliminaires, les particuliers, opérant dans des limites étroites, trouveront assurés les éléments du succès.

M. Millet a eu l’idée toute scientifique d’analyser les eaux d’une infinité de rivières, et de déterminer ainsi celles qui parais.sent le plus particulièrement favorables à nos différents Poissons. C’est un travail que je regrette de ne pouvoir faire connaître avec détail. Au reste la présence ou l’absence de plantes et d’animaux dans les rivières et les ruisseaux sera toujours une indication de la plus haute valeur.

M. Coste aura rendu un service considérable, croyons-nous,

CONDITIONS Dli I.A IMIODACATION DKS POISSONS. 6>3 en diHerminant l’Adrainistratioii supérieure à prendre en main une œuvre aussi importante que le repeuplement des eaux, en exTiitant le zèle et l’intérêt d'un grand nombre de particuliers pour cette cause, en montrant à tous avec quelle facilité naissent les jeunes Poissons. En présence de certaines dificultés à les faire vivre indifféremment dans toutes les conditions, nous désirons aujourd’hui que le découragement ne succède pas à des espérances fondées sur des promesses chimériques. Le succès appartiendra à ceux qui poursuivront leurs travaux de pisciciüture, non plus en procédant à peu près à l’aventure, mais en agissant ainsi, d’après les indications fournies par la science ; c’est4-dire, d’après une connaissance acquise des habitudes, des conditions d’existence et de développement des espèces que l’on veut multiplier. Si l’on sème du Poisson dans l’attente d’une récolte, il faut agir, comme agissent les agriculteurs; ils sèment dans le terrain propice et surtout dans le terrain soigneusement préparé pour recevoir la graine. Jeter de jeunes Poissons dans une rivière déserte, autant vaudrait semer du froment dans de la craie ou dans du sable.

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