I.I.ASSIKICATK
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§ 19. — De la classification des Poissons.
Lo.s dassifir.ilionî; projtoséps |)oiir les Poissons ont varié, naturellement, selon les vues de leurs auteurs et surtout suivant l'étendue des connaissances scientifiques. L'historique de ces variations offrirait ici un intérêt assez médiocre. Nous nous Imrnerons à signaler ce qui a réellement une im|iortance dans l’état actuel de richthyologie.
La conqiaraison des caractères tirés de l'ensemble des organes, on l’a vu, fait ressortir des dissemblancesénormes entre les principaux types de la classe des Poissons, et en môme temps des rapports de amCormation, des affinités naturelles entre tous ces animaux, vraiment im|K)ssiblPS à méconnaître. D’après cela, on conçoit sans [X'ine combien les appréciations purent être diverses.
Le zoologiste suédois Pierre Arledi avait commencé à définir les ordres et les genres de la classe des Poissons avec une habileté qui lui a valu une juste renommée. Très-frappé des différences qui existent entre les principaux tv|a‘s, Linné modifia bientôt la classification proposée par son compatriote, sans se montrer toutefois bien heureusement inspiré. Les Poissons osseux, divisés en quatre ordres d’après la considération de l’absence on de la situation des nageoires composèrent seuls la classe des Poissons; les cartilogiueux, auxquels furent adjoints de la manière la plus arbitraire des espèces qui s’en éloignent à
< Les Apodes, sans nageoires ventrales ; les Jugulaires, asec les nageoî rcs ventrales plus en avant que les pectorales; les Thotaeiques, avec les nageoires ventrales sous les pectorales; les AbJominnui, avec les nageoires ventrales plus en arriére qtie les pectorales. — Syslema nutura, 12‘ édit., 1. 1, p. i22(l70fl).
tons égarils, prirent place avec les Reptiles et les Batraciens dans la classe des Amphibies sons le nom A' Ampfiibia nanles
Ces groupements z(x)lngiqnes parurent à bon droit fort étranges, et nous aurions jugé inutile d’en rappeler le souvenir, si l’idée de séparer les Poissons cartilagineux des autres tvpes ichthyologiques ne s’était repixxluite de nos jours, en s’appuyant sur des faits scientifiques d’une incontestable valeur.
Après cette indication, U nous est permis de passer de suite à l'examen de la classification de Cuvier, d’abord généralement adoptée et maintenant encore suivie par une foule d'auteurs.
Pour Cuvier, les Poissons forment deux séries distinctes : les Poissons proprement dits etjles Chondroptéryyiens ou
Cartilagineux.
Les pn-miers sont partagés en Acanthoptérygiens et on Malacoptérygiens, suivant que les premiers rayons |des nageoires dorsale et anale sont ilurs et osseux, ou flexibles et artictdés, comme si de |ietits tronçons étaient placés à la suite les uns des autres.
Les Acanthoptérygiens sont <Misuite distingués par familles, et dans cette classification on en compte quinze.
Les Malacoptérygiens sont répartis dans trois ordres : les Malacnptértjgiens abdominaux, ayant les nageoires ventrales suspendues en arrière des pectorales; h'sMalacoptérygienslsubbrachiens, ayant les nageoires ventrales placées exactement audessous des pectorales, et les Malacoptérygiens apodes, privés de nageoires ventrales *.
' I.es l.amproiei>, les Raies et les Squales, les Ksliirgeons arec les Baudroies, les Coffres, les Syngnathes, etc.
’ Si nous indiquons encore dans notre livre, les deux divisions des Acanthoptérygiens et des Malacoptérygiens, c’est faute d'avoir jusqu’ici un meilleur moyen de grouper les Poissons ossouv, car M. Agassiz vient
OLASSIKICATIOM.
Viennent ensuite deux autres ordres séparés des précédentes di>isions : les Lop/iobranches (Syngnathes, Hippocampes), remarquables par leurs branchies constituées en manière depetites houppes disposées par paires le long des arcs branchiaux, et les Plectognathes (Poisson -lune, Ostracions, Diodons, etc.), surtout caractérisés par l’immobilité de leur mâchoire supérieure, l'os maxillaire étant soudé ou fixé solidement à l’intermaxillaire et l’arcade palatine engrenée avec le crâne.
■ La seconde série, les Chondroptérygiens ou Cartilagineux, est divisée en trois ordres : les Chondroptérygiens à branchies libres (Esturgeons), les Chondroptérygiens à branchies fixes (Requins, Squales, Raies, Torpilles, etc.), et les Suceurs (Lamproies) *.
Les défauts de cette classification, déjà entrevus par Cuvier lui-même, furent bientôt mis plus en évidence, au moins en partie,' par de nouvelles recherches sur la conformation des Poissons. Il devenait certain pour lej; naturalistes que la nature des rayons des nageoires, que la, position des ventrales, que la disparition même de ces nageoires, n’étaient pas des caractères d’une haute importance.
Sous l’empire d’idées conçues par suite d’études sur les Fossiles, M. Agassiz eut recours essentiellement aux caractères fournis par les téguments, et s’appuyant sur ces caractères d’une manière trop exclusive, il proposa une répartition de la classe entière des Poissons en quatre ordres.
de montrer par de> recherche: récente: que certaine: espèces, ayant, lorsqu'ils sont adultes, les caractères des Aeanihoplérygiens, sont des Malacojilérygiens pendant leur jeune âge.’ — Agassiz, Obitrvotions tur ks métamorphoies des Poissotu, Antudes des srieners »aturellts,!>‘ série, t. lit, p. S5. IS6S.
' Régne animal, t. Il (1829).
Iï2 HISÏOIHI-; (iÉNÉKAI.K l>F,S POISSONS.
(les quatre onlressont : l’\osPlacoidiens, correspondant aux Cliondroplcrvfriens de Cuxier, à l'exception du premier ordre ;
les Ganotdiens ou Ganoïdes, comprenant ce premier ordre des Chondroptérygiens (Esturgeons), quelques types dont les x^ritables afTinités naturelles axaient cW' jusqu'alors méconnues (Lépidosiée, Polyptère, etc.), puis un grand nombre de formes appartenant aux |iériodes géologiques, et enGn les Plectognatlies et les Ixipbobninches [de Cuxier; 3' lesC/«iofdieiis, à écailles denticulées sur leurs liords, c’est-à-dire les Acanthoptérygiens d' Artedi et de Cuvier, à l’exception de ceux qui ont des écailles à bord uni et avecl’addition des Pleuronectes (Turbot, Sole, etc.) ; et 4° les Cyclotdiens, à écailles lisses .sur leurs bords, comprenant tous les Malacoptérygiens de Cuvier, et de plus quelques familles d’.Vcantlioptérygiens
l’n beau n'sultjit des recherches di* M. .\gassiï, c’était la sé- IKiration pleinement justifiée des Ganoïdes dos autres tyi>es lie la classe des Poissons ; un résultat médiocre, c’était la caracti'Tisation des deux onlrcs auxquels se rattachent tous les Poissons onlinain's, d’après une ]Kirticularité unique, particidarité olTertc par les écailles, qui sont atrophiées chez beaucoup d’esl>èces, qui manquent absolument chez beaucoup d’autres.
.lean Millier, i‘clain'“ sur bien des points par ses magnifiques travaux sur l’organisation des Poissons, devait aussi présenter .ses vues touchant la classification. S’appuyant sur des caractères tirés de la structure des valvules du cœur, de la conformation de l’appareil branchial, dq la vessie natatoire, il commença par diviser la classe des Poissons en six sous-classes: 1 • les Téléostiens (Poissons osseux), qui ont deux valvules à l’en-
* The Edinbitrgh new Phiiosophiral Journaf^\(i\. XVIII, p. 176 (1834- 1835), et Rfditrrhe^ $ur let Poissons fossiles.
r.l.ASSIFlCATlON.
trée du bulbe aortique ; 2* les Dipiioiens, ayant à la fois des branchies, des poumons et des valvules aortiques en spirale (le seul genre Lépidosiren)] 3° les Ganoïdiens, pourvus de nombreuses vidvules aortiques ; 4° les Élasmobranches (Haies, Squales), caractérisés par leur crâne sans division et par la nature de leurs U'-guments ; les Marsipobranches ' ou Cyclostomes (Lamproies, Myxines), distingués par rabsence d’arcs branchiaux et par plusieurs autres caractères ; et 6“ les Leptocardiens, comprenant ' un seul type (Amphioxus), remarquable au plus haut degré par l’absence d’un véritable cœur, comme par l’absence de distinction entre la moelle épinière et le cerveau.
Les Poissons osseux ou Téléostiens sont ensuite réjairtis dans six ordres : {°\c%Acanthoptériens, dont les os pharyngiens sont doubles (la plus grande partie des .Acanthoptérygiens de Cuvier) ; 2° les Anacanthiens (Gades et Pleuronectes) ; 3“ les Pbaryngoynatbes, dont les os pharyngiens inférieurs sont réunis (Labres, Sombresox); 4“ les Pbysoslomes, ayant lavessie natatoire pounue d’un canal aérien (Cyprins, Brochets, Salmones, etc.) ; les Pleclognathes ;c\ fi° les iMphnbranches^ .
Les autres sous-classes sont sufûsainment indiquées par les types que nous avons cités. Les premières divisions, telles qu’elles sont présentées par Jean Müller, rc|)osent toutes sur des caractères d’une importance incontestable ; elles offrent un Utbleau des principales formes de la class4v des Poissons, plus
' Ce nom» ainsi que le précédent» est emprunté au prince Charles Itonaparto.
* Muller» Bpitm tt sur Kennlnïi< ân mtîkrlichen Fumilien der Fi-*rhe. — Krichson's Arthiv. 1843» s. *202. — Mémoire sur les Oantdtei ei surfa rlasiification naturelle des Poissons^ Annales des sciences natureUes, 3* série, I. IV, p. S. I84S.
H4 HISTOIRE r.ËNÉRAI.K DES POISSONS,
parfait, à certains égards, que les tableaux des auteurs précédents. Les divisions établies parmi les Poissons osseux ( feV^ospeuvent au contraire soulever de nombreuses objections.
Enfin, il y a peu d'années, M. Agassiz, considérant les différences considérables qui existent entre les principaux types de Poissons, a été conduit à regarder ces différences comme aussi importantes que les différences qui séparent les Reptiles des Oiseaux, les Oiseaux des Mammifères. 11 proposa alors la distinction en quatre classes des animaux réunis par tous les Zoologistes, à l’exception de Linné, dans la seule classe des Poissons. Ces quatre classes de M. Agassiz sont : 1* les Myzontes, répondant à l’ordre des Marsipobranclies de Ch. Bonaparte et de Millier ; 2° les Poissons, réduits à ceux que nous appelons les Poissons osseux ou les Poissons ordinaires ; 3* les Ganoides * ; et 4* les 5^/ffciois (Squales, Raies, etc.) *.
Ces vues, nous pouvons le dire avec assurance, méritent considération, mais ce n’est pas ici le lieu de les discuter.
En exjxisant brièvement tes classifications modernes ayant les Poissons pour objet, le but a été de montrer comment se résument des connaissances récemment acquises, et de fournir à chacun le moyen de rwmnnaitre la part que les espèces de nos eaux douces occupent parmi tous les représentants de cette grande classe des Poissons.
Cet exposé nous permettra d'ailleurs de passer sous silence, dans notre Histoire particulière, la plus grande partie des noms qui viennent d’être mentionnés.
' En y comprenant avec doute les Silures, les Plrclognathes cl les l.opliobranches.
’ Agassiz, Contributions to lhe Xatural Histonj of lhe UnitedStatts. Vol. I, pars I, p. I37-IS7.