‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 22 sur 132 · LA FAMILLE DES PERCIDES · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DES PERCIDES

(pF.RCIU.t;)

Oiielqup.^ Poissons répandus dans les eaux douces de l’Europe et difTérentes espèces de nos côtes maritimes, sont désignés par 1(« pécheurs et connus de tout le monde sous le nom de Perches. Ces Poissons, assez variés dans leurs formes, constituent pour tes naturalistes, la famille des Pkrcidïs

Les représentants de la famille des Pereides ont, en général, des formes assez sveltes , des proportions élégantes, des mouvements faciles. Ils sont reconnais.sables , du reste , à un grand nombre de caractères. I.icur corps oblong , souvent un peu comprimé latéralement , est couvert d'écailles dures bien remarquables. Ces écailles, dont la face extérieure est Apre au toucher, ont leur bord libre pourvu de dents ou d'épines parfaitement distinctes à la vue simple, si l'on y porte un ])eu d'attention, qui apparaissent sous un grossissement même assez faible, comme des chefs-d'œuvre de ciselure. Les écailles des Pereides sont implantées dans la peau par un bord décoiqié en festons corres[)ondant à des sillons longitudinaux qui eonvergent plus ou moins vers le centre. Des stries circulaires, également espacées, toujours d'une admirable netteté, ayant de légères ondulations, les parcourent sur toute l'étendue recouverte par les écailles insérées plus en avant, tandis que la portion qui est à

' Cuvier, et à son evemple la plupart des auteurs ont écrit Percotdcs. Cette fiirme est peut-être plus euphonique, mais elle a le défaut assez grave d'étre irrégulière. Nous pensons qu'il y a tout avantage à adopter exactement la même désinence pour tous les noms de familles. Yarrcll cl les zoologistes anglais, en général, ont employé le mol Pereides { Percidœ).

PEKCIDES.

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découvert est chargée d’aspérités disposées en files longitudinales, ordinairement en continuité' des pointes fines et nombreuses qui garnissent le bord libre. Ün connaît la sensation de nidesse que l'on éprouve lorsqu'on .saisit une Perche avec la main. L’effet est dû à la présence des épines et des aspérités de ses écailles.

Les Percides ont une bouche assez grande, munie de très-|>etites dents fort nombreuses, pressées les unes contre les airtres, de celles que les zoologistes appellent des dents en velours. Il y en a non-seulement au.\ mâchoires, mais aussi sur la portion antérieure du vomer et ayix palatins. Il n’existe jamais de bar-

Miclioire tupérieure.

Fig. 7. —

billons chez les Percides. L’opercule et le préopercule sont pourvus de dents ou d’épines, variables suivant les genres et les espèces. Ces Poissons ont les ouïes largement fendues, et la mem-

M4choir« inferieurr»

Appareil deiiUire de la Perche de rivière.

128 HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, brane branchiostëge soutenue par cinq , six ou au plus sept rayons ; les nageoires dorsales, au nombre de deux chez les es- ' pèces les mieux caractcrisccs ; les ventrales suspendues aux os de l'épaule par l’intermédiaire de ceux du bassin.

La famille des Percides se compose d’espèces particulières aiu eaux douces et d’espèces marines. Plusieurs d’entre elles unissent à des' formes élégantes des couleurs variées, vives, parfois éclatantes. Ce sont en général des Poissons recherchés pour la table, qui, depuis l’antiquité, sont en grande estime pour la délicatesse et le bon goût de leur chair.

Les Percides vivant dans les eaux douces de la France, appartiennent à trois genres bien distincts ; mais ce ne sont pas les seuls qui existent en Europe. Une espèce que l’on nomme le Sandre (Perça lucioperca, Linné), type du genre Lucioperca de Cuvier, habite une partie de l’Allemagne et de l’Italie; on la trouve en Russie et jusqu’en Suède, et jamais on ne l’a vue dans notre pays. Comme on la rencontre à la fois dans des contrées plus boréaleset dans une région plus méridionale que la France, j’avais pensé que si elle existait seulement dans les cours d’eau qui traversent nos départements du Midi, son existence jjouvait avoir échappé à l’attention des naturalistes ; mais toutes mes recherches n’ont pas abouti à la faire découvrir. Un antre genre de Percides fluviatiles d’Europe, le genre Percari/ia de Nordmann , est représenté par une seule espèce, qui n’a encore été observée qu’en Bessarabie et en Russie dans le Dniester '.

• Permrina Demi'luffü, Nnrdmanii ; Voyage iluns In Jlustie méruUonate, suas la direction de M. Anatole DemidolT, t. III, p. 357, pl. I (1840). — llcckel et Kner, Die Siissivasseï fiiche Jer ôslreirhischeii Monarchie, p. 24 (1858).

l'EHCIIE.

)2ft *

LE GENRE PERCHE (t"KKi:A, Linné)

Les Perches proprement dites vivent seulement dans les eaux douces. Elles se distinguent des Perches de mer, dont les zoologistes modernes ont formé des genres particuliers, par plusieurs détails de conformation très-earactéristiques et extrêmement faciles à reconnaître.

L’examen de leurs doux nageoires dorsales trés-rapprochées l’une de l'aiitr.', de leur préopercule dentelé, de leur opercule osseux terminé en pointe aigue,sulTirait déjà pour arriver h une détermination certaine. Mais à ces caractères s'en ajoutent plusieurs encore, qui achèvent de motiver la séparation des Perches véritables de tous les antres représentants de la famille.des Percides. On remarque chez ces Poissons d’eau douce de petites dentelures très-«cnsihlcs, à la partie postérieure du premier sous-orbitaire ; on constate (pie leur membrane branchiostège a sept rayons osseux, que leurs nageoires ventrales n'en ontque cinq. Si l’on voulait signaler encore un caractère qui ne soit pas exclusif comme les précédents, on pourrait dire que les rayons de la première nageoire dorsale sont durs et épineux, que les rayons de la seconde sont flexibles.

On pense généralement qu’il n’y a qu’une espèce du genre Perche, non-seulement en France, mais même en Europe. Une Perche d'Italie, dont les couleurs sont très-pâles, a été décrite, à la vérité , comme distincte (le celle dont nous allons retracer l'histoire. Cette distinction a été repoussée i»r la plupart des Ichthyologistes qui, à cet égard, paraissent avoir jugé sainement. Une Perche remarquable sous certains rapports, assez commune

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‘ 130 IIISTOIRK PAIlTICI I.IÈUli I)i:S POISSONS.

dans une région restreinte de la France, devra être pour nous, cependant, l’objet d'une attention spéciale,

l..\ PKllCIIK t)K niVIÉRE

(l'EBtlA Fl.tTVIATII.IS ')

La Perche cmnmune ou Perche de rivière, comme on l’appelle indilTéremment, est si bien connue, qiic sa description serait • inutile s’il s’agissait ici simplement d’indiquer les t raits les plus propres h la faire distinguer de tous les autres Poissons.

Parée de belles couleurs, répandue et abondante dans toutes les cauv limpides de l'Europe et d’une partie de l’Asie,la Perche a été, dès les temps les lïius reculés, l'objet de l’attention des observateurs ; elle a excité l’intérêt qu'inspire aux hommes un animal su.sceptible de fournir un aliment aprt-able, facile à se procurer.

La Perche est l’habitant presipie inévitable des eaux claires, celles des |ilus grands fleuves , des i>etites rivières, aussi bien que ctlles des lacs. La transparence, de l’eau permet souvent au promeneur attentif de suivre di‘ l’ieil les mouvements gracieux et agiles de ce beau Poisson, le plus beau piirmi les espèces fluviatiles de notre pays, d’admirer ses délicates nuances et les reflets dorés qu’elles prennent lorsqu'elles sont éclairées par les rayons du soleil ; nuances relevées par la teinte noirâtre de bandes qui courent sur les flancs de l'animal, et par l’éclat du rouge de ses nageoires v entrales et anale.

Tandis que la plupart de nos Poissons ont des noms v ulgaires qui varient suiv ant les localités, le nom de la Perche est répandu

I Prrea fluviatilis. Linné, Systema nalura, 12* édit., 1. 1, p. 4S2(t7C6). — Cuvier et Valenciennes, Histoire naturelle des Poissons, l. II, p. 20 (1828).

l'Kiir.iiE.

à peu près partout en France sans modification. C’est seulement dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais que nous

avons entendu les pécheurs employer plus volontiers le nom de Percot ; en Provence que celui de Perco est seul usité. En Alsace, il est vrai , c’est le nom allemand le plus ordinaire, Barsc/i, qui est en usage.

132 HISTOIRE PAHTICIT.IÈHE DES POISSONS.

Ce mot de Perche est celui des Grecs, celui d Aristote h peine, modifié *, et devenu Perça chez les Latins. Selon toute apparence, le nom faisait allusion à la variété, à la bigarrure des couleurs du Poisson *.

La Perche a le corps ovalaire, un peu comprimé latéralement, couvert d'écailles de médiocre grandeur, disjwséos sur une trentaine de files longitudinales. Ces écailles méritent d'étre examinées. On ne comprend bien la perfection de leur structure qu’après les avoir détacbées; et, comme leur dimension est faible, même sur les plus gros individus, il n’est pas inutile de recourir pour l'observation à un gnississement, dont le secours permet • d'apercevoir ici d'admirables détails; détails d autant plus curieux qu'ils sont caractéristiques dans chaque espèce de la famille des Percides.

■ Les écailles détachées, on reconnaît qu'elles s'élargissent

Ftg. 9. — Kcnille Ue la Perche, prise Ftg. 10. — Ecaille de la ligne lavers le milieu du corps. tcralc.

d’une façon très-sensible depuis le bord libre, jusqu’à la partie • De l'adjectif ni?»'.:, féminin ni?»», varié, bigarré.

I•EBCIIE.

implantée dans la peau. Leur bord basilaire se montre découpé en festons profondément écbancrés, dont le nombre varie un peu suivant la dimension de l’écaille. Des sillons partent des échancrures des festons et convergent vers le centre en manière d’éventail. Des stries transversales régulières, d’une netteté surprenante, d’une délicatesse inouïe, courent rapprochées les unes des autres entre les sillons, en décrivant d’imperceptibles ondulations. Voilà pour la portion de l’écaille engagée dans la peau ou recouverte par l’écaille supérieure. Mais la portion qui est à nu, n’est pas moins curieuse à observer. Tout le bord est garni de pointes coniques, transparentes, et non pas « de oils fins et un peu rudes », comme l’a dit Cuvier. Dans l’axe de ces pointes, s’élèvent des files presque régulières de petites saillie!?* allongées, qui vont en s’affaiblissant vers le centre de l’écaille où r^to un espace lisse. Ces stries délicates, ces pointes, ces éminences séparées les unes des autres par des sillons bien marqués, font jouer la lumière suivant la direction, à peu près comme les facettes des pierres précieuses. Les milliers d’écaillcs qui servent à la protection de la peau du Poisson sont ainsi autant de joyaux d’une incomparable perfection.

Chez les Perchettes qui n’ont pas une longueur de' plus de S à 6 centimètres, les écailles encore si petites et si minces, offrent déjà tous les caractères de celles des plus gros indiv idus. Sur toute l’étendue du corps du même Poisson, -les écailles ne ditfèrenl guère entre elles que par la dimension, si Ton en excepte pourtant celles de la ligne latérale.

La ligne latérale qui suit à une médiocre distance la courbe du doSj se manifeste à la vue simple par une petite saillie longituÿnalesur chaque écaille. Une des écailles enlevée et placée sous un grossissement, il devient, facile de reconnaître en quoi

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I!i HISTOIRE PAHTlCEl.lfcllE DES POISSONS, consiste la [MJlile élévation longitudinale. C'est une sorte de gros tuhe, de canal creusé dans l'épaisseur de l’écaille et qui soulève sa lame supérieure. La paroi inférieure du canal se termine avant le bord de l’écaille qui est écbancré, de façon <à ôter tout obstacle à l'écoulcmcnt du mucus ; le bord sinxirieur s’arrête beaucoup plus tôt en décrivant une courbe concave.

Chez la Perche, la tête s’incline depuis la nuque jusqu’au museau, en présentant un front plat et assez large. Les yeux situés à peine au-dessous du front, arrondis et de moyenne grandeur, avec l’iris d’un beau- jaune d’or, ont une remarquable vivacité, surtout lorsque le Poisson s’agite. Les mâchoires presque égales et un iveu protractiles, particulièrement 'la mâchoire supérieure, sont garnies de dents en velours, for-

Fig. 11. — Tête et portion uiiturieure du corps de la l^erche de rivière

mant une large bande qui se rétrécit en arrière. ,\u palais, le vomer fait une saillie, couverte sur un large espace de dents semblables ; de chaque côté, il y en a une longue rangée sur l’os

‘ On a représenté Tanimal avec la boiirlic Irés-ouvcrle, afin de mettre en évidence les petites dents en velours, la forme de l’os maxillaire et les sept rayons de la membrane branchiostége.

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