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ner cette appellation et en proposer une nouvelle pour le Poisson dont nous allons nous occuper. Deux motifs, qui sont loin d’ùtre sans valeur, poussaient sans doute notre grand natura-
Fig. }G. — L'Fpinoche aiguillonnée, de grandeur naturelle
liste vers cette résolution. D'abord, le nom d'Kpinoclie aiguillonnée * s’applique d’une manière aussi heureuse à toutes les espèces du genre; ensuite, pouvait-on être bien sûr de rapjiortcr ce nom au Poisson que le premier auteur avait eu sous les yeux?
Sur le premier point, aucune objection n't'St possible, toutes les Epinoclies connues sont parfaitement aiguillonnées. Relativement au second, si la certitude absolue manque, il semble du moins fort peu doiiteuv que Linné ait surtout connu l'espèce abondante dans le xoisinage de la mer, celle dont nous allons esquisser le portrait. 11 y a un si grave inconvénient à ne plus appeler un animal comme il est appelé dans une foule d’oux rages.
Valcricienncs, Hiitoirt naturelU des Pcisaons, I. IV, p. 4SI, pl. .XO'III, flg. I (1820). — Yarrcll, British Fishes, vol. I, p. 7f) (1836). — Gmterosteus aeuleatm, licckel und Kner, Sfissuiauerfisclie der àstreichischen Monarchie, p. 38 (1838).
' Dans celle figure comme dans les suivantes, on a teinté sculcmenf les parties osseuses, alin que les caractères apparaissent av ec toute la netteté possible.
• Gnsterostens aculealua.
21fi HISTOIRE PAHTICUI.IÉRE DES POISSONS, que je n’hésiterais pas à conserver le nom donné par Linné, même dans le «is où il me serait démontré une confusion de plusieurs i‘spèces dé la part de nilustre Suédois. Je pense qu'il n’a pas eu lieu de faire cette confusion, alors toute hésitation me paraît superflue.
Les dilférentt's É[iinoches ont les mêmes formes élégantes ; elles ont toutes des couleurs vives plus ou moins variées et agréablement nuancées; mais celle qui a été particuliérement signalée par les anciens auteurs, l’emporte sur ses voisines. Sa taille est un peu plus grande et la brillante armure dont elle est revêtue depuis la tête jusqu’à l'origine de la queue, lui donne un éclat presque incomparable. Si l’Épinoche aiguillonnée avait la dimension d'une Perche, ce serait aux yeux de tout le monde un des plus beaux Poissons; elle est petite, personne ne la regarde.
Notre Éiiinoche aiguillonnée, dans ses plus magnifiques proportions, ne dépasse guère une longueur de 0™,07, mesurée de la bouche à l’extrémité de la queue. Les mâles mêmes n'atteignent jamais beaucoup plus de 0“,03 à 0",06, et leur corps est toujours un peu plus effilé que celui des femelles. Il faut, du reste, attacher peu d’importance à la forme plus ou moins élargie de l’animal, car cet élargissement varie suivant l’âge et suivant le volume des laitances et des ovaires.
Ce Poisson brille d’un vif éclat pendant la vie ; sa tête et tonte la région dorsale sont d'une couleur vert de mer avec des marbrures plus foncées; les plaques qui constituent l’armure participent de cette nuance dans leur portion supérieure, mais, dans le reste de leur étendue, elles ont le brillant métallique de l’argent. Des stries qui les parcourent produisent de charmants effets de lumière, et ce joli miroitageest encore rehaussé
par la présence de tout petits imints noirs. La partie inférienre du corps est d'un blanc d’argent pur avec le bassin et l’origine des nageoires passant nu rouge vif, comme chez les autres Épinoches à l’époque du frai.
La coloration est d’importance secondaire ; c’est sur des caractères plus essentiels qu'il convient de s’arrêter. L’Épinoche aiguillonnée est du reste facile à reconnaître entre toutes les espèces de la France, à la cuirasse qui s’étend sur toute la longueur de , son corps; cuirasse formée d’une suite de plaques osseuses, ayant chacune son bord antérieur recouvert par le bord postérieur de la précédente, et offrant en arrière, [Knir la plupart, une saillie triangulaire plus ou moins prononcée à l’endroit de la ligne latérale.
On compte trente, ou trente et une de ces plaques, depuis l’épaule j\isqu'à l’origine de la queue ; la première tr&s-petitc, la seconde ovalaire, la troisième à jveu près de la môme longueur, unie à la plaque dorsale qui supporte la première épine, les suivantes couvrant entièrement les cùtés. Los quatrième, cinquième et sixième sont rétrécies vers leur extrémité inférieure, qui se trouve en partie cachée sous la brandie montante du bassin. La septième est articulée comme la précédente avec la plaque dorsale qui porte la seconde épine; les autres, jusqu’à la dix-huitième ou dix-neuvième, encore très-longues, laissent-à nu le bord supérieur du corps, au-dessous de la nageoire dorsale, et la partie inférieure du ventre, au-dessus du bassin et de la nageoire anale. Les suivantes deviennent de plus en plus petites, et les cinq dernières, qui sont fort étroites, constituent sur la région caudale une carène très-saillante.
11 serait sans utilité d’entrer dans plus de détails sur les proportions des différentes pièces dont est formée l’armure de
218 HISTOIfU; PAUTICCUÈRE DES POISSONS, notre grande Épinoche; la figure en donne une idée plus exacte que ne le ferait une description trop minutieuse.
Dans la détermination de toutes les espèces du genre, il importe de considérer attentivement les particularités offertes par les épines du dos et du ventre. Chez l’Épinoche aiguillonnée, les deux grandes épines dorsales, assez longues et remarquablement eHilécs, sont garnies sur leurs bords, de dentelures aigués, nombreuses et presque régulières. La première, plus élargie que la seconde à sa base, affecte seule la forme conique, qui est, en général, plus prononcée encore dans les espèces voisines.
t*' ÿpiae 3* épioe Puinle «eotrale du ilorMie. duraalc. c6i< droit.
Fig» 37. — Let épines de l’I^pinocbe aiguiUonni'e.
Le prolongement postérieur du bassiu est souvent aussi très-caractéristique. CliezrÉpiuochc aiguillonnée, cette portion de la cuirasse ventrale se rétrécit bien graduellement jusqu’à l’extrémité, qui est obtuse, et figure de la sorte un c>ône trèsallongé.
Les épines ventrales longues et fort aiguës présentent un élargissement considérable à leur point d’insertion avec le bassin. Finement crénelées tout le long do leur Ivord inférieur.
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elles offrent, sur le bord supérieur, des dentelures à pointe acérée, très-rapprochées les unes des autres.
Plusieurs naturalistes ne croyant pas devoir attacher d'importance au nombre des plaques osseuses des Épinoches, ont pu croire que la présence ou l’absence de ces pièces dépendait soit de l'â^je, soit do la saison. Il était donc essentiel de s'assurer si les caractères de l’espèce ne variaient pas, suivant les périodes ou suivant les conditions de la vie de l'animal. L’examen comparatif do beaucoiqi d’individus d’Ûge différent n’a jm laisser subsister le moindre doute à cet égard. Chez de fort jeunes individus, n’ayant pas la moitié de la taille des adultes, nous avons trouvé la série des plaques constituant r'armure, tout à fait conqilète. Seulement ces plaques, un peu plus courtes sur la région abdominale, avaient leur bord postérieur un peu plus sinueux.
D’un autre côté, les épines du dos et du ventre de ces petits individus étaient déjà semblables à celles des [dus grands. Il est certain ainsi que tous les caractères de l’csivèce apparaissent longtemps avant que la cniissance de l'animal soit achevée.
L’Épinoche aiguillonnée habite les ruisseaux, les étangs, les mares peu éloignées de la mer. En France, on n’a rencontré jusqu’à présent ce Poisson, que i>rès des côtes de la Normandie et delà Picardie. Les|)lus beaux individus que j’ai obtenus ont été pris par .M. de L’Hôjiital, professeur au Lycée de Caen, à peu de distance de cette ville, dans les ruisseaux de Donneville en face du Maresquet. C’est également de cette partie de la France que M. Eudes Deskmgchamps, actuellement doyen de la Faculté des sciences de Caen, en adressa, il y a au moins trente-cinq ans, à .M. Cuvier, de nondjreux individus qui figurent encore aujourd'hui dans les collections du Muséum d’his-
220 HISTOIRE PAHTICL’LIÈHE DES POISSONS, toire naturolle do Paris. M. Bâillon, d’Abbeville, avait recueilli aussi cette espèce, près du Tré()ort, dans un lac saumAtre, nommé le Hable d’Ault, situé à rembouchure de la Somme. De mon côté, je l’ai prise à quelques kilomètres du Havre, aux environs de Harfleiir, dans la rivière de Gournay et dans les ruisseaux qui tombent dans la Lézarde.
L'Épinoebe aiguillonnée est commune dans le nord de l’.\llemagne, elle abonde dans les étangs des environs de Berlin et près des côtes do la Prusse orientale. Suivant toute apparence, elle n’existe pas sur la plus grande étendue de l’Allemagne. D’après le témoignage de MM. Heckel et Kner, il n’y a pas d’Épinoches dans la région que traverse le Danube ; mais notre espèce entièrement cuirassée se rencontre dans le voisinage de la mer Noire. Elle se trouve également en Angleterre, dans la Scandinavie, et môme au Groëuland.