I.’ÉPINOCHE DEMI-ARMÉE
{CASTKHOSTEfS SE)IIAR)l.\Tr!« ’)
Cette espèce a une forme au moins aussi massive que l’Épinoche aiguillonnée et une taille souvent presque égale. Son opercule est plus court cl d'une forme qui s’éloigne peu de celle de l’oi^rcule de l'Épinoche ueustrienne. Son armure latérale, composée de treize ou quatorze plaques osseuses, ne s'étend pas au delàdii niveau du troisième ou du quatrième rayondc la nageoire
Fig. âl. — L'Kpiiioclie üemi'armce de grandeur nulurelle.
dorsale, à peu près comme sur l’espèce précédente, mais la carène postérieure est beaucoup plus grande que chez celle-ci, et elle est précédée de trois écailles ou petites plaques non carénées. Les deux premières épines dorsales sont très-caractéristiques ; d’une longueur médiocre, relativement au volume du corps, elles sont larges à leur base et pourvues sur les bords de dentelures fortes et irrégulières. Le prolongement postérieur du bassin est d’une forme très-semblable à celui de l’Épinoche aiguillonnée. Les pointes ventrales, très-élargies à leur origine,
' Cuvier et Valenciennes, Biiloire naturelle des Poissons, l. IV, p. 493 (IS29).
ÉPINOCHF.S.
ont leur bord supcrieur pourvu de dentelures fort aigiiPs. L’Éiiinoche demi-ann6e réunit un ensemble de caractères qui ne permet de la confondre avec aucune de ses congénères.
Elle se trouve aux environs du Havre; elle habite également le voisinage des côtes du département de la Sonime, où M. Haillon en a pris dans la petite rivière de Uraie, à peu de distance d’Abbeville, des individus qu’il envoya à Cuvier, et qui sont aujourd'hui conservés dans les collections du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
1,’ÉPINOCIIK A yllEl E I.ISSE
(CAbTKROSTEUS I.EICRrs ')
L’Épinoche à queue lisse est la seule espèce du genre'observée jusqu'à présentau.v environsde Paris. On la prend dans la Seine, et elle est assez commune dans les iHiisscaux et dans les mares
Fiy. 32. — L’Kpinoche à queue lisse, de grandeur naturelle.
(jui existent encore dans les alentours de la capitale, où ruisseaux et mares sont devenus fort rares.
Cette Épinochc est facile à distinguer de celles qui viennent d'ètre décrites. En l'examinant, on s’étonne que les zoologistes
' Euvicr et Valenciennes, Hhtoire naturelle des Poissons, t. IV, p. 4.S1- 4S7 (1829).
Rlanchard. 1 5
HISTOIRE l‘ARTICn.lÈllE IIES F'OISSONS.
aient pu la confondre habituellement avec rÉpinoche aiguillonnée. Il en a pourtant été ainsi de la part de presque tous les auteurs. Cuvier, le ])renTier, a indiqué ses caractères, et après Cuvier encore, les uns n'ont pas su voir, les autres ne l'ont pas voulu, et la confusion a jiersisté dans la plupart des ouvrages.
L’Kpiiioche à queue lisse, dont rarniure est fort ri'duite coiuparafivement h celle des esj>è<‘es pn'‘cédentes et surtout à < elle de rfipinocheaifruillonuéc,n'a pas tout à fait le même éclat, et d'ordinaire, elle a des proportions plus modi'stes, sa taille ne déjiassant guère 0“,04 h 0",0.'). Ses plaques latérales, limitées à la région thoracique, sont seulement au nombre de six, et comme l’avortement de la dernière est assez fréquent, chez beaucoup d'individus, il n’existe que cinq de ces plaques; une première, toujours petite, située en arrière de l'épaule et compli’ li‘mcnt détachée; une seconde, ovalaire, unie comme la suivante à la plaque dorsale qui jvorte la première épine; puis, trois autres, longues, ayant leur iiortion inf-rieure cachée par la branche montante du bassin ; enfin, après celles-ci, une dernière souvent aussi développée que les précédentes, mais jiouvant être nidimentairc ou même manquer en totalité.
S’il s’agissait simplement de founiir le moyen de ne jamais confondre l’Épinochc à queue lisse avec les espèces dont l’armure couvre le coriis en entier ou au moins en grande partie, il ne serait pas d’une utilité absolue d’examiner minutieusement d’autres détails caractéristiques, mais il en est autrement. Plusieurs Ivpinoches ont une armure presque semblable h celle dont il est question en ce moment, et néanmoins, comme elles offrent des particularités constantes, elles doivent eu être distinguées,
Le» deux premières épines dorsales et l'épine ventrale servi-
ÉPINOCIIKS. ■ 227
ront souvent (]p la manière la plus heureuse pour eette distinction. Cc8 épines présentent en efTet sur chaque espèce des caractères propres dont la persistance et par suite la valeur caractéristique ont été appréciées par la comparaison de centaines d’individus de tous les âges.
Les épines dorsales de l'Épinoche à queue lisse, médiocrement larges à leur base, sont régulièrement amincies jusqu’au bout,
épitie Kpiae Poiuic
dorsale. dorsale. Teu'ralr.
Fig. 33. — Kpines de l'Kpinot he à queue lisse.
qui forme une pointe acérée. Klles sont pourvues des deuv côtés de dentelures aiguPs, assez fort(>s, au nombre de sept ou huit, mais vers l’e.vtrémilé, leurs bords latéraux devietinent lisses. Les pointes ou épines ventrales, assez longues, sont finement et régulièrement crénelées sur leur bord externe, tandis que sur leur bord iutçrne, elles ont quelques dentelures irrégulières bien prononcées.
Il est encore une infinité d’autres détails co’ncernant la tête, l’oi>ernde, le bassin, qui pourraient être signalés ; setdeineul, il s’agirait de préciser des nuances dans les formes; on parviendrait difficilement à le faire, à l’avantage du h'cteur. C’est un motif pour y renoncer.
L’Épinoche à queue lisse, d’une couleur verdAtre avec des
2iR iiiSTüiHE i>artici:liéke oes poissons. teintes très-sorabres, figurant dos bandes transversales; déterminées d’une façon très-vague, et d’ailleurs assez variables, est jiüintillée de noir,, à l'exception des parties inférieures de son corps, qui ont le brillant de l’aident.
Ce n’est {ws seulenientdans la Seine et dans les ruisseaux des environs de Paris que se rencontre celte esi>èoe ; elle est commune également dans les régions du nord, de l’est et du centre de la France.
Elle est fort abondante dans le département de la Seine-Inférieure; j’en ai pris en grand nombre à .Montivilliers et dans les ruisseaux de Gournay.
M. Bouchard a recueilli et m’a envoyé des masses considérables de l’Épinoche qui vit dans l’Epte et dans tous les ruisseaux des environs de Gisors. Tous les individus provenant do cette localité avaient une nuance ]>lus jaune que ceux qui avaient été péchés aux environs de Paris. Cette circonstance me portait déjà à les examiner avec la plus sérieuse attention ; et, comme, chez quelques-uns d’entre eux, les dentelures latérales des éjiines dorsales m’avaient paru un peu plus nombreuses, et les dernières plus fortes, je supjio.sai d’abord avoir sous les yeux une espèce particulière; mais une observation minutieuse m’a conduit à no voir dans ces légères différences que des variations individuelles. La coloration, en effet, est peu de chose; on sait qu'elle devient plus vive à l’époque du frai; et, quant aux dentelures des épines, des comparaisons multipliées suffirent h me convaincre que leur développement était, dans certains cas, un peu plus considérable qu’à l’ordinaire.
L’Épinocbe à queue lisse est extrêmement abondante dans les ruisseaux des départements du Nord. .M. le professeur L.aeazeüutliicrs en a recueilli à mon intention des centaines d’indivi-
ÉPISOCIIES. S2!t
dus au« alentours de Lille. Leur ooloration lrès-^i\e, leur ponctuation très-prononcée jusque vers la région ventrale du corps, devaient engager à bien constater si l’on observait des particularités dans les formes. Après l’examen le plus scrupuleux, il devait rester la certitude que ces Épinwhes du dé])artement du Nord appartenaient à l’espèce à queue lisse, que leur aspect un peu particulier était dû simj)lement à des détails de coloration sans importance.
L’ÉpinocIie è queue lisse se trouve seule dans les niisseaux des .Ardennes, où j’en ai péché de protligicuses quantités, à quelques lieues de Mézières,en compagnie du docteur Daudelol.
Des individus, pris aux environs de Metz, étaient remarquables par leurs marbrures noires très-prononcées, sans offrir, du reste, aucune différence avec ceux dont la coloration est plus claire.
M. Géhin, l’habile entomologiste, bien connu par diverses publications intéressantes, en a recueilli au commencement de novembre, à Charmes, dans les Vosges, oii ce Poisson est connu sous le nom de Pingué. Tous ces individus étaient fort petits ; c’étaient des jeunes de l’année, qui présentaient également tous les caractères de l’Épinoche à queue lisse.
Le mémo naturaliste en a récolté encore dans un affluent de la Nied, près Bouzonville. Ceux-ci étaient en général couverts de points noirs très-serrés et assez gros pour ressembler à de petites tacdies. C’est la seule particularité qu’ils aient offerte.
M. Godron, le doyen de la Faculté des sciences de .Nancy, m’a fait panenir, en grand nombre, des ftpinoches îi ([ueuc lisse, pécbées dans la Meurtho ou dans les ruisseaux qui se jettent dans cette rivière. Elles ne présentaient aucune différence avec celles des environs de Paris. A la vérité, des individus de petite
230 IIISTOIHK PAHTICtUÈlU; I»ES POISSONS.
laille, a\aient les dentelures des épines dorsales très-faibles. A défaut d’autres caractères, il n'était pas possible d’attacher d’importance à cette jwirticularito.
Dos indi\idus recueillis aux enxironsde Strasbourg par le savant M. Lereboullet, avaient en général les dentelures de leurs épines dorsales plus prononcées et plus aiguës que chez les indix idiis des environs de Paris. Mais on a déjà vu qu’il pouvait y avoir à cet égard de légères variations.
J’ai comparé à nos Épinoches de la Seine, et à celles du nord et de l’est de la France, des individus de l’Auvei’gno pris dans la Scoule à Ponjibaud.'^les derniers ne m'ont rien offert qui mérite d’étre mentionné.
L’Épinochc à queue lisse est donc n’panduc dans une très^ grande partie de la France, comme le prmivent les foits qui viennent d’étre rapportés. Nous savons que cette espèce existe aussi de l’autre cètédu Rhin, spécialement dans la région arrosée par le Neckar et qu’elle n’est pas rare en Angleterre ; mais jusqu’à présent, il y a lieu de croire qu elle manque dans nos départements méridionaux. L’Épinoche àqueue lisse peut offrir quelques variétés dans les nuances, ce qui déjicnd sunsdoute,àla fois, de l’Age, de la saison, de la nature des eaux. Kilo peut présenter quelques différences dans les dentelures des épines, sans que le caractère général de ces épines elles-mêmes soit néanmoins vraiment altéré, (l’est à cela que se réduisent à peu près, les variations de l’Épinoche la plus n'qiandue en France.
• ÉHIiNüCHES.
‘I.’ÈPINOCHE DE BAII.I.ON
(CASTEROSTF.l'S BAll.UtM)
• Voici une espèce ipii, étant très-voisine de l’Épinoclie à queue lisse, nous semble, cependant, eu être très-distincte. Nous l’avons étudiée sur des individus recueillis aux environs d’Abbeville par M. Bâillon, et qui depuis longtemps sont classés dans la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris. 11 n’en est fait aucune mention dans l'ouvrage de M.\I. Cuvier et Valenciennes. Ces Poissons ont une taille que nous n’avons jamais vue atteinte par l’Épinoche à queue lisse ; leur taille est celle de l’Épinoche aiguillonnée, 0“,06 à 0“,07. Très-colorés sur le dos et même sur les régions latt-rales, avec de nombreux points noirs assez régulièrement distribués, ils ont les parties inférieures du corps tout à fait argentées.
L'Épinoche de Bâillon est pourvue d'une armure très-semblable à celle de l’espèce précédbnte, mais les épines du dos et du ventre diffèrent d’une manière bien notable. Les premières,’ aussi petites que dans l’Épinoche à queue lisse, malgré la taille beaucoup plus grande des individus, sont bien graduellement amincies de la base au sommet, et au lieu d'être pourvues de dentelures latérales aiguës et plus ou moins irrégulières, elles sont, au contraire, finement denticulées sur leurs bords. La i«iiule ventrale est également caractéristique ; plus longue, plus épaisse proportionnellement que nous ne l’avons jamais vue chez aucun individu de l’Épinochc à queue lisse, clic se fait remarquer |var les dents fortes, coniques et très-régulières qui garnissent son bord interne.
Diverses [wrticularités dans les formes de l’opercule, du bas-
232 IIISTOlUK PAUTICIM.lfiRI-: DïS POISSo.NS.
sin, etc. pDiirraieiit encore l'tre inJiqmVs, mais il serait tlifficile
do les l'aire ressortir d’une manière assez précise dans ia de^-
le* épiae i* épioe Pointe
•tonale. dorule* venirj'e.
Fiÿ. 31. — KpiridH de nî|iin(M'he de Haillon.
cription|K)ur que ces détails contribuent sûrement à mieux faire reconnaître l’espèce.
Nous iffiiorons la nature des eaux dans lesquelles a été prise l’Èpinoche de Bâillon. Il y aurait pourtant intérêt à être renseigné sur ce point, ce qui notis engage à appeler de ce cêté l’attention des observateurs qui habitent le département de la Suinme. Il y a certaine" pr.ibabilitê que cette grande Épinoclie habite les eaux saumûtres. Ceci expliquerait comment elle peut ne se trouver que dans des localités restreintes.