LA I.OTE COMMUNE
(IXITA VeiCABlS ')
La Lote est de tous les Poissons de nos eaux douces, l'un des plus étranges par son aspect. Son corps fort allongé est prt>sque cylindrique dans toute sa portion antérieure; il ne devient comprimé latéralement que dans sa moitié postérieure. Ce corps toujours imprégné de mucilage pendant la vie, est entièrement couvert de très-petites écailles arrondies et cnntiguPs, à peine distinctes à la vue simple. Il est en général d’un vert olivâtre clair, avec des taches ou des ondes irrégulières d’un brun verdâtre foncé, répandues sur toute sa surface à l’exception de la région ventrale. La coloration de la Lote est du reste tn's-variable, suivant l’âge et suivant les localités. Dans les eaux transparentes des lacs, ce Poisson affecte des teintes claires et assez vives ; il prend au contraire, dos teintes sombres dans les
’ Gadus Loin, Linné, Syitemn nnturtr, édit. XII, p. 440; 1706. — Jurinc, Uisloire des Pomons dn lac Léman, in Mémoire» de ta .Société de phyiiyiie et iVhi»loire naliirelle, t. III, I" partie, p. 148, pl.2. — Lola vulgarii, Cuvier, Règne animal, i. ll,p. 215; 1820. — Yarrell, Rrilish Fislies,t. Il, p. 267; 18S6. — lleckel et Knor, Die Sûsuoasterfische der ôi'.reichischen Monarchie, p. .713 ; 1858. — Siebold, Die SDiswaiserfische von Milteleuro/ia, p. 73 ; 1803.
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rivières dont l’eau est limoneuse. Si l’on doit s’en rapporter à une assertion de Jurine, l'iiistorien des Poissons du lac Léman, les individus pèches à de grandes profondeurs, seraient toujours pluspAles que les autres. Dans tous les cas, les très-petits individus sont à peu près constamment plus colorés que les vieux.
La Lote est bien connue des pêcheurs de la plupart de nos départements, qui la désignent presque partout sons le nom aujourd’hui adopté dans la science. En quelques endroits cependant, on l’appelle des noms de Mustile et de HarboUe. .\ Strasbourg, on la nomme dénomination fort différente
de celles de Rutte et de Quappe, usitées en Allemagne.
La ligne latérale, chez la Lote, partage pour ainsi dire chaque côté du corps en deux moitiés ; elle semble courir dans une dépression qui est souvent assez marquée. Elle est formée d’une suite de petits tuyaux membraneux.
La tête de ce Poisson est déprimée et fort large en dessus, en grande partie couverte de très-petites écailles, avec les mâchoires égales et arrondies, les yeux ronds, très-saillants, placés au niveau du front. L’iris est d’un vert doré. Lorsqu’on examine cette tête en dessus, il est presque impossible de ne pas lui trouver quelque chose de la physionomie du chat ou de la loutre, ce qui provient de sa forme large, et surtout de l’aspect des yeux. L’unique appendice charnu tombant de la m&choire inférieure contribue encore à donner à la tête de la Lote une physionomie étrange.
Vers le tiers antérieur du corps s’élève la première nageoire dorsale formée de douze à quatorze rayons ; celle-ci, fort i>etite, est suivie de la seconde dorsale qui n’a pas moins de soixantedix à soixante-quinze rayons. Ces nageoires d’une hauteur trèsmédiocre et presque égale dans toute leur étendue, participentdc
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27* HISTOIHE PARTICULIÈRE DES POISSONS, la teinte génOralc du corps et {>résentent également des taches brunes bien marquées.
Les nageoires pectorales, de forme arrondie, ont de dix-huit à vingt ou vingt et un rayons ; les ventrales n’en ont que sept, et
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comme l’un d’eux, le troisième, est beaucoup plus long que les autres, elles ont l’apparence de languettes, surtout lorsque le Poisson est tiré hors de l’eau.
La nageoire anale est remarquable par son extrême longueur ; elle commence exactement en arrière de l’orifice anal qui est situé au-dessous de l’origine de la seconde dorsale, et elle s’étend jusqu'à la base de la queue, formant ainsi une bordure inférieure comme la dorsale figure une bordure supérieure au corps du singulier Poisson. Cette nageoire un peu moins haute que la dorsale n’a pas moins de soixante-six à soixante-douze rayons et le plus souvent soixante-dix.
Les nageoires inférieures ont des mouchetures plus ou moins nombreuses, mais en général plus petites que celles des nageoires du dos.
La nageoire caudale, formée d’une quarantaine de rayons, entoure l’extrémité du corps et présente un contour remarquablement arrondi. Elle est aussi plus ou moins tachetée de brun.
La conformation intérieure de la Loto offre beaucoup de particularités. Les vertèbres sont très-épaisses; on en compte vingt et une au tronc, {wrtant de longues apophyses transverses qui remplacent les côtes et trente-huit à la queue. L'œsophage et l’estomac sont fort larges et [Knirvus de jilis longitudinaux. L’intestin forme deux replis et il y a environ trente appendices pyloriques. La vessie est grande et munie de parois épaisses. Le foie est volumineux et trilobé.
La Lote est répandue dans la plus grande partie de la Franco ; nous ignorons, cependant, si elle existe dans tous nos départements méridionaux. On la trouve dans Unis nos cours d’eau de l'Est, mais nous ne croyons pas qu’on la pêcbc jamais en très-
27B mSTOfllE PARTICULIÈRE DES POISSONS, grande abondance dans aucune rivière de France. Elle est extrêmement multipliée au contraire dans les lacs de la Savoie, le lac du Bourget, le lac Léman, etc.
D’après une tradition toujours vivante à Genève, la Lote n’aurait pas toujours existé dans le lac Léman, elle y aurait été introduite il y a quelques siècles. Si le fait est vrai, il y a là un magnifique exemple d’acclimatation, car ce Poisson pullule aujourd'hui dans les eaux du lac. Pendant un séjour à Thonon, j’accompagnai souvent des pécheurs qui le matin allaient relever des centaines de lignes de fond tendues la veille au soir. Souvent on tirait sans interruption trente ou quarante lignes auxquelles était accrochée une Lote.
On pèche ce Poisson à peu près dans toutes les rivières comme dans tous les lacs, en .Mlemagne, en Danemark, en Suède, en Russie, en Sibérie. Il existe aussi, sans être abondant, dans beaucoup de rivières de l’Angleterre ; mais les naturalistes do ce pays assurent qu’on ne le trouve ni en Ecosse, ni en Irlande.
La Loto atteint parfois une assez grande taille et un poids considérable ; la plupart des individus, néanmoins, ne dépassent guère 0",30 h 0”,.'î0. On assure pourtant qu’on en voit ayant un mètre de long et un poids de 3“', .3 à 4 kilogrammes et même bien davantage; il est écrit en plusieurs endroits qu’on en pêche dans le Rhin du poids de 12 à La kilogrammes; un individu pesant 21 kilogrammes aurait été vendu à la ville de Strasbourg, moyennant la somme énorme de 600 francs pour un déjeuner que la capitale de l’Alsace offrait au roi Charles X. Mais ce sont là dos exemples bien rares, en admettant que l’exagération n’ait point eu sa part dans ces diverses assertions.
La Lote est un de nos Poissons les plus voraces ;-ellc consomme en grande quantité des vers, des insectes, des mollus-