‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 46 sur 132 · LA FAMILLE DES CYPRINIDES · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DES CYPRINIDES

(CYI'RIMD.*)

Les Cj'prinides forment la foule de nos Poissons d’eau douce, foule qui n’a cessé d’offrir les plus graves difficultés pour les naturalistes. Il y a dans cette famille des séries d’espèces si voisines les unes des autres, qu’on n’est pas toujours parvenu jusqu’ici à les caractériser d’une manière précise. On a eu recours aux proportions du corps, et ces proportions sont variables dans chaque espèce. On a pensé avoir trouvé un moyen infaillible de distinguer les espèces par l’observation des dents pharyngien-

278 HISTOIHK PAHTICLI.IÈHK DES POISSONS, ncs. Pour observer ces dents, il faut soulever l’opercule et les détacher avec dextérité ; de là, une petite dilTiculté, et la ressemblance des dents pharyngiennes chez des espèces différentes, leur variabilité suivant l'àge dans la même espèce, peuvent devenir encore des sujets d’incertitude ; cependant elles fournissent des caractères d’une certaine valeur.

Les Cyprinides, étudiés dans toutes leurs parties extérieures, peuvent être certainement distingués, si l’on ne néglige aucune de leurs particularités si>écifiques.

Examinons d’abord leurs caractères communs.

Ces Poissons ont toutes les parties de la bouche privées de dents, tandis que les os pharyngiens en sont constamment pourvus ; ils ont le bord de la mâchoire supérieure formé par les os interraaxillaires, une seule nageoire dorsale, les nagæires ventrales attachées en arrière des pectorales, un corps écailleux, la membrane branchiostège avec trois rayons aplatis.

La famille des Cyprinides se partage d’une manière très-naturelle en deux tribus : les ComiiNEs {Cobitinæ), caractérisées par la tête petite, les ornes peu fendues, les dents pharyngiennes nombreuses, en pointe aiguë, et les Ctprijunes (Cy/)rini«®), dont la tête est relativement assez forte, les ouïes plus largement ouvertes, les dents pharyngiennes fortes et peu nombreuses.

A la première tribu se rattache seul, parmi les Poissons d’Europe, le genre des Loches; à ja seconde tribu appartiennent tous les autres Cyprinides. Ces derniers, qui le plus souvent ont le corps couvert de grandes écailles, ont été divisés en un grand nombre do genres; ceux dont nous traitons en premier lieu se distinguent par des caractères extérieurs faciles à saisir; ceux qui suivent, appelés vulgairement. les Poissons blancs, SC ressemblent au contraire d'une manière ex-

LOCHES

Irêine par leurs formes extérieures, et l’on a eu recours à leurs dents pharyngiennes pour établir des distinctions. .Après un mûr examen, nous avons reconnu qu’il était avantageux d’adopter la plupart des genres établis sur les seuls caractères tirés du nombre et de la forme des dents pharyngiennes; autrement on arriverait à une confusion générale des espèces.

LE GENRE LOCHE (coBiTis, Linné)

Les Loches ont le corps allongé, couvert d’écailles très-jvetites, souvent presque Imperceptibles à la vue simple; les lèvres épaisses, entourées d'appendices charnus ou barbillons ; des dents pharj ngiennes nombreuses, disposées de chaque côté sur une

seule série ; l’ouverture des ouies peu fendue, ouverte seulement jusqu’à la nageoire pectorale. Ces Poissons ont une vessie natatoire logée dans une capsule osseuse formée aux dépens de la première vertèbre.

Nous avons en France trois espèces de ce genre.

Les Loches présentent un fait physiologique des plus remarquables. Chez ces animaux, la respiration branchiale paraît être insuflisantc et le canal intestinal doit remplir la fonction d’un second organe respiratoire. Les Loches, venant à la surface de l’eau, avalent de l’air par la bouche, et cet air, expulsé ensuite par l’orifice anal, se trouve converti en gaz acide carbonique. Des expériences à ce sujet, qui datent de I8U8, avaient été faites sur la Loche d’étang parErman, de Berlin • ; elles ont été reprises ensuite par G. Bisclioff, et M. de Siebold

* Gilberl’s Annalen dur Phynk, t. XX.'C, p. 1 40 ; 1 808.

280 HISTOIRE PARTICL'LIÉRE UES POISSONS, s’est assuré que le même phénomène a lieu chez les trois espèces du genre On sait aussi que les Loches, et surtout le Cobilis fossUis, émettent un bruit, une sorte de sifllement, mais jusqu'ici le mécanisme de cette émission n’a pu être bien étudié.

Page 1