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se plaisent à entretenir dans des vases ou des bocaux de cristal, pour le plaisir d’épier ses mouvements gracieux et agiles, de voir son corps si bien tacheté, si agréablement moucheté, si finement pointillé, miroitant de reflets dorés lorsque la lumière joue à sa surface, ou encore, de posséder un baromètre vivant. Dans l’opinion populaire, la Loche est très-habile à marquer les changements de l’atmosphère. Elle monte, en effet, vers la surface de l’eau, si l’orage se fait sentir. La cause de cette manœuvre, ignorée de beaucoup de personnes, est simple et témoigne, de la part du petit animal, d’un curieux instinct, peut-être d’une lueur d’intelligence. Dans les temps chauds et orageux, les insectes ailés volent, on le sait, en rasant la surface des étangs et des rivières, le petit Poisson se tenant à (leur d’eau, se trouve alors admirablement placé pour les liappcr au passage, (l’est du reste un instinct qui existe chez beaucoup d'espèces.
La Loche franche est certainement connue de tout le monde; mais comme, dans le langage vulgaire de différentes contrées, elle porte souvent un nom particulier, il ne sera pas inutile ici de rappeler des dénominations qui auront l’avantage de désigner de suite à tous les habitants de la France le Poisson dont il s’agit en ce moment d’écrire l’histoire.
En Provence, le mot Loche est à peine changé, on dit la Lochou ou la Lotcho.
Aux environsde Paris et dans plusieurs de nos départements, la Loche franche est appelée Barbette, désignation expressive, peignant émerveille l’une des habitudes de l’animal qui semble barbotter dans la vase. Barbette devient parfois on
Petit Barbol, la signification reste toujours la même.
Dans le département de Saône-et-Loire et dans quelques autres régions, c’est la Moustache, à cause des appendices qui
282 HISTOIKE PAHTICI'LIÉHE DES POISSONS, pendent autuiir de la bouche, üe Moustache est dérivé Muitelle usité en divers endroits, puis Moutelle qui esHe nom ordinaire de la Loche en Bourgoffne et en Champagne, modifié en Emouleiie el Amoulelle dans certaines localités du département de l’Aube. En Lorraine, par une autre modification, on dit la Afo~ teulU ou la Moteuille.
Sur les rives du lac Léman et dans une grande partie de la Savoie, la Loche porte le nom de Dormille qui devient EndormUle ou Endromille dans plusieurs cantons. Dans le département du Doubs, c’est la Linotte, appellation que les pêcheurs peu soucieux de la précision appliquent également au Chabot. Dans les département de l’Isère, c’est le Lanceron. En Alsace, c’est le Griinrf/j'ny, qui est aussi le nom du Goujon, et dans la Lorraine allemande le Gnmdel. Les Allemands disent Bartgrundel, ce qui signifie Goujon barbu.
La Loche franche n’a pas en général plus de 0*,08 à 0“,I0 de long. Quelques individus cependant, placés, sans doute, dans les conditions les plus favorables à leur existence et à leur accroissement, atteignent la taille de 0“,12 à0",15.
Chez cette espèce, le corps fort long, relativement à la hauteur, est presque cylindrique ; c’est seulement vers la région jxwtérieure qu’il demeure toujours un peu comprimé sur les côtés. La peau molle, qui semble entièrement nue à la vue simple, est d ’une couleiu" grise tirant plus ou moins sur le brun ou le verdâtre suivant les individus, et parsemée de taches d’un brun noir, se confondant les unes avec les autres sur la région dorsale, et formant ainsi sur le dos et la partie sui>érieure des flancs une teinte sombre plus ou moins nuancée, plus ou moins marbrée. Rien d’ailleurs de plus variable que ces taches, tantôt confondues, tantôt séparées, figurant les ondes ou les treillis les plus
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capricieusement dessinés. Vers les parties inférieures du corps, les taches sont plus isolées et forment des dessins irréguliers qui finissent par se perdre dans la couleur générale du fond, car ces taches sont constituées par des points noirs plus ou moins écartés. A la vue simple, la peau de la Loche, toujours plus ou moins enduite de mucosité, paraît entièrement nue, mais avec le secours d'une forte loupe on aperçoit des écailles d’une extrême petitesse implantées sur toute la région dorsale et les flancs; la poitrine et la partie ventrale, seules, en sont dépourvues. Ces écailles
Fig, S3. ~ Portion de la peau de la Loche franche, montrant une partie de la ligne latérale et quelques écailles.
sont de petites lames d’une extrême minceur et dont les stries ne sont pas fort nombreuses. La ligne latérale presque droite, depuis la tête jusqu’à l’origine de la queue, est formée d’une suite de petits tuyaux membraneux très-apparents sur les individus d’une taille un peu forte.
La tête est massive et en général obtuse à l’extrémité ; il existe néanmoins à cet égard quelques légères différences individuelles. La bouche située en dessous par suite de la brièveté de la lèvre inférieure est transversale et assez petite. Cette bouche est accompagnée de six barbillons ou appendices charnus :
2S4 HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, quatre au-dessus de la lèvre supérieure, rangés en une seule série, dont les internes moins longs que les externes et un peu plus grands que les autres à chaque angle de la bouche. Ces appendices servent à l'animal à fouiller dans la vase et à saisir les insectes et les vers dont il fait sa nourriture. L'œil, trèspetit, placé à peu près à égale distance de l’extrémité du museau et du bord postérieur de l’appareil operculaire, a l’iris bleuâtre.
Les nageoires sont petites et arrondies ; la dorsale s’élève au milieu du dos, offrant une couleur grise ou jaunâtre et des taches brunes bien marquées, disposées le long des rayons ; elle a dix rayons, les deux premiers simples, les autres rameux. Les pectorales, de forme ovalaire, tachetées â la face interne, ont quatorze rayons ; les ventrales, fort petites, en ont huit.
La Loche franche est commune dans toutes les parties de la France. Nous en avons réuni un nombre d’individus immense, provenant de la plupart de nos départements, dans le but de reconnaître s’il n’y avait pas des espèces particulières à certaines régions. Entre les individus des plaines et des montagnes, du Nord et du Midi, aucune différence essentielle n’a pu être constatée. Du reste, la Loche franche abonde également en Angleterre, en Allemagne et paraît être répandue dans une très-grande partie de l’Europe.
Cette espèce se plaît parliculièrement dans les ruisseaux; on la trouve aussi dans les grandes rivières et dans les lacs, mais alors elle se tient près des rivages où les eaux sont peu profondes. Très-craintive, elle se réfugie habituellement sous les pierres ou entre les roches. Sa nourriture consiste surtout en insectes, en vers, en petits mollusques, qu’elle attire à l’aide de ses barbillons. Elle fraye pendant les mois de mars et
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d’avril ; la Loche se montrant alors plus volontiers qu’à l’ordinaire , les pécheurs profitent souvent de l’occasion pour la prendre avec des nasses.
Ce Poisson dont les œufs sont très-petits est d’une remarquable fécondité. Sa chair grasse, délicate, est fort estimée ; aussi, en certaines contrées, on engraisse les Loches dans les canaux avec du sang caillé, et en quelques endroits, des fossés ou des viviers sont établis pour les conserver.