‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 61 sur 132 · LA ROUVIÈRE COMMU.NE · texte numérisé non relu

LA ROUVIÈRE COMMU.NE

(«HODECS AllARUS ')

Voici un très-gentil Poisson fort commun dans nos rivières, que l’on prendrait volontiers pour une toute petite Carpe ou mieux pour un petit Carassin, si l’on ne faisait attention qu’à la forme élargie du corps et à la coloration générale. On nomme \ulgairement ce Poisson, la Bouvière. Pourquoi ? Nous l’ignorons. Duhamel, l’auteur du 7’r«iVrfrfe*j»^cAes,ditquelenom lui \enait de l’habitude de se tenir dans la vase. Duhamel a pris l’explication dans son imagination ; la Bouvière recherche les

Fig. li. — La Bouvière commune! Individu mêle de grandeur naturelle.

eaux claires et ne se trouve jamais sur les fonds vaseux. Les pécheurs de la Seine et de la Marne appellent ce Poisson, la Péteuse;

' Cyprima amants, Bloch, part. I, p. 52, pl. VIII, flg. 3. — Valenciennes, Bistoire naturelle des Poissons, t. XVII, p. 81 ; 1844. — Heckel et Kncr, Die Süsswatser/ische der Ostreichischen Mo»arehie, p. iOO ; 18.58. — Aiebold, Die SûssuiasseT/isclu von Uilteleuropa, p. 116; 1803.

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ce ne peut être autre chose qu’uiie expression de mépris pour la Bouvière qui excite leur dédain, parce qu’elle est fort petite et que sa chair passe pour être amère, malgré l'afOrmation contraire de beaucoup de personnes. Car, disent ces dernières, la Bouvière mêlée îi d’autres Poissons passe inaperçue dans une friture. Des pêcheurs déclarent qu’elle constitue une excellente amorce pour la Perche ; qualité qui ne lui est sans doute point particulière, la Perche ne semblant pas avoir de préférence bien marquée quand il s’agit d'avaler une proie à sa portée.

La réputation d’amertume de la Bouvière est aussi répandue en .Allemagne qu’on Franco ; son nom scientifique amarm, assigné j«r Bloch, l’ichthyologiste de Berlin, est complètement expressif; son nom vulgaire, Bitterling, paraît dériver du mot « bitter », amer. En Alsace et notamment à Strasbourg, on appelle ce petit Poisson partout fort peu estimé, Schneiderhàrpfc/ien, petite Carpe de tailleur, encore un terme do mépris bien probablement.

La Bouvière ne dépasse guère la longueur de 0“,08, mais ce sont les très-beaux individus qui atteignent une pareille dimension, la plupart ne mesurent pas plus de 0'“,0ü à 0“,06.

Le corps do ce Poisson est couvert d’écailles fort grandes, très-larges et peu allongées, de sorte qu’elles figurent des losanges, comme on n’en voit chez aucun autre Cyprinide. Ces écailles détachées du corps et examinées à l’aide d’un grossissement, ne sont pas moins caractérisées. Elles ont des stries circulaires extrêmement fines, des stries longitudinales nombreuses, également très-fines, ondulées, fort rapprochées les unes des autres, sur toute la portion libre, où l’on remarque des points noirs épars. Enfin le bord libre de l’écaille décrit une double sinuosité. Les écailles de la ligne latérale ont le conduit de la mu-

34fl HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, cosité grêle et assez long ; une partinilarité remarquable, c'esl que la ligne latérale ne se prolonge pas plus loin que la cinquième ou sixième écaille.

La Bouvière est plus ou moins large, mais elle varie surtout par sa coloration suivant le sexe et suivant les époques de l’année. Dans le temps ordinaire, le mâle et la femelle sontù peu près semblables. Les parties supérieures de la tête et du corps sont d’un brun verdâtre, avec les côtés et surtout la région ventrale argentés, et une longue bande v erdâtre ou noirâtre règne sur la partie moyenne des flancs, commençant vers le milieu du corps et finissant à l’extrémité. Les nageoires ont une coloration d’un jaune rougeâtre, et la dorsale d’un ton enfumé présente ordinairement une bande transversale claire. A l’époque de la reproduction, c’est-à-dire pendant les mois d’avril et de mai, la femelle change peu, mais le mâle devient splendide ; son corps prend les teintes bleues de l’acier poli passant au violet intense, avec des reflets irisés d’un magnifique éclat métallique; la longue bande postérieure devient d’un vert d’émeraude, la poitrine et la région ventrale prennent une vive coideur jaune orange, et les nageoires dorsale et anale passent au rouge avec des marques noires. La Bouvière mâle est alors un des Poissons les mieux parés. Elle donne lieu en même temps à l’observation d’un fait étrange et encore inexplicable. De chaque côté de la mâchoire supérieure s’élève une sorte de bourrelet sur lequel apparai.sscnt huit, dix ou douze petits mamelons, et deux ou trois mamelons analogues se montrent au bord supérieur des yeux. Ces éminences disparaissent peu à peu lorsque est passée l’époque delà reproduction.

La tête de la Bouvière est courte avec le museau obtus et l’oeil assez grand.

Digllizc-- Gr

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La nageoire dorsale est large surtout au sommet, présentant trois rayons simples dont le premier très-petit, et neuf rameux, le dernier souvent divisé jusqu'à sa base. Les pectorales ont un rayon simple et dix branchus ; les ventrales, deux simples et six rameux ; l'anale située plus en arrière que la dorsale a trois rayons simples et neuf rameux, la caudale en a dix-neuf.

La Bouvière présente quelques particularités d'organisation fort remarquables.

L'intestin a une longueur qui n'est pas ordinaire chez les Boissons, aussi paratt-il pelotonné, ne formant pas moins de cinq circonvolutions sur lui-même. L'estomac est à peine distinct de l’intestin. Cette grande longueur du tube alimentaire annonce un régime essentiellement végétal, aussi trouve-t-on presque toujours l’estomac et l’intestin remplis de matières vertes, de débris d’algues et de conserves en particulier.

Une singularité des plus curieuses qui nous est offerte par la Bouvière, c’est l’apparition chez la femelle à l’époque du frai d’un long tuyau rougeâtre, d’une sorte d’oviducte, se montrant à la partie postérieure comme un ver, atteignant parfois la longueur de près de 0'",02. Ce tube, observé pour la première fois par M. Krauss de Stuttgard, bien décrit ensuite et exactement représenté par M. de Siebold, reçoit les œufs, etc’est à la coloration de ceux-ci qu’il doit la teinte rougeâtre qu’il présente ordinairement dans une partie ou dans la totalité de sa longueur. Après le dépôt des œufs, cet oviducte transitoire, qui est en communication avec les conduits urinaires, s’atrophie et ne persiste que sous l’apparence d’une petite papille. Ce long tube a sans doute pour usage de permettre à l’animal de fixer ses œufs dans des cavités ou dans des espaces étroits, où il ne pourrait atteindre sans le secours de cet instrument. Mais ce

350 HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, n’pst là encore qu'une supposition assez probable, l’observation directe nous fait jusqu’ici défaut.

La Bouvière vit dans les rivières et dans les lacs dont le fond est couvert de sable ou de gravier. Elle va souvent en troupes, surtout au printemps qui est l’époque du frai.

Ce Poisson est commun dans la plupart de nos rivières ; cependant nous ne pensons pas qu’on l’ait jamais trouvé dans nos départements méridionaux. Il est répandu dans toute l’.Mlemagne, mais selon toute apparence il n’existe point dans la Scandinavie. Ce qui est plus singulier, c’est qu’aucun auteur anglais ne parle de la Bouvière ; elle est donc inconnue en Angleterre.

LE GENRE BRÈME (abrasiis, Cuvier]

Les Brèmes se reconnaissent au premier coup d’œil à leur corps comprimé et généralement très-élevé et à leur nageoire anale fort longue. Néanmoins d’autres caractères moins frappants doivent encore être notés. La nageoire dorsale assez courte est tronquée très-obliquement d’avant en arrière , la nageoire caudale est profondément écliancrée, avec son extrémité inférieure beaucoup plus longue que l’extrémité supérieure. Les écailles sont larges, assez courtes, de consistance solide, avec des stries concentriques régulières et des canalicules en éventail assez nombreux. La portion antérieure du dos présente, le plus souvent, une étroite ligne médiane dépourvue d’éeailles, bordée de chaque côté par une série d’écailles plus petites que les autres.

Parmi les Brèmes, il y a des différences très-notables dans les dents pharyngiennes entre des espèces qui se ressemblent

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