L‘ABI.ETTE HACHETTE
(Al.DtrRNl'S DOLADRATL'S •*)
A la texture délicate de ses écailles, à sa forme générale, à l’éclat argenté de sa tête et de son corps, à sa nageoire anale encore assez longue, on reconnaît de suite cette espece pour une Ablette, et cependant son corps moins effilé que chez l’Ablette commune, sa tête beaucoup plus massive, son dos un peu courbe, lui donnent en môme temps une certaine ressemblance avec nos Chevaines et nos Vandoises.
La Hachette, d’un gris bleufttre ou verdâtre sur les parties supérieures, est du reste entièrement argentée avec quelques points noirs sur les écailles, l’opercule et la joue, et les nageoires inférieures jaunâtres.
Ce Poisson a l’œil grand, la bouche ascendante, rappelant la forme de celle de la Rotengle, les deux mâchoires presque égales, la mâchoire supérieure dépassant à peine l’inférieure.
Les écailles de la Hachette au nombre de quarante-cinq à cinquante dans la plus grande longueur du corps, disposées sur sept à huit rangées au-dessus de la ligne latérale et quatre audessous, sont très-caractérisques.
A la vue simple, leurs stries circulaires assez espacées entre
' Ltucüais dotabratm, Holandrc, Faune du département de la Moselle, p. 250 ; <836. — De Selji-Longcliomps, faune belge, p. 207, pl. V, flg. 5. — Valenciennes, Hisl. naturelle des Poissons, I. XVII, p. 2i8; 1844. — Abromis dolabratus, Günther, Fisehe des Neckars,lf. 70 ; 1853. — Alburnus dolabratus, Siebold, Die Sùsswasserfisclte von Mitteleuropa, p. 164;
insToiiiE pauticduère des poissons.
elles sont Lien apparentes et leurs canaliciiles longitudinaux sont nombreux et très-visibles. Ces écailles détachées et comparées à celles de l’Ablette commune : leur longueur plus grande, leur contour extérieur arrondi , constituent des différences frappantes.
La nageoire dorsale, qui s'élève un peu en arrière de l’insertion des ventrales, a huit à neuf rayons rameiix à la suite des trois rayons simples ; l’anale, beaucoup plus courte quo chez les autres Ablettes, n’en a ordinairement que dix à douze, mais il est cependant des individus où ce nombre s’élève è quatorze, quinze, et même seize.
Les dents pharyngiennes diffèrent peu de celles de l’Ablette commune ; terminées davantage en crochet recourbé, elles ressemblent davantage à celles des Vandoises.
Je n’ai eu la Hachette que de la Moselle où elle a été découverte il y a trente ans par Holandre. Depuis, elle a été prise en Belgique, dans la Meuse, par M. de Sélys-Longehamps ; et les naturalistes allemands l’ont observée dans les régions du Rhin et du Danube. Ce Poisson, quo l’on pêche au printemps avec les .\blettes, est toujours en petite quantité dans la Moselle. Il fraye, assurc-t-on, pendant le mois de mai.
LE GENRE ROTENGLE (sCARUiMUS, Bonaparte)
Les Rotcngles ont généralement le corps haut et comprimé latéralement, les nageoires dorsale et anale courtes, la dorsale ordinairement très en arrière.
Ce sont des caractères qui n’ont pas cependant la netteté dé-
HOTENCI.K.
sirable, et il est nécessaire d’avoir recours aux dents phai^-ngiennes pour acquérir la certitude qu’un Poisson est véritablement du genre Rotengle(5cffrrfinj«s).Lcs dents pharj-ngiennes, par exemple, sont bien caractéristiques.
Fig. 83. Dents pharyngiennes grossies de la Rolengle commune.
Disposées sur deux rangs, l’iin formé de trois dents, l’autre de cinq, ces dents se font remarquer par leur forme comprimée et surtout par les dentelures très-prononcées qui garnissent leur bord.
Nous n’avons trouvé en France qu’une seule espèce de ce genre, offrant à la vérité de nombreuses variétés. Mais on a décrit d'autres espèces qui n’ont encore été observées qu’en Italie, en Dalmatie, etc.
LA ROTENGLE CO.MMU.NE
(SCARDINICS ERTTBROPHTaAI.HUs')
La Rotengle est un Poisson fort commun dans une grande partie de l’Europe, que l’on reconnaît au premier abord à la
' Cyprimit etylhrophlhalmus, Linné, 5ÿ>frnia na/unr, édit. XII, t.l,p.S30; 1766. — Leuciittu trylhrophthalmus, Yarrell, Bisf. o/ Britùh Fislies, 1. 1, p. 412; 1836, — Valenciennes, Bùl, naturelle des Paissons, t. XVII,
3:« HISTOIRE PARTICLI.IÉRE DES POISSONS, magnifique couleur rouge des yeux. De cette particularité est venu son nom de Bolhauge, œil rouge, employé en Allemagne, également en usage en Alsace, et d’où est dérivé, sans aucun
Fig» — La Rotengl« (ScarJiniut erythrophihalmus)» D’apré$ un individu de ia Dordogne.
doute, le nom vulgaire français de Rotengle. Les pécheurs cependant appellent plus ordinairement ce Poisson 1a Roche, la Rosse ou la Rousse, et la Rossette s’il est petit, sans le distinguer toujours du Gardon, qu’ils désigncntde la même manière. Dans diverses localités néanmoins la confusion n’existe pas et la Rotengle est nommée Gardon rouge ou Gardon à ailerons rouges. Dans les Basses- Pyrénées c’est le Sergent ; dans le département de la Côte-d’Or, on le nomme encore, paratt-il, Chirin ou Charin.
La Rotengle, dont le corps peut être plus qu moins élevé, étant considérée de profil, affecte une forme ovalaire très-régulière, la ligne dorsale s’élevant sans aucune saillie brusque en arrière de la 'nuque.
p. 107; 1844. — Sctrdimtiserythrophlha!mus,\\ec\ic\el KneT,Die Süiswaiserfische der ôsireichischen J1/o«arf/<i>, p. 153 ; 183S. — Siebold, Die Stüîiu asser/îiche von MiUelevropnf p. 180; 1AG3.
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Ses couleurs varient dans une assez large mesure. Le plus souvent, le corps est dans sa plus grande partie d'un blanc d’argent éclatant, avec le dos et la région supérieure de la tête d'un brun verdêtre ou bleuâtre métallique, la nageoire dorsale de la même nuance et les nageoires inférieures d'un splendide rouge vermillon, surtout vers leur extrémité ; mais chez beaucoup d'individus, la teinte générale du corps est rembrunie et l’on voit à la base des écailles des taches obscures formées de points très-rapprochés. Souvent, aussi, Icsnageoires inférieures deviennent très-pâles et quelquefois elles sont entièrement décolorées. On sait du reste les changements qui se produisent à cet égard, chez une infinité de Poissons suivant les époques de l’année, sans compter les influences dues à la nature des eaux.
La tête, haute à sa base et amincie vers le museau, est ainsi presque conique avec l’œil fort grand. La bouche assez large est fendue très-obliquement, de sorte que la mâchoire inférieure se trouve être très-ascendante. Ce caractère contribue encore à donner à la Rotengle une physionomie particulière à côté des autres poiisons blancs.
Fig. — Ecaillé de la Rotengle commune.
Les écailles sont grandes, mais, comme leur portion découverte est fort étroite, elles figurent des losanges très-allongés.
380 HISTOIRE PARTICL 1.1ÉHE DES POISSONS.
On en compte quarante à quarante-deux dans la longueur du corps, sept rangées au-dessus de la ligne latérale, trois à quatre au-dessous. Ces écailles détachées, on voit qu’elles sont un peu plus longues que larges, avec leur bord basilaire tri'Ssinueux, leur bord libre arrondi et très-légèrement festonné, leurs stries circulaires sinueuses et irrégulières sur la portion libre, de très-faibles sillons longitudinaux, deux, trois ou quatre canaux convergeant vers le centre, qui apparaissent à la vue simple comme autant de petites lignes saillantes.
La ligne latérale, médiocrement courbée à son origine, court ensuite parallèlement au bord ventral jusqu’à l’extrémité du corps.
A la position tn'‘s-reculée de la nageoire dorsale, on distingue encore aisément la Rotengle parmi les autres Poissons blancs. Cette nageoire, assez courte, s’élève beaucoup en arrière de l’insertion des ventrales ; elle est composée de trois rayons simples dont un rudimentaire et de huit rayons rameux, quelquefois neuf, dans le cas où le dernier se trouve partagé jusqu'à la base. Aux nageoires pectorales, on compte seize ou dix-sept rayons dont un simple ; aux ventrales, deux simples et huit rameux, et à l'anale, trois simples et dix à douze rameux, onze chez le plus grand nombre des individus.
Un moment, j’avais cru voir des différences spécifiques entre les Rotengles de nos départements méridionaux et celles du nord et de l’est de la France. En général, les individus que j’ai obtenus de la Normandie, de la Lorraine et de l’Alsace, môme des lacs de la Savoie, ont le corps très-élevé et les écailles pointillées de brun à la base et au bord extérieur. Des individus de la Dordogne ont le corps moins haut, les régions supérieures d'une couleur bleue plus fraîche et la ponctuation des
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