ALOSES
99 à 118 sur le premier arc branchial, 96 à H2 sur le, second, 74 à 88 sur le troisième, S6 à 6.7 sur le quatrième.
L’Alose commune est d’une teinte générale argentée avec le dos verdâtre et une ou deux taches noires en arrière des ouïes. Elle atteint une assez forte taille et un poids qui peut aller jusqu'à 2 ou 3 kilogrammes.
Ce Poisson qui jouit de quelque estime de la part des consommateurs, fait son apparition au printemps dans la plupart de nos cours d’eau et remonte à des distances énormes des côtes. On voit les Aloses pénétrer dans tous les affluents du Rhône, remontant l’Isère au-dessus de Grenoble, arriver dans la Saône jusqu’à Gray. Dans les fleuves qui tombent à l’Océan, la Gironde, la Loire, les Aloses se montrent aussi en grande abondance, et elles s’engagent de même dans tous leurs affluents.
Nous ne savons presque rien encore de leurs habitudes.
• L’ALOSE FINTE
(àlosa tinta ')
Cette espèce ressemble à tel point à l’Alose commune, qu’elle a été confondue avec celte dernière par beaucoup de naturalistes et même par M. Valenciennes. Cuvier cependant , le premier, sut établir une distinction, en reconnaissant chez la Pinte une forme plus allongée que chez l’Alose commune, des dents plus fortes aux deux mâchoires et cinq ou six taches noires le long des flancs qui n’existent pas chez la première.
* A/oso Fintrt, Ciiviür, animal, l. U, p. 320; IS29. — Yarrell,
British Fishesy t. Il; U<36. — Troschel, Wt^gmanns Arckiv fùr Naturyeschichte^ 1832, (. I, p.22S. — Sicbold, Die Sihswasserfische von MiUeleuropa, p. 332 ; 1803, — Alusa vulgariSj Valenciennes, Hist, nat, des Foistons, t. XX, p. 39i ; 1847.
Bla.xciiard. 81
Ces caractères avaient semblé de peu de valeur, mais M. Troschel, un professeurde rUniversité de Bonn, a reconnu entre la Finteet l’Alose commune, une différence d’une telle importance, qu'il est devenu impossible de considérer l’une comme une variété de l’autre. Cher la Finte, les arcs branchiaux portent un nombre de lamelles bien moins considérable que chez l’Alose commune ; il y en a seulement de 39 à 43 sur les deux premiers, de 33 à 34 sur le troisième, de 23 à 27 sur le quatrième.
La Finte ne |>aratt dans les rivières que quelques semaines après l’Alose commune. •
LA FAMILLE DES ÉSOCIDES (esocidæ)
Les ftsocides composent une famille dont le Brochet, l’unique représentant dans les eaux douces de l'Europe, doit être considéré comme le type.
Ces Poissons ont le bord de la mâchoire supérieure formé au milieu par les intermaxillaires qui sont pourvus de dents, sur les côtés par les maxillaires où il n’y en a aucune. Ils ont une seule iKigcoire dorsale, et les ouïes très-largement fendues.
LE GENRE BROCHET (esox, Linné)
Un corps allongé, arrondi sur le dos, couvert d’écailles de moyenne dimension ; une tête large et aplatie ; une bouche très-largement fendue avec le palais hérissé de dents très-nombreuses; une mâchoire inférieure garnie de très-grosses dents
BROCHET
espacées ; une nageoire dorsale située très en arrière, constituent les principaux caractères du genre Brochet.
Ce genre n’est représenté en Europe que par une seule espèce *.
LE BROCHET COMMCN (e»ok iaxius ')
De tous les êtres qui forment la population des eaux douces de l’Europe, il n’en est aucun dont la réputation de voracité et même de férocité soit mieux établie que celle du Brochet. Une comparaison exprime, à cet égard, le sentiment populaire ; le Brochet, dit-on, est le Requin des eaux douces. Si la physionomie de certains Crocodiles avait été dès longtemps familière aux habitants de l’Europe, on n’aurait pas manqué de trouver de ce côté le motif d’une image. Lorsqu’à été découverte aux rives du Mcschacebé une espèce particulière de Crocodile, un Caïman, on a été frappé de l’analogie que présentait le museau de ce Crocodile, large et aplati comme une spatule, avec celui du Brochet, et le redoutable animal de la Louisiane a été nommé le Caïman è museau de Brochet (Alligator lue ius).
Les personnes ayant l'idée que les êtres les plus mauvais sont ceux qui croissent avec la plus grande facilité, qui prospèrentle mieux en toutes circonstances, seront parfaitement fondées à prendre le Brochet comme exemple. Le vorace Poisson s’ac-
> Plusieurs espèces voisines se trouvent dans les eaux douces de l'Amérique du Nord .
’ Esox luciiu,\.inné, S’jtl. na(., t. I, p. .SI6, i7(HÎ. — Jurine, Hisl. des /‘oissonsdu lac Léman, p. 230, pl. 1S; l825.-r Yarrell, Brilhh Fishes, 1. 1, p. 404 ; 183S. — Valenciennes, Hist, nal. des Paissons, I. XXHI, p. 279 ; 1846. — Hcckcl et Kner, Die Silsswasser/tsche, etc., p. 287 ; 1858. — Siebold, Die SOssioasserfische mn Mitteleuro/ia, p. 325 ; (863.
484 HISTOIRE PARTICLI.IÈRE DES POISSONS, commode de tous les climats, des eaux de toute nature, de la plaine ou de la montagne. Le Brochet abonde particulièrement
^■^...138. — Le Brocbet commun.
SOUS les froids climats de la Scandinavie, de la Rus.sie, de la Sibérie, il est fort commun dans l’Europe centrale, un peu
BROCHET
moins peut-être dans l'Europe méridionale, mais on le trouve en Asie jusque vers les parties centrales de ce continent. Le Brochet vit dans les étangs vaseux, où U extermine à profusion les Carpes et les autres Cyprinides; il parcourt les fleuves et les rivières comme un bandit achacné à la poursuite de tout ce qui peut être atteint ; il erre dans les grands lacs aux eaux bleues et limpides, où il engloutit dans sa vaste gueule, les Corégones à la chair délicate, les Truites au vêtement moueheté. Plus d’un pêcheur et d’un baigneur a reçu, nous assuret-on, les atteintes de ses dents redoutables.
Le nom du Broebet est connu dans la France entière et dans tous les pays de langue française. On assure que ce nom, modifié en Brouchès chez les Provençaux, vient de la forme du corps de l'animal, qui ressemble assez à une brochette, si on l’examine de profil. Les jeunes individus sont appelés tantôt Brochetons, Vaialàl Lancerons, Aiguillons, Poignards, toujours des allusions à la forme du corps. Les noms de Becquet, de Bécot, de Bec-de-canard, de Bec-de-canne sont employés également dans diverses localités, et ici, l'on comprend que c’est la configuration du museau qui a semblé la particularité la plus frappante. Dans la plupart des idiomes étrangers, la puissance et l’acuité desdents du Poisson, paraissent surtout avoir déterminé les désignations vulgaires.
La dénomination du Brochet en France, dans les anciens temps, était Lucius, nom de forme latine duquel sont dérivés chez nous les noms de Liice et de Lucie, et chez les Italiens, ceux de Luccio et de Luxzo : il est merveilleux de voir comme le Brochet a figuré souvent dans les anciennes armoiries. Celui qui faisait figurer des Brochets dans son blason voulait évidemment donner à croire, que lui aussi était un terrible [)erson-
4Sfr IIISTOIKE PAHTICL’UÉHE DES POISSONS, nago, capable de mordre vigoureusement. On s’est mis bien fort en frais d’imagination pour trouver l’étymologie de ce mot Lucitis. On a cru l’avoir rencontrée dans le mot grec Lukos {Lupus, Loup), parce que le Brochet est un véritable loup pour les autres Boissons [Lupus piscis).
C’est dans le poCme d’Ausonc que se trouve la première mention précise du Brochet, et ce qui peut être noté en faveur du bon goût du chantre de la Moselle, c’est son dédain pour 1e vorace Poisson.
Il s’agit ici d’un animal si parfaitement connu qu’une description minutieuse de ses caractères n’est pas bien nécessaire. 11 suffira de rappeler scs traits les plus remarquables.
Le Brochet a le corps long, presque aussi élevé près de la nageoire caudale que vers la partie antérieure ; delà sorte, le dos vu de profil, offre une ligne qui s’éloigne peu de la ligne droite. La tête fortement aplatie se prolonge en un large museau en forme de spatule. La mâchoire inférieure dépasse notablement la mâchoire supérieure.
La gueule, extrêmement vaste, est fendue jusqu’à laJiauteur de l’œil, et les dents qui la garnissent sont très-diversement conformées. Aux intermaxillaires et au palais, ce sont de trèsfortes dents entremêlées avec de plus petites; au vomer et à la langue de fines dents en brosse ou en carde ; à la mâchoire inférieure de grandes dents coniques, un peu courbées en arrière et de grosseur inégale.
Les écailles du Brochet, en grande partie enveloppées par la peau, sont assez petites, aussi n’en compte-t-on pas moins de cent vingt à cent trente dans 1a plus grande longueur du corps, et vingt-cinq à trente rangées dans sa hauteur. Ces écailles détachées et observées sous un grossissement, paraissent extrè-
BROCHET
mement jolies ; elles offrent une certaine ressemblance par la forme avec celles des Perches, ressemblance très-frappante malgré l’absence de toute dentelure au bord extérieur qui est arrondi. Elles ont leur bord basilaire partagé en quatre ou cinq larges festons, leurs stries concentriques partout serrées et régulières, et elles ne présentent ni sillons ni canalicules. Un fait singulier de l’écaillure du Brochet, c’est que plusieurs des écailles de la ligne latérale qui court en droite ligne, manquent de conduit de la mucosité et que des écailles ayant ce conduit, et ainsi le caractère ordinaire des écailles de la ligne latérale, se trouvent disséminées au-dessus ou au-dessous de cette ligne, où les conduits muqueux font toujours défaut chez les autres Poissons.
La nageoire dorsale, située très en arrière, presque exactement au-dessus de l’anale, a 7 ou 8 rayons simples et 13 à 15 branchus; les nageoires pectorales, qui sont petites, ont 15 ou 16 rayons dont un simple, les ventrales 9 ou 10, l’anale 17 ou 18 avec les premiers simples; la caudale, qui est complètement divisée dans le milieu, en a 19. Le Brochet est d’un vert grisâtre avec le dos plus foncé, les côtés plus clairs et plus jaunes, le ventre blanchâtre, plus ou moins pointillé de noirâtre. Sur les côtés se dessinent, d’une manière as.sez variable, des bandes transversales ou des marbrures olivâtres, très-irrégulières. Chez les individus qui ont vécu dans des eaux limpides, la coloration a une remarquable vivacité ; elle est sombre, au contraire, chez les individus qui ont séjourné dans des eaux vaseuses.
Le Brochet, comme chacun le sait, parvient à une taille considérable. Les individus du poids de 10 à 15 kilogrammes ne sont pas très-rares ; on en rite du poids de20 à 25 kilogrammes.
4K8 IIISTOIHE PARTICÜI.IÈRE DES POISSONS, seulement, ceux-là doivent être peu communs. Le Brochet se trouvant dans les conditions les plus favorables à son développement dans les pays froids, ce Poisson atteindrait fréquemment, assure-t-on, la longueur d’un mètre à un mètre et demi dans les eaux de la Norvège, de la Suède, de la Sibérie. On a parlé de Brochets ayant des dimensions bien autrement prodigieuses, et le poids énorme de .“iO à 73 kilogrammes, mais il est toujours nécessaire de faire la part des exagérations.
Les Brochets frayent pendant les mois de mars et d’avril ; quelquefois dès la seconde quinzaine de février, recherchant alors les endroits les mieux abrités et les plus solitaires, les eaux tranquilles et peu profondes ; les femelles laissent échapper leurs œufs en se frottant le ventre sur les plantes aquatiques et même sur la vase.
La crois.sance du Brochet est rapide, mais cette rapide croissance a été fort diversement déterminée, par la raison simple, qu’elle est en rapport avec l’abondance de la nourriture. Dans tous les cas, la valeur des Brochets est loin d’égaler celle de la masse de poissons qu'il dévore en un court espace de temps. Des pêcheurs affirment qu’un Brochet doit consommer en une semaine au moins deux fois son propre poids. D’autres estiment que cette consommation peut être, en un seul jour, équivalente à son poids. Un auteur anglais rapporte que huit Brochetons (d’environ !> livres anglaises chacun), dévorèrent huit cents Goujons en trois semaines et que l’un d’eux semblait insatiable.
On peut croire qu’un Brochet, ayant plusieurs années d’existence, et parvenu au poids de 8 à 10 kilogrammes, n’est arrivé à ce développement, qu’après avoir dépeuplé les eaux d’une quantité de Poissons qui formerait une masse de plusieurs cen-
Di
ANT.liILLES.
laines de kilogrammes. Un tel calrnl conduit simplement à faire regarder la présence du Broctiet dans les lacs et les rivières comme un véritable fléau. ,
Les pécheurs en général pensent que la vie du Brochet ne se prolonge pas au delà d’une di/.uine d’années. Nous n’avons, du reste, aucune certitude à cet égard. Une extrême longévité a été souvent attribuée à ce Poisson. On aurait pêché dans la Meuse, en 1610, un Brochet muni d’un anneau de cuivre portant la date de 1448, et combien de fois a-t-on cité la prétendue histoire, rapportée par Gesner, du Brochet du lac de Kayscrweg, âgé de 267 ans, ainsi qu’on en put juger par l’anneau dont il était pourvu, où s’est trouvée gravée une inscription en langue grecque, dont la signification était : Je suis le Poisson qui le premier a été mis dans ce lac par les mains du maître de l’univers, Frédéric II, le ü octobre 12110.
Le Brochet était fort dédaigné chez les Romains. On le pêchait en abondance dans les marais de rÉtrurie,où il contractait un goût de vase qui contribuait à lui ôter toute estime de la part des maîtres du monde, fort enclins d’ailleurs à priser avant tout les objets rares. Au moyen âge, le Broehet était très-commun en France, tandis qu’en Angleterre, il était assez peu répandu pour qu’on lui attribuât un prix fort élevé, une valeur bien supérieure à celle du Saumon.