LA FAMILLE DES MURÉNIDES
Les Murénides, représentés dans nos eaux douces par les Anguilles seules, sont des Poissons chez lesquels manquent les nageoires ventrales, c’est-à-dire les membres postérieurs. Us
490 HISTOIHE PAUTICl MÈRE DES POISSONS, appartenaient, pourCinier, à cet ordre qu’il a désigné sous le nom expressif de Malacopténjyiens apodes.
Les Murénides ont encore d'antres caractères communs. Leur corps, d'une forme allongée, comme celui des serpents, est couvert d'une peau épaisse, visqueuse ,où l’on aperçoit difficilement de très-petites écailles ; le bord de leur mAchoire supérieure n’est formé que par les intcrmaxillaires, les os maxillaires étant atrophiés; leur épaule est l’cartée de la tète et suspendue à la colonne vertébrale ; leur estomac présente la forme d’un sac allongé ; leur vessie natatoire est simple.
LE GENRE ANGUILLE (axciii.i.a, Tlilinberg)
Nous enregistrons le genre .Anguille, et dans toute histoire des Poissons, il serait impossible de ne pas l’enregistrer. Cependant nous .sommes persuadé qu'il disparaîtra un jour, comme a déjà disparu, dans l’ordre des Cyclostomes, le genre .Ammocète.
Tout ce qui a été formulé d’opinions, écrit de dissertations, à propos de la génération des Anguilles, est incalculable et entièrement privé d’intérêt, en l’absence d’observations sérieuses. Si les Anguilles ont été regardées comme vivipares, c’est par des personnes qui avaient trouvé dans le corps de ces Poissons, des vers allongés,a«yui//i/brmes,connussousle nom dcFilaires. Des observateurs ont pensé reconnaître chez quelques .Anguilles des organes de reproduction, mais c’étaient des organes fort peu développés et comme on les trouve chez les animaux qui sont loin encore de l’état adulte.
Les Anguilles sont certainement des larves ; ce sont des êtres
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ANGI'ILI.KS.
incapables de se reproduire , des êtres qui doivent subir des changements avant de satisfaire à la loi de la reproduction. Quelle est la forme adulte des Anguilles? c’est ce qu’on ne peut affirmer ; c’est ce que l’on n’ose même guère soupçonner; car, si certaines analogies semblent, d’un cdté, offrir quelque probabilité, des différences de telle nature, d’un autre côté, paraissenfdevoir éloigner l’idée d’un rapprochement.
L’opinion que les .\nguilles se métamorphosent en Anguilles de mer s’est présentée à l’esprit de plusieurs fKîrsonnes. Yarrell l’a repoussée en ces termes :
« La pensée que les Anguilles de rivières, se rendant à la (( mer, y restent et deviennent des Congres, réclame à peine « une remarque sérieuse.
« Le plus grand nombre de vertèbres trouvé chez nos .\nn guilles d’eau douce est de llC;chez le Congre, il y en a f. '56 ‘.n
Mais les métamorphoses des animaux ont causé souvent déjà de si grandes surprises !
En l’état actuel, les naturalistes distinguent le genre des Anguilles des autres genres de la famille des Murénides, surtout par les nageoires, dorsale et caudale, prolongées autour de la queue et y formant une caudale pointue. Les Anguilles ont les opercules petits, les ouïes très-peu fendues; la bouche garnie de petites dents en carde.
i.’.ANGl’Il.LE COMMtiNK
• (ANOl'tLI.A VUIXiARIS ’)
L’Anguille est un Poisson si bien connu de tout le monde, qu’il n’est pas nécessaire d’en faire une longue description,
’ Hislory of British Fiches, I. II, p. 307.
^ ’ Marctnn anguilla, l.inné, Sysitma nntum, I. I, p. 420 ; 1766. — Ju-
492 HlSTOIIli; I*AHTIC11.IÈ11E DICS POISSONS. L’Anguille se trouve à peu près dans toutes nos eaux douces,
rinc, Hisl. des Poisions du lar Léman, pi. I; <825. — Anguilla vulgaris, Yarrcll, Hisl. of British Fishes, t. II, p. 381 ; 1839. — GQnther, Die Fisehe de< Nerkars, p. 128; 1833. — Sicbold, Die Sù<master/ische von Mitteleuropa, p. 342 ; I8C3.
ANGIIM.ES.
courantes et stagnantes ; on la voit ainsi partout en Europe, escepte dans les cours d'eau qui se déversent dans la mer Noire ou dans la mer d’Azoff; son absence, dans le Danube, a été constatée par un grand nombre de naturalistes, h commencer par Albert le Grand. Un Poisson que l'on rencontre sous tantde climats divers et dans les conditions les plus dissemblables, doit nécessairement varier beaucoup, au moins sous le rapport de la coloration. Les Anguilles que l'on prend dans les eaux limpides, comme les rivières bien courantes, les lacs de la Savoie, sont ordinairement d’un beau vert foncé à reflets métalliques, quelquefois bleuûtre, avec les parties inférieures blanchâtres. Au contraire, celles qui ont vécu dans des eaux bourbeuses sont, ou d’un brun jaunâtre, ou d’un noir obscur. A cet égard, on observe toutes les nuances imaginables.
Ce serait peu de chose que ces variations de coideur dont les Poissons nous offrent une foule d’exemples. Mais les Anguilles présentent des différences dans les formes, et l’on peut dire dans les caractères, qui sont de nature à laisser les naturalistes dans le plus grand embarras. Chaque forme observée parmi les Anguilles se rencontre indistinctement dans toutes les régions, dans toutes les eaux, qu’elles communiquent avec la mer du Nord, avec l’Océan ou la Méditerranée. Les diverses formes qu’affectent les .\nguilles sont a'ssezconstantes ;elles sont connues des pécheurs et elles ont reçu d’eux des noms particuliers, avant que des zoologistes aient cru à l’existence en Europe de plusieurs espèces d’Anguilles; ce qu’au reste n’admettent pas encore tous les autours.
Une .\nguille est toujours l’animal serpentiforme, cylindrique en avant, et comprimé vers la queue, ayant des écailles si petites qu’on ne les aperçoit point à la vue simple; ranimai, dont la
49» HISTOIHK PAHTICrUÈHE DES POISSONS, mâchoire infiTieure (li’'passe la mâchoire supérieure, dont les narines situées très en avant des yeux ont leurs deux orifices séparés par un intervalle considérable; l’animal chez lequel manque la ligne latérale et où, à la tête seule, on découvre des pores pour récoulement de la mucosité, chez lequel encore la nageoire anale commence notablement en arrière de la partie antérieure de la nageoire dorsale.
Mais parmi toutes les Anguilles présentant ces caractères communs, il y a des différences considérables et très-persistantes dans les formesde la tête. Ces différences sont-elles particulières à des es{)èces,ou sont-ellesde simples modifications individuelles? Risso, le premier, avoulu les caractériser commeespôces; Cuvier a admis les distinctions de Ris.so; Yarrell a adopté l’opinion de Cuvier et a cru avoir trouvé la preuve de l’existence de plusieurs espèces d’Anguilles, dans le nombre des vertèbres qui serait différent suivant les espèces.
Je me suis attaché à déterminer ce nombre de vertèbres chez une foule d’Anguilles de toutes les provenances, en choisissant les plus dissemblables sous le rapport de la conformation de la tête, et j’ai toujours compté de 413 à 11.3 vertèbres, sans que les nombres 113, 114 et H.'î s’appliquassent invariablement à tous les individus d’une môme sorte. En tenant compte de la difficulté de séparer les dernières vertèbres ; en reconnaissant la facilité d’une erreur ; en n’osant repousser l’idée d’une différence individuelle, je n’ai trouvé de ce côté rien de suffisamment précis pour me former une conviction. Je signale ici les diverses formes que l’on observe chez les .Anguilles, en attendant, de recljerches ultérieures, la solution d’une question que les naturalistes ne peuvent trancher encore avec certitude.
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ANGLILI,ES.