‹ Les poissons du basin du CongoChapitre 18 sur 463 · PÊCHE XXV · texte numérisé non relu

PÊCHE XXV

de petites anguilles (1) qui pullulaient dans tous les marigots ; ils les tuaient d’un coup de bâton avec une extrème dextérité et le soir la récolte fut si abondante que la table des blancs fut amplement fournie de ces poissons qui, vu les circonstances, nous parurent délicieux.

Pour les indigènes. quelle source importante de trafic le poisson n'est-il pas? Les gens de l’intérieur échangent couramment avec les riverains les produits du sol contre ceux de la pêche.

Certaines peuplades de pècheurs, tels les Lokélés, près d’[ssangui, sont absolument lacustres; jour et nuit, elles habitent dans d'énormes pirogues, longues quelquefois de plus de 25 mètres. Ces embarcations, recouvertes en partie d’une toiture d’herbages, sont leur unique demeure : les indigènes ne descendent à terre que pour sécher leurs filets ou faire l'échange d’une partie de leur pèche contre d'autres produits que leur fournissent les populations de l’intérieur.

Vers la fin de la haute crue annuelle, les indigènes placent leurs nasses, filets, etc., puis attendent le retrait des eaux. Chez les Upotos, par exemple, à l’époque de la baisse des eaux, c'est-à-dire à la fin de décembre, tous les gens valides des villages abandonnent leur logis et vont s'installer dans les îles pour pêcher; il ne reste que quelques vieux chefs qui se constituent les gardiens des chimbecks vides; car tout le ménage va s'installer pour un mois dans les îles : femmes, enfants, chiens, poules, tout émigre. Chaque pêcheur un peu important a son île à lui, où il tend ses filets; il existe là un droit de location de pêche absolument analogue à notre location de chasse en Europe. Certains villages louent, à perpétuité ou à bail, tel endroit contre tel ou tel paiement, en échange duquel le locataire est libre de pêcher en toute sécurité sans qu'aucun autre indigène puisse venir pêcher au même endroit, acte assimilé à un vol et puni comme tel. Les Upotos s'installent provisoirement; quelques toits en feuilles de palmier les protègent contre la pluie, de grands feux entretenus jour et nuit sont allumés et servent à fumer les poissons, à réchauffer les pècheurs et à éloigner autant que possible les trop nombreux et peu agréables moustiques.

Une partie de la pêche est fumée et conservée dans les paniers; l’autre partie sert à la nourriture journalière de la famille. Quand les eaux deviennent tout à fait basses, au bout d’un mois, tous les Upotos rentrent chez eux et échangent leurs poissons fumés contre chicwangue, canne à sucre, bananes, etc., que leur apportent les N’gombes de l’intérieur.

(1) Silurides du genre Clarias, probablement, — GNB;

XXVI INTRODUCTION

L'indigène cuit le poisson à l'huile de palme et le mange soit avec de la chicwangue, soit avec des feuilles de manioc étuvées, soit avec des carottes de manioc ayant séjourné plusieurs jours dans l’eau.

Il ne fume le poisson que pour le conserver, car il ne le mange ainsi (sans le cuire) qu’en cas de nécessité. Chez les Upotos, les femmes ne peuvent manger de certaines espèces de poissons ; ils ne veulent pas toucher au poisson nommé en indigène le m'bu (1), animal curieux, qui a la propriété de se gonfler ou de se dégonfler lorsqu'il se trouve dans l’eau et dont la peau est lisse et visqueuse, comme celle de l’anguille. Il paraît toutefois que les indigènes de l’Ubangi mangent le m'bu. Dans la Mongalla, il est défendu de manger du poisson dit électrique (2).

Certaines peuplades possèdent des fétiches relatifs au poisson. Ainsi, les Upotos ont un fétiche ayant soi-disant le pouvoir de conserver le poisson, un autre d'empêcher de voler le poisson (naturellement celui du propriétaire du fétiche); un autre qui met dans l'impossibilité de prendre aucun poisson celui qui a volé son atnt; BIC, etc.

Il n’est pas de ruisselet, pas de chenal, pas de marigot attenant au Congo, qui ne fourmille de vie. Un seul coup de filet donne lieu à de véritables pêches miraculeuses. On rencontre aussi des huîtres, des moules, des crevettes et des écrevisses. Aussi les poissons forment-ils, comme nous l’avons vu, la base de l’alimentation non seulement des populations riveraines, mais souvent encore de celles qui habitent fort loin dans les terres. Les blancs peuvent, grâce à cette nourriture fraîche, varier leurs menus un peu monotones.

Les blancs ne pêchent généralement pas. Il y a pour cela diverses raisons : d’abord le manque de temps, la journée des trois huit n'ayant pas encore fait son apparition au Congo, ils ont peu de loisir à dépenser; ensuite, les noirs étant beaucoup plus adroits dans l’eau que les blancs, s'emparent des poissons beaucoup mieux que ne le feraient ceux-ci. Quelques blancs, le dimanche, se plaisent à pêcher à la ligne ou parfois se servent de l’épervier, vaste filet en forme d’entonnoir connu de nous tous ; lors de la construction du chemin de fer. une cartouche de dynamite jetée de temps à autre dans les rivières procurait au personnel de la ligne quelques poissons frais; mais ce sont là des exceptions et l’on peut dire que seuls les nègres pêchent au Congo.

Toutes les tribus qui habitent les rives du fleuve pêchent, surtout par nécessité; les moyens qu’elles emploient varient à l'infini; plusieurs sont communs à toutes les peuplades, plusieurs sont particuliers

(1) Tetrodon mbu. — G. A. B.

:: (2) Malopterurus electricus. — G. A. B.

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