PÊCHE XXVII
à une région. Je me propose d'examiner ces divers moyens et, pour faciliter cette étude, je remonterai le cours du fleuve en partant de Banana et en examinant successivement chacune des pêcheries importantes que je rencontrerai.
A Banana, nous pouvons dire que les indigènes ne pêchent pas; leurs moyens de navigation sont trop primitifs pour leur permettre de s'aventurer en mer ou dans l'estuaire du grand fleuve; ils se contentent soit de couper les racines de palétuviers garnies d'huîtres, mollusques à écailles tourmentées, mais à chair maigre, n’ayant rien de commun avec nos Ostende et nos Zélande, soit de placer quelques nasses tronconiques faites en bambous, dans les endroits peu profonds et tranquilles, où ils pêchent de la sorte quelques rares poissons.
Profitant de cette situation, un noir très intelligent, originaire de Lagos, M. Samuel, employé au secrétariat de l’État, à Boma, depuis près de dix ans, a installé une équipe de pêcheurs comprenant des Acras et des Haoussas. Ils sont une dizaine, sous la direction d’un clerc noir, qui vont journellement pêcher sur une immense pirogue, soit en pleine mer, soit dans les criques; les résultats obtenus sont sérieux, car il n’est pas rare de les voir revenir avec trente ou quarante grands poissons de 10 kilos en moyenne. Ils pêchent au grand filet traînant et s'emparent de la sorte des poissons-scie, des requins, des raies, etc. A leur rentrée, on découpe le tout en morceaux, le clerc pèse et fait sécher au feu. Les quelques blancs qui séjournent à Banana peuvent se procurer du poisson frais à 3 francs le kilo, si mes souvenirs sont exacts, et les noirs employés dans les factoreries, ou les indigènes, viennent acheter le poisson fumé de Samuel; le jour où un steamer remonte le fleuve, le clerc expédie toute la marchandise à Boma, où Samuel la vend à prix d’or à la population noire de la capitale.
Boma. Ici encore la pêche est peu pratiquée par l’indigène; celuici ayant trop de facilité pour se procurer tout ce qu'il désire, trouve inutile de se fatiguer à pêcher, alors qu’il peut sans peine obtenir dans les factoreries du poisson de M'Putu (Europe), conservé, il est vrai. L'État est même obligé, pour nourrir son personnel noir très nombreux ici, de faire venir de Suède du poisson séché; ce poisson coûte, rendu à Boma, meilleur marché que le poisson qu'il ferait pêcher sur place! C’est renversant, mais c’est ainsi.
Les noirs de Boma, dans leurs moments de loisir, taquinent bien le goujon à la ligne, mais ce n'est qu'un plaisir et non un moyen donnant des résultats importants. Aussi, comme je l'ai dit précédemment, M. Samuel a la partie belle et vend très cher, et aussi facilement qu'il le désire, le poisson qu'il fait pêcher à Banana.