CYPRINIDÆ
Bouche plus ou moins protractile, bordée le plus souvent par les prémaxillaires à l'exclusion des maxillaires, situés derrière ceux-ci, et constamment dépourvue de dents. Os pariétaux formant une suture sagittale ou séparés par une fontanelle, le sus-occipital étant toujours séparé des frontaux; os operculaires au complet; symplectique présent. Os pharyngiens inférieurs falciformes, parallèles aux arcs branchiaux, munis de dents le plus souvent grandes et très spécialisées. Côtes principales sessiles ; pas d'apophyses transverses dans la région thoracique ; épipleuraux et épineuraux libres, flottants. Nageoires pectorales insérées très bas, se repliant dans le même sens que les ventrales.
Cette famille se divise en quatre sous-familles bien tranchées : les Catostomes (Catostominæ), les Cyprins (Cyprininæ), les Loches (Cobitidinæ) et les Homaloptères (Homalopterinæ). La seconde étant seule représentée en Afrique, nous pouvons laisser de côté les trois autres en énumérant les principaux caractères du groupe.
La tête est presque toujours dépourvue d'écailles et les fentes branchiales sont séparées en dessous par la peau qui s'étend sur l’isthme. La présence d’un os sus-orbitaire est assez fréquente. La boîte crânienne se prolonge entre les orbites jusqu’à la capsule nasale et l'arrière du crâne est remarquable par la présence d’un grand trou dans chaque exoccipital (par lequel passe le nerf occipital); ces deux trous peuvent être séparés par une cloison osseuse très étroite. Si ces trous sont plus grands que chez les Characinides, les fosses temporales, par contre, sont plus réduites. Il y a souvent des barbillons autour de la bouche, mais celui de la lèvre supérieure n’est pas soutenu à la base par le maxillaire comme chez les Silures. L'absence de dents aux mâchoires et au palais est compensée par le développement exceptionnel des os pharyngiens inférieurs, en forme de faux, disposés parallèlement aux arcs branchiaux et garnis de dents plus ou moins spécialisées, le plus souvent grandes et peu nombreuses, dirigées en dedans et en haut, qui agissent sur une sorte de meule, plaque scléreuse de la muqueuse pharyngienne, attachée à un prolongement
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ventral du basi-occipital qui s'étend sous les premières vertèbres (1), Ces dents pharyngiennes, par leur forme et leur disposition en une ou plusieurs rangées, fournissent des caractères importants pour la distinction des genres, caractères dont la valeur taxonomique a même été un peu exagérée, à mon avis. Selon la conformation de leur couronne, on les nomme excavées, masticatoires ou molaires, roncinées OU Crochues, coniques, etc. (2). Le petit nombre de formes représentées en Afrique me dispense d'entrer ici dans plus de détails à leur sujet.
Les arcs branchiaux sont au nombre de 4 et les rayons branchiostèges de 3. Des pseudobranchies existent presque toujours.
Le corps, plus ou moins comprimé, rarement cylindrique, est parfois nu comme chez les Silures, généralement couvert d'écailles cycloïdes et lisses. Pendant la saison des amours, cependant, les écailles peuvent acquérir, chez les mâles seulement ou chez les deux sexes, une rugosité plus ou moins grande, due au développement de petits tubercules durs, rappelant tantôt des perles, tantôt de petites épines. Ces productions dermales peuvent se développer aussi sur les rayons des nageoires et sur diverses parties de la tête, ainsi que cela se voit chez les Labeo. La peau peut être tuméfiée à leur base, rappelant par la forme de petits cratères après la chute de ces tubercules (3); ce sont des organes sensoriels, comme les canaux qui font partie du même système qu’on trouve plus ou moins développés sur la tête et même, comme chez les Characinides, sur l’opercule. La ligne latérale proprement dite est presque toujours présente et complète, s'étendant de l'épaule à la base de la caudale.
Les vertèbres sont au nombre de 30 à 52 (4), 17 à 31 précaudales et 13 à 27 caudales. Les côtes sont sessiles, souvent assez fortement dilatées à la base: celles de la 4me vertèbre forment fréquemment un arc ventral, comme chez les Characinides, et celles qui les précèdents ont aussi fortement modifiées, par suite de leurs rapports avec les osselets de Weber.
Les nageoires sont formées uniquement de rayons articulés; mais le 2e ou 3€ rayon de la dorsale peut être ossifié et former une épine plus ou moins développée; contrairement à ce qui se voit chez les Silures, cette épine est formée de deux tiges accolées sur la ligne médiane (5). I1 n’y a jamais de nageoire adipeuse.
(1) Ce processus peut être très court et bifide chez les Cobitidinæ et manque chez les Homalopterinæ. La meule n'existe que chez les Cyprininæ.
(2) Voir Heckel, Russegger’s Reisen, [, p 1001, pl. 1 (1843).
(3) Voir F. Leydig, Unters. z. Anat. u. Histol. d. Thiere (Bonn, 1885, in-80), p. 1, pl. I,et W E. Collinge, Proc. Zool. Soc. 1895, p. 286, pl. XIX.
(4) Davantage encore chez les Cobitidinæ.
(5) Voir L. Vaillant, N. Arch. Mus. VIL, 1895, p. 259, pl. IX, fig. 9-11, et Congr. Zool, Leyde, 1896, p. 275.
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La ceinture scapulaire est conformée comme chez les Characinides et le postclaviculaire est également présent ; les coracoïdes, séparés des claviculaires par une fenestration plus ou moins étendue, forment souvent une carène médiane en avant. Les claviculaires peuvent acquérir un développement extraordinaire, chez les Labeo par exemple, et former, par des lames internes, une cloison ou diaphragme osseux restreignant l’ouverture pharyngienne; diaphragme analogue à celui qui s’observe chez un grand nombre de Silurides, mais formé ici uniquement par les os claviculaires. Chacun des rayons de la nageoire pectorale émet, à la base, un processus osseux, surplombant les os ptérygiaux, qui sont au nombre de 3 ou 4. Ces processus, dirigés en dedans et formant un angle avec les rayons, sont d'autant plus développés que les nageoires sont plus larges, plus étalées à la base. Le premier rayon s’articule directement avec le scapulaire. Les nageoires ventrales sont composées de 7 à 12 rayons, rarement de 5 ou 6 (Cachius).
La vessie natatoire est divisée en deux par une constriction, la partie antérieure plus courte que la postérieure {1). L’estomac est dépourvu d’appendices pyloriques.
Les Cyprinides peuvent être considérés comme représentant un type spécialisé, dérivé des Characinides, dont ils sont trés voisins et également strictement confinés aux eaux douces. Le nombre des genres et des espèces est très élevé, on compte plus de 1,200 de ces dernières, et l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l’Amérique septentrionale sont les parties du monde où ils se rencontrent. Ils sont relativement peu nombreux en Afrique (00 espèces), où ils vivent à côté des Chara- . cinides, tandis que ces derniers existent seuls dans l'Amérique méridionale et font défaut en Europe et en Asie.
Les Cyprinides du Congo se répartissent, au point de vue physiologique, en deux groupes : le premier, à dents pharyngiennes munies de facettes masticatoires, à tube intestinal beaucoup plus long que le corps, et principalement ou exclusivement herbivore, comprend les genres Labeo, Capoeta et Barbus; le second, à dents pharyngiennes simplement crochues, à tube intestinal à peine aussi long ou même plus court que le corps, indiquant un régime surtout animal, embrasse les genres Leptocy pris, Barilius et Chelæthiops.
(1) Chez la plupart des Loches, et plus encore chez les Homaloptères, la vessie natatoire est très réduite, la partie postérieure ayant disparu et l’antérieure, divisée bilatéralement, est emprisonnée dans une capsule formée en partie par l'ossification de sa membrane externe, en partie par les vertèbres antérieures coossifiées.
LABEO : 20
Me)
Synopsis des genres représentés dans le bassin du Congo:
I. Ligne latérale occupant le milieu du pédicule caudal; 7 à 9 rayons à l'anale,
Sous-orbitaires étroits, lèvres très développées; un étui corné tranchant à chaque mâchoire; 9 à 13 rayons branchus à la dorsale . . . OO fe ÉTAT NCUNE Sous-orbitaires étroits; pas de 1ÉvEURt mais un étui corné tranchant à la mâchoire ne 8 ou g rayons branchus à la dorsale CNE 40 :
Sous-orbitaires étroits; pas d'étui corné aux he dont les lèvres sont minces ou modérément dévelop-
. Capoeta, C4 &t V.
pées ; 7 à 9 rayons branchus à la dorsale. . . . .3 Barbus, Cuv. Sous-orbitaires grands, couvrant la joue ; lèvres minces; 8 rayons branchus à la dorsale . . . . . . . . 4. Leptocypris, Blgr.
II. Ligne latérale sur la partie inférieure du pédicu'e caudal; 10 à 22 rayons à l'anale ; sous-orbitaires grands. |
Dorsale commençant en avant de l’origine de l'anale;
VENTE ARrONdI MENT . 5. Barilius, Ham. Buch.
Dorsale commençant en arrière de foneine de l anale Yentre tranchant UE. ROM ER, SU 67 Chekæeihiops, Bler 1. LABEO.
Cuvier, Règne Anim, Il, p. 194(1817); Günruer, Cat. Fish. VII, p. 45 (1868). Abrostomus, À. Suit, Ill. Zool. S. Afr., Fish. (1841)
Tylognathus, HeckeL, Russegger's Reis. 1,2, p. 1027 (1843)et Il. 3, p. 283 (1846); GünTk. |. c. p. 62.
Corps modérément ou faiblement comprimé, couvert d'écailles le plus souvent assez grandes. Ligne latérale complète, à peine plus rapprochée du ventre que du dos et occupant le milieu sur le pédicule caudal. Bouche plus ou moins grande, infère, à lobes labiaux très développés, chaque lèvre interne munie d’une arête transversale recouverte d'un étui corné et tranchant ; barbillons présents ou absents. Sous-orbitaires étroits, ne couvrant pas la joue. Nageoire dorsale sans épine, à 12 à 26 rayons, commençant en avant des ventrales. Anale courte, à 7 ou 8 rayons. Un appendice écailleux à. la base des ventrales. Dents pharyngiennes en trois rangées, comprimées, à couronnes
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tronquées et très rapprochées, formant ensemble une surface masticatoire.
Le crâne est très massif; un os sus-orbitaire est présent ; le susoccipital forme une arête courte et basse qui se continue dans la crête formée par les interneuraux des premières vertèbres. La mandibule a une forme bizarre, chacune de ses branches étant brisée en un angle droit ou très ouvert. Les clavicules sont excessivement massives et forment un diaphragme. Les vertèbres sont au nombre de 41 (24 + 17) chez L. niloticus et L. Forskali. L'intestin fait de nombreuses circonvolutions, ce qui indique un régime essentiellement végétal.
Ce genre, nombreux en espèces (on en reconnaît près de 50), habite le Nil et l'Afrique tropicale et australe, ainsi que le sud-est de l’Asie. Environ 20 espèces sont connues d’Afrique, dont 8 du bassin du Congo.
Synopsis des espèces du bassin du Congo.