‹ Les poissons du basin du CongoChapitre 23 sur 463 · PÊCHE XXXV · texte numérisé non relu

PÊCHE XXXV

Aux Stanley-Falls, les indigènes ont réussi à garnir la ligne de rocs qui compose la septième cataracte, d’une forêt de pieux, perches, madriers qui, encastrés dans les interstices des rochers et enchevêtrés les uns dans les autres, constituent un véritable échafaudage auquel ils suspendent leurs engins de pêche. De grandes nasses, en forme d’entonnoir, de 3 à 4 mètres de longueur, sont immergées au pied même de la cataracte et sont retenues à l’échafaudage au moyen d’un fort câble en liane. Le poisson vient s’y engouffrer.

Matin et soir, les indigènes montés dans leurs immenses canots vont, jusqu'au pied des chutes, vérifier la solidité de leurs engins et, aidés de leurs compagnons juchés au sommet des poteaux, il retirent à force de bras les nasses et récoltent le poisson ainsi capturé. Les canots employés pour cette opération sont généralement creusés dans le tronc du cotonnier-bombax et atteignent jusqu’à 5 mètres de largeur. [ls sont relevés à l’avant et possèdent à l’arrière une plate-forme où quatre hommes peuvent trouver place. A cause de leur fond plat. ils sont très stables sur l’eau et les indigènes s’en servent avec leaucoup d’habileté. Ces grands canots sont manœuvrés par trente, quarante et , uelquefois soixante pagayeurs qui, debout à babord et à tribord, m:nœuvrent leur embarcation avec le plus grand sang-froid au milieu dss rapid?s et des tourbillons.

Les Waginia emploient d'énormes filets mesurant de 30 à 40 mètres de longueur sur 2 ou 3 mètres de largeur. Ces filets sont jetés en travers de la rivière. À chacune de leurs extrémités, des pirogues montées d’indigènes les tiennent tendus, et doucement descendent le fil de l’eau. Traînés dans le sens de la hauteur, les filets de l'espèce sont maintenus à la surface par de gros bouchons de bois et la partie inférieure est tendue au moyen de petits tubes en terre cuite qui remplacent le plomb en usage chez nous. Cette pêche s’exécute la nuit ou de grand matin. Le poisson en mouvement, soit qu’il remonte ou descende le fleuve, vient se jeter contre le filet qu'il veut traverser. Sa tête s'engage dans les mailles, et plus il se démène, plus il s’embarrasse dans l’inextricable réseau.

Les populations Bashikinga des rives du Sankuru pêchent avec de grandes seines de plus de 100 mètres de longueur; ces engins nécessitent de quinze à vingt hommes pour les manœuvrer.

Les Ioumba habitant les rives du lac Léopold II se servent de paniers de forme conique qui se ferment au moyen d’une porte tirée par un ressort. Celui-ci est formé d’une baguette recourbée qui se détend lorsque le poisson touche à l’appât. Les mêmes paniers, mais plus petits, sont en usage chez les Zozo, tribu habitant près du haut Kwango ; à l'extrémité du panier et à l’entrée de celui-ci est placé un

XXXVI INTRODUCTION

lacet : lorsque le poisson introduit sa tête dans l’ouverture pour prendre l’appt, il est pris par le lacet derrière les ouïies. Dans certaines régions on fabrique des hamecons primitifs en fer; dans l'Ubangi, on emploie pour le même usage une épine fixée solidement à une tige de bois par une ligature de caoutchouc.

Pour tuer le gros poisson, les indigènes emploient le harpon; dans le Kwango, des flèches à dard de bois, simple, double ou triple, sont spécialement destinées à cet usage.

En résumé, il n’est pas de procédés ingénieux qui n'aient été imaginés pour s'emparer des poissons, base de la nourriture animale des indigènes au Congo, et l’art de la pêche est au moins aussi développé là-bas que dans nos pays.

Chargé par la Société d’études coloniales de la mission de recueillir les poissons en Afrique (1), j'ai souvent opéré par voie d'achat aux indigènes; mais ce procédé ne donnait que des résultats bien insignifiants, un grand nombre d’espèces échappant à leurs engins.

Afin d'obtenir rapidement de grands résultats, j’ai eu recours à la pêche par explosifs et le choix s’est arrêté sur la tonite. Cet explosif se fabrique sous forme de cartouche de 100 grammes. Il s’est très bien comporté et n’a guère souffert du climat; il n’a pas notamment donné lieu, comme la dynamite, à la séparation de la nitro-glycérine d’avec le restant du mélange, danger très sérieux. Ces cartouches de tonite étaient emballées dans du papier parafiné ; le tout mis dans une caisse de zinc, avec couvercle à glissière, elle-même renfermée dans une caisse de bois portant d’une façon bien apparente « Matière explosive ». Le poids n'excédait pas 25 kilos par charge afin d'éviter que les porteurs ne jetassent brusquement, suivant leur coutume, les caisses sur le sol.

Une précaution importante au point de vue du transport, c’est d'isoler complètement les détonateurs de la tonite afin que si la charge de détonateurs saute, la tonite ne fasse pas de même. Il faut donc mettre autant que possible les deux substances dans des endroits différents.

Au bout de quelques essais, j’ai conclu qu'il fallait 6 cartouches de tonite, soit donc une explosion de 600 grammes, pour obtenir une pêche fructueuse, d’une centaine de poissons en moyenne, quand on se trouvait à un endroit propice.

(1) Après ma rentrée en Europe, MM. les lieutenants Wagenaar et De Bauw ont continué ma mission.

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