HAPLOCHILUS TANGANICANUS
BouLenG. Tr, Zool. Soc. XV, 1808, p. 25, pl. VI, fig. 3.
La hauteur du corps est comprise 4 à 4 1/3 fois dans la longueur totale, la longueur de la tête 4 1/3 à 4 1/2 fois. La tête est plate en dessus; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure ; le diamètre de l'œil égale ou excède un peu la longueur du museau et est compris 3 ou 3 1/3 fois dans la longueur de la tête; la largeur interoculaire excède un peu le diamètre de l'œil. La nageoire dorsale, à 13 ou 14 rayons, commence à égale distance de la tête et de la racine de la caudale, au-dessus du milieu de la base de l'anale, au niveau de la 18me ou 19€ écaille de la ligne latérale; les rayons postérieurs sont les plus longs et mesurent les 2/3 de la longueur de la tête. L’anale a 28 à 30 rayons et commence sous l'extrémité de la pectorale ou un peu en arrière de celle-ci, qui mesure les 4/5 de la longueur de la tête. La caudale est tronquée, faiblement échancrée. Le pédicule caudal est deux fois aussi long que haut. 40 à 45 écailles en série longitudinale, 11 en série transversale, |
Olivâtre en dessus (en alcool), argenté en dessous; une bande latérale noirâtre. M. Dardenne représente ce poisson, pendant la vie, comme portant parfois une tache bleue sur chaque écaille.
Longueur totale : 10 centimètres.
Lac Tanganika. M. J. E.S. Moore en avait rappcrté un seul individu de Mbété, au sud du lac. L'expédition Lemaire en a recueilli
plusieurs exemplaires à Moliro, et M. le capitaine Hecq a retrouvé l’espèce à Albertville.
Nom indigène à Moliro : Mohanga.
Ce poisson pourrait bien être celui auquel il est fait allusion dans les Last Journals de Livingstone (vol. II, p. 17), sous les noms de Dagala et Nsipé, comme émettant les œufs par la gueule. Aucun autre poisson connu du Tanganika ne répond mieux à la définition de
Livingstone : « petite espèce mesurant 2 ou 3 pouces et ressemblant à un Jeune hareng, »
348 PERCESOCES
Sous-ordre IV. PERCESOCES.
Vessie natatoire dépourvue de conduit pneumatique. Opercule bien développé; os pariétaux séparés par le susoccipital, qui n'atteint pas les frontaux. Ceinture pectorale suspendue au crâne; pas de mésocoracoïde ; pas de clavicule distincte du cleithrum. Nageoires ventrales abdominales, quoique souvent très rapprochées des pectorales. Branchies pectinées.
Groupe de transition entre les Æaplomi et les Acan-
thopterygit.
Cope est le premier auteur qui ait saisi les rapports qui unissent, en un groupe naturel, nommé par lui Percesoces (1), les Scombrésoces, les Muges, les Sphyrènes et les Ophiocéphales. IL avait, il est vrai, distrait de ces derniers les Anabas pour les placer parmi ses Percomorphi. À ces familles je crois devoir ajouter celles des Ammodytidæ et Polynemidæ. Quelqu'étonnant qu'il puisse paraître de voir associés ainsi des poissons aussi disparates au premier abord, on reconnaîtra bientôt, il suffit d'un examen du squelette pour s’en convaincre, qu'une affinité réelle les relie entre eux. Placés par Cuvier parmi les Malacoptérygiens, par Joh. Müller dans le groupe artificiel par excellence des Pharyngognathes, par Günther dans son ordre des Physostomes, quoique les sachant physoclistes (2), les Scombrésoces sont réellement fort voisins des Athérines, dont ils ne diffèrent essentiellement que par l’absence d’une nageoire dorsale antérieure épineuse et par l'union des os pharyngiens inférieurs. Des Athérines et des Muges aux Sphyrènes et aux Ophiocéphales il n’y a qu'un pas, et tous ceux qui
(1) Ce nom a été créé par Cope en 1871 (Trans. Amer. Philos. Soc, XIV, p. 456) pour un ordre embrassant les Ophiocephalidæ, Mugilidæ, Atherinidæ, placé tout à côté des Sy-nentognathi (Scombresocidæ). Ces derniers ont été réunis aux Percesoces par le même auteur en 1889 (Amer. Nat. XXII, p. 860).
(2) Ainsi dans la classification de cet auteur (Study of Fishes, 1880, pp. 373 et 374), les Scombresocidæ, dont la vessie natatoire n'a pas de conduit pneumatique (L. c. p.619), sont placés parmi les Physostomi, caractérisés par « Air-bladder, if present, with a pneumatic duct », tandis que les Ophiocephalidæ, dont tous les rayons des nageoires sont mous et articulés (l. c. p. 513), sont compris dans les Acanthopterygii avec la définition : « Part of the rays of the dorsal, anal, and ventral fins not articulated, spines. »
PERCESOCES 349
voudront bien analyser soigneusement les caractères des représentants de ces divers groupes et en bien peser la valeur au point de vue phylogénique n’hésiteront pas à reconnaître que le sous-ordre des Percesoces est parfaitement naturel, même s'ils n'en trouvent pas l'établissement absolument justifié, Par le caractère physocliste de la vessie natatoire ces poissons se rattachent aux Acanthoptérygiens, tandis que par le caractère abdominal des nageoires ventrales ils tiennent encore des Malacoptérygiens. Ces nageoires elles-mêmes présentent chez certaines formes, tout comme la dorsale et l’anale, une condition transitoire, car elles peuvent être insérées si fort en avant qu’elles paraissent thoraciques. Mais les os pelviens ne sont jamais attachés à l’arc coraco-claviculaire que tout au plus par un ligament, ce qui les fait rentrer dans la définition des « ventrales abdominales ». Bien qu’on puisse se demander si ce caractère suffit à séparer des Acanthoptérygiens les familles qui le possèdent, je crois opportun d'admettre le sous-ordre des Percésoces dans le sens que je lui donne ici, fermement convaincu que je suis des rapports réels reliant ces familles qui, dans la classification de Günther, par exemple, sont éparpillées dans trois ordres : Physostomes, Anacanthins et Acanthoptérygiens. Seulement, je dois déclarer que je considère ce sous-ordre, dont l'écart entre les formes extrêmes est très considérable, simplement comme division annectante, établissant un passage entre les Haplomes, auxquels les Scombresocidæ tiennent d’assez près, et les Acanthoptérygiens, auxquels il se rattache par les Anabantidæ. Pour qui admet l’évolution, il est tout naturel que les groupes s’enchaînent de cette façon et les limites que le taxonomiste est forcé d'établir sont plus ou moins arbitraires; le tout est de choisir les points où poser nos jalons de facon à rompre le moins possible les affinités naturelles.
Ces réserves faites, je crois pouvoir grouper ensemble les huit familles dont les caractères sont indiqués dans le synopsis suivant. Cinq d’entre elles sont représentées au Congo; trois de celles-ci, il est vrai, ne comprennent que des types marins ou propres à l’eau saumâtre, se reproduisant en eau salée, qu’on ne trouve guèêre d’ordinaire qu'à l'embouchure du fleuve. mais comme ils remontent parfois assez loin les cours d’eau, bien au delà de l'influence des marées, Je dois en donner des descriptions. Ces types sont les Muges, les Polynèmes et les Sphyrènes, qu'on peut nommer catadromes par opposition aux types anadromes, comme les Saumons, qui passent uné partie de leur existence dans la mer mais remontent en eau douce pour frayer.
350 PERCESOCES
Synopsis des familles.
(Celles non représentées dans les eaux douces du Congo ne portent pas de numéro d'ordre.)
I. Nageoires ventrales insérées très en arrière des pectorales (1); pas d'épine aux nageoires.
Côtes attachées à l'extrémité de parapophyses très développées ; pharyngiens inférieurs complètement He nageoires pectorales insérécs très haut . . . . 4 Scombresocidæ.
Côtes sessiles; pharyngiens inférieurs distincts; hrs péctorales plus rapprochées du ventre que du dos . . . Ammodytidæ.
II. Nageoires ventrales plus ou moins rapprochées des pectorales (2).
A, Une nageoire dorsale épineuse (au moins en partie), bien séparée de la dorsale molle.
1. Côtes attachées à l'extrémité de parapophyses très développées.
Os du bassin reliés à la symphyse claviculaire par un liga-
ment; nageoires pectorales insérées très haut, . . . . Atherinidæ. Os du bassin suspendus aux M Une pectorales insé- TÉéS (TESPNAUt 0 DA Pont SRE . 1. Mugilidæ.
Os du bassin suspendus aux postclavicules ; École DIS rapprochées du ventre que du dos, à rayons supplémentaires détachés insérés sur l'os coracoïde . . . . . . 2 Polynemidæ.
2. Côtes antérieures sessiles; os du bassin sans connection avec la ceinture scapulaire; nageoires pectorales plus rapprochées du ventre que du dos. 3. Sphyrænidre.
B. Une seule nageoire dorsale.
Passd’épinésaux nageoires, 241.0, M QU I LE 0 LS 4 Onhiocephalhdæ: Des épines aux nageoires impaires et aux ventrales. , . . 5. Anabantideæ.
A ces 8 familles il faudra peut-être ajouter les Stephanobery cidæ et lés T'etragonuridæ, mais le squelette n’en est pas encore connu.
Ce sous-ordre a des représentants dans les mers du monde entier, mais jamais à une grande profondeur. Sa distribution dans le temps remonterait peut-être à l’époque crétacée, ce qui est encore douteux, mais certainement à l’Eocène supérieur (3).
(1) Absentes chez Ammodytes.
(2) Absentes chez Channa, genre très voisin de Ophiocephalus. (3) A. S. \Woodward, Vert. Palæont. p. 120 (1808).
(Sa
MUGILIDÆ
5 MUGIEIDÆ.
Bouche bordée par les prémaxillaires seulement; maxillaires très étroits. Epiotiques très prolongés en arrière, étalés en lames minces, parfois membraneuses, à bord postérieur découpé en lanières. Os pharyngiens de structure compliquée, rétrécissant l'entrée de l'œsophage. Toutes les vertèbres précaudales à parapophyses très développées, portant les côtes et les épipleuraux à leur extrémité. Nageoires pectorales insérées très haut, à ptérygiaux très courts ; os claviculaires massifs et atteignant presque le post-temporal, le sur-claviculaire étant très petit. Ventrales à 1 épine et 5 rayons mous, rapprochées des pectorales et suspendues par un ligament à la post-clavicule. Deux nageoires dorsales, largement séparées l’une de l'autre, l’antérieure formée d’un petit nombre d'épines. Anale courte, à 2 ou 3 épines.
Les Muges se reconnaissent facilement à leur tête arrondie, à leur bouche petite et faiblement dentée, aux grandes écailles arrondies et faiblement cténoïdes qui recouvrent le corps et le dessus de la tête, aux yeux tout à fait latéraux, parfois presque infères, aux deux petites nageoires dorsales dont l’antérieure est formée d’épines ordinairement au nombre de quatre. On ne saurait les confondre qu'avec la famille voisine des Athérines, dont l’écaillure plus délicate et la bouche plus développée rappelle, aux yeux du vulgaire, les Clupes et les Eperlans. Les Muges sont d’ailleurs très voisins des Athérines, dont ils diffèrent surtout par les vertèbres moins nombreuses, au nombre de 24 à 20 (ordinairement 12 précaudales et 12 caudales) et par l’attachement du bassin aux os post-claviculaires prolongés en arrière. Les parapophyses sont très fortes dès la première vertèbre, qui porte un épipleural: les côtes ne commencent qu’à la deuxième vértèbre, les épipleuraux cessent à partir de la cinquième; les neurapophyses des cinq premières vertèbres sont étalées en lames, formant une crête continue. Le crâne est large et lisse en dessus; la crête sus-occipitale est basse et médiocrement prolongée en arrière; les sous-orbitaires forment une chaîne très faible. Les dents, très petites, coniques ou ciliiformes, peuvent manquer à la mâchoire inférieure, et le palais
352 MUGILIDA:
en est toujours dépourvu. Les ouïes sont largement ouvertes; il y quatre arcs branchiaux, des pseudo-branchies, et cinq ou six rayons branchiostèges. Chaque arc branchial est pourvu d’une série de branchiospines très serrées et courbées en dedans, qui concourent avec les appendices analogues qui garnissent la muqueuse du pharynx à former un appareil de filtrage à l’aide duquel les matières grossières englouties par ces poissons sont retenues dans la bouche. La nourriture consiste, en effet, de limon, de diatomées, de matières animales et végétales en putréfaction. En conséquence de ce régime, l'intestin forme de nombreuses circonvolutions. L’estomac est terminé par une sorte de gésier. La vessie natatoire est grande et simple.
Les Muges sont des poissons de mer, recherchant les embouchures des fleuves et les marais saumâtres, et se reproduisant généralement dans l’eau salée. Mais ils ne craignent pas de passer en eau douce, remontant périodiquement les cours d’eau; ils peuvent même s'établir d'une façon permanente dans certains étangs, et y frayer. C'est pourquoi il est traité ici de ces poissons, dont quatre espèces ont été rencontrées à l'embouchure du Congo. Ces espèces appartiennent toutes au grand genre Mugil. Les deux autres genres de la famille, Agonostoma, Benn., et Myxus, C. et V., quoiqu’aussi représentés en Afrique, sont étrangers à la faune du Congo.
12 MUÜUGHE
ARTEDI, Gen. Pisc. p. 32 (1738); GünrHer, Cat. Fish. [T, p. 409 (1861).
Bouche petite, transversale, à dents ciliiformes; une proéminence plus ou moins marquée à la symphyse de la mâchoire inférieure. Corps allongé, faiblenrent comprimé, couvert, ainsi que le dessus de la tête, de grandes écailles à bord.finement denticulé; un appendice écailleux de chaque côté de la base de la dorsale autérieure; pas de ligne latérale proprement dite, mais la plupart des écailles portant, au centre, un petit canal. Dorsale antérieure à 3 à 5 épines, les 2 ou 3 premières très rapprochées à la base;
anale opposée à la dorsale postérieure, à 3 épines faibles. Caudale fourchue.
Genre nombreux en espèces. Des 4 espèces dont la présence a été constatée au Congo, 3 habitent également l'Europe.
‘OLIAV9 "IIONN ‘à “SATIVHAIYQ TIDAN ‘I
EN