‹ Les poissons du basin du CongoChapitre 43 sur 463 · P. retropinnis, Vaill · texte numérisé non relu

P. retropinnis, Vaill

Des quatre espèces étrangères à la faune du Congo, le Polypterus bichir, Geoffr., type du genre, est propre au Nil, le ?. Lapradü, Stdr., de la Sénégambie et du Niger, en est excessivement voisin et

(1) Ann. & Mag. N. H. (7), II 1888, p. 4106.

POLYPTERUS ”

établit en quelque sorte, avec le P. congicus, un passage vers le P. Endlicheri, Heck., du Haut-Nil; enfin, le P. senegalus, Cuv., a une distribution très étendue, ayant été rencontré dans le Haut-Nil, le lac Rodolphe, le Sénégal, la Gambie et le Niger.

L’enchaînement de toutes ces formes est des plus intéressant et explique comment une étude trop superficielle a pu faire croire à leur unité spécifique et à une variabilité dont on ne trouverait d'autre exemple dans le règne animal. Le fait est que le nombre des épines de la nageoire dorsale varie endéans certaines limites et que les nombres extrèmes, entre lesquels oscille chaque espèce, peuvent chevaucher de façon à rendre la détermination de certains individus impossible d’après ce caractère pris isolément. Je n'ai pourtant pu constater, sur les riches matériaux à ma disposition, un écart de plus de quatre dans le nombre de ces épines, ainsi que le montre l'énumération suivante, — P. bichir : 15-18; P. Lapradü : 13-15; P. COngiCus : 12-14; P. Endlichert : 12-13; P. Delhezi: 10-11; P. Weeksii: 0-10; P. senegalus : 8-10; P. Palmas : 5-8; P. retropinnis : 6-7.

Il est également intéressant de constater comment les espèces à nombres d’épines réduits (5-10) forment un acheminement vers le genre Calamichthys par la forme et les proportions de la tête, la grandeur des écailles, et surtout par la réduction de l'os sous-operculaire, dont la disparition est un des caractères du poisson serpentiforme.

Geoffroy Saint-Hilaire avait pu constater, en Egypte, que les Polyptères se tiennent habituellement au fond des eaux, dans la vase, et avait émis la supposition que la progression a lieu par une sorte de marche quadrupédale comparable, jusqu'à un certain point, à celle des phoques, en raison de la conformation des nageoires paires qui, soutenues par un pédicule, servent de supports. M. J.S. Budgett, qui a pu observer les deux espèces de la Gambie à l’état naturel et en captivité, a vu le poisson immobile pendant de longues périodes sur la vase, au fond de l'eau, la partie antérieure du corps un peu relevée et reposant sur les nageoires pectorales; puis, se déplaçant lentement, mouvoir les pectorales à la façon d’un éventail, les rayons inférieurs étant défléchis les premiers. Si l’eau est corrompue, il se lance rapidement à la surface, prend une gorgée d'air, dont une partie s'échappe par les évents, et redescend comme une flèche. M. Budgett ne doute pas que la vessie aérienne ne serve d’organe accessoire de la respiration plutôt que d’appareil hydrostatique, ainsi que l'avait découvert Harrington, l’évent à l'émission d’air et non d'eau, comme on l'avait cru, et que les nageoires pectorales ne soient d'importants organes de propulsion et non simplement d'équilibre. Quoique d'ordinaire peu actif, le Polyptère

POLYPTERIDÆ

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se montre extrèmement remuant à l'époque des amours, période à laquelle il se rend dans les endroits inondés pour y déposer le frai. Mais, même dans les eaux profondes, on voit parfois des Polyptères nager au large et le Cap. S. Flower en a pris un à la ligne dans le Nil blanc. La nourriture consiste en petits poissons, batraciens et crustacés.

Selon Geoffroy Saint-Hilaire, chez P. bichir les œufs ovariens, prêts à être pondus, sont de la grosseur des grains de millet et de couleur vert-pré.

Paul Delhez, que j'avais prié de recueillir, pendant son séjour au Congo, tous les documents possibles sur les mœurs et la reproduction des Polyptères, n’a guère pu rien faire dans cet ordre d'investigations par suite de la saison défavorable. Il a dû se borner à consigner les notes suivantes, qui lui ont été fournies par les indigènes : « Après la saison des pluies, lorsque les eaux se retirent, ces poissons s’avancent le plus loin possible vers la terre, sans toutefois quitter l’eau. Les œufs sont très petits et en très grande quantité, et restent parfois à sec quand les eaux baissent. La chair de ce poisson étant bonne, on en pêche beaucoup en saison sèche. » Les nègres n'en distinguent pas plusieurs espèces et ils se figurent que plus le Polyptère devient grand, plus il a d'épines à la dorsale, ce qui s'explique par le fait que le P. ‘congicus est le seul qui atteigne un mètre de longueur, et que la membrane entre les épines postérieures est moins nettement diférenciée de celle qui réunit les rayons non épineux chez les jeunes que chez les adultes.

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