II. DISTRIBUTION DES POISSONS DANS LE BASSIN DU CONGO
Dans ses conférences qui ont eu tant de succès à l’Université de Bruxelles et à la Société royale belge de Géographie (1), M. Dollo a fait observer qu'aucun des poissons de la Belgique-ne se retrouve au Congo, mais que, par contre, beaucoup de poissons d’eau douce de l'Inde et de l’Insulinde ont été observés dans l’État Indépendant. Le savant conférencier n'avait en vue, assurément, que la communauté des types génériques, car aucune espèce n’avait et n’a encore été signalée comme habitant à la fois l’Inde et le Congo; et le fait que plusieurs genres très particuliers sont communs à ces deux régions est certes très remarquable. Mais, même avec cette restriction, cette donnée biogéographique n’est plus tout à fait exacte, dans l’état actuel de nos connaissances, car la Belgique et le Congo n'ont-ils pas en commun le genre Barbus? Et si l’on prend en considération les formes catadromes, qu’on ne saurait exclure complètement de la faune des eaux douces, nous avons même à signaler une espèce se rencontrant à la fois dans ces deux pays si éloignés : Mugil capito, dont l'habitat s'étend de la mer du Nord au cap de Bonne-Espérance; tandis que, par suite de la très grande séparation des faunes marines, aucune espèce catadrome ne se trouve à la fois au Congo et dans l'Inde.
En ce qui concerne les rapports de la faune ichthyologique du bassin du Congo avec celles des autres bassins de l'Afrique tropicale il est à remarquer que, bien que la première se distingue par une grande richesse de formes génériques et spécifiques, elle ne possède, par suite de la grande homogénéité de la faune de cette partie du monde, aucune famille en propre. Mais le nombre des espèces est très considérable. Le premier des grands bassins fluviaux du monde, l'Amazone (7,337,000 kilomètres carrés). possède, d’après nos connaissances actuelles, à peu près 550 espèces de poissons. Le bassin du Congo, qui occupe le deuxième rang (3,800,000 kilomètres carrés) et dont la faune est beaucoup moins bien explorée, semble relativement plus riche en poissons, puisqu'on peut déjà dresser une liste de 320 espèces; il est vrai que dans ce chiffre sont comprises les 78 espèces propres au Tanganika, apport considérable dû à la faune spéciale de ce vaste lac qui ne fait que déverser son trop-plein dans le bassin du Congo. Dans ses conférences en 1896, Dollo estimait à environ 150 le nombre des espèces de poissons d’eau douce connus du bassin du Congo.
(1) Citées plus loin, p. LVII.
x INTRODUCTION
Ce chiffre était trop élevé et provient de ce que les espèces du Congo français (bassins de l'Ogowé et du Quilu) y étaient comprises ; car à cette époque je n’aurais pu mettre en liste plus de 90 espèces décrites, dont 6 du Tanganika, soit environ 28 p. c. du nombre actuellement connu. L'auteur cite d'ailleurs certains poissons (Gymnarchus, Heterotis) dont la présence n’a pas encore été constatée ni dans le bassin du Congo ni dans celui de l’'Ogowé, et le Protoptère figuré dans sa brochure est de l'espèce sénégambienne qui n’a jamais été rencontrée au Congo.
On doit établir trois divisions principales dans la faune des eaux douces du Congo : 1° Le réseau fluvial, auquel est joint ici le Chi-
loango ; 2° le Tanganika, et le Kivu qui communique avec lui, faune
particulière avec quelques éléments en commun avec le Congo et avec le Nil ; 30 les lacs du Katanga (Moero, Bangwelo. etc.) sur la ligne de faîte des bassins du Congo et du Zambèse, ayant des rapports avec tous deux.
Notons que, à l'exception d’une petite partie au nord-est, qui appartient au système du Nil (lac Albert-Edouard) et des lacs Tanganika et Kivu, qui constituent un bassin à part, les limites de l'État du Congo sont des limites naturelles puisque celles-ci ont été tracées d’après le cours de l'Ubangi au nord et de la ligne de faîte Congo- Zambèse au sud.
Pêcheries dans les rapides de Banzyville. (Phot, d: M. le sous-intend nt jMichel.)
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