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AFRIQUE VII

Des quatre familles propres à l’Afrique, la plus importante par le nombre des genres et des espèces est celle des Mormyrides. Les Polyptérides, quoique moins nombreux, sont d’un intérêt plus grand encore comme seuls membres vivants d’un groupe richement représenté aux époques primaire et secondaire : l’ordre des Crossoptérygiens. Ces deux familles ont une distribution très étendue, leurs espèces se rencontrent dans le Nil et dans les eaux de toute l'Afrique tropicale à l'exception du bassin du Zambèse pour les Polyptères et du lac Tanganika pour les Mormyres. Les deux autres familles que l'Afrique possède en propre ne consistent chacune qu'en un genre à espèce unique, le Pantodon Buchholzi, Peters, dont l'habitat connu s’étend de Cameroun au Congo, et le Phractolæmus Ansorgii, Blgr., découvert tout récemment dans le delta du Niger.

Des familles dont l'aire géographique est restreinte à deux parties du monde, cinq sont communes à l'Afrique et au Sud de l'Asie (Région indienne) : les Notoptérides, Ophiocéphalides, Anabantides, Osphroménides et Mastacembélides ; deux à l'Afrique et à l'Amérique méridionale : les Lépidosérinides et les Characinides. L’affinité avec l'Asie est donc beaucoup plus grande qu'avec l’Amérique, ce qui est rendu plus évident encore par le fait que les genres sont les mêmes dans les deux premières de ces régions, tandis que l’Amérique ne possède que des genres souvent fort voisins mais non identiques à ceux de la faune africaine. Trois familles enfin, les Ostéoglossides, Nandides et Cichlides, sont propres à la fois à l'Afrique, à la région indienne et à l'Amérique du Sud, la première étant représentée en outre dans le Nord de l'Australie.

On peut donc dire que la faune ichthyologique africaine présente le plus de rapport.avec la région Indienne ou Orientale, ensuite avec la région Sud-Américaine ou Néotropicale; la ressemblance avec la région Paléarctique ou Européo-Asiatique ne vient qu'en troisième ligne et à un degré incomparablement moindre.

La faune dont il est question se montre en son plein développement dans la région située entre les tropiques, ainsi que dans le cours entier du Nil. Car c’est un fait bien connu, que la population ichthyique d’un fleuve est essentiellement la même dans toute l'étendue de son parcours et que cette faune revêt le caractère, non des contrées que traverse le fleuve, mais des pays dans lequel il prend naissance et reçoit ses principaux affluents. Les poissons strictement d'eau douce de la Basse-Égypte sont donc des formes tropicales dont le caractère contraste même assez fortement avec celui de la faune terrestre des rives du fleuve. Un fait fort remarquable est la grande ressemblance qui existe entre les poissons du Nil et ceux du Sénégal, de la

VIII INTRODUCTION

Gambie et du Niger, un grand nombre d’espèces étant communes à ces fleuves malgré la vaste étendue qui les sépare. On est en droit de déduire de ce fait que la séparation de ces bassins ne remonte pas à une époque très éloignée, géologiquement parlant, et qu’une communication a dû exister par une mer intérieure ou une série de grands lacs reliés entre eux, dont le Tchad, encore inexploré quant à sa faune ichthyique, est sans doute le dernier vestige.

L'homogénéité frappante de la faune des poissons d’eau douce de l'Afrique ne peut d'ailleurs s'expliquer que par l'hypothèse d’un grand bassin central où se seraient formés les principaux types caractéristiques, dont les représentants se seraient dispersés dans toutes les directions. Bien que bon nombre de poissons s'adaptent assez facilement à un changement de milieu, il semble certain que la grande majorité des formes d’eau douce qui peuplent l'Afrique ont été confinées dans cet élément au moins depuis l'époque éocène et il n'y a aucune raison de supposer qu'elles aient pu émigrer d’autres continents par voie marine. La grande affinité qu’on constate entre les poissons d’eau douce de l'Afrique et ceux de l'Inde peut s'expliquer très simplement par une communication entre l'Afrique et l'Asie avant que la mer Rouge ne débouchât dans l’Océan Indien (1). Les rapports avec l’Amérique tropicale sont sans doute le résultat de la persistance dans ces deux parties du monde de types, plus généralement répandus à une époque très reculée, qui seraient venus à disparaî re des autres régions, comme la paléontologie nous le montre d’ailleurs à l’égard des Dipneustes, qui sont précisément dans ce cas.

Point n’est besoin, pour expliquer ces similitudes, de faire intervenir l'hypothèse d’une continuité continentale qui n’a pu exister qu'à une époque antérieure au développement des groupes de poissons téléostéens que l'Afrique et l'Amérique du Sud possèdent en commun.

(1) Une telle communication semble indiquée par la distribution actuelle d’un Cyprinide, Discognathus lamta, Ham. Buch., dont l’aire géographique s'étend de l’Abyssinie, à travers tout le sud de l'Asie, jusqu’en Birmanie.

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