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Cependant, on oublie assez fréquemment, dans l’estimation de ce que rapporte la morue, de tenir compte des langues et des foies; ceux-ci ne sont pourtant pas une quantité négligeable, les foies donnant jusqu’à 350,000 mille gallons d'huile qui, ajoutés à la quantité de livres de langues mises en saumure, rapportent au delà d’un million de francs par année.
En outre, le coût de l’appât offert à la morue représente chaque année une somme qui peut être portée à un quart, au moins, de la valeur de la morue prise.
La vente des intestins de morue saumurés ferait encore un objet de commerce qui ne manquerait pas d'importance.
En France et en Espagne, où se font les pêches à la sardine et à l’anchois, on a besoin, comme appât pour ces pêches, d’au moins 50,000 barils d’intestins de morue tous les ans. Or, la Norvège, dans les meilleures années de pêche, ne peut en fournir que 35,000 barils; généralement, elle en expédie 25,000. Restent done 25,000 barils que le Canada pourrait fournir, et dont il retirerait un autre million de francs, le baril d’intestins de morue étant estimé communément à cinquante francs.
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La morue se rencontre dans toutes les mers de l’hémisphère boréal comprises entre le 40e et le 60e degrés de latitude.
Depuis le quatorzième siècle la morue est l’objet d’une pêche extrêmement active chez toutes les nations maritimes. (Cependant, il n’y a pas la moindre apparence que le nombre en est ou puisse jamais diminuer.
Le rendez-vous général des morues paraît être sur le grand banc qui s'étend devant Terreneuve, auquel on donne, à cause de cela, le nom de “grand banc de morue.” C’est une saillie sous-marine de cent lieues de long sur soixante de large. TL’accumulation de ces poissons y est quelquefois si grande, que, du matin au soir, les pêcheurs ne sont occupés qu’à jeter la ligne, à la retirer, à éventrer la morue prise pour amorcer leurs hamecons avec ses entrailles. Elles y sont si pressées les unes contre les autres, qu’une ligne, jetée au hasard au milieu d'elles, en accroche souvent plusieurs par une partie quelconque du corps. Un seul homme peut en prendre de trois à quatre cents en un jour.
Leur voracité dépasse toute expression.
Elles se jettent indifféremment sur tout ce qui se présente; mais heureusement pour
lui que ce poisson insatiable a reçu de la nature un avantage singulier; c’est que toutes les fois que son avidité lui a fait avaler un morceau de bois ou quelque autre chose d’indigeste, il vomit son estomac, le retourne devant sa bouche, et après l’avoir vidé et bien rincé dans de l’eau de la mer, il le retire à sa place et se remet sur-le-champ à manger.
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La morue fait son apparition sur les côtes canadiennes à des dates incertaines, généralement entre le milieu de mai et le commencement de juin; on l’a vue cependant retarder jusqu’à la dernière quinzaine de juin. Ces variations ont pour causes les courants, les vents, la température, lesquelles déterminent les migrations vers nos côtes des nombreuses variétés de petits poissons dont la morue se nourrit.
Le hareng et le caplan, avant coureurs de la morue, annoncent chaque printemps l’arrivée de cette dernière.
Le caplan est un joli petit poisson de cinq à six pouces de longueur qui arrive en masses compactes, remplissant pour ainsi
dire chaque baie et chaque anse formée par la nature accidentée des côtes. Pendant tout le temps qu’il se presse le long de cellesci, en bancs immenses, la morue qui le suit de près, se régale à ses dépens et le dévore par millions. Aussi le temps du caplan estil toujours pour le pêcheur le temps le plus précieux, car il est assuré que la morue ne manquera pas, tant qu’il pourra lui offrir pour appât ce petit poisson dont elle est très friande.
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Tant que dure le caplan les bateaux de pêche parcourent les côtes, jour et nuit, à sa recherche. Ils en prennent des quantités énormes destinées à servir d’appât, et le conservent au moyen de la glace ou des réfrigérants.
Le caplan frais est un mets délicieux, et lorsqu'on aura trouvé le moyen de le préparer, comme la sardine à laquelle il ressemble, ce poisson acquerra une grande valeur commerciale, en raison des quantités immenses qui peuvent être capturées presque sans frais. Déjà, en plusieurs endroits des provinces maritimes, des quantités considérables de caplan sont séchées, soigneusement mises en boîtes et envoyées sur les marchés des Etats-Unis.
La pêche à la morue dure jusqu’à la fin de novembre. Elle se fait, soit sur les grands bancs, dans des vaisseaux pontés variant en dimension de soixante à cent tonneaux, soit dans de petits bateaux ouverts, à peu de distance du rivage.
De dix à quinze hommes montent les vaisseaux faisant la pêche sur les bancs. La morue de banc est beaucoup plus grosse que la morue du voisinage de la côte: elle est en outre de qualité supérieure. En moyenne, trente morues de banc séchées suffisent pour faire un quintal.
La pêche en bateaux ouverts se fait sur de petits bancs à dix, vingt ou trente milles de la côte. Ces bateaux, les meilleurs peutêtre de leur espèce dans le monde entier, sont construits par les pêcheurs eux-mêmes.
Leurs dimensions varient de vingt à trente pieds en longueur. Deux de ces bateaux ont figuré à l’Exposition Internationale des pêcheries de Londres, en 1883, et y ont attiré l’attention, excité même l’admiration des connaisseurs.
Le Canada fait encore une consommation considérable d’égrefin, en anglais “haddock,” petite variété de la morue, dont le goût est plus marqué que celui de la morue franche et qui, comme celle-ci, n’amène Jamais la satiété.
Le Hareng
La pêche au hareng, qui occupe le second rang parmi les pêches maritimes du Canada, est absolument en disproportion avec ce qu’elle pourrait être et avec les profits qu’elle rapporterait, étant donnée l’abondance prodigieuse de ce poisson, si elle était exploitée sur une plus grande échelle.
En effet, on trouve le hareng dans toutes les mers du pôle boréal au 45e degré de latitude, formant, en certaines saisons, des bancs longs et larges de plusieurs lieues, et d’une épaisseur énorme, et si denses que les poissons qui les forment s’étouffent les uns les autres par milliers sur les bas-fonds, et que, parfois, les filets qu’ils remplissent, trop faibles pour soulever un tel poids, se déchirent. $Si l’on pense que, dans une seule localité de la Suède, on en pêche annuellement plus de sept cents millions, on peut juger de ce qu’en rapportent les milliers de navires que les nations européennes consacrent à cette pêche, regardée en Europe comme la pêche par excellence.
C’est à cette pêche que la Hollande a dû, au dix-septième siècle, une grande partie de
sa richesse. Cette industrie faisait vivre jusqu’à 800,000 personnes dans les deux provinces seulement de la Hollande et de la Frise occidentale, L'Angleterre emploie à la pêche au hareng une véritable flotte de vaisseaux variant de 50 à 100 tonneaux chacun. ÆElle engage dans cette industrie des capitaux énormes et une population de 80,- 000 hommes.
‘Il est absolument impossible, sans en être témoin,” dit le commandant Fortin, officier naguère commis à la protection des pêcheries canadiennes, “de se faire une juste idée de la prodigieuse abondance d'œufs de harengs déposés tout le long des côtes où ce poisson va frayer. J'ai vu maintes fois plusieurs milles continus du rivage couverts de ces œufs, sur une épaisseur de deux ou trois pieds.”
Tous les printemps, à la saison du frai, les harengs se pressent sur les côtes de la province de Québec, et surtout dans les baies magnifiques formées par le groupe des Iles de la Madeleine.