X X XX
Le littoral du Grand-Nord est, en certaines parties, découpé à l'infini et tout garni d'îles et d’îlots rocheux. Entre ces îles et ces îlots se croisent et s’entrecroisent une multitude de chenaux, quelquefois très profonds, et se forment avec facilité des bassins intérieurs éminemment propres à la reproduction du homard. Aussi, jadis, y voyait-on ce crustacé en quantités énormes ; mais il a depuis beaucoup diminué. On prenait assez facilement, il y a vingt ans, des homards pesant jusqu’à 18 et 20 livres, et la moyenne en poids s'élevait à 4 ou 5 livres; aujourd’hui le maximum en poids de ce crustacé dépasse de peu sept livres et encore est-il rare; la moyenne s’est abaissée à deux livres.
Chaque pêcheur de homard se croyait en droit de chasser le gibier qui l’entourait,
d’en consommer la chair, d'en recueillir la plume ou la peau, d’en emporter les œufs, de gen servir pour amorcer ses cages à homards, et n’hésitait pas à tendre un filet à l’entrée d’un cours d’eau fréquenté par le saumon et la truite. Presque toujours, ces deux poissons venaient déboucher dans le fond de l’anse ou de ia baie où le pêcheur avait établi sa homarderie.
Le plus grand nombre des palmipèdes de la famille des outardes, oies, canards, nichent à des distances quelquefois assez considérables du littoral et échappent ainsi relativement aux chasseurs. Mais il est deux ou trois espèces, appartenant à ces familles, qui exécutent leur ponte sur le littoral même, ou sur les îlots qui l’avoisinent.
La plus exposée de ces espèces, en même temps que la plus précieuse, est le eanard eider (moniac, dans la langue du bas Saint-Laurent.)
On connaît la valeur commerciale de l’eider. Son duvet se vend sur les marchés de Londres au prix moyen de 32 francs 50 centimes la livre, ou 45 francs le kilo.
Ce canard est en abondance si extraordinaire dans le golfe Saint-Laurent que
c’est à peine si l'enlèvement persistant de ses œufs a amené une diminution tant soit peu inquiétante de son espèce. Dans tous les cas, il serait facile d’y remédier.
La pelleterie, qui est la plus grande richesse du Labrador canadien, n’a pas encore vu décroître sa prospérité. Elle est toujours abondante.
Le renard, la loutre et la martre se vendent bien, le renard surtout, dont la dépouille atteint, pour les espèces noires et argentées, le prix élevé de 600 à 750 francs.
Le castor, de même, se rencontre en bonne quantité, quoique la chasse en soit peut-être un peu plus difficile qu’autrefois.