Les poissons, les reptiles et les oiseaux
Nous avons étudié et décrit, dans les précédents volumes de cet ouvrage, la vie et les mœurs des êtres qui constituent les trois premiers embranchements du règne animal, c’est-à-dire les Zoophytes, les Mollusques et les Articulés. Nous arrivons maintenant aux animaux supérieurs, connus sous le nom de Vertébrés , à cause du squelette osseux que renferme leur corps, et dont la colonne vertébrale, surmontée du crâne, son appendice, forme la partie principale. L’existence d’une charpente solide chez ces animaux, leur permet d’atteindre à une taille que ne pourraient posséder les Zoophytes, les Mollusques et les Articulés. Ce squelette est organisé de manière à donner aux mouvements une vigueur et une précision remarquables.
Chez les animaux vertébrés, le système nerveux est plus développé, et par conséquent la sensibilité plus exquise que chez les êtres dont nous avons déjà fait l’histoire. Ils ont cinq sens, un cœur, une circulation, et leur sang est rouge.
Bien que le Créateur ait paru suivre un même plan général dans l’organisation de tous les vertébrés, les naturalistes les ont divisés, pour faciliter leur étude, en un certain nombre de classes, fondées sur les différences de leur structure ou de leurs fonctions vitales. Ces classes sont :
2° Les Batraciens,
3° Les Reptiles,
4° Les Oiseaux,
5° Les Mammifères.
Ce volume est consacré à l’histoire des Poissons, des Batraciens, des Reptiles et des Oiseaux.
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Avant de parler de la vie, des mœurs et des habitudes des principales espèces de poissons de mer et d’eau douce, il est indispensable de jeter un rapide coup d’œil sur leur organisation et sur la manière dont s’exécutent leurs fonctions physiologiques.
Les Poissons sont destinés à vivre dans l’eau, et cette circonstance imprime à toute leur organisation un cachet tout particulier • bien que leurs formes soient très-variées, ils sont généralement oblongs, comprimés latéralement, un peu évidés aux deux extrémités. Ils n’ont pas de cou, et leur tête est en continuité avec le tronc. Le plus souvent, leur corps est couvert écailles, qui généralement sont minces, enchâssées dans des replis de la peau, imbriquées comme les tuiles d’un toit et qui ressemblent parfois à des grains ou à des tubercules.
Rien de plus remarquable que la variété et l’éclat des coueurs eu corps des poissons. Ces couleurs rappellent l’or et argent, et présentent les teintes les plus éclatantes, avec hjs r dégradations infinies du bleu , du vert , du rouge et du
Les poissons étant essentiellement conformés pour la nataantérieurs T*"® ,appr0priés 4 cet Les membres
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cTnTtUueJ te UrS °CCUPent 'a faœ inférieure du corps, et S nageoires ventrales. Les poissons possèdent, en
outre, des nageoires impaires. Les nageoires qui M le dos, s’appellent dorsales; celle qui est situee au bout de oueue est dite caudale; enfin il en existe souvent une autre, attachée à la face inférieure et à l’extrémité du corps, et qu
nomme la nageoire anale. , structure
Ces nageoires ont, au reste, à peu près la meme structure.
Elles consistent presque toujours en un repli de la peau, qui “par des liges grêles, formées de substance cartilagmeuse
°\”les destinés à infléchir la colonne vertébrale son,
Fig. 1 • Squelette de Perche.
raPidité- 1Y nniw(ms et nue l’on considère généra-
Un organe propre aux pois , dans la natation,
lement comme leur eta ° remplie d’air, placée
c’est la vessie na'atnre, espece de poche rmnp ou
sa .ttsssïrs:-*— -
rester en équilibre, descendre ou monter au sein des eaux. Mais cet organe manque parfois, et l’on a remarqué qu’il est très-
Fig. 2. Vessie natatoire de la Carpe.
petit dans les espèces qui nagent au fond de l’eau, ou se cachent dans la vase.
Immédiatement derrière la tête, se voient de grandes fentes : ce sont lés ouïes. Leur bord antérieur est mobile, et se soulève et s’abaisse comme un battant de porte, pour servir à la respiration.
Sous cette espèce de couvercle sont situées les branchies , organes de la respiration de ces animaux aquatiques.
Les branchies sont des lamelles étroites, longues et aplaties, disposées en séries parallèles, à la manière de dents de peigne, et qui sont attachées sur des tiges osseuses, que l’on désigne sous le nom d’arcs branchiaux. Elles flottent ainsi dans l’eau aérée, qui doit servir à la respiration de l’animal.
Voici comment s’exécute la fonction respiratoire chez les poissons. L’eau entre par la bouche, passe, par un mouvement de déglutition de l’animal, sur les fentes que les arcs branchiaux laissent entre eux, arrive aux branchies, dont elle inonde la large et multiple surface, et s’échappe enfin au dehors, par les ouvertures des ouïes. Tout le monde a vu un poisson rouge, dans son bocal, ouvrir la bouche et soulever son opercule, alternativement : ces deux mouvements sont ceux de la respiration et de l’expiration.
Pendant le contact de l’eau et des branchies, le sang qui circule dans la trame de cet organe, et qui leur communique la coloration rouge qu’on leur connaît, se combine chimiquement avec l’oxygène de l’air, que l’eau tiènt toujours en dissolution, quand elle coule librement, à la température ordinaire, en présence de l’air. Le sang devient ainsi oxygéné, ou artériel.
Le cœur des poissons, placé entre les parties inférieures des arcs branchiaux, se compose d’un ventricule et d’une oreillette.
br. Branchies. — c, Cœur. — — v. n'. Vessie natatoire. -
tig. 3. Anatomie de la Carpe.
f. Foie. — t>. n. Vessie natatoire. — c. - o. Ovaire. — «• Ur'etre. — a . Anus.
t. Canal intestinal.
— o*. Oviducte.
Urètre.
Il correspond à la moitié droite du cœur des mammifères et d^ oiseaux, car il reçoit le sang veineux venant de tou P
tics du corps et l’envoie aux branchies. De cet organe,
se rend dans une grosse artère qui rampe le long de la colonne vertébrale.
L’œil des poissons est ordinairement très-grand, on peut même dire énorme, relativement au volume de la tête. Cet œil est dépourvu de véritable paupière; le plus ordinairement la peau passe au-devant du globe oculaire, et devient en ce point si transparente, que les rayons lumineux la traversent. Ce léger revêtement est toute la paupière de l’œil des poissons. L’intérieur de l’œil est tapissé par la membrane dite choroïde , dont le feuillet externe, fort mince, offre, par suite de la présence d’innombrables cristaux microscopiques, l’aspect d’un enduit ar-
Fig. 4. Œil de Poisson.
f. Cristallin et pupille. — ee\ Çornée. — mm'. Choroïde. — h. Chambre postérieure de l’œil.
— c. Nerf optique.
genté ou doré, qui donne à l’iris cet éclat extraordinaire propre aux yeux des poissons.
Le cristallin de l’œil est volumineux, sphérique, diaphane. Lorsque le poisson est cuit, le cristallin de l’œil constitue cette sorte de petite bille blanche, opaque et dure, que l’on trouve souvent sous la dent quand on mange un poisson d’une certaine taille.
Quoi qu’en ait pensé Cuvier, la vision est très-nette chez les poissons. Ces agiles chasseurs du domaine aquatique voient de loin et fort bien, c’est ce que tous les pêcheurs savent parfaitement.
Si les poissons ont de grands yeux, en revanche ils ont de bien petites oreilles. Cet organe manque à l’extérieur.
L existe seulement dans une cavité du crâne une oreille
interne, qui est loin de présenter la structure compliquée de l’oreille chez les mammifères et les oiseaux. En dépit de cette imperfection de structure, les poissons sont sensibles au moindre bruit. Le silence est de rigueur pour la pêche, dans les rivières ou dans les mers : aucun pêcheur n’ignore cette circonstance.
Les dimensions de la bouche et des dents sont tres-variables chez les poissons; elles sont en rapport avec leur voracité, qui
est excessive chez beaucoup de ces èties.
Les formes et le développement des pièces buccales sont tellement variés, que nous ne saurions songer à en donner une idée. Quelques espèces sont dépourvues de dents; mais chez la plupart des poissons les dents sont très-nombreuses, n en trouve non-seulement aux deux mâchoires, mais au palais, a la langue, sur le bord intérieur des arcs branchiaux, et jusque
dans l’arrière-bouche, c’est-à-dire sur les os pharyngiens qui
entourent l’entrée de 1 œsophage.
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Fig. 5. Dents de Truite.
Fig. 6- Dents de Dorade.
formes de ces dents sont très-variables. Certaines sont et si serrées qu’on les a nommées dents en velows.
si
Fig. 7. Dents pharyngiennes de la Carpe.
est des dents en râpe et des dents en carde ; il en est qui ressemblent aux canines des mammifères; d’autres qui sont en forme
de tubercules, ronds ou coniques.
L’œsophage qui fait suite à la bouche, est court chez les poissons. L’estomac et les intestins varient de forme et de dimension.
La digestion se fait très-rapidement chez ces êtres.
La plupart des poissons se nourrissent de chair; mais il est un nombre très-considérable d’espèces dont la bouche est dépourvue de dents, et qui ont un régime végétal.
L’accroissement des poissons se fait avec lenteur ou avec rapidité, selon l’abondance de leur nourriture. Ils peuvent supporter, sans mourir, un jeûne prolongé. Seulement, on les voit alors diminuer peu à peu de volume, et périr enfin d’épuisement.
A une certaine époque, un irrésistible entraînement pousse les poissons des deux sexes à se rapprocher, à se réunir. Plusieurs espèces, dont la livrée est terne ordinairement, se parent alors des plus brillantes couleurs. Bientôt les femelles pondent des œufs.
Le nombre des œufs que recèle le corps des femelles, dépasse toute imagination. La nature a accumulé dans leur corps des myriades d’œufs, parce que les causes de destruction qui les menacent au sein des eaux, et qui auraient rapidement anéanti l’espèce, sont innombrables.
Les œufs, abandonnés par les femelles au sein de l’eau, sont fécondés, après la ponte, par la laitance des mâles. C’est ainsi que s’accomplissent la fécondation et la reproduction chez les êtres qui nous occupent.
Après cette revue rapide et sommaire de l’organisation des poissons, nous dirons quelques mots de leur classification.
Les poissons se divisent en deux séries, d’après la composition de leur squelette intérieur. Ce squelette est ordinairement osseux; cependant, chez tout un gToupe de ces animaux, il reste constamment à l’état cartilagineux, ou fibro-cartilagineux. Chez quelques-uns même, cette charpente offre encore moins de résistance, et demeure comme membraneuse.
C’est précisément sur cette particularité de structure que l’on se fonde pour diviser’ la classe des poissons en deux grands groupes : les poissons cartilagineux et les poissons osseux .
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POISSONS CARTILAGINEUX
Les poissons cartilagineux ( Chondroptérygiens ) sont beaucoup moins nombreux en espèces que les poissons osseux. Ils habitent presque exclusivement les eaux de la mer, bien que cei taines espèces soient toutes fluviatiles.
Les poissons cartilagineux sont, en général, des animaux de grande taille, dont les formes varient depuis celle des poissons
ordinaires jusqu’à celle des anguilles.
On divise les poissons cartilagineux en deux ordres, selon que les branchies sont libres à leur bord externe ( Chondroptérygiens à branchies libres ), ou attachées par ce bord, aussi bien que par leur bord interne ( Chondroptérygiens à branchies fixes).
Le premier ordre comprend deux familles : les Suceurs et les Sélaciens. Le second ordre ne comprend qu’une seule famille : les Sturioniens.
Famille des Suceurs ou Cyclostomes. — Cette famille dc 1)0'1S sons caractérisée par la conformation singulière de la bouche, qui n’est propre qu’à la succion, se compose des plus imparfaits
de tous les animaux vertébrés.
Le corps des poissons suceurs, allongé, nu, visqueux, rappelle, parla forme extérieure, celui des serpents. Ils nont m nageoires pectorales, ni nageoires ventrales. Leurs vertèbres s réduites à de simples anneaux cartilagineux, a pcin les uns des autres, traversés par un cordon tendineux, montées d’un second anneau plus solide, qui entoure a moelle épinière. Leurs branchies, au lieu de présenter la neimies, ont l’apparence de bourses.
Les Lamproies sont le type de cette famille, bous par e de la Lamproie de mer , de la Lamproie fluvial Ho et de la Lam,„o
de Planer.
POISSONS CARTILAGINEUX
La Lamproie de mer , ou grande Lamproie (fîg. 9), est propre à l’Océan et à la Méditerranée. Elle remonte, au printemps, les embouchures des fleuves, où on la pêche quelquefois en abondance. C’est un animal long quelquefois d’un mètre, au corps cylindrique , marbré de brun sur un fond jaunâtre, et dont les nageoires dorsales sont séparées l’une de l’autre par un assez long intervalle. Sa bouche, complètement circulaire, est
Fig. 9. Lamproie de mer, ou grande Lamproie.
entourée d’une lèvre charnue , garnie de cirrhes , ayant une lame cartilagineuse pour support; elle est pourvue, sur toute sa face interne, de plusieurs rangées circulaires de fortes dents, les unes simples, les autres doubles. Sept ouvertures branchiales se voient de chaque côté du cou, formant deux lignes longitudinales.
Ce poisson, dont l’aspect et la structure sont si étranges, se nourrit de vers, de mollusques et d’autres poissons. Sa bouche, •si puissamment armée , est un vaste suçoir, une énorme ventouse, à l’aide de laquelle l’animal peut s’attacher au corps de
poissons souvent de grande taille, et les sucer à la manière des Sangsues.
On le prend au moyen de filets. On se sert aussi, pour le pê-
• u ^ fomne' esP^ce de fourche à trois pointes barbelées, a Mes au trident que l’on donnait au mythologique Nep-
tune. On darde avec cet instrument le poisson, lorsqu’on l’aperçoit au fond de l’eau.
La chair de la Lamproie est estimée, grasse et délicate. Au douzième siècle, le roi d’Angleterre Henri I" mourut, aux environs d’Elbeuf, pour en avoir absorbé une trop royale quantité. Mieux vaut encore, à tout prendre, la mort du duc de Glarence, qui se fit noyer dans un tonneau de Malvoisie 1
La Lamproie fluviatile ressemble beaucoup à la Lamproie > de mer , par sa conformation générale; mais elle en diffère par 1 armature de sa bouche, qui n’offre qu’une seule rangée circulaire de dents, et par sa taille qui est beaucoup plus petite. C’est principalement à cette espèce que doivent se rapporter les individus que l’on voit sur les marchés de Paris. Noirâtre en dessus, argentée en dessous , la Lamproie fluviatile se trouve assez fréquemment dans la Seine.
La Lamproie de Planer ne quitte pas les eaux douces. On la connaît sous les noms de petite Lamproie de rivière , Sucet, Cha-
Fig. 10. Petite Lamproie, ou Lamproie de Planer.
touille. Elle est longue de vingt-cinq à trente centime i es, présente les mêmes couleurs que les précédentes, mais ses deux nageoires dorsales sont continues. Elle vit dans les eaux de presque toutes les rivières de l’Europe, dans les ruisseaux peu profonds, au milieu des pierres, où elle rencontre les petits
animaux dont elle lait sa nourriture. >
Ce poisson n’a pas dans le jeune âge les caractères de l’adulte. Il présente des métamorphoses. Sa larve avait ete longtemps considérée comme le type d’un genre particulier, m mocète , le Lamprillon des pêcheurs. Cette larve n’arrive a 1 état
POISSONS CARTILAGINEUX
adulte, c’est-à-dire ne se métamorphose, qu’au bout de deux ou trois années d’existence passées sous sa forme imparfaite.
Famille des Sélaciens. — Cette famille comprend le plus grand nombre des poissons cartilagineux. Leur forme extérieure est variable. Ils ont des nageoires pectorales et ventrales. De chaque côté du cou, ou à sa face inférieure, sont cinq ouvertures branchiales, en forme de fentes. Beaucoup de ces poissons ont à la partie supérieure de la tête deux évents. C’est à cette famille qu’appartiennent les Raies, les Roussettes, les Torpilles, les Marteaux, les Requins , les Scies.
Raies. — I1 y a plusieurs espèces de Raies. Nous signalerons seulement la Raie blanche ou cendrée ( Raia bâtis ) et la Raie bouclée ( Raia clavata).
La Raie blanche (fig. 1 1) a un corps dont la forme générale rappelle celle d’un losange. La pointe du museau est placée à l’angle antérieur. Les rayons les plus longs de chaque nageoire pectorale occupent les deux angles latéraux , et l’origine de la queue se trouve au sommet de l’angle de derrière. Tout cet ensemble est très-aplati; on distingue pourtantun léger renflement tant sur le côté supérieur que sur le côté inférieur, qui trace, pour ainsi dire, le contour du corps proprement dit, c’est-à-dire des trois cavités de la tête, de la poitrine et du ventre. Ces trois cavités îéunies n occupent que le milieu du losange, laissant de chaque côté un espace triangulaire moins épais, qui compose les nageoires pectorales. La surface de ces nageoires est plus grande que celle du corps proprement dit, et quoiqu’elles soient recouvertes d’une peau épaisse, on peut y distinguer un grand nombre de rayons cartilagineux composés et articulés.
La tête de la Raie blanche, terminée par un museau un lieu pointu, est engagée par derrière, dans la cavité de la poitrine. L’ouverture de la bouche placée dans la partie inférieure de la tête, et même assez loin de l’extrémité du museau, est allongée; ses bords sont cartilagineux et garnis de plusieurs rangs de dents, très-aiguës et crochues. Les narines sont placées au-devant de la bouche. Les yeux s’ouvrent à la partie supérieure de la tête; ils sont à demi saillants, et garantis en par ie par une continuation de la peau qui recouvre la tête et qui est souple, rétractile.
Immédiatement derrière les yeux, sont deux trous, ou évents , qui communiquent avec l’intérieur de la bouche. L’animal a la faculté d’ouvrir ou de fermer ces trous, au moyen d’une membrane très-extensible, sorte de soupape. C’est par ces deux orifices que la raie admet ou rejette l’eau nécessaire ou surabondante
Fig. 1 1 • Raie blanche.
à ses organes respiratoires, lorsqu’elle ne veut pas employer l’ouverture de sa bouche pour porter l’eau de la mer dans ses
branchies ou pour l’en retirer.
La couleur générale de l’animal est, sur le cote supérieur , d’un gris cendré, semé de taches irrégulières; sur le cote inferieur, d’un blanc mat, avec plusieurs rangées de points noirâtres.
Sa queue, longue, souple et menue, qui peut se fléchir et se contourner en différents sens, et qu’elle agite comme un fouet est pour la raie une arme offensive et défensive. Elle s en sci particulièrement lorsque, en embuscade au fond de la mer, presque entièrement cachée sous le limon, et voyant passer a sa portée les animaux dont elle doit se nourrir, elle ne veut ni
POISSONS CARTILAGINEUX. 15
changer sa position, ni se débarrasser de la vase et des algues qui la couvrent. Elle emploie alors sa queue. La fléchissant avec force et promptitude, elle atteint sa victime, la blesse ou la tue avec les deux piquants droits et forts dont la racine de cette queue est armée, et avec les aiguillons crochus qui hérissent sa partie supérieure.
Les raies peuvent parvenir à une taille assez considérable pour peser près de 100 kilogrammes. Leur chair peut alors suffire à rassasier plus de cent personnes. Les plus grandes sont celles qui s’approchent le moins des rivages habités, même dans le temps où le besoin de pondre ou celui de féconder les œufs entraîne les femelles vers les côtes maritimes.
Les œufs des raies ont d’ailleurs une forme singulière, trèsdifférente de celle de presque tous les œufs de poissons, et particulièrement des œufs de presque tous les poissons osseux. Ils sont quadrangulaires, un jDeu aplatis, terminés dans chacun de leurs quatre coins par un petit cordon cylindrique. Ce sont des sortes de poches formées d’une membrane forte et demitransparente.
On pêche un très-grand nombre de Raies blanches sur plusieurs côtes du nord de l’Europe. Leur chair est délicate. Dans plusieurs pays du Nord, particulièrement dans le Holstein et le Schleswig, on les fait sécher à 1 air, et on les envoie ainsi séchées dans plusieurs contrées de l’Europe, particulièrement en Allemagne.
La Raie bouclée (fig. 12), à laquelle on a donné ce nom à cause des bros aiguillons dont elle est armée, et qu’on a comparés à des boucles ou à des crochets, habite presque toutes les mers de l’Europe. Elle peut atteindre une longueur de 4 mètres; et comme elle est très-bonne à manger, elle est recherchée par es pêcheurs. On la voit fréquemment avec la Raie blanche sur les marchés d’Europe. Un rang d’aiguillons grands, forts et recourbes, règne sur le dos et s’étend jusqu’au bout de la queue. Deux piquants semblables sont au-dessus et au-dessous du bout du museau. Deux autres sont placés devant les yeux et rois errière. Chaque côté de la queue est garni d’une rangée
a.gui Ions moins forts. J] y a encore une foule d’autres aiguil- °nS 1j1us Petits- Telles sont les boucles de cette Raie : ce ne sont Pas, on le voit, des ornements, mais des moyens de défense.
La couleur de la partie supérieure de son corps est ordinairement brune, avec des taches blanches. La queue, plus longue que le corps, présente, vers le bout, deux petites nageoires dorsales et une nageoire caudale qui la termine.
Fig. 12. Baie bouclée.
C'est toujours au milieu des mers que vivent les différentes espèces de Raies; mais elles s'y déplacent suivant les époques de l'année Pendant que la mauvaise saison régné encore, elles
se cachent dans la profondeur des mers. Elles £ 'n“mor embuscade, appliquant leur large corps sur le fond de la mer,
Ct M^Ts raîes^T demeurent pas toujours couchées au fond
°° rl’iant leur queue, agitant leurs nageoires, elles relevent leur corps au-dessus des flots, et se laissent retomber sur l'eau, qui
éC Quand eU^'poursuive^leur^roie, les Raies tiennent to»^
zax .s r, jcsæsssæ.
POISSONS CARTILAGINEUX. 17
elles fendent les eaux, pour tomber à l’improviste sur les animaux qu’elles poursuivent, comme l’aigle se précipite du haut des airs sur sa victime. Aussi a-t-on comparé la Raie au roi des airs, à l’aigle. Les Raies figurent, en effet, au nombre des plus forts et des plus grands poissons, comme l’aigle est le plus grand et le plus fort des oiseaux. Elles ne poursuivent les autres poissons Plus faibles , que par le besoin de nourrir leur corps volumineux, et n’immolent pas de victimes à une cruauté inutile. Elles sont douées, d’ailleurs, d’un instinct supérieur à celui des auties poissons osseux ou cartilagineux 5 et par toutes ces considérations on a pu les appeler les Aigles de la mer.
La Torpille (fig. 13) a beaucoup d’analogie avec les Raies. Son corps aplati s’arrondit en disque. Cet élargissement est dû, comme dans les Raies, à la grandeur des nageoires pectoralesmais ici la ceinture humérale qui les porte, loge dans une grande échancrure un appareil organique extrêmement remarquable car il possède la propriété de produire de violentes commotions electnques. Ce merveilleux appareil est placé dans l’intervalle qui existe entre le bout du museau et l’extrémité de la nageoire : il complète le disque du corps. La tête offre une bouche petite, fendue en travers, dont les mâchoires portent des dents disposées en quinconce. Les yeux sont petits. En arrière de ces yeux, sont deux évents étoilés. Sous la poitrine sont deux rangées de petites fentes transversales, ouvertures des poches branchiales, comme cela a lieu dans les Raies. La queue est grosse, courte, conique, terminée par une nageoire. Elle porte une. partie des nageoires ventrales. Au delà, c’est-à-dire sur le dos, sont deux petites nageoires, molles et adipeuses. La peau e t entièrement lisse; sa couleur varie suivant les espèces. Ordinairement elle est rousse avec des ocelles larges à centre bleu fonce, quelquefois azuré et chatoyant, et entouré d’un grand
cinTon lix CeS taCllGS S°nt °rd“ent au nombre de
Z roZ. P°iSSOns Sm’ n°s côtes’ Médi-
Les commotions qu’ils font éprouver au pécheur qui veut
italfenTû rgnaléeSde très‘bonne heure. Redi, naturaliste du dix-septieme siècle, les étudiale premier scientifique-
ment. On venait de pêcher une Torpille, que l’on avait tirée avec précaution sur le rivage.
« A peine l’avais-je touchée et serrée avec la main, dit le naturaliste italien, que j’éprouvai dans cette partie un picotement qui se communiqua dans le bras et dans toute l’épaule et qui fut suivi d’un tremblement désagréable et d’une douleur accablante et aiguë dans le coude, en sorte que je fus obligé de retirer aussitôt la main. »
Réaumur a également fait quelques observations sur les effets de la Torpille.
a L’engourdissement est très-différent, dit-il, des engourdissements ordinaires. On ressent, dans toute l’étendue du bras, une espèce d'ctonnement qu’il n’est pas possible de bien peindre, mais lequel (autant que les sentiments peuvent se faire connaître par comparaison) a quelque rapport avec la sensation douloureuse que l’on éprouve dans le bras lorsqu’on s’est frappé le coude contre quelque corps dur. »
Redi remarqua, en outre, que la douleur et le tremblement résultant des attouchements diminuent à mesure que la mort de la torpille approche, et qu’ils cessent dès que l’animal est mort.
Au temps de ce naturaliste, tous les pêcheurs affirmaient que la vertu de la Torpille se communique au bras de celui qui la pêche, par l’intermédiaire de la corde du filet, et même par l’intermédiaire de l’eau de mer. Redi ne nie pas la réalité de ce phénomène; mais il ne put le vérifier. 11 constata que l'action de l’animal n’est jamais plus active que lorsqu’il est serré fortement avec la main, et qu’il fait des eflorts pour s échapper. 11 fit, de plus, la découverte de l’organe dans lequel réside la force électrique, et dont nous décrirons bientôt la stiuctuic.
Mais la physique n’était pas alors assez avancée pour que le naturaliste italien pût déterminer avec exactitude la cause de l’engourdissement’ produit par la lorpille, car cest a peine si les phénomènes de l’électricité commençaient alors à être connus de quelques savants, Redi publia vers 1670 ses principaux ouvrages; or cà cette époque rien n’avait encore attiré
l’attention sur les phénomènes électriques.
Réaumur, qui publiait vers 1740 ses immortels travaux sur les Insectes! n’était pas mieux en état que Redi de comprendre la nature du phénomène de la contraction de la Torpille, car l'électricité ne faisait pas encore parler d'elle. Réaumur fit toutefois
POISSONS CARTILAGINEUX
une expérience qui peut donner une idée de la force de l’électricité de la Torpille. Il mit ensemble une torpille et un canard, dans un vase contenant de l’eau de mer et recouvert d’un linge, pour que le canard ne pût s’envoler. L’oiseau pouvait respirer librement ; néanmoins au bout de quelques heures de cette désagréable entrevue avec la Torpille, on trouva le canard passé de vie à trépas.
Cependant la science de l’électricité commençait à se constituer, et bientôt elle fit des progrès rapides. Le docteur Bancroft soupçonna le premier que la Torpille empruntait sa puissance à quelque appareil de nature électrique. Enfin Walsh, membre de la Société royale de Londres, démontra cette vérité par de belles
Fig. 13. Torpille.
et nombreuses expériences qu’il fit à l’île de Ré. Voici quelques-unes des expériences de ce physicien.
On posa une Torpille vivante sur une serviette mouillée. On suspendit au plancher, au moyen de cordons de soie servant à les isoler, deux fils de lai ton. Auprès de la Torpille étaient huit personnes, montées sur des tabourets isolants. Un bout des fils de laiton était appuyé sur la serviette mouillée, qui soutenait la lorpille; 1 autre aboutissait dans un premier bassin plein d’eau, liquide qui conduit faiblement l’électricité. La première personne avait un doigt d’une main dans le bassin où était le fil de laiton, et un doigt de l’autre main dans un second bassin, également rempli d’eau. La seconde personne tenait un doigt d’une main dans le second bassin et un doigt de l’autre main dans un troisième. La troisième plongeait un doigt d’une main dans le troi-
sième bassin et un doigt de l’autre main dans un quatrième, et ainsi de suite. Les huit personnes communiquaient donc 1 une avec l’autre, au moyen de l’eau contenue dans neuf bassins. Un bout du second fil de laiton était plongé dans le neuvième bassin Walsh ayant pris l’autre bout de ce second fil métallique, et l’ayant fait toucher au dos de la torpille, un cercle conducteur de plusieurs pieds de long se trouva ainsi établi. Au moment où l’expérimentateur toucha la Torpille, les huit acteurs de cette expérience intéressante ressentirent une commotion subite qui ne différait en rien de celle que fait éprouver la bouteille de Leyde, et qui présentait seulement une intensité moindre
Lorsque la Torpille était placée sur un support isolant, elle faisait éprouver à plusieurs personnes, également placées sur un tabouret isolateur, quarante ou cinquante secousses, qui se .succédaient dans l’espace d’une minute et demie. Chaque effoit que faisait l’animal pour donner ces commotions, était accompagne d’une dépression de ses yeux, qui , très-saillants dans leur état naturel, rentraient aussitôt dans leurs orbites, le reste du corps
demeurant immobile. Tnmillp il
Si Von ne touchait que l’un des deux organes de la Torpille,
arrivait qu’au lieu d’une secousse forte et soudaine, onn éprouvait qu’une sensation plus faible, et, pour ainsi dire, plus lente . un engourdissement plutôt qu’un coup.
Toutes les substances propres a laisser passer c
électrique transmettaient rapidement la commotion produite par l’animal., fous les corps non conducteurs — nt secousses Si l’on touchait l’animal avec un bâton de cire on de verre on ne ressentait aucun effet-, mais si on le touavec un til ou une tige de métal, on était violemment
^ Voilà les phénomènes qui furent constatés par Walsh. On ne
^ •«. rp pn doute leur identité avec ceux que produit
ll’Xctricité de la bouteille de Leyde, ou des machines électriques^
Les phénomènes électriques de la Torpille ont été soum s, de nos jours, à un grand nombre de nouvelles expériences F MM Melloni,' Matteucci, Becquerel et Breschet.
y, Matteucci a reconnu que l’intensité de la —on P- i„ Tnruille reut être comparée a celle que donne une Æ — - -t à cent cinquante couples.
POISSONS CARTILAGINEUX
Arrivons à la structure de l’appareil organique qui sert à produire, au sein de la Torpille, ce dégagement d’électricité.
C’est un organe en forme de demi-lune. Il est double, et placé de chaque côté de la bouche et des organes respiratoires. Il est composé d’une multitude de petits prismes , disposés parallèlement les uns aux autres, et perpendiculairement au sol. On a compté jusqu’à onze cent quatre-vingt-deux de ces prismes, dans l’un des deux organes électriques d’une Torpille longue d’un mètre.
Sans vouloir reproduire ici toutes les descriptions anatomiques qui ont été données par Starinius, Max Schultze, Breschet, etc., de l’appareil électrique de la Torpille, nous dirons seulement que tous les petits parallélipipèdes qui entrent dans leur constitution , sont séparés les uns des autres par des cloisons de tissu cellulaire, dans lesquelles se distribuent des vaisseaux et des nerfs. Les filets nerveux que chaque appareil reçoit,, sont partagés en quatre troncs principaux.
Selon les auteurs modernes, l’électricité s’élabore dans le cerveau, sous l’influence de la volonté. Elle est ensuite transportée, au moyen de filets nerveux, dans l’organe principal, où elle sert à charger ces espèces de petites piles voltaïques, qui semblent constituer l’organe commoteur.
Cependant il ne faudrait pas se laisser aller à une compalaison tout à fait sans fondement entre l’organe électrique de la Torpille et les piles de nos laboratoires, auxquelles cet organe n est comparable en aucune façon. L’appareil électrique ressemble à un corps bon conducteur qui serait fortement électrisé ; il suffit de toucher une des surfaces de cet organe, pour recevoir la commotion. Si les petits prismes qui le composent étaient chargés comme nos piles voltaïques, il faudrait toucher leurs deux surfaces pour recevoir la commotion. Aucune analogie ne saurait donc exister entre cet appareil naturel et l’instrument scientifique qui porte le nom de Yolta.
On peut, à l’aide de la chaleur, ranimer jusqu’à un certain point l’activité éteinte ou suspendue des fonctions électriques de a Torpille. Maintenue dans une masse d’eau de mer d’un mètre e hauteur et de 30 centimètres de diamètre, et à une tempéraure de 22 , une Torpille conserva ses facultés pendant cinq ou • ix eurcs. Au contraire, une autre Torpille, qui était restée pen-
dant dix heures dans une très-petite quantité d’eau de mer, à une température de 10 à 12° centigrades, et qui semblait morte, se ranima peu à peu, quand on la plaça dans de l’eau à 20°, et elle donna des commotions pendant une heure. Si l’on tient (ortetement l’animal par la queue, et qu’on le presse en dessus et en dessous avec des lames de platine, pour recueillir les deux électricités, l’animal se contracte fortement; mais ces mouvements violents ne sont pas toujours accompagnés de décharges électriques, ce qui démontre une fois de plus que les jets de matière électrique ne sont pas le résultat des simples contractions musculaires, mais qu’ils sont soumis à l’influence de la volonté
de l’animal.
Ainsi l’électricité est l’arme donnée à ce poisson pour étourdir ses ennemis et pour engourdir sa proie. Combien est admirable la variété des ressources dont la nature dispose, et qu e e concède à ses créatures, pour assurer leur existence!
Squales. — Par leur forme générale, les Squales se rapprochen plus que les Raies des poissons ordinaires. Les ouvertures des branchies répondent aux côtés du cou et non au dessous du corps, comme dans les Raies. Les rugosités de leur peau les protègent contre leurs ennemis.
Les Squales comprennent en plusieurs genres : les Requins,
les Roussettes, les Marteaux, les Scies, etc.
Le Requin peut atteindre une longueur de plus de dix metr es, il pèse quelquefois plus de 500 kilogrammes. Mais la grandeur de sa masse n'est pas son seul attribut. 11 a reçu en outre la force et des armes terribles. Féroce, vorace, impétueux, msat . ,
répandu dans tous les climats et dans toutes les mers s il P suit avec acharnement le poisson, qui fuit a son appioc . Menaçant de sa gueule largement ouverte les malheureux navigateurs victimes d'un naufrage, il semble leur fermer toute voie de salut, et leur montrer en quelque sorte leur tombe prête à les recevoir. Ce sentiment meme est, sans doute, ce qui a valu au poisson redoutable qui nous occupe le non sinistre qu'il porte, et qui rappelle la mort dont il est le crue ministre. Le mot requin vient, en effet, de requiem, le chant lugubre de la cérémonie des funérailles chez les peuples ca-
tholiques.
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Le corps du Requin est allongé, et sa peau garnie de petits tubercules très-serrés. Cette peau est tellement dure, qu’on remploie pour polir différents ouvrages de bois et d’ivoire, pour faire des courroies et des liens, pour couvrir des étuis et des petits meubles. L’extrême résistance de cette peau garantit le Requin contre la morsure de plusieurs habitants des mers, pourvus de dents puissantes.
Le dos et les côtés du Requin (fig. i 4) sont d’un brun cendré, le dessous du corps est d’un blanc sale. Sa tète est aplatie, et terminée par un museau un peu arrondi. Sa bouche, en forme de demi-cercle, est énorme. Le contour de la mâchoire supérieure d’un Requin de dix mètres est de deux mètres environ, et son
Fig. 14. Requin.
gosier étant d’un diamètre proportionné à cette monstrueuse ouverture, on ne doit pas s’étonner de lire dans Rondelet et dans d autres auteurs qu’un Requin de grande taille peut avaler un homme d’une bouchée.
Lorsque la gueule de l’animal est ouverte, on voit, au delà des lèvres, qui sont étroites et de la consistance du cuir, des dents plates , triangulaires , dentelées , blanches comme de 1 ivoire. Si le Requin est adulte, il y a dans le haut comme dans le bas six rangs de ces armes meurtrières, arsenal tout prêt à déchirer les victimes.
Ces dents se prêtent aux différents mouvements que leur impi imcnt, selon la volonté de l’animal, les muscles placés autour de leur base. Le Requin couche en arrière ou redresse les divers langs de ses dents; il peut même relever une portion d’un rang
et abaisser l'autre portion. Ainsi ce bourreau prévoyant sait mesurer le nombre et le degré des armes dont il a besoin pour déchirer sa proie : à l’ennemi faible et sans défense, un rang de dents, à l’adversaire redoutable, l’arsenal tout entier.
Les yeux du Requin sont petits et presque ronds, l’iris d’un vert foncé, la prunelle taillée en une fente transversale, bleuâtre. Son odorat est très-subtil. Ses nageoires sont fermes et roides.
Les nageoires pectorales, triangulaires, plus grandes que les autres, s’étendent de chaque côté, et aident beaucoup à la rapidité de la natation. La nageoire de la queue se divise en deux lobes très-inégaux, le supérieur étant deux fois plus long quel’autre. Cette queue est, du reste, d’une force incroyable. Ellepeut d’un seul coup casser la jambe de l’homme le plus robuste.
Pendant la saison chaude le mâle et la femelle se recherchent ; ils s’approchent des rivages et voguent de concert, oubliant leur férocité. Les œufs éclosent à diverses époques, dans le ventre de la mère, et les petits en sortent, au nombre de deux ou trois à la fois.
Le Requin, à peine né, est le fléau des mers. Tout ce qui 'sit lui est bon : il mange des Sèches, des Mollusques, des poissons, entre autres des Thons et des Morues. Mais de toutes les pioics celle qu’il recherche principalement, celle qu’il tient dans la plus haute estime, c’est l’homme. Le Requin aime l’homme, mais c’est d’une affection toute gastronomique. Il manifeste même, selon quelques auteurs , une préférence pour certaines races. A en croire quelques naturalistes ou voyageurs, lorsque trois ou quatre variétés de viandes humaines lui sont offertes, le requin préfère l’Européen à l’Asiatique, et l’Asiatique au Nègre. Cependant, quelle qu’en soit la couleur, le Requin cherche avidement la chair humaine. Il fréquente avec persévérance tous les parages où il espère trouver ce friand moiceau. Il le poursuit, et fait pour l’atteindre des efforts extraordinaires. Il saute dans un bateau, pour y saisir les pêcheurs consternés; il se jette au travers d’un navire voguant à toute vitesse, pour happer quelque malheureux matelot, qui se laisse voir au dehors, occupé à quelque travail dans les agrès; il suit les vaisseaux négriers, les escorte avec constance, attendant, pour les engloutir, les cadavres des Noirs jetés a la mer, et qui ont succombé aux fatigues de la traversée.
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Comraerson rapporte, à ce sujet, un fait significatif. Un cadavre de Nègre avait été suspendu au bout d’une vergue, élevée à plus de vingt pieds au-dessus du niveau de la mer. On vit alors un Requin s’élancer, à plusieurs reprises, vers cette dépouille, l’atteindre enfin, la dépecer, membre à membre, sans craindre les cris et les attaques de l’équipage, réuni sur le pont pour assister à cet étrange spectacle. Pour qu’un animal aussi gros et aussi pesant puisse s’élancer à une telle hauteur, il faut que les muscles de sa queue et de la partie postérieure de son corps aient une étonnante puissance.
La bouche du Requin étant placée à la partie inférieure de la tête, il faut qu’il se retourne, pour saisir les objets qui ne sont pas placés au-dessous de lui. Il se rencontre des hommes assez hardis pour profiter de cette conformation, et faire la chasse à ce poisson redoutable et féroce. Sur les côtes d’Afrique, on voit des Nègres s’avancer en nageant vers un Requin, et profitant du moment où l’animal se retourne, lui fendre le ventre avec un couteau.
Cet acte inouï de courage et d’audace ne saurait être considéré comme un moyen de pêche du Requin. Voici en quoi consiste cette pêche, dans presque toutes les mers :
On choisit une nuit obscure. On prépare un hameçon garni d’une pièce de lard, et attaché à une longue et solide chaîne de fer. Le Requin se jette sur cette proie, puis il la quitte. On le tente en retirant l’appât. Il le suit et l’avale gloutonnement. Il essaye alors de s enfoncer dans l’eau ; mais, retenu par la chaîne, il s agite et se débat. Lorsque ses forces commencent à s’épuiser, on tire la chaîne, de manière à amener sa tête hors de l’eau. On lait alors descendre une corde, terminée par un nœud coulant. On engage dans ce nœud le corps du monstre que l’on serre ctroitement, surtout vers 1 origine de la queue. Après l’avoir ainsi entouré de liens, on l’enlève et on l’amène sur le bâtiment (fig. 15). G est là seulement qu’on le met à mort, non sans de grandes précautions contre ses terribles morsures et ses effroyables coups de queue. I/animal a, du reste, la vie dure, et résiste longtemps aux blessures les plus profondes.
La chair du Requin est coriace, de mauvais goût, difficile à ( i0uer. Cependant les Nègres de la Guinée s’en nourrissent. s a icndent plus tendre en la conservant très-longtemps.
Sur plusieurs côtes de la Méditerranée, on mange les petits Requins trouvés dans le ventre de leur mère. Le dessous du ventre de l’animal adulte, auquel on ôte ses mauvaises qualités par diverses préparations, sert quelquefois aussi à 1 alimentation des pêcheurs de nos côtes.
En Norwége et en Islande, on fait sécher à 1 aii pendant plus d’une année cette dernière partie de l’animal. Les Islandais font d’ailleurs un grand usage de la graisse du Requin. Le foie d’un de ces Squales de vingt pieds de longueur peut, selon Pantoppidan, fournir deux tonnes et demie d huile.
Nous venons de faire, avec tout le soin qu’il mérite, le portrait du Requin. L’original n’est pas beau. Mais si affreuse qu elle soit, notre description serait incomplète, si nous n’ajoutions qu’on a décerné les honneurs divins à ce monstre des eaux. L’homme a toujours aimé et adoré la force-, il baise la main qui l’écrase ou la dent qui le déchire. Il respecte le maître ou le
roi qui le frappe, et il vénère le Requin !
Les habitants de certaines côtes d’Afrique adorent le Requin. Ils l’appellent leur joujou, et considèrent son estomac comme la voie la plus directe pour aller au ciel. Trois ou quatre lois 1 an, ils célèbrent la fêle du Requin. Voici en quoi consiste cette fete
sinistre t
On amène tous les canots au milieu de la rivière; on invoque, dans de bizarres cérémonies, la protection du Requin-Dieu. On lui offre des volailles et des chèvres, pour satisfaire son appétit sacré. Mais cela n’est rien encore. Un enfant est chaque annee désigné, dès sa naissance, pour servir à un sanglant sacrifice. L’enfant voué à cette fin lugubre a été fete et choie jusqu a l’âge de dix ans. Le jour de la fêle du Requin , on le lie a un pieu sur une pointe de sable ; la marée monte ; 1 enfant jette des cris.' On l’abandonne aux flots, et les Requins arrivent. La mere n’est pas loin. Elle pleure peut-être, mais elle sèche ses larmes en pensant que son fils entreau ciel par cette terrible porte !
La grande Roussette (lig. 16), qui atteint 1 mètre à l'"‘,30 est très-vorace. Se nourrissant surtout de poissons, elle en détruit une grande quantité. Elle se jette même sur les pécheurs et sur ceux qui se baignent dans la mer. Placée en embuscade comme les Raies, elle surprend ainsi ou attaque si proie. Sa chair,
Fig. 15. Pêcha du Rîquln
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dure et sentant le musc, est rarement mangée ; mais sa peau est répandue dans le commerce. On la connaît sous le nom de peau de chagrin. La peau de Roussette s’emploie, comme celle
I ig. 16. Grande Roussette.
du Requin, à faire des étuis, des courroies, à couvrir des malles. Quand elle a été peinte en vert ou autre couleur, on l’appelle galuchat , et on en garnit des étuis.
La Roussetle-Rochier , ou petite Roussette , est plus petite que la précédente. Ses taches sont plus larges et plus rares, ses nageoires ventrales sont coupées carrément. Son nom de Rochier lui vient de ce qu’elle aime à habiter les rochers, où elle se nourrit de Mollusques, de Crustacés et de poissons.
Le Squale-Marteau (fig. 17) est caractérisé par la conformation singulière de sa tête, qui est aplatie horizontalement, tronquée en avant, et dont les côtés se prolongent transversalement, en deux branches qui la font ressembler à la tête d’un marteau.
Les yeux de ce poisson sont placés à l’extrémité des prolongements latéraux de la tête; ils sont gris, saillants, et leur iris présente une couleur d’or. Quand l’animal est irrité, les couleurs de cet iris deviennent flamboyantes et effrayent les pêcheurs.
Au-dessous de la tête, et près de l’endroit où commence le tronc, se trouve la bouche, semi-circulaire et garnie dans cha-
que mâchoire de trois ou quatre rangs de dents larges, aiguës et barbelues de deux côtés.
L'espèce de Squale-Marteau la plus commune de nos meisa le
Fig. 17. Squale-Marteau.
corps étroit, grisâtre, et la tête noirâtre. Ce poisson atteint communément la longueur de trois mètres et le poids de 250 kilogrammes. Sa hardiesse, sa voracité et son ardeur pour le sang, sont bien au-dessus de sa taille : si le Squale-Marteau n’a pas la force des grands Requins, il les surpasse quelquefois par sa fureur. Peu de poissons sont aussi connus des marins a cause de sa conformation frappante, c’est le cas de le dire. Sa voracité l’entraîne souvent autour des navires, jusqu au milieu des rai es et près des côtes. C’est une visite qui reste dans le souvenir des marins; on aime à raconter que l’on a pu échapper au danger d’une telle rencontre.
La Sck se sépare de toutes les espèces de poissons connus, nar Parme terrible qui arme sa tète. Cette arme est une prolongation du museau, qui, au lieu d'être arrondi ou de Unir en pointe, se termine par une extension ferme, tres-longue, étroite et aplatie de liant en bas. Elle est revêtue d une peau
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très-résistante, et garnie des deux côtés d’un grand nombre de dentelures fortes, grandes et allongées, qui ne sont que des prolongements de la substance dure qui forme ce museau, terminé en lame d’épée.
Ainsi armé, ce Squale, dont la longueur peut atteindre jusqu’à quatre mètres et demi, attaque sans crainte et combat avec avantage les plus dangereux habitants de la mer. Avec cette véritable scie, souvent longue de deux mètres, il ose se mesurer avec la Baleine. Tous les pêcheurs qui fréquentent les mers du Nord, assurent que la rencontre de ces deux potentats des eaux est toujours suivie d’un combat singulier, et que presque toujours la scie a donné le signal du duel. La Baleine pourrait d’un coup de sa queue terrasser son adversaire; mais le Squale est agile, il bondit, s’élance au-dessus de l’eau, et retombe sur le colosse, en lui enfonçant dans le dos son arme aiguë et dentelée. Dans cette lutte étrange, la Baleine est exposée à perdre sa vie avec son sang.
La Scie habite les deux hémisphères et se trouve dans presque toutes les mers. Elle n’est pas rare sur les côtes d’Afrique, où les Nègres, frappés de sa forme et de la grandeur de ses armes, l’ont à peu près divinisée. Ces peuples naïfs conservent comme de précieuses amulettes les plus petits fragments du museau dentelé de la Scie.
La Scie se jette parfois avec fureur contre la carène des navires, et y enfonce son épée, qui se brise dans le bois. On voit au Muséum d’histoire naturelle de Paris une lame de Squale-Scie qui fut trouvée implantée dans le flanc d’une Baleine.
Familles des Sturioniens. — Dans une seconde division des Poissons cartilagineux , c’est-à-dire dans la famille des Sturioniens, les branchies sont libres, comme dans les poissons ordinaires. Les Sturioniens se rattachent encore à ces derniers poissons par leurs ouïes, qui n’ont qu’un seul orifice très-ouvert et garni d’un opercule, mais sans rayons à la membrane.
Ce sont des poissons de grande taille, qui vivent dans la mer, mais remontent dans les fleuves, et peuvent habiter les eaux douces. Nous parlerons seulement ici des Chimères, des Polyodons et des Esturgeons.
Chimère arctique. — Les naturalistes Clusius et Aldovrande
ont baptisé ce poisson du nom de Chimère arctique , à cause de sa singulière conformation. Sa forme étrange, la manière dont il remue inégalement les différentes parties de son museau, la façon dont il montre les dents, ses contorsions ou ses grimaces de singe, sa longue queue, qui rappelle celle d’un reptile, et que ranimai' agite avec rapidité, tout cela avait beaucoup frappé le vulgaire et les anciens naturalistes. Glusius et Aldovrande avaient comparé ce poisson à la Chimère, monstre de l’antiquité
Fig. 18. CUiiuère arctique.
mythologique, que les anciens représentaient avec un corps de chèvre une tète de lion, une queue de dragon, et une gueule béante’ qui vomissait des flammes. Plus tard, on se contenta d y voir un poisson à tête de lion; et comme le lion était alors regardé comme le roi des animaux et qu’il fallait chercher un empire à la Chimère, on décida qu’elle régnait sur les Harengs, dont elle poursuit les gigantesques colonnes: on la nomma donc
le roi des Harengs. , .
Ce” roi des populations aquatiques est long de l*,65 a 2 métrés d’une couleur générale argentée, tachetée de brun, habite les mers européennes et se tient presque toujours dans l'océan septentrional, où il se nourrit de crabes, de mollusques et d’animaux à coquilles. Seulement, connue pour JustiUer
POISSONS CARTILAGINEUX. 33
titre de roi des Harengs , que les naturalistes lui ont décerné il lève souvent un tribut sur ses frétillants sujets.
La Chimère antarctique , qui se trouve dans les mers de l’hémisphère méridional, ressemble beaucoup, par sa conformation et par ses habitudes, à la Chimère arctique. Le bout de son museau se termine par un appendice cartilagineux, qui s’étend en avant et se recourbe ensuite sur la bouche. Cette extension, que l’on a assimilée à une crête, a fait nommer cet animal poisson-coq. D’autres assimilant le même organe à une trompe, l’ont nommé poisson-éléphant. Les anciens naturalistes avaient la manie inutile de chercher entre tous les êtres delà création des ressemblances et des analogies auxquelles la nature ne songe guère.
P olyodon- feuille. Ce poisson, connu autrefois sous le nom de Chien de mer , est aisé à distinguer par l’excessif prolongement de son museau, presque aussi long que la tête. Ce museau est élargi par deux bandes membraneuses qui laissent voir, à eur surface, une grande quantité de petits vaisseaux ramies, dont Tassemblage peut être comparé au réseau fïbrillaire des feuilles : de là le nom de P olyodon- feuille donné à ce
Esturgeons. -Les Esturgeons sont au nombre des plus grands poissons connus. Sous ce rapport, aussi bien que par leur conformation extérieure, ils se rapprochent des Squales, dont nous venons de faire l’histoire. Mais ils sont loin de partager leur 01 ce et leur vigueur. Leurs muscles sont moins fermes leur ci air plus délicate, et partant, leur force musculaire beaucoup oindre. Leur bouche n’est point armée de plusieurs ran°s de
:rr,: ;tsr ■ -ü-:
d’espèces en Europe. Ils abondent surtout d^laTer Ze el
L’Esturgeon commun (fig. 19) est répandu à la fois dans la mer du Nord, l’Océan, la Méditerranée ; il apparaît quelquefois dans le Rhin la Seine, la Loire et la Gironde. Il est ordinairement long de 2* mètres à 2m,30; mais il peut atteindre la taille de 5 a 6 mètres. Sa couleur générale est jaunâtre, avec le ventre blanc. Il est remarquable par le nombre et par la forme des plaques osseuses qui couvrent son corps, comme autant de boucliers.
Fig. 19. Esturgeon commun.
Sm-le clos et sur le ventre sont 12 à 15 plaques rugueuses, relevées d’une saillie qui, pointue dans le jeune âge s emousse chez les vieux individus ; sur les côtés est une sene de 30 a 35 1» cliers triangulaires, «es de pl=,ent une^-
séparées l’une del’autre P U forme ^ «"ement caractéristique. Large à ia
1 " Plie se rétrécit insensiblement jusqu’au bout, en un mu
S’ colique. La bouche qui est très-large, est située fort en ari î pytrémité du museau, et ses mâchoires, au riere de 'fi^ès de cartilages Entre la bouche elle museau
den s, menus, très-mobiles et sembla-
ble Te pels vers. On a prétendu que ces barbillons attirent
POISSONS CARTILAGINEUX. 35
de petits poissons mal avisés, jusqu’au près de la gueule de l’animal, qui cache sa tête au milieu des plantes aquatiques.
Dans la mer, l’Esturgeon se nourrit de poissons de taille moyenne, tels que les Harengs, les Maquereaux, lesGades. Quand il s’est engagé dans les fleuves, il attaque les Saumons, qui les remontent à peu près en même temps que lui. L’Esturgeon mêlé aux bandes des Saumons semble un géant. C’est en le comparant à un chef de ces bandes voyageuses, qu’on l’a nommé le Conducteur des Saumons.
L Esturgeon dépose dans les fleuves une immense quantité d’œufs, que l’on recueille, comme nous l’avons dit, pour en composer le caviar. Sa chair est délicate et d’un goût très-exquis.
Dans les pays où l’on prend des Esturgeons en abondance on le sèche pour le conserver.
Les rivières qui se jettent dans la mer Noire et dans la mer Caspienne, renferment, outre Y Esturgeon commun , plusieurs autres especes du même genre, entre autres le Sterlet ou petit Esturgeon et le grand Esturgeon.
Le premier ne dépasse pas 0'»,65 de longueur. Sa chair est encoie plus délicate et plus recherchée que celle de l'Eslurgern commun. Chez les anciens, ce poisson était estimé à un degre véritablement inouï. Dans la Rome avilie des empereurs, en
on v tTr ", C°miptlon <*u> Précédèrent et amenèrent sa ruine,
sur de! T m friSP°rtéSentri0mphe au son instruments, sur des tables fastueusement décorées et couvertes de fleurs
Le grand Esturgeon, qui peut dépasser le poids de cinq à siv cents
veSdtas’ h r trre gUère que dam les fleuves dé-
ersent dans la mer Caspienne et dans la mer Noire Le Volmi
On cM ! ’ ,renferment les plus 8™nds sujets.
doit au naturaliste russe Pallas des renseignements sur
!.anmsTe;4k°nt °n PêChe k Srmd ES1^" le Volga et
Pieul“ Ws"!ntVr ^ flemeS ™e di«ue' eomposée de passer l’animal Cette d!™ 'r e' 'ade assez sraiKl pour laisser opposé au Ztn! 8 ™e> Vel'S 5°n milieu- »» angle
remonte le fleuve et s’ >ar conséfll|ent opposé au poisson qui
point est tme ouvenurrLTcoVer u T"* ^ 1 En “
composée avec des lilels , t‘Iaus llne espece d’enceinte, des blets, sur la tin de l’hiver, et des claies
d’osier, pendant l’été. Les pêcheurs s’établissent sur une sorte d’échafaud , placé par-dessus cette ouverture. Le fond de ce réservoir peut être élevé par les pêcheurs à la surface de l’eau.
Quand le poisson s’est engagé dans le réservoir, les pécheurs placés sur l’échafaud laissent tomber une porte, cpü lui interdit le retour vers la mer. On lève alors le fond mobile de la chambre,
et on se saisit facilement du poisson (fig. 20).
Les pêcheurs sont avertis , pendant le jour, de l’entree des Esturgeons dans la grande enceinte, par le mouvement que ces poissons communiquent à des cordes suspendues a de petits corps flottants sur l’eau. Pendant la nuit , les Esturgeons entres dans l’enceinte agitent, par leurs mouvements, d’autres cordes disposées dans cette enceinte, et ils tiraillent assez ces cordes pour faire tomber derrière eux la porte dont nous avons parle. Les Esturgeons sont emprisonnés par la chute de cette poite, qui, en tombant, fait sonner une cloche, pour avertir et eAei ei
au besoin le pêcheur endormi sur l’échafaud.
N’est-ce pas là un parfait ensemble des moyens les mieux combinés, et la pêche de l’Esturgeon sur le Volga n est-elle
pas une pêche admirablement organisée? .
1 aux embouchures des fleuves, c’est-à-dire sur les nueres de la mer Caspienne, au point où vient se jeter le à olga, peche des Esturgeons se faitautrement. Le voyageur Gme m, qui a parcouru diverses contrées de la Russie, a décrit les péchés des Estai eo„s qui se tout au commencement de l’hiver dans les cavcrp s et les creux des rivages voisins de la ville d' Astrakan, s.luee
la mer Caspienne, à l’embouchure du A olga.
On réunU nn grand nombre de pêcheurs ; on rassemble plu-
2E=2kSS5 5|
pousse de ^ crispes p— e^yés se précipitent hors de leurs cavernes, et vont tomber
dTe "considérable de ce poisson, la bonté et les qualités
0OUrnSSann tité' d'œufs què bon retire du corps des femelles , rexJîe commerce et l’industrie des habitant* des rives
Fig. ïo Pcche de l’Esturgeon dans le Vo'ga.
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de la mer Caspienne et de la mer Noire. Nous donnerons une idée de l’abondance des œufs du grand Esturgeon, en disant que le poids des deux ovaires égale presque le tiers du poids total de l’animal ; or ces ovaires ont pesé jusqu’à quatre cents kilogrammes, dans une femelle du poids de 1,400 kilogrammes.
C’est avec ces œufs, mais non uniquement avec ce produit, que l’on prépare le caviar , aliment plus ou moins estimé , suivant que les œufs qui en font la base ont été plus ou moins bien choisis, puis nettoyés, maniés, pressés et mêlés avec de sel ou d’autres ingrédients. Le caviar a fait, non les délices, mais l’étonnement de beaucoup de visiteurs de l’Exposition universelle de 1867, dans ce restaurant russe, qui restera comme un de leurs plus chers souvenirs.
Un autre produit important du grand Esturgeon, au point de vue industriel, c’est la vessie natatoire, située au-dessus de l’épine dorsale de ces poissons cartilagineux. Ces organes séparés de l’animal, plongés dans l’eau et séparés de leur peau extérieure, coupés en long, renfermés dans une toile, ramollis entre les mains, façonnés en tablette, ou en petits cylindres recourbés, et exposés enfin à une chaleur modérée, constituent la presque totalité de la colle de poisson qui se consomme en Europe, et qui est connue sous le nom élégant et à demi grec d ’ichthyocolle. Mêlé avec la colle forte, ce produit jouit d’une puissance d’adhésion considérable. On peut s’en servir pour réunir les morceaux cassés de la porcelaine et du verre. On le nomme colle à bouche , quand il a été mélangé d’une substance de saveur agréable, qui permet d en ramollir sans dégoût les fragments dans la bouche.
; Lagraisse du grandEsturgeon, quand elle est fraîche, remplace 1 huile et le beurre. Elle est d’une grande ressource pour les habitants des contrées méridionales de la Russie.
La peau du grand Esturgeon peut remplacer le cuir de plusieurs animaux. Celle des jeunes individus, quand elle a été bien débarrassée de toutes les matières qui pourraient la rendre opaque, et bien desséchée, remplace les carreaux de vitre, dans une partie de la Russie et de la Tartarie.
Ainsi tout est bon, tout devient utile à l’homme et à son industi ie dans la grande et féconde espèce d’Esturgeon que nous venons d’étudier.
POISSONS OSSEUX
On comprend en général sous cette dénomination les Poissons proprement dits ou les Poissons ordinaires. Nous avons fait remarquer en commençant que ce groupe naturel d’animaux est caractérisé par la constitution du squelette solide.
Les poissons osseux se divisent en six ordres, fondés, il faut le dire, sur des caractères d’une faible importance organique, et que les savants ont, hélas ! baptisés des noms les plus barbares. Nous nous hâterons de prononcer ces noms, pour n avoir plus à y revenir.
En remontant la série de perfection des êtres, nous trouverons d’abord les Plectognathes, en français les poissons dont la mâchoire supérieure est attachée au crâne (wWç, entrelacé , ■yvaOoc, mâchoire).
Viennent ensuite ceux dont la mâchoire supérieure est mobile. Les uns ont les branchies disposées en houppes rondes : ce sont les Lophobranches (M?oç, crête , aigrette, branchie).
Dans les autres poissons, les branchies sont disposées en peignes Ces derniers se divisent en deux grands groupes. Dans le premier de ces groupes, tous les rayons des nageoires sont mous, excepté quelquefois le premier des nageoires dorsales ou pectorales : ce sont les Malacoptèrygiens (n«Wç mou, ^PuYl°v, nageoire ), qui forment le troisième groupe des poissons osseux.
Dans un dernier groupe, les poissons ont des rayons osseux a la nageoire dorsale antérieure , quelques rayons osseux a a nageoire anale et ordinairement un à chaque nageoii e v en 1 a e . ce sont les Acanthoptèrygiens (***v0«, épine, *"W0V, nageoire ) qui forment le dernier groupe des poissons osseux.
Nous devons ajouter que les Malacop,» se subdmse, eux-mêmes en trois ordres, ce qui porte a six le nombre de
POISSONS OSSEUX
ordres des Poissons osseux, à savoir : les Pleclognallies , — les Lophobr anches , — les Malacoptêrygiens apodes , — les Malacoptèrygiens sub-branchiens , — les Malacoptêrygiens abdominaux , — les Acanthoptèrygiens.