OU OISEAUX DE RIVAGE
Voués par leur organisation à la vie aquatique, les Palmipèdes recherchent constamment les eaux des fleuves, des lacs, ou celles de la mer. La forme de leurs pattes caractérise cet ordre d’oiseaux Les doigts et quelquefois le pouce sont réunis entre eux, < par une membrane molle et lobée ; de là leur nom de Palmipèdes. Ces pieds palmés et rejetés en arrière sont d’admirables rames. L’oiseau n’a qu'à rapprocher les doigts, pour ramener les pattes en avant, et en frappant l’eau, donner à son corps une vigoureuse impulsion, qui détermine sa progression au sein du liquide.
Quelques Palmipèdes volent, mais avec peine; d’autres ne peuvent pas même s’élever dans les airs, car ils n’ont que des rudiments d’ailes, en forme de nageoires. Certains d’entre eux possèdent pourtant une puissance de vol extraordinaire Leurs ailes, bien développées, leur permettent de fendre l’espace avec une rapidité extraordinaire; et on les rencontre dans la haute mer al d’énormes distances de la côte. D’autres se plaisent dans les me s mûtées par les tempêtes. Au milieu des tourmentes, ils aimenta mêler leurs cris sauvages au bruit de la mer furieuse et des dements en courroux. Le matelot, qui voit avec inquiétude pomdrj à l’horizon le nuage prêt à fondre en pluie torrentielle sia *> navire, est certain de l’approche de la tempete quand il a] î en même temps les blanches ailes de l’albatros, qui se dessinent sur le fond d’un ciel obscur et menaçant.
Tous les Palmipèdes peuvent nager et plongei c ans eau • se mouiller, car leurs plumes sont enduites d un liquide ta leux, fourni par des glandes qui exislenta 1 mlmom i de h Ce produit graisseux rend les plumes imperméables a 1 j
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dite. Le même avantage résulte pour eux cle la disposition des plumes, qui sont très -lisses et très-cornées, et dont les barbules fort serrées et entrecroisées laissent glisser l’eau sur leur surface polie. Les Palmipèdes sont pourvus , en outre, d’un duvet extrêmement fin, qui enveloppe leur corps d’une chaude et abondante fourrure, et maintient leur chaleur naturelle au point de les faire résister aux froids des plus rigoureux hivers.
Très-nombreux en espèces, les Palmipèdes vivent dans tous les pays. Suivant le prince Charles Bonaparte, qui était un des plus savants ornithologistes de l’Europe, ceux qui fréquentent la mer composent à eux seuls la quatorzième partie de tous les oiseaux du globe; et d’après le même naturaliste, le nombre de toutes les espèces d'oiseaux du globe serait de 9400.
Les Palmipèdes se nourrissent de végétaux, d’insectes, de mollusques et de poissons. Ils gagnent le rivage, pour y établir leur nid : les oiseaux d’eau douce autour des rivières, les oiseaux marins sur les grèves et les rochers abruptes des îles désertes.
Au printemps, les oiseaux de mer se réunissent en troupes, et vont déposer leurs œufs dans des nids, construits sans art, mais toujours tapissés d un fin duvet à l’intérieur. Us arrachent de leur poitrine ce duvet, qui forme à leurs œufs un lit moelleux et chaud. Certaines îles sont fréquentées de préférence par les Palmipèdes, et au moment de la ponte, les rives solitaires où vont nicher ces oiseaux de mer sont occupées par d’innombrables troupes, qui vivent d’ailleurs en parfaite intelligence.
Les Palmipèdes sont une ressource précieuse pour l’homme. Dans nos basses-cours, les oies, les canards, fournissent à 1 économie domestique une chair excellente et une graisse recherchée. Les cygnes, à l’élégante parure et au port gracieux ornent nos bassins et nos lacs. Le duvet des oiseaux aquatiques’
Nj"je f,ra"d.e .!aleur et cl'une srande utilité, est, dans les pays du 01 d’ 1 objet d ™ commerce considérable. Les œufs d’oiseaux de mer sont assez bons à manger, et dans beaucoup de pays les nabitants en consomment en grande quantité.
veille, T?3 ,0iSea“ marins qui produisent cet engrais mer-
mulata ?/ 6 q” n’eSt autre cl,ose qu’une accu-
,f T- ,ent° d'°iseara' formant des bancs
mmenses dans plusieurs îles des mers australes. On a peine à
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comprendre qu’un amas successif d’excréments d’oiseaux de mer ait pu produire des couches de guano offrant jusqu à 90 mètres de profondeur. On se rend toutefois compte de ce résultat, quand on sait que plus de vingt-cinq mille oiseaux viennent dormir, chaque nuit, dans certains de ces îlots, et que chacun de ces oiseaux fournit à peu près 25 grammes de guano par jour.
Le guano, dont la couleur est d’un brun grisâtre sur les couches supérieures, est jaunâtre à l’intérieur. L’île de Cincha, située non loin des rivages du Pérou, est une des localités les plus riches en guano. L’agriculture tire un admirable parti de cet engrais sans rival, qui doit sa puissance aux sels ammoniacaux, auphosphate de chaux et à des détritus ou des plumes d’oiseaux.
L’ordre des Palmipèdes se divise en quatre sous-ordres : les Plongeurs ou Brachyptères , les Lamellirostres , les Totipalmes et les Longipennes,
Plongeurs. — Les oiseaux qui composent ce sous-ordre des Palmipèdes sont caractérisés par des ailes tellement minces et courtes , qu’elles ne peuvent être d’aucun usage à certaines espèces, pour la locomotion aérienne. Aussi, les a-t-on surnommés Brachypt'eres , mot qui signifie ailes courtes (Pp*x»«> court, Trrcfpa, aile). Ce sont d’habiles plongeurs et des nageurs infatigables, quand ils veulent se servir de leurs ailes comme nageoires. Leur plumage, à surface lisse et soyeuse, est impénétrable à l’eau, à cause de l’abondante quantité d’huile qui l’enduit. Ils vivent dans la haute mer, et ne viennent jamais sur le rivage que pour nicher. Leurs jambes, implantées tout à fait en arriéré du corps, les obligent à se tenir, à terre, dans une position verticale,
ce qui rend leur marche pénible et difficile.
Les principales familles de ce sous-ordre sont les Plongeons, les Manchots , les Grèbes , les Guillemots et les Pingouins.
Les Plongeons (Colymbus) se distinguent des autres Brachyptères par le bec, qui est plus long que la tête, droit, robus e, presque cylindrique, un peu rétréci sur les côtés, aigu, a mandibule supérieure plus longue que l’inférieure. Leurs doigts au lieu d’être munis de membranes découpées, sont reunis eux par une membrane unique.
Ce sont d’intrépides nageurs; ils plongent dans 1 eau
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tant de promptitude, que souvent ils évitent le coup de fusil du chasseur, en s’enfonçant, à la vue de l’éclair de feu, et à l’instant même où part le coup. Aussi les chasseurs cherchentils quelquefois à leur dérober la lumière produite par l’explosion de l’arme à feu, en appliquant un morceau de carton près du bassinet.
Les Plongeons , qui habitent les mers septentrionales, passent toute leur vie dans l’eau. Sur terre, ils ne peuvent se maintenir que dans une position verticale et extrêmement gênante. Il leur arrive parfois de tomber à plat ventre, et de ne pouvoir se relever qu’avec infiniment de peine. Ils ne viennent à
Fig. 189. Plongeon.
terre que pour faire leur ponte, qui consiste seulement en douze œufs oblongs , à fond plus ou moins coloré. Ils choisissent, pour faire leurs nichées, les îlots et les promontoires déserts.
Leur nourriture se compose de poissons, qu’ils poursuivent même jusqu’au fond de l’eau, de frai de poissons, d’insectes aquatiques, et même de productions végétales. Leur chair, trèscoriace, est d un goût détestable. Dans les climats froids ou tempérés, ils habitent les rivières et les étangs, et retournent, après le dégel, dans les contrées septentrionales. Les jeunes diffèrent beaucoup des adultes, et ne prennent qu’après trois ans le plumage stable des vieux.
On distingue trois espèces de plongeons : le Plongeon imbrin
ou grand Plongeon (Colyrnbus glacialis)-, le Plongeon arctique et le Plongeon cerf marin.
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Le Plongeon imbrin est un bel oiseau, au plumage noirâtre, nuancé de blanc, avec le ventre et un collier de cette dernière couleur. La tête est d’un noir changeant en vert. Lorsqu’il a des petits, au lieu de s’enfoncer sous les eaux pour se soustraire à ses ennemis, il les attaque lui- même à coups de bec. Sa peau sert d'habillement à certaines peuplades, et surtout aux Groënlandais. Cette espèce, qui habite les mers arctiques des deux mondes, est très-abondante aux Hébrides, en Norwége, en Suède, et même dans le nord de la Grande-Bretagne. Son apparition en France est irrégulière; on le voit sur nos côtes maritimes, le plus souvent après de forts ouragans.
Le Plongeon arctique ( Colymbus arcticus ) a le bec et la gorge noirs, avec le sommet de la tête d’un gris cendré, le devant et les côtés du cou blancs avec des taches noires, le dos et le croupion noirs, les couvertures des ailes parsemées de taches blanches, toutes les parties inférieures d’un blanc pur. Cet oiseau, trèsrare en Angleterre et en France, est très-commun dans le nord de l’Europe. On le trouve sur les lacs de la Sibérie, de l’Islande, du Groenland, dans la baie d’Hu dson, et quelquefois aux Orcades. Les Lapons se font des bonnets avec sa dépouille. En Norwége, on considère comme une impiété de le détruire, parce que ses différents cris servent, dit-on, de présage pour le beau temps ou pour la pluie.
Le Plongeon cerf marin ou à gorge rouge ( Colymbus septentrionalis ) a la gorge, les côtés de la tête et du cou d’un gris de souris; l’occiput et le derrière du cou sont marqués de raies noires et blanches, et le devant du cou est d’un rouge marron très-vif; la poitrine et le dessous du corps sont blancs, et tout le dessus est noirâtre, taché de blanc. Cet oiseau habite les mers arctiques. 11 abonde en hiver sur les côtes d’Angleterre, de Hollande, d Allemagne et de Suisse. En France, il arrive avec les macreuses et se prend souvent dans les filets que les pêcheurs tendent à ces oiseaux. Il remonte avec la marée jusqu’aux embouchures des fleuves pour trouver sa nourriture qui consiste principalement en petits merlans, et en frai d’esturgeons et de congres.
Les Manchots ( Aptenodgtcs ) ont une si grande analogie de forme et de structure avec les Pingouins , dont nous parlerons plus loin, que la plupart des voyageurs les ont confondus. Cepen-
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dant il y a entre ces deux espèces des différences extrêmement sensibles.
Les Manchots , dont le nom est assez significatif, sont ces singuliers oiseaux des mers australes, chez lesquels les ailes, atrophiées et tout à fait impropres au vol, ne sont que des espèces de moignons aplatis et très-courts. Ces sortes de nageoires sont privées de plumes proprement dites, recouvertes de trèspetit duvet, ayant l’apparence de poils, et qu’on prendrait pour des écailles.
Placés entre les poissons et les oiseaux, les manchots sont
Fig. 190. Grand Manchot.
d’habiles nageurs, et des plongeurs incomparables. Aussi est-il très-difficile de les tuer à la chasse. Leur peau est d’ailleurs assez résistante pour renvoyer le plomb.
Tout, chez ces oiseaux, a été disposé pour la vie aquatique. Leuis pattes sont placées tout à l’extrémité du corps, disposition qui les rend gauches et pesants, quand ils sont à terre. Du reste, ils n’y viennent que pour pondre. Ils se réunissent, pour nicher, en troupes immenses, au commencement d’octobre. Ils se contentent de creuser dans le sable des trous assez profonds
femelïedéP0SerdeUX ^ ^ S°UVent rœuf unique que Pond la Æalgré leur peu de fécondité, le nombre de ces oiseaux dans
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les îles du nord de l’Europe est vraiment prodigieux. Quand les matelots débarquent dans les contrées boréales, ils peuvent prendre ou tuer autant de manchots qu’ils en veulent, harborough rapporte que dans une île, près delà côte des Patagons, son équipage en prit trois cents dans l’espace d’un quart d’heure, et qu’on aurait pu en prendre tout aussi facilement tiois mille, a On les chassait devant soi, dit ce navigateur, comme des troupeaux, et chaque coup de bâton en abattait un. »
Dans une autre île, près du détroit de Magellan, les matelots du capitaine Drake en tuèrent plus de trois mille en un jour.
Ces faits n’ont rien d’exagéré. La terre visitée par ces navigateurs était pour ainsi dire vierge, et ces oiseaux qui avaient pu s’y propager en toute sécurité, s’étaient succédé, de génération
en génération, en nombre incalculable.
Les manchots n’ont pas peur de l’homme : ils l’attendent de pied ferme, et se défendent à coups de bec, lorsqu'il veut mettre la main sur eux. Quand on les poursuit, ils feignent quelquefois de fuir de côté, pour se retourner aussitôt, et se jeter sur les jambes de l’assaillant. D’autres fois, « ils vous regardent, dit! Pernetty, en penchant la tête sur un côté, puis sur l’autre, comme s’ils se moquaient de vous. » Us se tiennent debout, sur leuis pattes, le corps redressé en ligne perpendiculaire avec la tête et le cou. Dans cette attitude, on les prendrait de loin pour de petits bons hommes portant des tabliers blancs, ou pour des enfants
de chœur en surplis et en camail noir.
Lorsque les manchots crient, on croirait entendre le braiement d’un âne. Les navigateurs qui passent, dans les soirees de calme devant les îles des mers australes, croient que ces parages son habités, car la bruyante voix de ces oiseaux produit un brui
qui rappelle celui de la foule un jour de fête.
La chair des manchots est un médiocre manger, mais elle est une ressource précieuse pour les marins qui voyagent dans ces parages incultes, après avoir épuisé leurs provisions. Comme a plupart des œufs des Palmipèdes, leurs œufs sont très-bons.
Les Grèbes ont la tête petite, le cou allongé, le corps ovale, les jambes entièrement engagées dans l’abdomen, la queue rudimentaire, les tarses comprimés, et les doigts antérieurs réunis a e base par une membrane, puis lobés dans le reste de leur e en u .
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Ces oiseaux vivent sur la mer, mais ils habitent de préférence les eaux douces. Ils se nourrissent de petits poissons, de vers, de mollusques, d’insectes et de végétaux aquatiques. S’ils plongent et nagent admirablement, ils volent aussi fort bien. Ils font toutefois très-peu usage de leurs ailes. Ils ne s’enlèvent dans les airs que lorsqu’ils sont poursuivis, ou lorsqu’ils émigrent à l’automne et au printemps; à l’automne, pour se disperser sur les lacs intérieurs; et au printemps, pour choisir un endroit favorable à leur ponte.
Les Grèbes nichent le plus souvent dans une touffe de roseaux
Fig. 191. Grèbe.
au bord de l’eau. Leur nid est composé, à l’extérieur, de grandes herbes grossièrement entrecroisées , et à l’intérieur de débris végétaux délicatement arrangés. Le nombre de leurs œufs varie de trois à sept.
Sur terre, ils ne marchent pas, ils rampent pour ainsi dire. Ils sont obligés de se tenir presque droits, appuyés sur le croupion, les doigts et les tarses étendus latéralement. Mais , autant ils sont disgracieux à terre, autant ils sont élégants dans l’eau.
Ces oiseaux sont couverts d’un duvet si serré, si ferme et si bien lustré, qu’on fait avec la peau de leur poitrine des manchons d’un blanc argenté, qui sont impénétrables à l’eau. L’industrie emploie encore leur dépouille comme fourrure.
On trouve des grèbes dans l’ancien et le nouveau continent.
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En Europe, on en compte cinq espèces, savoir : le Grèbe huppé ( Podiceps cristalus ) gros comme un canard, armé d’une double huppe noire ; le Grèbe sirus-gris ou à joues grises ; le Grèbe cornu ou esclavon , pourvu de deux longues touffes de plumes, en forme de cornes; le Grèbe oreillard, qui se distingue par son bec, dont la base est déprimée et la pointe relevée en haut; le Grèbe castagneux, qui habite principalement les eaux douces.
Parmi les grèbes exotiques, nous citerons : le Grèbe de l'île de Saint-Thomas , le grand Grèbe, le Grèbe des Philippines et le Grèbe de Saint-Dom ingue.
Les Guillemots ( Uria ) ont le bec long, droit, convexe en dessus , anguleux en dessous , un peu courbé et échancré à l’ex-
sentent le besoin de pondre. Ils ont le soin alors de choisir des éminences de rochers, du haut desquels ils puissent facilement se jeter dans la mer, s’ils sont inquiétés. Les écueils les plus escarpés qui se dressent à pic au-dessus des flots, sont couverts des nids de ces oiseaux. C’est là qu’il faut aller les chercher au prix de tous les dangers. Chaque femelle ne pond qu un œuf très-gros.
trémité de chaque mandibule. Leurs jambes sont courtes, comprimées et placées à l’arrière du corps. Les trois doigts antérieurs sont engagés dans la même membrane, les ongles recourbés et pointus ; le pouce est nul.
Les ailes sont éti oites, la queue est courte.
Ces oiseaux qui, placés à terre, ont grand'peine à se relever, à cause de la conformation de leurs jambes, ne viennent sur le rivage que si le mauvais temps les pousse sur les côtes , ou lorsqu’ils
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Les guillemots se nourrissent de poissons, d’insectes et de crustacés. Ils habitent les contrées boréales ; mais ils émigrent sur nos côtes, et dans les régions tempérées lorsque les glaces ont envahi les mers septentrionales. Pour exécuter leurs migrations, ils sont obligés de se servir de leurs ailes, qui sont trèscourtes. Aussi sont-ils de mauvais voiliers; ils rasent en volant la surface de l’eau, et ne s’élèvent jamais très-haut dans les airs.
On distingue parmi les guillemots : le Guillemot Troile , vulgairement nommé Grand Guillemot , ou Guillemot à capuchon , dont le bec est plus long que la tête, et le Guillemot Ana, vulgairement appelé Guillemot gros bec, plus petit que le précédent.
Les Pingouins , dont le nom vient du mot latin pinguis , qui
Fig. 193 Pingouin.
signifie graisse, ont le corps abondamment imprégné d’une graisse huileuse.
Ces oiseaux appartiennent exclusivement aux pays froids. Ils quittent fort rarement les côtes, et ne paraissent sur le rivage qu au temps de la ponte, à moins que des rafales ou des brisants ne les obligent à abandonner leur élément favori. A terre, ils se tiennent droits et assis sur le croupion. Ils portent la tête trèshaute et le cou tendu, tandis que leurs petits ailerons s’avan-
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cent comme deux bras. Quand ils marchent en troupe, le long de quelque saillie de rochers, ils ressemblent de loin à des soldats alignés.
A certaines époques de l’année les pingouins se réunissent sur le rivage, et se mettent à délibérer. Ces assemblées, qui durent un jour ou deux, ne manquent pas d’une certaine solennité ; car ces volatiles ont l’air tout à fait grave. Quand ils se sont entendus sur l’objet de la réunion, ils se mettent à l’œuvre avec activité. Sur un terrain assez uni, d’environ deux hectares, ils tracent un carré , dont un des côtés, parallèle au bord de l’eau, reste toujours ouvert, pour servir d’entrée et de sortie. Puis, avec leur bec, ils ramassent les pierres de l’enceinte, qu’ils entassent en dehors des lignes, et s’en servent pour bâtir de petits murs, percés seulement de quelques portes. Pendant la nuit, ces portes sont gardées par des sentinelles. Ils divisent ensuite le terrain en carrés assez larges pour recevoir un certain nombre de nids, et laissent un chemin entre chaque carré. Un architecte ne ferait pas mieux.
Ce qu’il y a d’étrange, c’est que d’autres oiseaux, c’est-à-dire les Albatros, êtres essentiellement aériens, s’associent, à 1 époque de la couvée, aux pingouins , ces demi-poissons , pour nicher avec eux. A côté d’un nid de pingouins, on voit un nid d’albatros. Tout ce peuple d’oiseaux, divers par leur conformation et leurs mœurs, vit dans les meilleurs termes d’intimité. Chacun est chez soi. S’il y avait par hasard quelque reproche à faire, on pourrait tout au plus accuser le pingouin de voler parfois le nid de son voisin l’albatros.
D’autres oiseaux de mer viennent aussi demander l’hospitalité à cette petite république animale. Avec la permission des maîtres du logis, ils placent leurs nids dans les carrés inoccupés.
La femelle du pingouin ne pond qu’un œuf, et elle ne l’abandonne que peu d’instants. Le mâle la remplace, quand elle va chercher sa nourriture.
Ces oiseaux sont en si grande abondance dans les mers arctiques, que, dans une seule descente, le capitaine Mood put ramasser cent mille de leurs œufs.
On distingue deux espèces de pingouins : le Pingouin commun ( Alca lorda ) de la taille du canard, qui habite les mers glaciales, passe sur les côtes maritimes du nord-ouest de la France, et se
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reproduit dans quelques îlots de la Normandie; et le Pingouin brachyptère , vulgairement nommé grand Pingouin ( Alca impennis ), qui est presque de la taille de l’oie, qui habite les mers glaciales, et ne paraît en France qu’accidentellement, lorsqu’il est entraîné par des tempêtes. L’œuf du grand pingouin est le plus volumineux de tous ceux qui sont propres à l’Europe.
Tous les oiseaux aquatiques, dont nous venons de parler, plongeons, manchots, grèbes, guillemots et pingouins, sont une précieuse ressource dans les pays du Nord, où la végétation est presque nulle. Les pauvres gens, destinés à vivre au milieu des îles incultes des mers boréales, trouvent dans les plumes, la peau, l’huile et les œufs de ces oiseaux, le vêtement, la nourriture et la lumière pour leur hiver long et ténébreux. Seulement, pour atteindre ce qu’ils considèrent, avec raison, comme un bienfait du ciel, ils ont à surmonter des difficultés sans nombre. Ces volatiles nichent souvent dans des îlots presque inabordables, à cause des rochers qui surplombent de tous côtés. C’est sur les assises étagées de ces îlots, que de courageux chasseurs vont, à l’épQque de la ponte, recueillir les œufs, et faire, pour ainsi dire, la moisson des oiseaux de mer. Des hommes marchent le long des falaises, munis d’un filet conique attaché au bout d’une perche, et qui leur sert à prendre les oiseaux voltigeant autour d’eux, à peu près comme les enfants attrapent, chez nous, les papillons dans nos prairies.
Mais ces chasses gracieuses au pied de la falaise ne sont, pour ainsi dire, que les roses du métier. Le péril, le drame et l’émotion palpitante, sont au haut de l’escarpement des rochers.
Les intrépides habitants des îles Fœroé, îles danoises situées au nord de l’Ecosse, entre la Norwége et l’Islande, dans l’océan Atlantique, procèdent comme il suit à la recherche des œufs et des jeunes oiseaux de mer.
Ils commencent par se hisser, en grimpant le long d’une perche, jusqu’au premier étage du rocher taillé à pic. Quand ils ont atteint ce point, ils jettent une corde à nœuds à leurs compagnons , qui viennent les rejoindre sur cette corniche aérienne. Ils exécutent la même manœuvre, d’étage en étage, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés au sommet de la falaise.
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Mais ceci n’est rien. Il s’agit maintenant de visiter les cavernes où se trouvent les nids.
Sur le bord du rocher, on place horizontalement une poutre.
A cette poutre on attache un câble, de six centimètres de diamètre, et qui n’a pas moins de trois cents mètres de longueur. Au bout de cet immense fil, se trouve une planchette, sur laquelle s’assied le chasseur d’oiseaux, ou fuglemond , comme on le nomme dans le pays. Cet homme tient à la main une corde légère , pour faire à ses compagnons des signaux convenus. Alors six hommes le descendent le long des rochers qui surplombent la mer. Le chasseur, suspendu à l’extrémité de cette immense corde, descend de récif en récif, de roc en roc; il visite tous les entablements et fait une ample moisson d’œufs et d’oiseaux, en les prenant à la main, ou en les attrapant avec son filet. Il place dans un sac, qu’il porte en bandoulière sur l’épaule, le produit de cette expédition périlleuse. Quand il veut changer de place, il imprime à la corde un fort mouvement d’oscillation, qui le lance vers la partie du rocher qu’il veut visiter. Quand la récolte est suffisante, quand la chasse est terminée, il avertit par un signal ses compagnons, qui le hissent au sommet de la falaise.
Quelle incroyable adresse, et quel courage ne faut-il pas à l’homme, ainsi suspendu par un frêle lien, au-dessus d un précipice affreux ! Que d’obstacles à surmonter, que de périls à craindre ! La corde peut être coupée en frottant quelque temps et s’usant sur le roc ; elle peut se tordre, et le malheureux tourne sur lui-même, exposé à se briser la tête contre les rochers. Quand* il imprime à la corde un brusque balancement, pour changer de ^ place, il risque de se briser la tête ou les membres contre une i saillie de rochers, ou d’être écrasé par les pierres qui se déta-* client au contact de la corde !
Quelquefois on entend retentir un grand cri, le cri suprême dm?* désespoir. Effrayés, les hommes qui tiennent la corde, se penchent en rampant, sur l’abîme, pour distinguer au-dessous d’eux; mais^ ils n’aperçoivent rien ; ils n’entendent que la grande voix de la.* mer, qui domine tous les bruits. Ils se hâtent alors de retirer la corde. Mais hélas! elle est devenue légère: elle est vide! Le chasseur a dù être saisi de vertige ; ou bien il aura perdu l’équilibre sur ces pierres glissantes, et le flot qui mugit à kt base de cet
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effrayant mur de rochers , se sera ouvert, puis refermé sur lui pour l’ensevelir.
Aussi 1 habitant des îles Fœroé, quand il part pour une expédition de ce genre, fait-il ses adieux à sa famille. Cependant les catastrophes ne sont pas trop fréquentes. L’homme qui vit dans ces climats déshérités par la nature, a l’habitude de lutter contre les éléments, et de triompher presque toujours des périls qui l’environnent. Il sait qu’il va demander aux abîmes la nourriture de sa femme et de ses enfants : cette idée ranime et soutient son
Lamellirostres. — Ces palmipèdes se distinguent de tous les autres par leur bec lamelleux, épais, revêtu d’une peau molle, et pourvu de petites dents, par côté. La langue est charnue! large et dentelée sur les bords. Ces volatiles sont aquatiques et vivent principalement sur les eaux douces. Leur ailes peu développées ne leur permettent pas, en général, un vol bien soutenu. Leur nourriture est principalement végétale.
Ce sous-ordre comprend les genres Canards, Oies et Cygnes.
De nombreuses espèces de Canards peuplent, dans toutes les parties du monde, les rivages de la mer et les rivières. Nul oiseau n’est répandu avec plus de profusion autour du domaine des eaux. Quelques espèces sont remarquables par la beauté et par 1 éclatante variété de leurs couleurs. Sur terre , la démarche dandinante et gênée des canards est assez disgracieuse mais sur 1 eau ils sont élégants et agiles. Voyez-les glisser légèrement à la surface de l’onde, ou bien plonger, en faisant des culbutes, pour se baigner ou chercher leur nourriture Tous leurs mouvements s’exécutent avec facilité, leurs évolutions se font avec grâce; on voit qu’ils sont dans leur élément naturel.
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courage.
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ou tout autre débris de ce tandis que le second tenait
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Nous parlerons d’abord du Canard ordinaire, ou Canard sauvage (Anas boschas ), si répandu dans nos pays pendant 1 liivei .
Le mâle a la tête, la gorge et la moitié supérieure du cou d’un vert d’émeraude, à reflets violets, et la poitrine d un brun pourpré', le dos est d’un cendré brun, semé de zigzags gris blancs. Les quatre plumes du milieu de la queue, recourbées en demi-cercle, sont d’un noir à reflets verts. La femelle, toujours plus petite, est privée des belles couleurs qui parent le mâle; son plumage est varié de brun et de gris roussatre.
Les canards sauvages (fig. 195) sont la souche de toutes nos races de canards domestiques. Ils ont pour véritable patrie ces contrées liyperboréennes que l’homme ne peut habiter, à cause de la rigueur du climat. Les rivières de la Laponie, du Groenland, de la Sibérie, en sont littéralement couvertes, et au mois
de mai leurs nids s'y trouvent en quantités telles, que ' imination a peine à se les représenter. Aux l~s f éclaireurs commencent à arriver chez nous, et vêts la première quhxzaine d'octobre, ces bandes voyageuses augmentent en
n°Les canards ont le vol rapide, puissant et soutenm D'un seul coup d'aile, ils s'enlèvent de terre, auss, bien que : de eau , ^ montent perpendiculairement jusqu’au-dessus de la c 1llc rrr'inds arbres • puis ils volent horizontalement. Ils
tiennent à de grandes hauteurs, et font de
prendre de repos. On les voit se diriger, en colonnes triangu
i-ig. iS6. Vol de Canards sauvages.
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laires, vers le but de leur voyage, et l’on entend le sifflement de leurs ailes d’une distance considérable. Celui qui dirige la marche, et qui prend toute la peine, en fendant l’air le premier, est bientôt fatigué; il passe alors au dernier rang, pendant qu’un autre prend sa place (fig. 196).
Les canards sauvages sont d’une méfiance extrême. Quand ils vont s’abattre sur un point, ou passer d’un étang à un autre, ils décrivent dans l’air des courbes concentriques , descendant et remontant jusqu’à ce qu’ils aient fait une reconnaissance complète de leur nouvelle station.
C’est principalement sur le bord des eaux douces de nos étangs, de nos lacs et de nos marais, que se tiennent les canards sauvages, tant que les rigueurs de l’hiver ne les privent pas des insectes aquatiques. Mais quand la gelée a solidifié les eaux stagnantes, ils se transportent dans des pays plus tempérés, tout en suivant les rivières et les eaux courantes. Quand ils repassent après le dégel, c’est-à-dire vers le mois de février, ils se tiennent isolément, par couples, dans les joncs, dans les roseaux et les herbes. Quelquefois ils demeurent parmi nous, et nichent dans nos pays.
Il ne faut pas demander l’élégance au nid des canards sauvages. Souvent ils font choix d’une épaisse touffe de joncs, grossièrement tassée, et se contentent d’en couper ou d’en plier les tiges. Cependant ils garnissent l’intérieur d’une bonne couche de duvet. On trouve même leurs nids assez loin de l’eau, au milieu des bruyères. Parfois, la femelle s’empare des nids de pies ou de corneilles, abandonnés par ces oiseaux sur les arbres.
Elle pond de dix à quinze et jusqu’à dix-huit œufs, d’une coloration différente, mais le plus souvent d’un blanc verdâtre. La femelle couve seule et ne quitte le nid que pour aller chercher sa nourriture. Quand elle rentre, notre rusée s’abat à une centaine de pas, pour se glisser à travers les herbes jusqu’au nid, regardant de toutes parts si elle n’est pas épiée.
L incubation dure un mois environ. Au bout de ce temps, les petits viennent à éclore, généralement tous le même jour. Aussitôt éclos, la mère les conduit à l'eau, et les encourage par son exemple. Ils ne rentrent plus dans le nid ; le soir, la mère cache ses petits sous ses ailes, et les nourrit d’abord de tous les moucherons qui passent à leur portée.
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Les canetons sont couverts d’un petit duvet jaunâtre, qui les empêche de voler. Ce n’est qu’au bout de trois mois que les pennes des ailes sont poussées, et qu’ils peuvent prendre leur vol.
A l’approche d’un danger, la mère fait entendre un cri particulier, et à l’instant ses petits se cachent sous l’eau. Quand elle aperçoit le grand Goéland , le plus cruel ennemi de sa race, elle bat l’eau de ses ailes, comme pour attirer toute l’attention de l’agresseur. D’autres fois, elle s’élance sur lui, avec tant de force, qu’elle l’oblige à se retirer, honteux et battu.
Audubon raconte un trait remarquable de l’amour maternel de cet oiseau des marais. Le naturaliste américain avait trouvé, dans les bois, une femelle à la tête de sa jeune couvée. En s’approchant d’elle, il vit ses plumes se hérisser, et l’entendit siffler d’un air menaçant, à la manière des oies. Pendant ce temps, les petits décampaient dans toutes les directions. Son chien, parfaitement dressé, lui rapporta les canetons, un à un, sans leur faire aucun mal. Mais, dans toutes ses marches et démarches, il était épié parla mère, qui passait et repassait devant lui, comme pour le troubler dans ses recherches. Quand les canetons furent tous dans la gibecière, où ils criaient et se débattaient, la mère vint, d’un air triste et chagrin, se poser tout près du chasseur : elle ne pouvait résister à son désespoir. Audubon, saisi de pitié, en la voyant se rouler presque sous ses pieds, lui rendit sa jeune famille et s’éloigna. « En me retournant pour l'observer, ajoute Audubon, je crus réellement apercevoir dans ses yeux une expression de gratitude , et cet instant me procura l’une des plus vives jouissances que j’aie jamais éprouvées. »
Pendant que la mère s’est livrée à l’éducation de la couvée, le père ne s’est guère occupé de sa progéniture. Fatigué et maigri, il vit immobile, dans l’isolement, plus triste et plus sauvage que jamais. C’est qu’il a subi une mue presque subite. La femelle perdra aussi ses plumes après l'éclosion des petits. Et ce n’est que vers la fin de l’automne qu’ils reprendront tous les deux leur robe éclatante.
De nombreux exemples prouvent que les canards sauvages sont susceptibles de s’attacher à l’homme. On peut facilement les apprivoiser.
La chair du canard sauvage est très-estimée. Mais ces oiseaux sont fort difficiles à prendre, à cause de leur extrême défiance; il
lls’ 19/1 Gliasse Canard à l’affût, avec des canards appelants.
PALMIPEDES
faut, avec eux, faire assaut de ruse. On ne peut les tirer que de fort loin, car ils se laissent difficilement approcher, et le plomb se perd souvent dans les couches épaisses de leur duvet. Aussi emploie-t-on, pour les prendre, divers moyens, qui tous exigent beaucoup de finesse. On les chasse à l’affût au moyen de canards domestiques (fig. 197) qui servent d’appeaux, à la hutte, au réverbère, au moyen d’appels, aux filets, à la nasse, au lacet, à l’hameçon, etc.
La chasse ordinaire, qui se fait au fusil et à découvert (fig. 198), est loin d’être aussi productive que les précédentes, mais elle est
Fig. 198. Chasse du Canard sauvage au fusil.
bien plus attrayante. Il n’est pas de chasse plus accidentée, plus féconde en surprises.
La chasse à la hutte (fig. 199) est la plus répandue. Des chasseurs caches dans une hutte, construite au bord des eaux, ou dressée au milieu d’un étang, sur de gros pieux, attendent ces oiseaux, pour les tirer de près. On emploie généralement des fusils longs et de gros calibre, nommés canardières.
Sur la Saône, un chasseur et un rameur se placent dans un oateau léger, long, étroit et pointu, appelé fourquette. Les deux mes, couchés dans le fond du bateau, sont cachés par un
OISEAUX
fagot placé sur le devant ; le bout de la canardière passe à travers le fagot. En descendant ainsi la rivière, iis trouvent l’occasion de tirer les canards, sans être aperçus.
Pour déjouer les instincts méfiants des canards sauvages, les chasseurs emploient quelquefois un artifice bizarre: ils se déguisent en vache, au moyen d’une vache artificielle, appareil grossier fabriqué avec de mauvais carton. À la faveur de ce travestissement, on s’approche des canards sauvages, sans exciter leur défiance, quand on sait s’en servir, c’est-à-dire quand on décrit, selon l’art, de lentes et gracieuses courbes, pour avancer peu à peu vers ces craintifs palmipèdes. Cette chasse est assez productive, mais elle n’est pas sans dangers. Un chasseur qui s’était affublé d’un costume de vache, étant tombé, par mégarde, au milieu d’un troupeau de bœufs, ceux-ci se mirent à le poursuivre avec fureur dans la prairie. Il fut heureux d’en être quitte en abandonnant son déguisement à la rage de ses assaillants cornus.
On prend de grandes quantités de canards au moyen de filets ou de pièges divers, dont nous passerons l’énumération sous silence.
Les Canards domestiques ( Anas domeslica ) descendent des canards sauvages. Le premier canard domestique, ancêtre d une famille si prodigieusement multipliée, naquit certainement d’un œuf qui fut enlevé aux roseaux d’un marais, et donné a couver à une poule.
Réduits en domesticité depuis un temps fort reculé, les canards sont d’une grande utilité pour l’économie culinaire, et occupent
dans nos basses-cours une place distinguée. Leurs œufs sont un manger sain et agréable, leur chair est savoureuse. Les gouimets recherchent avec raison, les pâtés de foie de canard de Toulouse, de Strasbourg, de Nérac, et d’Amiens (nous les rangeons ici. selon leur ordre de mérite, non de par le baron Brisse, mais daprès nos faillies capacités gastronomiques). Leurs plumes, sans valoir celles de l’oie, sont l’objet d’un commerce considérable.
Les canards procurent de bons bénéfices à ceux qui les élèvent. En effet, ils sont peu difficiles pour les aliments. Tout leur convient: les graines répandues dans la basse-cour et dédaignées par les autres volailles, et les résidus les plus infimes de la desserte des tables ou des cuisines. Tout ce qu’ils exigent, c est un peu d’eau à leur portée, pour barboter à leur aise.
Fig. 199. Chasse du Canard sauvage à la hutte.
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PALMIPÈDES
On donne souvent des œufs de cane à couver à une poule. Tout en cherchant sa nourriture, elle conduit ses petits au bord de l’eau, et leur fait entrevoir le danger. Mais les canetons, poussés par leur instinct, se jettent dans leur élément de prédilection. Alors la pauvre mère, inquiète sur le sort de ces jeunes étourdis, qu’elle aime comme ses propres enfants, jette des cris d’épouvante. Elle se jetterait résolument dans l’eau et s’y noierait, si elle ne se tranquillisait en les voyant nager, gais et agiles. A ce signe, la poule ne reconnaît plus son sang.
On compte plusieurs variétés du canard domestique, mais la race normande et la race picarde sont les plus avantageuses.
Tous les peuples de la terre élèvent des canards ; mais ceux qui excellent dans cet art, sont sans contredit les Chinois. Ils ont recours, pour les faire éclore, à une chaleur artificielle. Les Chinois possèdent de superbes variétés, qui, importées récemment en France, font aujourd’hui la gloire de nos pièces d’eau. On peut admirer de magnifiques couples de canards de la Chine au jardin d’acclimatation de Paris.
Le Canard ordinaire, que nous venons de décrire, est l’espèce type du genre canard ; mais on compte environ soixante-dix autres espèces. Les plus remarquables sont les Garrots, les Milouins, les Souchels, les Tadornes , YEider , la Sarcelle , la Macreuse et les Maries.
Le Canard Garrot ( Anos clangula ) est désigné parfois sous le nom de Canard aux yeux cl’or , à cause de l’éclat de l’iris de son œil. Dans quelques provinces, on lui a donné le surnom de canard pie, parce que son plumage, vu d’une certaine distance, semble uniquement composé de noir et de blanc.
Le vol du garrot est bas et rapide. Au mois de novembre, il arrive en France, par petites troupes, pour y séjourner jusqu’au printemps. Puis il retourne dans sa patrie, la Suède, la Norwége, la Laponie. Comme il se laisse facilement approcher, les chasseurs du littoral de la Picardie, de la Normandie et des Landes prennent de grandes quantités de ces oiseaux.
Le Canard Milouin ( Anas ferina , fig. 200) est la variété la plus multipliée dans nos climats, après celle du canard ordinaire. Presque aussi gros que ce dernier, il fait son nid sur les joncs des étangs, et se nourrit presque exclusivement de vers, de mollusques et de petits poissons.
OISEAUX
Cet oiseau arrive en France, au mois d’octobre, par troupes de vingt à quarante individus, et se laisse prendre assez aisément au filet.
Fig. 200. Canard Milouin.
Le Canard Souchet ( A nas clypeata ) est fort commun sur la Seine et sur la Marne, où il est désigné sous le nom de Rouge de
Fig. 201. Canard Souchet (rouge de rivière).
rivière. Plus petit que le canard ordinaire, il a un bec trèslong, à mandibule supérieure demi-cylindrique, et dilatée à son extrémité en forme de spatule. Cet oiseau est charmant. Il a la tête et le cou d’un vert clair, et les ailes variées de bleu clair, de vert, de blanc et de noir. On l’appelle rouge , parce qu’au venLre, son plumage est roux. Au mois de février, il abandonne les contrées du Nord, pour fréquenter nos cours d’eau et nos étangs. Un assez grand nombre de soucliets restent dans nos pays pour y nicher. Leur ponte est de huit à douze œufs. Les petits sont d’une laideur extrême en naissant; leur bec est
PALMIPÈDES
presque aussi large que le corps. La chair des Souchets est tendre et délicate, et conserve sa couleur rosée, même après la cuisson.
Le Canard Tadorne ( Anas Tadorna ) est le plus remarquante de tous les canards, par sa taille, par la beauté et l’élégante variété de son plumage. Il est plus gros et plus haut de jambes que le canard ordinaire. Son plumage a des couleurs trèsvives. Il est blanc, avec la tête verte; autour de la poitrine, il a une ceinture couleur cannelle, et ses ailes sont variées
Fig. 202. Canard Tadorne.
de noir de blanc, de roux et de vert. Le Tadorne abonde suites bords de la mer Baltique et de la mer du Nord- on le retrouve en Amérique, sur les mers Australes, comme sur cean Boi eal. La femelle choisit pour nicher, les trous de lapin
leurTer -iernS ^ ?““j 61 ^ paUVreS lallins> dépossédés de leur terrier, ne se hasardent plus d’y rentrer.
mMisSima) est l'oiseau du Nord qui
d abo 1 r 1 d0U,!' Si Wger et Si chaud- Ï* fut connu sous le nom d ’Eidcr-don ou duvet d ’Sider, d’où l’on a fait
le nom d’édredon. Son plumage est blanchâtre, mais la calotte, le ventre et la queue sont noirs.
L ’Eider habite les mers glaciales du nord de l’Europe. Les poissons et les vers aquatiques composent sa nourriture. Il niche au milieu des rochers baignés par la mer. Quelquefois deux femelles couvent dans le même nid, qui en renferme alors dix, neuf au moins, car chacune d’elles n’en pond que de cinq à .six. Le nid est grossièrement fabriqué avec des plantes marines, mais il est garni à l’intérieur d’une couche très-épaisse de duvet, que l’oiseau arrache de son ventre.
Le lieu où nichent les eiders est toujours d’un difficile accès. Cependant les habitants de l’Islande, de la Laponie et des rivages de la mer du Nord, savent bien découvrir leur refuge, et la moisson qu’ils font de ces oiseaux, à l’époque de la ponte, , leur procure un important revenu. L’édredon est, en eflet, l’objet d’un grand commerce. Les rochers où vont nicher les eiders, sont des propriétés privées, qui se transmettent précieusement dans les familles, comme autant de précieux avantages.
Fig. 203. Sarcelle commune.
Le Canard Sarcelle (Ams Crecca) est plus petit que le Canard
ordinaire. . ,
Cet oiseau paraît en France au printemps et en automne. Il niche
dans toute l’Europe tempérée, et s’avance un peu vers le midi.
Le groupe des Sarcelles présente plusieurs variétés. On divise celles de nos climats en trois sortes : la Sarcelle commune , a Sarcelle d'êté et la petite Sarcelle.
PALMIPÈDES
Les Romains avaient domestiqué la sarcelle, comme on peut le voir dans Colum elle (De rerustica). Aujourd’hui, cet oiseau a repris l’état sauvage, et c’est là une perte regrettable pour nos basses-cours. La chair de la sarcelle est fort estimée.
Les sarcelles, moins craintives que les canards, se laissent facilement approcher par le chasseur.
Le Canard Macreuse ( An as nigra) est presque aussi grand que le Canard ordinaire, mais plus court et plus ramassé. Son plumage est entièrement noir; il est grisâtre dans la jeunesse.
La Macreuse passe sa vie à la surface des eaux , et ne s’aventure sur la terre que poussée par la tempête , ou pour venir nicher dans les marécages. Elle ne fait que voleter au-dessus de la mer, et ne se sert de ses ailes que pour fuir un danger, ou pour se transporter plus rapidement d’un point à un autre. F's- 204, MacreiJse.
Ses jambes, pendantes, rasent continuellement la surface des eaux; elle semble toujours abandonner à regret son élément
Sur terre, les macreuses marchent lentement et sans grâce • mais dans 1 eau, elles sont infatigables. Comme les pétrels elles ont le singulier privilège de courir sur les vaguas Elles ha îtent les deux continents. Vers le mois d’octobre, poussées par es vents du nord et du nord-ouest, elles descendent des con-
sur ies côtes *
Les macreuses affectionnent les étangs avoisinant la mer et danses maritimes où elles trouvent un abri contré les
P™ °St k qU °n ICUr &it la to>*le chasse dont nous allons
Deux ou trois fois pendant l’hiver de nrr i
tardées dans certaines villes du département de fft Slt
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abattu dans manfvoism ' ^ <to,s le P»ï») s’étan
‘-,u. C’est pour les
OISEAUX
un concours extraordinaire de personnes. J oui le monde se met en route, au milieu de la nuit, les uns en voiture, les autres en charrette, et les plus modestes sur un ane. On aiii\c ainsi au point du jour, au bord de l’étang. Là, chacun monte dans un bateau loué d’avance, et pourvu d’un rameur. A un signal donné, toutes les barques quittent le rivage et s’avancent lentement vers la partie de l’étang où se trouvent les macreuses.
Ces apprêts inusités étonnent ces oiseaux, qui poussent de petits cris, et qui bientôt se serrent les uns contre les autres, avec frayeur. Les barques des chasseurs les cernent de tous les côtés, et rétrécissant peu à peu le cercle, les tiennent enfermées dans cet espace. Les macreuses, qui voient ainsi l’ennemi s avancer en bon ordre, plongent et replongent avec inquiétude. Mais bientôt, se sentant trop pressées, elles déploient leurs ailes, pour s’enlever et passer au-dessus des chasseurs. C’est alors que commence une épouvantable fusillade. Les coups de feu ne cessent de retentir, car cinq cents chasseurs sont d’habitude réunis sur la surface d’un étang assez petit, comme celui de Mauguio ou de Palavas. Le massacre dure des heures entières. En effet, la macreuse, qui ne vole jamais bien loin, est sans cesse poursuivie de place en 'place par l’impitoyable barque qui se charge de morts, comme celle du vénérable Caron. Quand il n y a plus de macreuses sur les eaux de l’étang, les bateaux virent de bord, et reviennent le long du rivage poursuivre les blessées. Trois mille macreuses tombent, dans l’espace de quelques
heures, sous le plomb meurtrier.
De fréquentes querelles s’élèvent entre les chasseurs. Souvent on se dispute une pièce, qui a été, en eflet, tirée de plusieurs barques lancées en même temps à sa poursuite; et grâce a la vivacité des têtes méridionales, ces querelles, commencées par des injures et des cris, se terminent quelquefois par un coup de
fU Ainsi le tumulte est partout à son comble, et cette chasse est aussi féconde en dangers qu’en plaisirs. Tantôt c’est un bateau qui chavire, par l’empressement excessif des rameurs; an c’est un chasseur qui est blessé par un maladroit voisin ; ^ autres fois ce sont deux hommes qui tombent à l’eau, en s arrachant leur proie.
PALMIPÈDES
Voilà ce que j’ai vu bien souvent dans ma jeunesse, la chasse aux macreuses étant le bonheur suprême des enfants du Clapas (Montpellier).
Nous ajouterons que la même chasse se fait à Hyères (Var) et dans l’étang de Berre, près de Marseille.
Sur les côtes de la Picardie, où les macreuses abondent pendant l’hiver, on leur fait une chasse très-destructive. On tend horizontalement des filets, à quelques pieds au-dessus des bancs de coquillages, dont ces oiseaux font leur nourriture, et que la mer laisse à découvert pendant le reflux. Quand elles plongent, pour saisir leur proie, les macreuses demeurent empêtrées dans les mailles du filet.
La macreuse est l’objet de chasses particulières, quand elle ne parait pas en bandes voyageuses. On la chasse alors en bateau, comme tout gibier d’eau de son espèce.
La macreuse fait mauvaise ligure sur une table aristocratique. Sa chair, qui n’est pas toujours tendre, conserve un goût de marais très-prononcé. Elle était autrefois très-recherchée, mais ce n’était pas précisément pour ses qualités culinaires. La macreuse était alors en grande faveur, par la raison qu’il était permis de la manger en carême, comme le poisson.
Voici sur quelles considérations, assez singulières , l’Église catholique avait fondé cette tolérance, qui d’ailleurs subsiste encore et reçoit sa pleine exécution de nos jours.
Les conciles du douzième siècle permirent aux laïques, comme -aux religieux, de manger des macreuses en carême , parce qu’on admettait généralement alors, sur la foi d’Aristote, que ces oiseaux ne sortaient pas d’un œuf, mais qu’ils tiraient leur origine des végétaux. Les savants du moyen âge et de la Renaissance voyant paraître subitement des quantités considérables de ces oiseaux, dont on ne connaissait ni les nids ni les œufs, s’étaient livrés à toutes sortes de conjectures pour expliquer ce fait mystérieux. Ils prêtèrent à la macreuse des modes de génération tout à fait inusités. Les uns voyant une apparence de plumes dans les tentacules ciliés du mollusque qui habite la coquille, appelée Anatife , voulaient que ce coquillage se changeât en macreuse. D autres s imaginaient que les macreuses provenaient du mis du sapin pourri, qui avait longtemps flotté dans la mer; ou aen des champignons et des mousses marines, qui s’attachent
OISEAUX
aux débris des navires. Quelques-uns même soutenaient qu’en Angleterre, et particulièrement dans les îles Orcades, il existe un arbre dont les fruits, quand ils tombaient dans la mer, se changeaient en un oiseau qu’on appelait, pour rappeler son origine, Anser arborais, et que l’on croyait être la macreuse.
Les naturalistes du moyen âge et de la Renaissance qui développaient ces vues transcendantes, pouvaient se vanter d’avoir Aristote de leur côté, car ce philosophe illustre croyait à la génération spontanée de bien des animaux divers ; il admettait que les rats, par exemple, naissent de la pourriture végétale, et que les abeilles proviennent du cadavre d’un bœuf. Qui ne connaît l’admirable épisode du quatrième livre des Gèorgiques: Paslor Aristæus..., où Virgile développe en beaux vers cette dernière et poétique fiction?
A la vérité, le pape Innocent III, mieux avisé qu’ Aristote, sur le chapitre de l’histoire naturelle des macreuses, avait fait justice de tous ces contes, en interdisant l’usage de ce gibier pendant le carême; mais personne, ni dans les monastères, ni dans les châteaux, ni dans les tavernes, n’avait voulu prendre au sérieux l’interdiction du souverain pontife.
Il arriva pourtant sur cette question controversée un éclaircissement inattendu. Un navigateur hollandais, Gérard Veer, trouva, dans un de ses voyages au nord de l’Europe, des œufs de macreuses. Il les rapporta, les fit couver par une poule, et en vit sortir des macreuses, en tout semblables à celles que les anciens déclaraient provenir de la pourriture des plantes. Gérard Veer annonçait que ces oiseaux nichent dans le Groenland, ce qui expliquait l’absence complète de leurs œufs dans nos contrées.
Cette découverte du navigateur hollandais fut assez mal accueillie. L’usage était depuis longtemps établi de manger des macreuses en carême; l’Église l’autorisait, et tout le monde s’en trouvait bien. On renvoya donc Gérard Veer à ses galiotes, et l’on chercha toutes sortes d’autres raisons pour dégager les consciences et les estomacs, également alarmés.
Ces raisons d’ailleurs ne manquèrent pas. On prétendit que les plumes des macreuses sont d’une nature bien différente de celles des autres oiseaux, — que leur sang est froid, — qu’il ne se condense pas, quand on le répand, que leur giaisse a,
PALMIPÈDES. 3 43
comme celle des poissons , la propriété de ne jamais se figer, etc.
L’analogie entre les poissons et les macreuses étant ainsi mise en lumière, la permission des conciles persista plus que jamais.
Enfin, comme les écrivains du moyen âge et de la Renaissance, assez mauvais naturalistes, avaient très-vaguement défini la macreuse, il s’en suivit que l’on étendit à plusieurs autres oiseaux de marais le même mode fabuleux de reproduction, et par conséquent la même tolérance en temps de carême. Si bien que l’on mangeait sous le nom usurpé de macreuses , différents oiseaux de marais, tels que Y Oie Cravantet , Y Ois Bernache. Personne ne songea à réclamer contre une assimilation qui mettait d’accord, à la satisfaction générale, la dévotion et la gourmandise.
Il faut ajouter que la même confusion dure encore, car sur les côtes de l’Océan, on appelle aujourd’hui Macreuses plusieurs variétés du genre Canard.
On distingue cinq espèces principales de Macreuses. Les plus remarquables sont la Macreuse commune et la Macreuse à large bec.
Le Marie (Mer gus, de mergere, submerger), dont on lait quelquefois un genre séparé du genre Canard, se reconnaît à son bec grêle, presque cylindrique, armé sur les bords de pointes dirigées en arrière, et ressemblant à des dents de scie. Du reste, Par le port, le plumage et les mœurs, le harle a beaucoup d’analogie avec le canard.
Les harles viennent très-rarement à terre; ils sont exclusivement aquatiques, et fréquentent les rivières, les lacs et les étangs. Les Latins leur avaient donné le nom de Mer gus, à cause de leur habitude de nager le corps submergé, la tête paraissant seulement au-dessus de l’eau.
Ces oiseaux se nourrissent de poissons, et en détruisent une énorme quantité. Comme ils jouissent de la faculté d’accumuler beaucoup d’air dans leur trachée,, ils peuvent rester quelques instants sans respirer. Ils en profitent pour plonger jusqu’au fond de l’eau, où ils vont chercher leur nourriture, et ne reparaissent qu’après avoir parcouru un grand espace. Leur agilité
OISEAUX
est extrême dans la poursuite de leur proie; car, pour accélérer leur nage, ils se servent non-seulement de leurs pieds, mais en-
Fig. 205. Harle huppé.
core de leurs ailes. Les harles ont l’habitude d’avaler le poisson par la tête ; aussi arrive-t-il souven t que le reste du corps est trop gros pour que la déglutition puisse s’en faire aisément. Loin de le rejeter, ils l’avalent peu à peu ; et quelquefois la digestion de la tête du poisson est commencée dans l’estomac de l’oiseau, quand la queue entre à peine dans l’oesophage.
Le vol des harles est rapide et soutenu, sans cependant s’élever bien haut. Leur démarche à terre est vacillante et embarrassée. Ils habitent d’ordinaire les régions tempérées pendant l’hiver, et retournent au printemps dans les contrées boréales où ils vont nicher. Leur ponte, qui est de huit à quatorze œufs blanchâtres, se fait, soit sur le rivage entre deux pierres roulées, soit sur le bord des étangs et des rivières dans les buissons et les herbes, quelquefois dans le creux d’un arbre.
Le harle est de passage régulier en hiver sur nos côtes, sur les lacs de l’intérieur. Sa chair est détestable.
L’Oie {A user) forme un genre particulier parmi les Palmipèdes. C’est un oiseau fort mal à propos dédaigné, car il nous rend de très-grands services.
Les oies se rapprochent des canards et des cygnes, mais elles sont moins aquatiques. Elles s’éloignent des eaux à des distances considérables, recherchent les prairies humides et les marais,
PALMIPÈDES
ou elles trouvent des plantes de leur goût et des graines diverses. Elles nagent assez peu et ne plongent pas. Elles nichent à terre, et pondent de six à huit œufs, qu’elles couvent un peu plus d’un mois. Les petits, en sortant de la coquille, commencent par marcher et se nourrissent eux-mêmes. Les oies, surtout les mâles, subissent deux mues par an, en juin et en novembre.
On entend de fort loin une bande d’oies qui cherchent leur nourriture, en se livrant à de bruyants ébats. Leur cri, qu’elles répètent fréquemment, est comme un son de trompette ou de clairon ( clangor ). Elles ne cessent de grommeler des accents plus brefs, mais plus continus, qui annoncent leur approche.
Deux membranes, juxtaposées au bas de la trachée-artère, produisent le son nasillard de la voix des oies et des canards. Ces deux membranes sont placées l’une à côté de l’autre, aux deux embouchures osseuses et allongées du larynx interne, qui donnent entrée aux deux premières bronches. Un examen attentif
Fig. 206. Oie eravant.
de cet organe chez les oies a pu contribuer à l’invention de certains instruments à vent, comme le hautbois, le basson, la cornemuse, la clarinette et même l’orgue.
Lorsqu’elles sont attaquées, les oies font entendre un sifflement semblable à celui de la couleuvre. On a cherché à exprimer ce son par les trois mots latins strepit, gratitat , stridet. Le mit le plus léger les éveille, et elles font alors entendre un en unique, mais unanime, qui semble avertir la troupe d’un dangel imminent. Aussi certains auteurs ont-ils avancé que l’oie est plus vigilante que le chien.
OISEAUX
Tout le monde connaît l’histoire des oies du Capitole, qui sauvèrent les Romains de l’assaut tenté par les Gaulois. Le peuple romain , dans sa reconnaissance , fixait tous les ans une somme destinée à l’entretien des oies du Capitole, et au jour anniversaire du succès triomphant des gardiens emplumés, on fouettait des chiens devant le Capitole, en punition de leur coupable mutisme.
Les Gaulois n’ont jamais pardonné aux oies d’avoir fait avorter leur attaque. Nous-mêmes, les descendants des fiers compagnons de Brennus, ou les conquérants de leur territoire, paraissons avoir hérité de la haine de nos ancêtres. Dans beaucoup de fêtes de village, on attache quelques oies par les pattes, pour leur couper le cou", avec un sabre, ou pour les abattre, en leur lançant à la tête, des pierres ou des bâtons. L’animal éprouve, à chaque coup, de terribles angoisses-, et pourtant on le laisse souffrir jusqu’à ce qu’il ait rendu son dernier souffle. Alors le vainqueur l’emporte triomphalement à sa table, pour dévorer avec ses compagnons !ce corps affreusement mutilé. L’Assemblée nationale avait proscrit cette coutume sanguinaire, comme déshonorante pour une nation civilisée.
On ne saurait dire pourquoi les oies ont été, de tout temps, considérées comme le symbole de la stupidité. Elles jouissent d’une vue perçante, d’une remarquable finesse d’ouïe, et leur odorat est comparable à celui des corbeaux. Jamais leur vigilance n’est en défaut. Pendant qu’elles dorment ou qu’elles mangent, l’une d’elles, placée en vedette, le cou tendu et la tête en l’air, scrute de tous les côtés, jusqu’au plus lointain horizon, pour donner, à la moindre alerte , le signal du danger au reste de la bande.
Le vol des oies sauvages dénote une grande intelligence. Elles se placent sur deux lignes obliques, formant un angle en forme de Y, ou sur une seule ligne, si la troupe est peu nombreuse. Cet arrangement permet à chacune de suivre le gros de 1 aimée avec le moins de fatigue possible, et de garder son rang. Quand celle qui fend l’air la première, commence à être fatiguée, elle va se placer à la queue, et les autres, chacune à son tour, conduisent la bande.
Ces oiseaux seraient trop nombreux pour voyager par grandes troupes ; aussi paraissent-ils adopter Res points de partage, d’ou
PALMIPÈDES
ils se séparent pour se répandre en différents pays. Les oies viennent surtout de l’Asie ; arrivées en Europe, leurs bandes se dispersent dans diverses contrées. Celles qui viennent en France sont les messagères des frimas , et l’on sait que lorsqu’elles apparaissent de bonne heure, l’hiver sera rude. Elles habitent, avons-nous dit, les contrées orientales; mais dans leurs migrations elles traversent surtout l’Allemagne.
Bien qu’elles vivent très-peu dans l’eau, les oies sauvages se rendent tous les soirs dans les étangs et dans les rivières, pour y passer la nuit; de sorte que les canards ne se jettent à l’eau que lorsque les oies en sortent.
Ces oiseaux sont très difficiles à attraper, parce qu’ils volent très-haut, et qu’ils ne s’abattent que lorsqu’ils voient de l’eau pour se reposer. Même alors, leur extrême défiance rend à peu près inutiles les stratagèmes des chasseurs. On les attend parfois le soir, pour les prendre avec des filets, au moyen d’oies apprivoisées, qui servent d’appeaux.
Les Ostiaques des bords de l'Obi (Sibérie) amoncèlent la neige, et font des huttes avec des branchages. Près de ces cabanes, ils placent sur l’eau des oiseaux empaillés, sur lesquels les oiseaux sauvages viennent fondre à coups de bec. Les chasseurs les tuent alors facilement, ou les prennent au filet.
Mais la chasse la plus difficile et la plus curieuse est faite par les industrieux habitants d’une petite île de l’Ecosse, Kilda.
Les oies nichent, par grandes familles, au pied des rochers et
des écueils, baignés parla mer qui entoure cette île. Les habitants
ont une longue corde tressée avec des lanières de cuir de vache,
recom ei te de peaux de mouton, pour qu’elle puisse résister
davantage, beux hommes montent au haut d’un rocher. Là,
après s’être ceints de la corde, chacun par un bout, l’un se
laisse tomber le long de la falaise , tandis que l’autre se tient
accroché à une aspérité. Le premier remplit un sac d’œufs, et
prend tous les oisillons qu’il peut suspendre par la patte,
aux diverses parties de ses vêtements. Cette récolte faite, son
compagnon le hisse au haut du rocher, à force de bras et de
tours qu’il fait faire à la corde, en l’enroulant autour de son corps.
Cette chasse aérienne est très-productive. La corde de lanières constitue en majeure partie la dot des jeunes Kildanes, et le
OISEAUX
plus souvent elle est l’unique ressource du nouveau ménage.
J1 arrive fort rarement des accidents à ces hardis chasseurs, tant ils ont de sang-froid et de puissance nerveuse.
Sous le rapport de l’économie rurale, c’est de Y Oie commune (Anser sylvestris ) que l’on a su tirer le meilleur parti.
Dans nos basses-cours, les oies domestiques commencent au mois de mars à pondre de huit à douze œufs. Quand elles gardent plus longtemps que de coutume le nid où elles pondent, on peut en conclure qu’elles ne tarderont pas à couver. L’incubation dure un mois.
Rien de plus facile que l’éducation de l’oie, le plus utile et le plus productif de tous nos oiseaux de basse-cour. Quand les petits sont sortis de leur coquille, pleins de vie, mais couverts d’un duvet délicat, il faut avoir le soin de les tenir enfermés les premiers jours de leur naissance. Mais si le temps le permet, on peut bientôt les faire sortir. Pour les nourrir, on leur donne une pâtée formée avec de l’orge grossièrement moulue et du son, détrempés et cuits dans du lait, avec quelques feuilles de laitue un peu hachées. Il faut avoir le soin, lorsqu’ils sortent, de détruire sur leur route la ciguë et lajusquiame, qui sont pour eux des poisons.
Les Celtes, les Gaulois et les Francs, nos pères, élevaient un grand nombre de ces volatiles, et en faisaient un commerce considérable, surtout avec l’Italie. Pline, dans son Histoire naturelle, nous apprend qu’il a vu d’immenses troupeaux d’oies qui, de différents cantons de la Gaule, et notamment du pays des Morins (formant aujourd’hui les départements du Nord et du Pasde-Calais), se rendaient à pied, jusqu’à Rome. Les conducteurs de ces convois emplumés plaçaient les plus fatiguées au premier rang, afin que, la colonne les poussant en a’sant, elles fussent forcées d’avancer, même contre leur gré. Nos départements du Lot, de la Dordogne, de Lot-et-Garonne, du Gers, du Tarn, etc., conduisent encore de nos jours, de la même façon, en Espagne de nombreuses bandes d'oies.
L’oie démocratique et grossière avait suffi aux Romains de la république; mais plus tard ce peuple, devenu raffiné dans ses goûts, inventa la méthode barbare de l’engraissement. En privant les oies d’eau, de mouvement et de lumière, on sut obtenir le développement extraordinaire des foies de cet oiseau, qui leur
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donne un goût spécial et savoureux. Cette invention, qui fait les délices de la gastronomie moderne, remonte à l’époque d’Auguste et de Yarron : deux personnages consulaires s’en disputent l'honneur.
Pour engraisser les oies, on leur donne une nourriture abondante, tout en les privant de lumière et de mouvement.. La nourriture consiste en boulettes de maïs et de froment, dont on gave le pauvre animal trois fois par jour. Dans certains pays, on lui fait avaler de force les grains de maïs tout entiers. Au bout de quatre ou cinq semaines environ, l’engraissement est parfait. On le reconnaît, du reste, quand le malheureux palmipède commence à étouffer. Voilà une méthode assez cruelle: ce n’est pourtant que de cette façon qu’on obtient la belle graisse et les foies gras si appréciés des gastronomes. Le foie subit une altération qui serait mortelle pour l’animal : il prend un développement énorme. Ainsi les gourmets, qui l’ont en si haute estime, se délectent avec un foie malade !
Bien que l’importation du dindon ait fait un peu négliger en Europe l’éducation de l’oie, elle est encore de nos jours une source de prospérité pour beaucoup de contrées de la France. Il n’y avait guère autrefois, dans notre pays, de repas, ou de fête de famille, sans que l’oie traditionnelle apparût sur la table du festin. En Angleterre, l’oie est encore fêtée. Une coutume qui se rattache à l’histoire de la nation, veut que tout bon Anglais mange une oie le jour de Noël.
La chair et la graisse d’oie salées se conservent fort bien. Dans certains pays on les emploie à des usages culinaires. Les foies énormes et succulents que portent ces précieux volatiles, après leur engraissement forcé, servent à confectionner les beaux pâtés de Strasbourg. Leux cle Nérac, comme ceux de Toulouse, sont confectionnés surtout avec les foies de canard, car on engraisse les canards à peu près de la même façon que les oies.
Le duvet et les plumes de cet oiseau sont l’objet d’un commerce important. Avant l’invention des plumes métalliques, on ne se servait pour écrire que des plumes arrachées aux ailes des oies. On avait soin de les hollander , c’est-à-dire d’en passer le tuyau sous la cendre chaude, ou bien de le plonger dans l’eau bouillante.
Quant au duvet, on le recueille sous le cou, sous les ailes, et
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sous le ventre de l’animal. On procède à cet enlèvement de deux mois en deux mois, à partir du mois de mars jusqu’en automne.
Les oies ne sont certainement pas stupides, comme on le prétend. Les faits suivants permettent d’apprécier les qualités morales qui les distinguent.
En Écosse, une oie s’était tellement attachée à son maître, qu’elle le suivait partout, comme un chien. Un jour, le gentleman passe à travers la foule qui remplissait la ville, et il entre dans la boutique d’un barbier, pour se faire raser. Le palmipède l’avait suivi, et attendait à la porte la sortie de son maître, pour l’accompagner dans de nouvelles courses et rentrer avec lui dans sa maison. Cet intelligent oiseau reconnaissait son maître rien qu’à la voix, sous tous les déguisements.
En Allemagne, un jars (c’est le mâle de l’oie) conduisait, tous
Fig. 207. Oie marbrée.
les dimanches, à l’église, une vieille femme aveugle. Il la tirait par le bas de sa robe, et la menait jusqu’à la place qu’elle occupait ordinairement à l’église. Puis il se retirait au cimetière, pour paître l’herbe, etrevenait, comme un docile caniche, prendre sa maîtresse, lorsque le service était terminé. Un jour le pasteur ne trouvant pas cette dame chez elle, s’étonne de ce que cette pauvre aveugle sorte ainsi toute seule. « Ah ! monsieur, nous ne eraignons rien, lui répond sa fille, 1 ejars est avec elle! « Xos
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aveugles feraient fortune, s’ils remplaçaient leur traditionnel caniche par ce guide d’un nouveau genre.
L’Oie commune, dont nous venons de parler (Anser sylveslris ), paraît descendre del’ Oie cendrée (Anser cinereus), qui s’apprivoise assez facilement quand on la prend jeune. Elle habite les plages et les marais des contrées orientales de l'Europe, et vient en France dans ses migrations.
Parmi les variétés les plus connues, nous citerons l’Oie sauvage (Anser segetum), qui émigre des régions arctiques et passe dans nos pays, en très-grand nombre, l’Oie marbrée (fig. 207), l’Oie rieuse , l’Oie cle Neige , l’Oie à cravate , l’Oie à bec court. , l’Oie Gravant , etc. L’Oie Dernache , qui habite les contrées situées au delà du cercle polaire arctique, arrive en France pendant l’hiver. Elle s’apprivoise assez facilement , et se multiplie en captivité. C’est cet oiseau que les naturalistes du moyen âge faisaient naître, ainsi que la macreuse, sur des arbres comme un fruit.
Le Cygne ( Cycnus ) a été admiré de tous les temps. Ses proportions nobles et élégantes, la gracieuse courbure de son cou, et les formes arrondies de son corps, ont inspiré les poètes : on en a fait l’oiseau des dieux et des déesses. L’imagination poétique des Grecs attachait à son nom les plus souriantes idées. On allait jusqu’à dire qu’avant de rendre le dernier soupir, le cygne célébrait sa mort par un chant mélodieux.
Buffon lui-même a fait de cet oiseau une peinture poétique.
<t Le Cygne, dit-il, règne sur les eaux à tous les titres qui fondent un empire de paix, la grandeur, la majesté, la douceur.... Il vit en ami plutôt qu’en roi au milieu des nombreuses peuplades des oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger sous sa loi.... s
L immortel naturaliste s’est laissé entraîner trop loin dans ses inspirations littéraires, car le cygne, élégant et majestueux, il est vrai, dans ses formes, et souple dans ses mouvements sur l’eau, devient gauche et maladroit sur terre; de plus il est méchant et querelleur. Il s’attaque à tous les animaux, et même à l’homme. Les cygnes du jardin du Luxembourg à Paris, avaient pris tous les gardiens en aversion; quand ils en apercevaient un, ils sortaient tous du bassin pour lui chercher noise.
La force principale du cygne n’est pas dans son bec, mais dans sesades, arme offensive puissante, dont il se sert avec avantage.
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En dépit de tous leurs défauts, les cygnes sont les plus beaux et les plus grands de tous les oiseaux aquatiques. Leur bec est rouge, bordé de noir, et leur plumage d’un blanc de neige. Ils nagent avec aisance, et volent parfaitement. Leur nourriture consiste en plantes, fucus, petits insectes aquatiques; ils attaquent même des poissons.
Ils vivent par troupes, en Europe, en Asie, dans les deux Amériques et à la Nouvelle-Hollande. Au mois de février, ils se séparent par couples, pour aller nicher.
Leur ponte est de six à huit œufs, d’un blanc verdâtre, et l'in-
bord d’un duvet gris, ne prennent leur plumage d’adultes qu’à leur troisième année. Les cygnes s’inquiètent peu de cacher leur couvée , parce qu’ils sont certains de la défendre contre tout ennemi. Ils combattent jusqu’à l’aigle lui-même, et le harcèlent à coups de bec et à coups d’ailes, jusqu’à ce qu’il ait fait une retraite plus ou moins honorable.
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Ils déploient, pour protéger leurs petits, un courage extraordinaire. Une femelle de cygne couvait sur le bord d’une rivière, lorsqu’elle aperçut un renard qui nageait vers elle de la rive opposée. Jugeant qu’elle se défendrait mieux dans son élément naturel que sur la terre, elle se jette à l’eau, et court à la rencontre de l’ennemi, qui menace sa progéniture. Elle l’atteint, fond sur lui avec tant de fureur, et le frappe d’une aile si vigoureuse, que le renard meurt sur le coup, au milieu de l’eau.
Le cygne soigne ses petits avec un rare dévouement. Il les porte sur son dos, les cache sous son aile pour les réchauffer et ne les abandonne jamais dans leur première jeunesse. Qu’il est beau à contempler, lorsque, voguant sur l’onde, en avant de sa jeune couvée, il porte au loin un œil investigateur, prêt * à briser tous les obstacles qui pourraient se présenter; tandis que la mère se tient, à quelque distance, prête à protéger l’arrière-garde ! Admirez-les encore, quand ils voguent à la surface de quelque lac solitaire. Si vous vous cachez derrière d’épais roseaux, pour qu’ils ne se doutent point de votre présence, vous pouvez apercevoir ces nobles oiseaux décrivant, avec leur cou, les courbes les plus gracieuses, plongeant la tête dans l’eau, rejetant en arrière l’eau qu’ils ont prise avec leur bec, et qui retombe autour de leur corps, en pluie scintillante. Vous les verrez battre des ailes, pour faire rejaillir autour d’eux l’onde écumeuse; puis, tout à coup, s’élancer vivement, et glisser avec majesté à la surface des eaux , que leur corps gracieux entr ouvre devant lui, comme le laboureur ouvre un sillon sur la terre avec le soc de sa charrue.
Ces oiseaux, si ravissants, se livrent quelquefois entre eux des combats terribles, qui vont jusqu’à amener la mort de l’un des adversaires. Les cygnes domestiques, personnages civilisés et bien appris, ne poussent pas les choses à cette extrémité mais les cygnes sauvages, qui vivent en liberté dans les contrées du Nord, c’est-à-dire sur les lacs de l’Islande et de la Laponie tiennent de sanglants tournois en l’honneur de leurs belles’ Un combat de cygnes est un duel à mort, dans lequel l’un et 1 autre adversaire déploient non-seulement une force et une furie sans égales, mais une grande adresse et beaucoup de naience. La lutte dure quelquefois plusieurs jours; elle ne se termine que lorsqu’un des champions a réussi à enrouler avec le
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sien le cou de son adversaire, et peut le tenir dans l'eau le temps nécessaire pour que mort s’en suive. Le combat finit alors faute de combattants.
Détournons les yeux de ce spectacle guerrier, pour admirer les cygnes au moment où, sous l’aiguillon de l’amour, ils déploient toutes les grâces dont la nature les a doués. Leurs cous souples et longs, s’enlacent comme des guirlandes de neige, leurs plumes se soulèvent mollement, et c’est alors qu’ils étalent tout l’éclat de leur beauté.
De cette beauté et de cette grâce, le cygne a certainement conscience, car il est constamment occupé soit à nettoyer, soit à lisser son plumage. Le cygne est le plus coquet de tous les volatiles. Aussi fait-il l’ornement de nos pièces d’eau. Il joint encore l’utile à l’agréable, en extirpant du fond des eaux les plantes qui y croupissent, et en transformant en limpides miroirs des eaux souvent fétides.
Son chant, ou plutôt son cri, est loin d’être harmonieux; c’est un sifflement sourd et strident, fort peu agréable à entendre. Tous les poètes, du reste, n’ont pas ajouté foi à la fable qui prête à ces oiseaux une voix mélodieuse et sonore. Virgile savait fort bien que les cygnes ont la voix rauque :
Dant sonitum rauci per stagna loquacia cycni.
Lucrèce dit à son tour :
Parvus cycni canor.
Les poètes grecs prétendaient que le cygne , au moment d’expirer, fait entendre lui-même son chant funèbre, et exhale, en ce moment suprême, des sons mélodieux. Cette fiction devait séduire bien des écrivains, des orateurs et des philosophes. De nos jours encore on aime à redire, en parlant des dernieis élans d’un beau génie prêt à s’éteindre : C’est le chant du cygne. Il ne faut pas avoir beaucoup entendu retentir sur les eaux le cii rauque et guttural de ces oiseaux, pour trouver la comparaison peu flatteuse envers le génie.
Les cygnes, qui appartiennent surtout aux contrées boréales, émigrent vers la fin d’octobre, en troupes serrées et disposées en forme de coin. Dans les hivers rigoureux, ils descendent par 'bandes nombreuses dans l’Europe centrale , et reprennent le
PALMIPEDES.
chemin des contrées polaires vers la fin du mois de mars. Leur vol est en général fort élevé.
La chasse de ces oiseaux se fait au fusil : ils se laissent plus facilement approcher que les canards. En Islande et au Kamtschatka, la chasse aux cygnes s’effectue au temps de la mue, parce qu’alors ils ne peuvent pas voler. Des chiens dressés à cette chasse les poursuivent, les forcent ; et on abat à coups de bâtons ces oiseaux, épuisés de fatigue.
Les Russes chassent autrement les cygnes. A la fonte des neiges, ils les attirent, au moyen d’oies et de canards empaillés. Les cygnes se précipitent avec fureur sur cet appât. Alors les chas-
Fig. 209. Cygne noir d’Australie.
seurs, cachés dans une hutte qu’ils ont construite avec du feuillage ou avec la neige amoncelée, les tuent facilement.
La chair du cygne est d’un goût très-médiocre. Les anciens la mangeaient, mais par ostentation, car on ne la servait que sur la table des grands seigneurs. Aujourd’hui les peuples du Nord ne la dédaignent pas; mais c’est apparemment en raison de ce dicton philosophique : Faute de grives, on mange des merles.
On distingue trois espèces de cygnes : l’une domestique, et deux sauvages. Il en est une autre particulière à l’Australie, qui est en îerement noire et que l’on a cherché à naturaliser en Europe Nous représentons ici (fi g. 209) le Cygne noir d'Australie.
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Totipalmes. — Les oiseaux qui forment ce sous-ordre des Palmipèdes ont le pouce réuni aux doigts par une membrane commune. Doués d’un vol extrêmement puissant, ils sont en môme temps de bons nageurs.
Les principaux genres de ce sous-ordre sont : les Frégates, les Phaètons , les Anhingas , les Fous, les Cormorans et les Pélicans.
Les Frégates (fig. 210) ont pour caractères principaux : un bec plus long que la tête, avec les deux mandibules courbées au bout, le devant du cou dépourvu de plumes, des ailes très-longues, une queue longue et fourchue, des pieds à palmures échangées.
Les frégates ont une envergure de 3 mètres ; aussi leur vol est-il très-puissant. Elles habitent les mers intertropicales des deux mondes, et les navigateurs assurent qu’on les rencontre à deux ou trois cents lieues de toute terre. Quand une tempête éclate, elles s’élèvent au-dessus de la région des orages, et attendent, dans ces sphères empyréennes, que le calme soit rétabli. Grâce à leurs ailes immenses, elles peuvent se soutenir des journées entières dans les airs, sans prendre aucun repos.
Lear vue est si perçante, qu’elles aperçoivent d’une distance où elles échappent à notre vue, des colonnes d’exocets, ou poissons volants. Elles s’élancent du haut des airs sur cette proie ailée, inopinément sortie de son élément naturel, et tenant les pattes et le cou dans une situation horizontale, elles happent, en rasant les flots, la malheureuse victime, qui ne s’attendait guère à trouver un tel ennemi. Souvent elles ravissent au Fou le poisson qu il vient de pêcher ; de sorte que ce malheureux oiseau est leur pourvoyeur naturel, mais involontaire.
Les frégates ont l’humeur si guerrière, et elles ont une telle confiance dans leur force, qu’elles ne craignent pas de braver l’homme. On en a vu s’approcher des marins, pour leur arracher le poisson qu’ils tenaient à la main. Un marin français, M. de Kerhoënt, rapporte que, pendant son séjour à File de 1 Ascension, une nuée de frégates entouraient ses matelots. Elles voltigeaient jusqu’à quelques pieds au-dessus de la chaudière des cuisines dressées en plein air, pour en enlever la viande, sans se laisseï intimider par la présence de l’équipage. M. de Kerhoënt terrassa d’un coup de canne un de ces volatiles indiscrets.
Lorsqu'elles sont bien repues de poissons ou d’autres animaux
PALMIPEDES
marins, qui composent leur nourriture, les frégates prennent leur essor vers le rivage, et vont se percher sur un arbre, pour accomplir en paix leur digestion.
[7 Elles se réunissent par grandes troupes, dans les îles, où elles
Fig. 210. Frégate.
ont coutume de nicher. Au mois de mai, elles commencent à réparer leurs nids, ou à en construire de nouveaux. Elles coupent avec leur bec, de petites 'branches sèches, et forment leur md avec ces morceaux de bois entre-croisés. Dans ces nids suspendus aux arbres qui s’inclinent sur les eaux, elles déposent deux ou trois œufs. 1
Ces oiseaux sont communs au Brésil, à l'ile de l'Ascension, à
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OISEAUX
qu’elles portent, pour les comparer aux plus élégants et aux plus rapides de nos vaisseaux de guerre.
Linné donna au palmipède dont nous allons parler le nom ■ mythologique de Phaèton par allusion au fils d’Apollon et de Clymène, qui eut la prétention téméraire de conduire le char du Soleil. Les marins les nomment beaucoup plus prosaïquement Paille-en-queue , à cause de deux plumes très-longues, et trèsminces, qui se trouvent à la queue, et qui simulent deux brins de paille
L’apparition des pliaétons annonce aux navigateurs le voisinage de la zone torride, car ces oiseaux ne dépassent jamais les limites de cette région. Cependant ils s’avancent quelquefois au large, à une centaine de lieues. Lorsqu’ils sont fatigués, ils se servent de leur grande palmure pour se reposer sur la mer. Comme beaucoup d’oiseaux marins, ils ne peuvent, à cause de leur organisation, s’abattre sur la terre. Aussi sont-ils obligés de raser continuellement l’eau, pour s’emparer des poissons ou des poulpes, dont ils font leur principale nourriture. L’immense envergure de leurs ailes les force, lorsqu’ils sont à terre, à choisir des positions élevées, telle que la cime des arbres ou le sommet des rochers. Et lorsqu’ils se sont abattus sur les ondes, ils attendent, pour reprendre leur vol, qu’une vague les soulève. Leur manière de voler est assez curieuse : ils impriment à leurs ailes une sorte de tremblement, comme s’ils étaient épuisés de fatigue.
Les pliaétons recherchent, pour nicher, les îles isolées et solitaires. Ils placent leurs nids dans des trous d’arbres élevés, dans des anfractuosités de rochers, mais toujours dans des positions cl’un accès difficile. Leur ponte est de deux ou trois œufs. Lespe tits à peine éclos ressemblent, grâce à leur duvet éblouissant, à des houppes à poudrer.
On connaît trois espèces appartenant au genre Phaéton : 1° le Phaélon à brins rouges {Phaélon Phœnicurus ), blanc, mais nuance d’une légère teinte rose, avec les deux longues pennes de la queue rouges; il habite les mers de l’Inde et de l’Afrique, Madagascar, l’île de France et l’océan Pacifique; 2° le Phaélon à brins blancs, ( Phacton ælhercus ) à plumage blanc : les deux longues pennes de sa queue sont blanches, à tiges brunes et il habite l’ocean
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Atlantique; 3° le Phaèton à bec jaune (. Phaeton fîavirostris ), caractérisé par la couleur de son bec, et qui habite les îles Bourbon et Maurice.
Fig. 211. Phaéton.
Les Anhingas (fig. 212) ont le bec droit, pointu, avec des dentelures à la pointe, dirigées en arrière. Leur tête, effilée et cylindrique, termine un cou grêle et excessivement long, ce qui les fait ressembler à un serpent enté sur un oiseau. Dans tous ses mouvements, le cou imite les ondulations du reptile ; aussi leur a-t-on donné aux États-Unis le nom d 'Oiseaux-serpents. Ce sont des nageurs infatigables et d’excellents plongeurs. Quand un danger les menace, ils plongent entièrement, et ne reparaissent qu’à une très-grande distance, quelquefois plus de deux mille mètres plus loin, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé des roseaux, pour se cacher. D’un naturel défiant et sauvage, ces oiseaux se tiennent constamment dans les lieux solitaires. Ils perchent sur les arbres qui bordent les mares ou les rivières, pour s’élancer de là sur le poisson qu’ils aperçoivent. Ils le saisissent avec une adresse extraordinaire, et l’avalent tout entier, s’il est assez petit. S’il est trop gros , ils l’emportent sur un rocher, pour le dépecer avec leur bec et leurs ongles crochus.
Les anhingas construisent leur nid sur les branches les plus
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élevées des arbres, avec des bûchettes et des roseaux, et le garnissent à l’intérieur d’une couche épaisse de duvet.
On ne connaît que deux espèces d’anhingas : YAnhinga de Levaillant ( Plotus Levaillantii) , espèce africaine, dont le plumage est noir depuis la poitrine jusqu’à la queue, et YAnhinga à ventre noir ( Plotus melanogaster) , espèce américaine
Fig. 212. Anhinga.
Les Fous (fig. 213) sont des oiseaux massifs, de forme peu gracieuse, plus gros qu’un canard, et d un plumage blanc.
Ils ont reçu la dénomination de Fous, à cause de la stupidité qu’on leur attribue , à tort ou à raison. Quand on les trouve obstruant un passage, ils n’opposent aucune résistance à l’homme, et se laissent assommer, plutôt que d abandonner le terrain. Les frégates, d'un caractère audacieux , les forcent à dégorger le poisson qu’ils ont capturé. Leur organisation imparfaite explique ce défaut de résistance. La brièveté de leurs jambes et la longueur excessive de leurs ailes, les empêchent de se soustraire par la fuite aux attaques de leurs ennemis.
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Mais quand ils se sont élevés dans les airs, ils planent admirablement, le cou tendu, la queue étalée et les ailes presque immobiles. Bien qu’ils possèdent un vol rapide, ils s’écartent peu des terres, car on ne les rencontre jamais au delà d’une vingtaine de lieues en mer. Aussi leur présence annonce-t-elle au navigateur le voisinage de la terre. Ils effleurent, en volant, la surface de l’eau, et saisissent les poissons, harengs ou sardines, qui nagent à découvert. La peau de leurgorge est si dilatable, qu’ils
Fig. 213. Fous.
peuvent avaler leur proie, malgré son volume. Du reste, les fous sont assez bons plongeurs pour rester plus d’une minute sous 1 eau, à la poursuite des poissons.
Ces oiseaux se trouvent sur tous les points du globe. Ils habitent de préférence les contrées tropicales; mais ils sont très-abondants aux îles Hébrides, en Norwége, en Écosse, et meme jusqu’au Kamtschatka. Quand le froid approche , ils émigrent vers le sud, et dans les hivers rigoureux ils sont de passage en Hollande et en Angleterre.
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On en connaît trois espèces : 1° le Fou de Bassan (Sula Bassana), très-commun sur une petite île de ce nom , qui se trouve dans le golfe d’Édimbourg; c’est la seule espèce que nous possédions en Europe; 2° le Fou commun (Sula daclylatra) , vulgairement appelé Mouche de velours , plus petit que le précédent, et qui est dans l’île de l’Ascension; 3° le Fou brun ( Sula fusca) qui habite l’Amérique méridionale.
Les Cormorans (fig. 214) ont le corps massif et sans grâce, des pieds courts et rentrés dans l’abdomen, la tête petite et aplatie, la poche gutturale très-petite. Leur taille varie, suivant les espèces, depuis la grosseur d’une oie jusqu’à celle d’une sarcelle. Leur plumage noirâtre a fait trouver un rapprochement entre eux et les corbeaux ; delà leur nom de Cormorans , qui signifie Corbeaux marins.
Ces oiseaux, disséminés sur toutes les parties du globe, fréquentent constamment les bords de la mer et l’embouchure des rivières. Ce sont d’excellents nageurs et d’habiles plongeurs, qui poursuivent avec une rapidité extraordinaire les poissons, dont ils font leur nourriture. Rarement leur victime échappe à leur voracité.
Le cormoran avale toujours sa proie par la tête. Quand il l’a saisie du mauvais côté, il la fait sauter en l’air, et la reçoit dans son bec, la tête la première. Il s’écoule quelquefois une bonne demi-heure avant qu’il réussisse à introduire convenablement une anguille dans son estomac. On peut le voir alors faire des efforts violents pour engloutir sa capture; et au moment où l’on croit que le glissant morceau est absorbé avec succès, soudain la proie remonte du fond de son sépulcre vivant, et fait des efforts inouïs pour s’échapper. Le cormoran l’avale derechef, l’anguille se rebiffe encore, et montre sa queue, qui sort du bec de l’oiseau. Épuisée par cette longue et inutile résistance, la victime se résigne enfin à son malheureux sort.
L’appétit de ce palmipède est insatiable ; il se gorge jusqu à n’en pouvoir plus. Le dégât qu’il commet dans les rivières est considérable, car il peut dévorer en un seul jour trois à quatre kilogrammes de poissons.
L’habileté que les cormorans déploient à la pêche, et la facilité avec laquelle on les apprivoise, font que, dans certaines régions
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de l’Asie orientale, on les élève en domesticité. Les Chinois et les Japonais sont les peuples qui utilisent le mieux, pour la pêche,
Fig. 214. Cormoran.
le talent de ces oiseaux. Ils leur mettent un anneau au cou, pour les empêcher d’avaler le poisson, et les lâchent dans les endroits poissonneux. Les cormorans, dressés à obéir à la voix de leur maître, lui rapportent l’aquatique butin.
Le vol de ces oiseaux est rapide et soutenu; mais, autant ils sont agiles dans l’eau, autant ils paraissent gauches et lourds lorsqu’ils sont à terre. D’un naturel doux et confiant, ils se laissent facilement approcher, quand ils se sont placés pour se reposer sur les arbres ou parmi les rochers.
On trouve le Cormoran dans les deux mondes, et il n’est pas rare en France. C’est un oiseau migrateur ; mais on le voit dans nos pays, en toutes saisons.
On distingue en Égypte quatre espèces de cormorans : 1° le Grand Cormoran ( Carbo Cormoran-us), de la taille de l’oie : c’est 1 espèce qui a été réduite en domesticité, et qui se rencontre assez souvent en France; 2° le Cormoran nigaud ( Carbo graculus), au plumage noir, plus petit que le précédent et qui habite les parages arctiques et antarctiques; 3° le Cormoran larcup (Carbo cnstatus), dont le plumage est vert foncé ; 4° le Cormoran de esmarest, ( Caibo Desmareslii) , espèce que l’on a observée en
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Corse, et qui est d’un vert noirâtre. Il existe une dizaine d’espèces étrangères. Les plus remarquables sont le Cormoran de Gaimard et le Cormoran à ventre blanc.
Les Pélicans (%. 215) ont le bec long, large et aplati. La mandibule inférieure porte une membrane nue, qui peut se dilater en sac volumineux. Ce sont des oiseaux aquatiques, qui vivent indifféremment sur les rivages de la mer et des fleuves, sur les bords des lacs et des marais. Quand les poissons trahissent leur présence, soit en sautillant, soit en faisant miroiter leurs écailles au soleil, les pélicans cinglent aussitôt vers ce butin facile. Ils n’ont qu’à ouvrir leur large bec, pour engloutir dans cette énorme poche tout ce qui se présente.
Cet oiseau a un appétit si grand et un estomac si vaste, qu’il fait provision, en une seule pêche, d’autant de poisson qu’il en faudrait pour nourrir six hommes. Les Égyptiens l’ont surnommé Chameau de rivière , parce qu’il absorbe à la fois plus de vingt pintes d’eau. 11 ne fait que deux repas par jour; mais quels repas !
Les pélicans voyagent souvent en société, à l’embouchure des fleuves, ou sur les bords de la mer. Quand ils ont choisi un endroit convenable, ils se mettent à battre la surface de l’eau, avec leurs ailes déployées, afin de chasser le poisson devant eux. Rétrécissant leur cercle à mesure qu’ils se rapprochent d’une anse ou du rivage, ils réunissent le poisson dans un petit
espace. Alors commence le repas commun. Quand ils ont mangé à satiété, ils se rendent sur le rivage, pour laisser la digestion s’opérer, dans toute la quiétude requise. Les uns se reposent, le cou sur le dos; les autres s’occupent à lisser, à lustrer leurs plumes. Tous attendent, avec patience, que la digestion se termine, et que le retour de la faim les convie à un festin nouveau. De temps en temps, un de ces oiseaux vide sa
poche, bien garnie, et étale devant lui le poisson qu’elle contient, pour se délecter de la vue de sa capture. Quand il l’a contemplée avec bonheur, il l’absorbe définitivement.
Ce sac guttural, qui joue un si grand rôle dans l’existence ^du pélican, est composé de deux peaux, dont l’externe n’est qu un prolongement de la peau du cou ; l’interne est contiguë à la paroi de l’œsophage.
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Malgré sa grande taille, le pélican vole facilement et d’une manière soutenue.
Les pélicans placent leurs nids dans les anfractuosités des rochers voisins de l’eau. Ils se contentent quelquefois de déposer leurs œufs, qui sont ordinairement de deux à quatre, dans une excavation qu’ils ontgrossièrement garnie de brins d’herbe.
Après une incubation de quarante ou quarante-cinq jours, les petits viennent à naître, couverts d’un duvet gris. La femelle les nourrit. Elle n’a qu’à presser son sac guttural contre sa poitrine pour dégorger le poisson dans le bec des jeunes. C’est probablement là ce qui a accrédité cette fable absurde que la femelle du pélican se perce la poitrine, pour nourrir ses enfants de son sang maternel.
On peut facilement apprivoiser les jeunes individus. On pré-
Fig. 215. Pélican.
tend qu’ils sont susceptibles d’une certaine éducation, et qu’on peut, comme aux cormorans, leur enseigner à pêcher.
On trouve les pélicans plutôt dans les pays chauds que dans nos contrées. Ils sont très-communs en Afrique, à Siam, en me, à Madagascar, aux îles de la Sonde, aux Philippines à
Manille, en Amérique, depuis les Antilles jusqu’au sud des terres Australes.
OISEAUX
Les espèces les mieux connues sont les suivantes :
1° Le Pélican blanc (Pelecanus onocrolalus ), qui est gros comme le cygne. Son bec a un pied et demi de longueur. Son plumage est d’un blanc légèrement rosé.
Ce pélican fut nommé par les anciens Onocrotale , parce qu’on trouvait dans ses cris une ressemblance avec le braiement de l’âne. Il est très-commun sur les lacs et sur les rivières de la Hongrie et de la Russie, comme sur les bords du Danube. 11 habite également l’Afrique et l’ Amérique. On ne le rencontre que fort accidentellement en France. Il vole quelquefois très-haut, mais ordinairement il se balance au-dessus des vagues. Malgré ses pieds palmés, il perche souvent sur les arbres.
2° Le Pélican huppé ou frisé ( Pelecanus crispas ) a le plumage blanc, les tiges des plumes du dos et des ailes noires; les plumes de la tête et de la partie supérieure du cou croisées entre elles, de façon à former une touffe assez volumineuse , ce qui lui a valu le nom qu'il porte. Il habite les parages de la mer Noire , et les îles voisines de l’embouchure du Danube ; on l’a aussi rencontré au Sénégal. Sa taille est à peu près celle du pélican blanc.
3° Le Pélican brun ( Pelecanus fuscus ) est de plus petite taille que les précédents. Il a la tête et le cou variés de blanc et de cendré, tout le plumage d’un brun gris marqué de blanchâtre sur le dos, la poche d’un bleu cendré rayé de rougeâtre. On le trouve dans les grandes Antilles, sur les côtes du Pérou, au
Bengale et à la Caroline du Sud.
4° Le Pélican à lunettes ( Pelecanus conspicillatus ), qui est confiné dans les terres Australes, est ainsi nommé parce que la peau nue qui embrasse l’œil, dans une assez grande étendue, rappelle des lunettes, par sa forme plus ou moins circulaire. Son plumage est blanc.
Longipennes. — Les Longipennes , ou Grands voihas, ont îeçu ce nom à cause de leur vol puissant et étendu. Les navigateurs les rencontrent partout, et les reconnaissent facilement à leurs ailes longues et pointues, à leur queue fourchue, à leur pouce libre ou nul, et à leur bec sans dentelures. Ils vivent toujours à de très-grandes distances de la terre, et ne s’approchent du rivage que pour nicher. C’est à ce sous-ordre qu’appartiennent
PALMIPEDES
les Hirondelles de mer, les Becs-en-ciseaux , les Mouettes et Goélands , les Labbes ou Stercoraires , les Pétrels , les Albatros , etc.
Les Sternes , appelées communément Hirondelles de mer, à cause de leurs ailes longues et pointues et de leur queue fourchue, paraissent, autant que les hirondelles proprement dites, ennemies du repos. Elles ont des pattes très-courtes, et un bec droit, effilé, tranchant, aussi long ou plus long que la tête. On les voit s’élever dans les airs, à une très-grande hauteur, puis tomber tout à coup sur la proie que leur vue perçante a découverte à la surface de l’eau. Souvent on les voit raser les flots, avec une
Fig. 216. Hirondelle ou Sterne.
rapidité étonnante, et saisir au vol le poisson qui s’aventure au-dessus de l’eau. Elles ne s’arrêtent pas dans leur course sur la mer, et rarement elles se décident à nager. Quand elles ont
besoin de repos, elles gagnent des rochers isolés au milieu de la mer.
Les sternes vivent en troupes plus ou moins nombreuses. Elles montrent tant d’attachement pour les individus de leur espece, que lorsque le plomb du chasseur a blessé une d’elles toutes les autres l’entourent, et ne l’abandonnent qu’après avoir reconnu qu’il n’y a plus d’espoir de la sauver.
es oiseaux jettent, en volant, des cris perçants et aigus, qui
OISEAUX
produisent un vacarme assourdissant. Ces cris se répètent avec plus de force encore, lorsque les sternes se disposent à entreprendre de longues courses. Ils se font surtout entendre discordants et perçants, au temps des nichées.
Comme les hirondelles de terre, celles de mer arrivent au printemps, sur nos côtes maritimes. Les unes y restent pendant l’été, les autres se dispersent sur les lacs et les grands étangs, où elles se nourrissent de toutes les substances animales qu’elles trouvent : matières fraîches ou en putréfaction, poissons, mollusques, insectes. Elles se retirent le soir fort tard; longtemps encore après le coucher du soleil, elles cherchent leur pâture.
Les sternes nichent par troupes, sur les bords de la mer et des lacs, dans les marécages, et dans les lieux boisés, placés à l’embouchure des fleuves. Leurs nids sont tellement rapprochés les uns des autres, que les couveuses se touchent. Elles déposent leurs œufs, au nombre de deux ou trois, sur les rochers, ou à terre dans une petite cavité , qui n’a nullement 1 apparence de nid.
Ces œufs sont un mets très-délicat; on en fait, aux États- Unis, un commerce considérable.
Les hirondelles de mer sont répandues dans toutes les contrées des deux continents. On les trouve jusqu’aux terres Australes et dans les îles de l’océan Pacifique.
Les espèces européennes sont fort nombreuses. Les principales sont: la Sterne Pierre Garin ( Slerna hirundo ), qui est trèscommune en France, sur les bords de 1 Océan et de la Méditeiranée ; — la petite Sterne ( Slerna minuta ) , qui est très-abondante sur les côtes maritimes de Hollande, d’Angleterre et de France, où elle se nourrit du frai des poissons et des petits insectes ailés; — la Sterne épouvantail ( Slerna nigra) , qui fréquente les rivières et les bords des lacs, mais particulièrement les marais, où elle niche parmi les roseaux et les feuilles de nénufar: — c’est l’espèce la plus abondante en Europe ; — la Sterne leucopterc ( Slerna leucoptera), qui habite les baies et les golfes de la Mediterranée, et visite accidentellement le nord de la France; — la Sterne arctique ( Slerna arclica ), qui habite les légions du cercle arctique, et passe régulièrement sur les côtes maritimes du nord de la France. Citons encore la Slerne-Moustac ( Slerna Leu-
PALMIPÈDES
cupareia) , la Sterne Hausel {Sierra Anglica ), la Sterne Dougals ( Sterna Dovgalli), la Sterne Cavjek ( Sierra Cauliaca) et la Sterne Tscliegruna ( Sterna Caspia ), espèces qui ne se montrent que rarement en France.
Les espèces étrangères sont aussi en très-grand nombre.
Les Becs-cn- Ciseaux ont reçu ce nom de la conformation de leur bec, qui est aplati latéralement en deux lames superposées, et formé de deux mandibules, comprimées en lames
Fig. 217. Bec-en-Ciseaux.
tranchantes; seulement, la mandibule supérieure est d’un tiers plus courte que l’inférieure. Pour pêcher les crevettes et les petits poissons dont ils se nourrissent, ces oiseaux sont obligés de raser la surface des eaux, en plongeant dans l’eau la mani u e inferieure ; la mandibule supérieure étant ouverte et hors de l’eau, ils n’ont qu’à la refermer, lorsqu’un insecte aquatique ou tout menu fretin, vient frapper l’inférieure. Ce bec singulier leur sert aussi pour ouvrir les coquilles bivalves Ils
Z vTeTl te„0trdlnairement lJ1'ès de “• mollusques, et quand ils es vo.ent entr ouvrir un peu leur coquille, ils y plongent leur
ng bec; ensuite ils brisent le ligament de la coquille en le
s: ts:;: a grève> r ai- -„s :ïxî:
namtant de la maison détruite.
2 li
OISEAUX
La seule espèce remarquable est le Bec-en-Ciseaux noir ( Rhyn chops nigra) , vulgairement nommé Coupeur d'eau. De la taille d’un pigeon, il est blanc, à calotte et à manteau noirs, avec une bande blanche sur l’aile.
Ces oiseaux sont très-nombreux dans les mers des Antilles. Us volent avec lenteur, et forment avec les mouettes et quelques autres oiseaux de mer. des bandes tellement épaisses, que souvent elles obscurcissent le ciel dans un espace d’une
lieue.
Nous réunirons dans la même description les Mouettes et les Goélands , parce qu’ils ont les mêmes caractères génériques : ils ne diffèrent entre eux que par la taille. Les Goélands désignent les espèces qui sont au moins aussi grandes que les canards-, les Mouettes celles dont la taille est inférieure.
On trouve les mouettes et les goélands ( Larus ) dans tous les pays, sur toutes les plages, en pleine mer, et quelquefois dans les eaux douces. Ces oiseaux fourmillent sur les bords de la mer, où ils se gorgent de toute pâture qu ils rencontrent. Poisson frais ou gâté, chair récente ou corrompue, vers, coquillages, peu leur importe, pourvu qu’ils puissent satisfaire leur voracité. S ils aperçoivent un cadavre d’animal, flottant sur la mer ou échoué sur le rivage , la proie est bien vite nettoyée par ces vautours U la mer , comme les appelle Buffon. Quand l’un d’eux a découvert la carcasse d’une baleine morte, il avertit le reste de la bande; et aussitôt tous fondent sur le butin, en faisant entendre des cris discordants. Ils se remplissent jusqu’à la gorge. Mais leur estomac a bientôt digéré les aliments corrompus qu ils choisissent de préférence. Et comme ils aiment la variété dans leur nourriture, ils vont raser la surface des flots, pour enlever
le menu poisson. , . .
Souvent ils s’envolent vers quelques îles ou ils sont suis
de trouver des milliers d’œufs et de jeunes oiseaux. Maigre les cris de douleur des parents, malgré les cris plaintifs des petits, ils sacrifient tout à leur gloutonnerie, soit en suçant les œufs, soit en dévorant les jeunes à peine éclos. Mais lâches dans toute occasion, ces vagabonds de la mer ne songent qu a se cacher ou à fuir de toute la vitesse de leurs longues aile , lorsqu’ils voient venir un oiseau plus guerrier qu’eux, serai -
PALMIPEDES.
plus petit. L’apparition d’un labbe suffit pour leur faire dégorger leurs aliments.
Ces oiseaux, qui ne vivent que d’une pâture offerte par le hasard , sont souvent fort en peine de leurs aliments , surtout en temps d’orage. Aussi peuvent-ils supporter la faim pendant plusieurs jours de suite.
Les goélands et les mouettes se trouvent partout, mais ils sont plus nombreux sur les plages du Nord, où les cadavres des gros poissons et des baleines leur offrent une proie abondante. Ils aiment à nicher sur les îles désertes des mers polaires, où l’homme ne vient pas les inquiéter.
Ils se contentent de déposer leurs œufs, au nombre de deux
ou trois, dans un trou creusé dans le sable ou dans une anfractuosité de rocher.
Ces oiseaux s’apprivoisent facilement, et prennent bientôt des habitudes domestiques. Mais leur chair, dure et coriace, est détestable. Pour les rendre mangeables, les marins, après les avoir écorchés, les suspendent par les pattes, et les laissent exposés au serein, pendant deux ou trois nuits. De cette façon ces animaux perdent un peu de leur mauvaise odeur.
Les espèces de Goélands les plus remarquables sont les suivantes :
Le Goéland à manteau gris (Larus glcmcus) (fïg. 218) est tout
OISEAUX
blanc, le manteau seul est d’un cendré bleuâtre. On le trouve plus fréquemment vers l’Orient, il est plus rare sur les côtes de
l’Océan. t
Le Goéland à manteau noir { Larus marinus) (fig. 219) est d un
blanc pur, avec le manteau noir. Il est très-commun dans les régions septentrionales, et passe habituellement sur les côtes
de l’Océan, au nord de la France.
Le Goéland à manteau bleu { Larus argentatus ) est blanc, avec le manteau bleu. On le voit, pendant toute l’année, sur les côtes de la Méditerranée et de l’Océan.
Fig. 219. Goéland à capuchon noir.
Les espèces de mouettes qu’il faut signaler sont :
La Mouette blanche ou Sénateur {Larus eburneus ), qui ne parait qu’ accidentellement dans l’Europe tempérée. Elle se trouve très-communément au Groenland et dans la baie de Baffin. Son plumage est entièrement blanc, teinté de rose en dessous; les
pieds sont noirs, le bec est bleuâtre.
La Mouette à masque brun {Larus capistratus), qui a le haut de la tête et la gorge d’un brun clair, la partie intérieure des ailes d’un cendré clair; le reste du corps est blanc, le bec et les tarses sont d’un brun rouge. Cette espèce est commune en Angleterre.
La Mouette rieuse {Larus ridibundus ), de couleur blanche a cou à la queue et aux parties inférieures. Le dos et les couvertures des ailes sont d’un cendré bleuâtre; le bec et les piecs
PALMIPÈDES
d’un rouge vermillon. C’est l’espèce la plus facile à apprivoiser. On l’appelle Mouette rieuse à cause de son cri. Très-répandue en Europe, elle niche sur les bords de la mer, à l’embouchure des rivières. Elle n’est que de passage en France et en Allemagne, tandis qu’on la trouve en toute saison en Hollande.
La Mouette cendrée (Larus cinereus) (fig. 220) est vulgairement nommée Pigeon de mer. Elle a son plumage d’un beau blanc, à manteau cendré. Cette espèce se répand en troupes dans les terres, à l’approche des tempêtes. Elle est commune en été, dans les régions du cercle arctique; en automne et en hiver, elle se répand sur les côtes maritimes de l’Europe tempérée et méridionale.
Fig. 220. Mouettes cendrées.
Les Labbes ou Stercoraires (fig. 221) sont remarquables par leur bec robuste, presque cylindrique, recouvert d’une membrane, depuis la base jusqu’aux narines; la mandibule supérieure est convexe, crochue, et armée à son extrémité d’un onglet qui paraît surajouté.
Ces oiseaux se tiennent le plus souvent sur les bords de la mer; mais à la suite d’une tempête, ils s’aventurent dans les terres. Leur vol est très-rapide, même contre le vent le plus violent. Ils poursuivent avec le plus grand acharnement les mouettes et les sternes, parfois même les fous et les cormorans, pour leur enlever leur proie. Mais ce sont surtout les mouettes et es sternes qui deviennent leurs pourvoyeurs habituels, Ils ne cessent de les poursuivre, de les harceler, de les frapper, jusqu a ce qu’ils aient rendu gorge et lâché leur butin. Avant que le poisson tombe dans la mer, ils le saisissent au vol. Cette sin-
OISEAUX
gulière habitude avait fait croire qu’ils se nourrissaient des excréments des mouettes, et c’est pour cela qu’on leur avait donné le nom de Stercoraires.
Dans certaines contrées, comme dans les îles Shetlands, ces oiseaux sont tenus en vénération. On leur confie presque entièrement le soin et la protection des brebis; car ils nourrissent une haine invétérée contre les aigles. Dès que le roi des airs apparaît à leurs yeux, ils se réunissent trois ou quatre ensemble, pour le combattre. Ils ne l’attaquent jamais en face, mais le harcèlent impitoyablement, jusqu’à ce qu’ils aient affaibli ses forces, et qu’ils l’aient complètement abattu, ou du moins l’aient
Fig. 22i. Labbe ou Stercoraire.
forcé à la retraite. En récompense de leurs services les habitants de ces contrées jettent aux labbes le rebut de leur peche Les labbes vivent presque toujours isolés, pour se procuiei plus aisément leur nourriture, qui consiste en poissons, en mollusques, en œufs, en jeunes oiseaux de mer, en petits mammifères. Habitant les régions arctiques de 1 Europe et de U ri que, ils nichent dans les bruyères. Leur ponte est ce ceux a quatre œufs, que la femelle et le mâle couvent alternativement. Ils sont courageux, au point de défendre leur couvee contre tout
animal, et même contre l’homme.
On reconnaît quatre espèces européennes : e a> e pat (Les Iris parasitiez), qui habite le Groenland, Terre-Neuve,
PALMIPÈDES
Spitzberg, et qui vient visiter assez souvent les côtes de l’Océan;
— le Labbc Richardson (Lestris Richardsonii), qui est très-abondant en Suède , en Norwége , en Laponie , dans l’Amérique du nord ;
— le Labbe pomarien (. Lestris pomarineus ), qui est très-commun à Terre-Neuve, en Irlande et à Féroé ; — le Labbe cataracte ( Lestris cataractes ), appelé vulgairement Stoëlancl brun.
Les Pétrels ont un bec renflé, dont l’extrémité , qui est crochue , semble faite d’une pièce, articulée au reste de la man-
Fig. 222. Pétrel.
dibule supérieure. Ces oiseaux ne plongent pas et nagent rarement; mais, dans leur vol rapide, ils effleurent les vagues, et semblent courir sur les eaux. Cette habitude} leur a valu le nom de Pétrel, cest-à-dire Petit Pierre, par allusion au miracle de saint Pierre, qui marcha sur les eaux agitées du lac de Génézareth.
La famille des Pétrels contient plusieurs espèces, de taille tiès-variable. Ils parcourent des trajets immenses, dans leur vol puissant et rapide, presque toujours en planant. Ils ne se rapprochent des côtes que pour faire leurs nids. Ils choisissent alors une petite crevasse, dans quelque rocher escarpé, et y pondent un œuf blanc et gros qu’ils couvent en faisant entendre un bruit sourd et continu , comparable cà celui d’un rouet.
En général, les pétrels sont d’un aspect peu engageant, mais 1 s sont une précieuse ressource pour les pauvres habitants des des situées dans les mers Australes, qui ne dédaignent pas
OISEAUX
de manger leur chair, mais qui les estiment surtout pour leur duvet chaud, et pour l’huile que l’on extrait de leur estomac.
La quantité d’huile que ces oiseaux possèdent est si 'grande qu’ils en alimentent leurs petits. Aux îles Féroë on fabrique
Fig. 223. Pétrel Tempête.
des chandelles avec cette matière oléagineuse. Souvent même les insulaires font de l’oiseau lui-même le flambeau naturel qui éclaire leurs veillées. Ils passent une mèche à travers le corps de l’oiseau qu’ils viennent de tuer, l’allument, et s en ser-
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vent comme d’une lampe. C’est l’éclairage économique par excellence.
Ces oiseaux aiment avec passion la tempête : ils courent sur les vagues agitées , et semblent se jouer, ensuivant les pentes de ces montagnes d’écume. Quand elle est trop violente , ils se réfugient sur les écueils les plus voisins ou sur les vergues des navires. Aussi les marins, simples et supertitieux , qui ne les voient apparaître qu’au moment de la tourmente, les prennent-ils pour des mauvais esprits , pour des oiseaux du diable , messagers des orages. Leur plumage noirâtre les confirme dans cette opinion.
Quand les bâtiments envoyés à la pêche de la baleine ont passé les îles Shetland et entrent dans les mers septentrionales, dont les flots sont si souvent agités , on voit les pétrels voler au milieu des tourbillons d’écume formés par le sillage du navire. Ils attendent qu’on leur jette quelque chose par-dessus le bord, car ils sont extrêmement voraces et très -avides de graisse, surtout du gras de baleine. Lorsque les pêcheurs commencent à dépecer une baleine, les pétrels accourent, au nombre de plusieurs milliers. Ils ne craignent pas de s’approcher jusqu’à portée de la main; de sorte, qu’on peut les prendre ou les tuer d’un coup de gaffe. Un coup de fusil perce difficilement leur plumage épais, et du reste la détonation les intimide fort peu.
Les pétrels marchent très-péniblement à terre. Pour se reposer en pleine mer, ils montent sur un glaçon , et la tête sous l’aile, ils se laissent aller au gré des vents.
Les espèces les plus remarquables sont : le Pétrel géant ( Pro cellaria gigantea ) , appelé vulgairement Briseur d'os , qui habite depuis le cap Horn et au delà, jusqu’au cap de Bonne-Espérance ; — le Pétrel damier (Procellaria capensis) , vulgairement nommé Damier Pintado, propre aux mers du Sud; — le Pétrel Fulmar (Procellaria glacialis) , qui habite les mers Arctiques ; — le Pétrel Tempête ( Procellaria pelagica), vulgairement dit Oiseau des Tempêtes (fig. 223); il fréquente les mers d’Europe , et apparaît sur les côtes du nord de la France , à la suite des ouragans ; — le Pétrel de Forsler ( Procellaria Forsteri ), vulgairement nommé Pétrel bleu, qui habite les mers antarctiques.
Sous le nom de Pufjins , on distingue des espèces de Pétrels
dont le bec est quelquefois plus long que la tête , ou du moins aussi long; les narines s’ouvrent en deux tubes distincts.
On connaît le Pu, {fin cendré ( Puffmus cmereus ), qui est très-commun sur la Méditerranée, et niche en Corse ; — le Pufftn des Anglais ( Puffmus Anglorum), qui habite les régions septentrionales de notre hémisphère ; — le Puffin brun ( Procellaria æguinoxudis) , qui habite l’Océan méridional, et qu’on rencontre fréquemment au Cap.
Les Albatros sont les plus grands et les plus massifs de tous les oiseaux qui volent à la surface des mers. Ils appartiennent à l’hémisphère austral. Les matelots ne les connaissent que sous le nom de Moulons du Cap et Vaisseaux de guerre, à cause de leur taille énorme. Leurs ailes étendues ont jusqu’à cinq mètres d’envergure. Leur plumage est généralement blanc , le manteau seul est noir.
Mais le courage ne se mesure pas à la taille; on le reconnaît chez ces oiseaux, qui, malgré leur force étonnante, leur bec grand, fort, tranchant, crochu, sont d’une couardise et dune lâcheté révoltantes. De faibles mouettes les attaquent et les harcèlent, s’efforçant de leur déchirer le ventre. Les albatros n’ont pas de meilleur moyen , pour s’en débarrasser, que de plonger dans l’eau. Bien qu’ils soient d’une voracité extrême, à l’approche d’espèces beaucoup plus petites , telles que les goélands et les mouettes , ils préfèrent fuir que de disputer leur butin.
Leur nourriture se compose de petits animaux marins , de mollusques, de zoophytes mucilagineux , d’œufs et de Irai de poissons. Ils avalent même d’assez gros poissons sans les depecer. Lorsqu’ils sont repus , ne pouvant dévorer tout entier le poisson qu’ils ont saisi , ils sont forcés d’en tenir une partie hors du bec avant de l’avaler, jusqu’à ce que la première moitié
soit digérée. C’est ce que font, comme on le sait, plusieurs serpents. Ainsi gorgé , l’albatros n’a qu’une ressource pour fuir, si on vient alors à le poursuivre: cest de rejetei les aliments
dont son estomac est surchargé.
Doués d’une puissance de vol extraordinaire, ces oiseau! s’avancent à des distances énormes de toute terre, surtout dans les temps orageux. Ils semblent se plaire au milieu des éléments en fureur. Ils peuvent rester plusieurs semaines sans
PALMIPEDES
dormir. Quand la fatigue s’empare d’eux, ils se reposent sur la surface de la mer, la tête cachée sous l’aile. Comme ils se laissent approcher de très-près, les marins, pour les prendre, n’ont qu’à les assommer avec une gaffe , ou les harponner avec un croc.
Les navigateurs ont eu l’occasion d’observer ces oiseaux dans les contrées polaires, là où la nuit n’existe pas, pendant une moitié de l’année. On voyait alors les mêmes troupes voltiger
Fig. 224. Albatros.
autour des vaisseaux, pendant plusieurs jours de suite, sans qu’on aperçût chez eux la moindre fatigue , ni le plus léger ralentissement de leurs mouvements. Ce qu’il y a de curieux dans leur vol, c’est que, soit qu’ils s’élèvent, soit qu’ils s’abaissent, ils semblent ne faire que planer; on ne s’aperçoit pas qu’ils impriment le moindre battement à leurs ailes.
Iis s attachent à suivre le sillage des navires, sans doute parce que l’agitation des flots amène à la surface les petits animaux marins dont ils font leur pâture. Ils s’abattent aussi sur
tout corps qui tombe du vaisseau dans la mer, serait-ce même un homme. Un homme qui était tombé à la mer, d’un navire français , ne put être secouru immédiatement , parce que les appareils de sauvetage manquaient. Avant qu’on eût le temps de détacher une embarcation , les albatros qui suivaient le bâtiment, se jetèrent sur le malheureux, lui déchirant la tête et les bras. Ne pouvant résister à la fois à la mer et aux ennemis qui l’entouraient, l’homme succomba, sous les yeux de l’équipage.
Les albatros et les pétrels sont les vautours de l’Océan. On dirait qu’ils sont destinés à purger les mers de tous les animaux morts ou en putréfaction, qui flottent à leur surface.
Les albatros arrivent vers la fin de juin, en grandes troupes, sur les côtes du Kamtschalka, dans la mer d’Okhost et dans l’île de Behring. De maigres qu’ils étaient à l’arrivée, ils deviennent très-gras en peu de temps , à cause de la nourriture abondante qu’ils trouvent à l’embouchure des rivières. Ils se rendent à terre, vers la fin de septembre, pour nicher. Ils choisissent de préférence l’île Tristan d’Acunha, où ils se réunissent en très-grand nombre. Leurs nids , hauts d’environ un mètre , sont construits avec de la boue. La chair de ces animaux est très-dure, et ne peut être rendue mangeable qu’après avoir été salée un certain temps, bouillie et relevée par une sauce piquante. Encore les marins et les habitants du Kamtschatka n’en usentils que dans les moments de disette.
Les espèces les plus remarquables sont : V Albatros commun ( Diomecleu exulans) , qui fréquente de préférence les mers qui baignent l’Afrique méridionale ; — 1 ’ Albatros à sourcil noir (Diomedea melanophrys) , qui habite aussi les mers du cap de Bonne-Espérance; — 1 ’ Albatros brun ( Diomedca fidiginosa; — Y Albatros à becjaune et noir ( Diomedca chlororinches) qui, comme l’espèce précédente, habite les mers du pôle austral, ainsi que les parages de la Chine et du Japon.
ORDRE DES ECHASSIERS.
Le caractère saillant des Échassiers réside dans la nudité et la longueur de leurs tarses, qui atteignent parfois des dimensions vraiment extraordinaires ; de sorte que ces oiseaux paraissent montés sur des èchasses. Cette conformation spéciale est, du reste, parfaitement appropriée à leurs conditions d’existence. Habitant, pour la plupart, des rivages ou des marais, et contraints d’y subsister, ils ne doivent pas craindre d’entrer dans l’eau et dans la vase qui recèlent leur nourriture. Ils ne sont cependant pas tous aquatiques: les agamis, les outardes, les autruches, vivent dans l’intérieur des terres, et leur régime est herbivore ou granivore.
Chez ces oiseaux, le bec affecte les formes les plus diverses. Il est généralement long; mais il est également gros ou mince, conique ou plat, émoussé ou pointu, robuste ou faible, suivant les genres; et chez certaines espèces, comme le flamant, la spatule, le savacou, il défie, pour ainsi dire, toute description. Il est toujours porté par un cou grêle et en parfaite harmonie avec la longueur des jambes.
Presque tous les Échassiers sont d’excellents voiliers, et entreprennent, deux fois l’an, des voyages considérables, qu’ils accomplissent par grandes troupes, comme les canards, les oies et les cygnes. Il est cependant certaines exceptions à cette règle. Quelques-uns, comme l’outarde, se meuvent difficilement dans l’air, mais sans que leur infériorité, sous ce rapport, devienne de l’ineptie; d’autres, comme les Brévipennes, sont dans l’impossibilité absolue de voler, et leurs ailes, tout à fait rudimentaires, ne servent qu’à accélérer leur course et à exalter leur allure, à un tel point, qu’aucun autre animal ne peut les dépasser à la course.
Leur régime nutritif varie avec la forme et la vigueur du
OISEAUX
bec, ainsi qu’avec le milieu qu’ils habitent : il consiste surtout en poissons, batraciens, mollusques, vers, insectes, quelquefois en petits mammifères et en reptiles, plus rarement en herbes et semences. Il faut croire que ce régime est merveilleusement propre à développer les qualités savoureuses de la chair, car c’est dans cet ordre qu’on trouve les plus succulents gibiers : il suffit de citer la bécasse, la bécassine, le pluvier, le vanneau, l’outarde, pour faire tressaillir d’aise toute une légion de gourmets. Certaines espèces, complètement dépourvues de qualités culinaires, rachètent ce défaut par un plumage auquel la parure féminine emprunte ses plus brillants atours. Les plumes d’autruche, de marabout, de héron, sont vivement appréciées de nos élégantes, dont elles contribuent à rehausser la beauté.
C’est ainsi qu’ après avoir charmé les palais délicats, cet ordre d’oiseaux réussit encore à contenter les esprits frivoles : le goût et la vue, la gourmandise et la coquetterie, y trouvent leur compte, et viennent y puiser leurs sensations les plus agréables. Ce sont là évidemment des dons inestimables, et l’on ne peut raisonnablement demander rien de plus. Sans doute il serait désirable, qu’au lieu de pousser des cris aigus et malsonnants, ces oiseaux fussent doués de toutes les séductions de la voix, et tissent retentir les airs de chants mélodieux. Mais ne serait-ce pas trop exiger, puisque la perfection n’est pas de ce monde ?
Les Échassiers sont -monogames ou polygames, suivant les espèces, et leur histoire nous fournira des traits touchants d’attachement conjugal. Ils établissent leurs nids, soit sur les arbies, soit sur les édifices, soit sur le sol, soit enfin au milieu des eaux, parmi les joncs et les herbes aquatiques. En général, ils montrent peu de soin dans la construction de leurs abris. Le plus souvent ils se bornent à rassembler sans art des substances diverses ; quelquefois même, ils creusent un simple trou en terre et, sans autre préambule, y déposent leurs œufs.
Nous partagerons lesÉchassiers en six grandes familles, d’après la classification de Cuvier, légèrement modifiée : les Falamodactyles, les Macrodactyles, les Longirostres , les Cultrirostres , les Pressirostres et les Drèvipennes.
Palamodactyles. — Chez ces oiseaux, les doigts antérieurs sont réunis par une large membrane, le pouce est nul ou presque
ÉCHASSIERS
nul, les jambes sont très-hautes. Bien que par leurs pieds palmés ils se rattachent aux Palmipèdes, ils nous présentent, par la disposition de leurs doigts, les types les plus caractéristiques des Échassiers.
Le Flamant est l’un des plus curieux échassiers. L’imagination la plus fantaisiste ne pourrait rien enfanter d’aussi bizarre que le corps de cet oiseau. Des jambes interminables supportant un tout petit corps; un cou à l’avenant; un bec plus
Fig. 225. Flamant.
haut que large, brusquement courbé, et comme cassé vers le milieu, inventé probablement pour le désespoir de ceux qui seraient tentés de le décrire ; des ailes médiocres ; une queue courte : tels sont les traits distinctifs de cette singulière physionomie, que complètent des pieds largement palmés, un pouce court, élevé, et une splendide couleur rose, passant au rouge vif sur le dos et les ailes.
C’est parce qu’ils avaient été frappés de cette coloration des
OISEAUX
ailes, que les anciens avaient baptisé cet oiseau du nom de phênicoplère (ailes de feu) , expression que nous avons rendue par le mot flambant ou flamant, moins joli que celui des Grecs, mais qui ne signifie pas autre chose.
Les flamants habitent les bords des lacs et des étangs, et plus rarement les rivages de la mer ou des fleuves. Ils se nourrissent de vers, de mollusques, d’œufs de poissons, qu’ils saisissent de la manière suivante : ils font prendre à leur cou et à leur tête une position telle, que la mandibule supérieure de leur bec se trouve en dessous; remuant alors la vase en tous sens, ils y trouvent facilement leur subsistance. Ils se servent aussi de leurs pieds, pour fouler le limon, et mettre à découvert les petits animaux nécessaires à leur alimentation. Ils aiment la société et vivent en troupes, soumises à une stricte discipline. Lorsqu’ils pêchent, ils s’alignent en longues files droites et régulières, et posent une sentinelle, chargée de signaler le danger. Survient-il quelque cause d’alarme, la vedette fait entendre un cri bruyant, analogue au son d’une trompette ; et toute la bande s’envole aussitôt dans un ordre parfait.
Les flamants sont donc très - défiants , mais à l’égard de l’homme seulement ; la vue des animaux n’a pas le privilège de les mettre en fuite. Lorsqu’on connaît ce fait, on peut parfaitement l’exploiter, pour faire un grand carnage de ces beaux oiseaux. En se dissimulant adroitement dans la peau d'un cheval ou d’un bœuf , on peut s’en approcher et les fusiller à coup sûr. Tant qu’ils n’ont pas aperçu le chasseur, ils ne s’effrayent pas du bruit de l’arme et se laissent tuer stupidement, sans changer de place , bien qu’ils voient tomber leurs camarades à leurs côtés.
Quelques auteurs ont prétendu que le flamant se sert de son cou comme d’une troisième jambe, et qu’il marche en appuyant sa tête sur le sol. Ce qui a sans doute donné lieu à cette supposition, c’est le mouvement que lui impose sa manière toute particulière de pêcher, mouvement que nous avons décrit plus haut, et qui a pu causer l’illusion de certains observateurs. On raconte, il est vrai , qu’un flamant élevé en captivité, et privé accidentellement d’un de ses membres, remédia lui-même à son infirmité en marchant sur une jambe et s’aidant de son bec comme d’une béquille; ce que voyant, son maître lui lit adapter une
ÉCHASSIERS
jambe de bois, dont il se servit avec le plus grand succès. Mais ce récit, qui s’applique à un oiseau incomplet, placé par conséquent dans des conditions spéciales, n’infirme en rien l’observation précédente.
Le flamant construit un nid, aussi original que sa personne. 11 consiste en un cône tronqué, haut d’environ cinquante centimètres, et fait de vase séchée au soleil. C’est dans la cavité peu profonde, ménagée au sommet de ce monticule, que la femelle dépose deux œufs, allongés et d’un blanc mat. Pour couver, elle s’assied à califourchon sur ce trône d’un nouveau genre, en laissant pendre ses jambes de chaque côté. Les petits peuvent courir peu de temps après leur naissance, mais ils ne sont capables de voler que plus tard, alors qu’ils sont revêtus de toutes leurs plumes; et ce n’est que vers l’âge de deux ans qu’ils se parent des brillantes couleurs des adultes.
Les flamants se trouvent dans toutes les régions chaudes et tempérées du globe. Certaines îles de l’Amérique en possèdent une si grande quantité, que les navigateurs leur ont donné le nom à’ îles des Flamants. Dans l’ancien continent, ils sont trèsrépandus au-dessous du quarantième degré de latitude, principalement en Égypte et en Sardaigne ; pendant l’été, ils vont chercher un climat moins ardent: c’est alors que nous en voyons des troupes nombreuses arriver sur nos côtes méridionales. Le cou tendu et les jambes pendantes, ces magnifiques oiseaux, dont la taille atteint jusqu’à cinq pieds, figurent dans le ciel de gigantesques triangles de feu et présentent un spectacle admirable.
Les anciens recherchaient avidement la chair du flamant, qu’ils regardaient comme un délectable gibier. La langue surtout était considérée comme un mets exquis, et l’empereur Iléliogabale 1 appréciait à tel point, qu’il voulait en avoir en tous temps, de sorte qu un corps de troupes était exclusivement chargé d’immoler des Phénicoptères à ses caprices gastronomiques.
Aujourd’hui, on ne mange plus le flamant, dont la viande est huileuse et conserve une odeur de marais très-désagréable; quant a sa langue, les Égyptiens, dit-on, se contentent d’en extraire une huile, qui sert à assaisonner les aliments. Ajoutons, pour compléter l’histoire de cet oiseau, qu’il possède un duvet analogue a celui du cygne et qui est employé aux mêmes usages; tandis que os de son fémur sert, dans certains pays, à faire des flûtes.
OISEAUX
VAvocette (lig. 226) est caractérisée par un bec très-long, trèsgrêle, flexible et recourbé vers le haut, ce qui lui a valu, de la part des savants, le nom de Recurviroslre (bec recourbé). Cet étrange instrument lui sert à fouiller la vase jusqu’à une assez grande profondeur, pour y saisir les vers, les petits mollusques et le frai de poisson dont elle fait sa principale nourriture. Ses
Fig. 22G. Avocette.
longues jambes lui permettent d’ailleurs de parcourir sans danger les marécages et les lagunes; de plus, elle nage avec la plus grande facilité. Aussi n’est-il pas rare de la voir chercher sa
subsistance au sein même des eaux.
L’avocette mesure environ cinquante centimètres de haut, quoique son corps ne soit guère plus gros que celui du pigeon. C’est un joli oiseau, à la taille élancée, au plumage blanc en dessous, noir sur la tête et le dos. On le rencontre sur les deux continents; l’espèce d’Europe est commune en Hollande et sur tous les rivages de la France. D’un naturel sauvage et d'une humeur farouche, elle se laisse rarement approcher, .-sait éviter les pièges qu'on lui tend et échappe aux poursuto , des chasseurs, soit par le vol, soit par la nage. EUe ne fait nas grands frais pour la construction de son nid : elle se tente de porter quelques brins d’herbe dans le prenne.- creux , qu’elle trouve sur le sable, et y dépose deux ou t, ois œu , qu’on lui ravit souvent pour les manger, car on assure qu sont excellents; quant à sa chair, elle est passable.
Les Écta*«( «g- 227) sont ainsi nommées à cause de longueur de leurs jambes, tellement minces et flexibles qu elle
ÉCHASSIERS
peuvent subir sans se rompre une courbe très-prononcée. Elles n’ont pas les pieds aussi complètement palmés que les espèces précédentes, les deux membranes qui réunissent les doigts antérieurs étant inégales. Le bec est long, mince et pointu comme celui de l’avocette, mais droit; les ailes sont longues et . aiguës, la queue courte. Elles sont à peu près de la grosseur de l’avocette et atteignent jusqu’à soixante-cinq centimètres. Elles volent fort bien, mais marchent difficilement à terre. En re-
Fig. 227. Échasse
vanclie, elles sont à l’aise dans la vase des marais, où elles plongent leur bec, pour en retirer les insectes, les vermisseaux, les petits mollusques, le frai des grenouilles, toutes choses dont elles sont très-friandes.
Ce sont des oiseaux tristes, défiants, menant une vie solitaire, excepté à l’époque de la reproduction. Réunis alors en grand nombre, ils construisent leurs nids dans les marais, sur de petites eminences très-rapprochées les unes des autres: l’herbe
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en est l’élément principal. Leur ponte est ordinairement de quatre œufs verdâtres, semés de taches cendrées. Les mâles font sentinelle pendant que les femelles couvent-, à la moindre alerte, ils poussent un cri qui fait lever tonie la bande, laquelle s’envole au plus vite, pour revenir, quand le danger est passe.
Les échasses sont peu communes en Europe; c’est surtout dans les marais de la Russie et de la Hongrie qu’on les rencontre Pendant l’été, elles viennent quelquefois visiter nos cotes méditerranéennes ; mais il est très-rare d’en voir sur la côte de l’Océan. Elles ont peu de valeur comme gibier.
Macrodaclyles. — Les oiseaux qui composent la famille des Macrodactyles (à grands doigts) sont remarquables par l’extreme
îi^. 228. Pou'.e dcau.
longueur de leurs doigts, tout à fait indépendants ou Mblement mimés- aussi peuvent-ils marcher sur les herbes qui flottent a
sultanes, les Râles, les Foulques, les Gloreoles, les Jacanas,
KaLefL« d'eau sont caractérisées par un bec court, robuste ■ u àd rtase pointu à l'extrémité, envoyant un prolongement fur ie front, et par quatre doigts très-développés, mu, ris d'ongles
ÉCHASSIERS
aigus, dont les trois antérieurs sont garnis d’une membrane étroite et fendue. Répandues sur une partie du globe, elles se plaisent au milieu des marais, sur les bords des lacs et des rivières, où elles se nourrissent de vers, d’insectes, de mollusques et de petits poissons. Ce sont des oiseaux sémillants et gracieux, qui se tiennent toute la journée parmi les roseaux, et aiment à se promener sur les larges feuilles des nénufars. Ce n’est que le soir et le matin, qu’ils se hasardent à sortir de leur retraite, pour chercher leur nourriture.
Quoique leur vol ne soit ni élevé ni rapide, les poules d’eau savent éviter le chasseur avec beaucoup d’adresse. Harcelées de trop près, elles se jettent à l’eau, plongent, et ne reparaissent à la surface, que quelques pas plus loin ; encore ne montrentelles de leur corps que ce qui est strictement nécessaire pour respirer et examiner la situation -, elles ne s’envolent que lorsque tout péril est écarté.
Dans certains pays, elles sont sédentaires ; dans d’autres, au contraire, elles accomplissent des migrations, et dans ce cas, elles varient leurs plaisirs, en voyageant tantôt à pied, tantôt à la nage, tantôt à tire-d’aile. Elles suivent tous les ans la même route, et reviennent constamment faire leur nid au lieu témoin •de la première ponte.
Les œufs, au nombre de sept ou huit, sont couvés alternativement par le mâle et la femelle, qui ne manquent jamais , lorsqu’ils s’éloignent, jde recouvrir d’herbes leur doux trésor, afin de le soustraire à la voracité du corbeau.
Immédiatement après leur éclosion, les petits sortent du nid, suivent la mère, et bientôt ils sont en état de pourvoir euxmêmes à leurs besoins. Ils ne sont revêtus que d’un duvet rare et grossier; mais ils courent avec vitesse, nagent et plongent parfaitement et savent se cacher à la moindre apparence de danger. Cet accroissement rapide de leur progéniture permet à chaque couple de poules d’eau de faire jusqu’à trois pontes par an.
La Poule cl'eau commune (fig. 228) habite l’Europe, où on la trouve surtout en France, en Italie, en Allemagne et en Hollande. Une autre espèce, la Poule d'eau ardoisée, est originaire de Java.
Le Tal'eve , ou Poule sultane (fig. 229), est l’oiseau-type de la lamille des Macrodactyles; on pourrait le définir : une exagé-
OISEAUX
ration de la poule d’eau. Il a, en effet, le bec plus épais et plus robuste, la plaque frontale plus étendue, les doigts plus longs que celle-ci; mais ses mœurs sont les mômes. Il est cependant moins exclusivement aquatique, ce qui tient à ce qu’il est trèsfriand de céréales. 11 mange en se tenant sur un pied, et en se servant de l’autre comme d’une main , pour porter sa nourriture à son bec.
C’est un magnifique oiseau dont tout le corps est bleu indigo,
Fig. ‘229. Poule sultane.
tandis que le bec et les pattes sont roses. Les anciens qui le connaissaient et l’élevaient en domesticité, l’avaient nommé Porphyrion (couleur de pourpre), sans doute à cause de cette coloration rose. Il serait à désirer qu’on l’introduisît en France, où il ferait le plus bel ornement de nos jardins.
Il existe plusieurs espèces de poules sultanes, différant les unes des autres, et habitant toutes les régions chaudes de 1 ancien continent. L’espèce ordinaire se trouve en Afrique et dans le midi de l’Europe ; sa grosseur est celle d’une poule.
Les Raies se distinguent par un bec plus long que la tête, des tarses allongés, terminés par des doigts grêles complètement séparés, des ailes moyennes et une queue très-courte.
Ils ontune certaine analogie d’habitudes avec les poules d eau.
ECHASSIERS.
Comme ces dernières, ils sont craintifs, et se cachent tout le jour dans les joncs, les broussailles, les herbes des marais et des prairies. Les trous creusés par les rats d’eau leur servent aussi de refuges lorsqu’ils sont poursuivis de trop près. Les petits sentiers qui bordent la plupart des rivières, sont leurs lieux de prédilection. Peu favorisés sous le rapport des ailes, ils ne sont capables que d’un vol assez lourd, s’exécutant ordinairement en ligne directe et à une faible distance du sol.
Aussi est-ce par la course qu’ils cherchent le plus souvent à échapper au chasseur, et leurs nom-
. ... . Fig. 230. Râle commun.,
breux détours parviennent quelquefois à les sauver. Mais, dans certains cas, ils résistent si mollement, que les chiens les rapportent; vivants, ou que les chasseurs les prennent à la main.
Les râles ne se réunissent jamais en troupes. Différant en cela des autres oiseaux, qui s’assemblent pour émigrer en commun, ils exécutent séparément leurs longs voyages.
Ils construisent, parmi les joncs et les roseaux, un nid assez grossier, où ils pondent de six à huit œufs. Les petits courent en naissant et se développent très-vite. Ces oiseaux aiment les vers, les insectes, les crevettes, et mangent même les graines qu’ils rencontrent sur les bords des rivières. Leur chair est généralement bonne et bien supérieure à celle des poules d’eau ; à l’automne, elle est d’un goût exquis.
Les râles sont très-communs en France. L’espèce la plus répandue est le Râle des genêts , ainsi nommé, à cause de son existence plus terrestre, qu’aquatique, et de sa préférence pour les champs, les taillis, les genêts et les prairies. Il est vulgairement appelé Roi des Cailles , parce qu’il vit dans la société des cailles, et qu’il les accompagne dans leurs migrations. D’aucuns prétendent même qu’il a la haute direction des voyages. C’est à la lin de l’été qu’il acquiert toute sa saveur; c’est à ce moment qu il convient de le tuer. On compte une vingtaine d’espèces de
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râles répandues dans les diverses contrées du globe. Leurs caractères sont partout à peu près les mêmes.
Les Foulques (fig. 231) ont le bec médiocre, avec une plaque frontale très-développée, les doigts grêles et bordés d’une membrane festonnée. Leur plumage est lustré et imperméable à l’eau.
Les foulques, — qu’il ne faut pas confondre avec les macreuses ou Foulques des habitants du midi de la France, — sont essentiellement aquatiques. Elles habitent les lacs, les étangs, les marais et quelquefois les rivages maritimes ou fluviatiles des baies et des golfes. Gomme celle des poules d’eau et des râles, leur existence est semi-nocturne. Cachées pendant le jour au sein des roseaux, elles ne sortent que le soir, pour chercher
Fig. 231. Foulque.
leur nourriture, consistant en vers, insectes, petits poissons et jeunes pousses de végétaux aquatiques. Elles viennent rarement à terre, car elles s’y meuvent très-difficilement. En revanche, elles nagent et plongent avec une aisance pleine de grâce ; leur vol, quoique moins faible que celui des râles , est cependant encore assez médiocre.
Les foulques vivent en société ; elles éta dissent leurs nids au milieu des eaux, dans les joncs, et y déposent de huit à quatorze œufs. Les petits se jettent à l’eau en naissant, mais deviennent
ÉCHASSIERS
souvent la proie des busards qui en dévorent une grande quantité. Il arrive souvent que toute la couvée est ainsi détruite : la femelle en fait alors une seconde, qu’elle abrite dans les lieux les plus solitaires et les moins accessibles aux ennemis de sa race.
On trouve les foulques dans toutes les contrées de l’Europe, dans l’Amérique septentrionale, en Afrique et en'Asie. Leur chair, qui sent le marais, n’est pas fort estimée. On en connaît trois espèces : la Foulque morelle ou macroule , très-commune dans le nord de la France; la Foulque à crête, indigène de Madagascar, mais visitant le midi de l’Europe; la Foulque bleue , qui habite le Portugal.
Les Glaréoles , ou Perdrix de mer , ont le bec court et arqué, les tarses longs et minces, le doigt médium uni à l’externe par une petite membrane, les ailes longues et aiguës, la queue four-
Fig. 232. Glaréoles à collier.
chue. Elles vivent par troupes sur les bords du Danube, du Volga et sur les rives de la mer Noire et de la mer Caspienne. Elles se nourrissent de vers, d’insectes aquatiques et surtout de sautert es qu elles attrapent au vol pour en aspirer les liquides.
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Les Jacams (fig. 233) sont caractérisés par un bec droit et médiocre, des ailes armées d’éperons pointus, des doigts pourvus d’ongles longs et acérés, celui du pouce dépassant en longueur le doigt lui-même. Ces oiseaux habitent l’Asie, l’Afrique et l’Amérique méridionale. On leur donne au Brésil ,1e nom de Chirurgiens , par allusion à l’ongle de leur pouce qui ressemble à une lancette. Ils se tiennent dans les marécages, les lagunes et sur les bords des étangs. Tandis qu’ils marchent, avec la plus grande facilité, sur les larges feuilles des plantes aquatiques, ils ne nagent que très-imparfaitement; certains natu-
Jrig. V33. Jacana à longue queue.
ralistes affirment même qu’ils ne nagent pas du tout. Leur vol est assez rapide, mais peu élevé.
Les jacanas vivent par couples. Ils sont très-sauvages, et on ne peut les approcher que par ruse et à l’aide des plus grandes précautions. D’un naturel remuant et querelleur, ils entament avec les autres oiseaux des luttes, dans lesquelles ils se senent avec avantage de leurs éperons. Ils défendent leur progéniture même contre l’homme, et sacrifient sans hésiter leur vie pour la défendre.
Le mâle et la femelle ont le plus grand attachement 1 un pour l’autre; une fois unis, ils ne se quittent plus. Ils établissent leur nid au milieu des herbes aquatiques, et y déposent quatre ou cinq œufs, qu’ils ne couvent que durant la nuit; car la tem-
ÉCHASSIERS
pérature élevée clu jour, jdans les climats qu’ils habitent, supplée très-bien à leur propre chaleur. Dès leur naissance , les petits abandonnent le nid, et suivent leurs parents.
Le Jacana commun est noir, avec le manteau roux et les pennes des ailes vertes.
Les Kamichis ont le bec plus court que la tête, un peu comprimé et recourbé à la pointe; les ailes très-amples et pour-
ris. ^34. Kamichi cornu.
vues à 1 épaule de deux forts éperons ; les doigts séparés et munis d ongles robustes , longs et pointus. Leur plumage est noirâtre. Ils sont à peu près de la grosseur du dindon. Ce sont des oiseaux de l’Amérique méridionale , qui vivent dans les lieux humides et marécageux, dans les savanes inondées et sur les l)oi ds des rivières peu profondes. Ils ne nagent pas, mais
OISEAUX
entrent dans l’eau, pour s’y repaître d’herbes et de graines aquatiques. Plusieurs naturalistes, se fondant sur l’existence des éperons chez le kamichi, ont prétendu que ces oiseaux attaquent les reptiles et s’en nourrissent ; c’est une erreur aujourd’hui reconnue.
Ces oiseaux vivent isolément, par paires-, ils sont d’un caractère doux et pacifique , et c’est seulement à l’époque de la reproduction , qu’ils songent à faire usage de leurs armes. Les mâles se livrent alors des combats meurtriers , pour la. possession d’une compagne. L’union des époux est indissoluble, elle ne se termine qu’avec la mort de l’un d’eux; et l’on assure que le survivant se consume dans l’affliction , près des lieux où la Parque cruelle trancha l’existence d’un être chéri.
Par ses tarses relativement courts et gros , par sa coupe
Fig. 235. Kamichi Adèle.
générale et par sa démarche, ainsi que son régime et son naturel inoffensif, le kamichi a plus d’un point de rapprochement avec les Gallinacés : il n’est donc pas étonnant que l'homme ait pu le domestiquer et s’en faire un auxiliaire utile.
ÉCHASSIERS. 397
Le genre Kamichi comprend deux espèces : le Kamichi cornu et le Kamichi fidèle.
Le Kamichi cornu (fig. 234) est ainsi nommé, parce qu’il porte sur la tête une tige cornée, droite, mince et mobile, longue de près de trois pouces.
Le Kamichi fidèle (fig. 235) porte au lieu de corne, une huppe de plumes disposées en cercle sur la nuque. C’est cette espèce qui est susceptible d’éducation. Il s’apprivoise facilement, devient très-familier avec l’homme, et se montre pour lui un serviteur actif, intelligent et dévoué. Il est à la fois le camarade et le protecteur des autres oiseaux de la basse-cour; si bien que, dans certaines contrées , les habitants ne craignent pas de lui confier la garde de leurs troupeaux de volailles. Le kamichi les accompagne aux champs le matin, et les ramène au logis à l’entrée de la nuit. Si quelque oiseau de proie s’approche du troupeau de volatiles, avec des intentions suspectes , il déploie ses larges ailes , s’élance sur l’intrus et lui fait durement sentir ce que peut le bon droit servi par quatre solides éperons.
Longirostres. — Les oiseaux qui composent la famille des Longirostres (long bec) sont caractérisés par un bec long, flexible, qui n’est guère propre qu’à fouiller la vase et les terrains mous. Ce sont des oiseaux de rivage, ou plutôt de marais.
Ils comprennent les genres Chevalier , Tourne-pierre , Combattant, Maubêche, Bargo, Bécasse, Bécassine , Courlie, Isis.
Les Chevaliers ont le bec droit , long et mince , flexible à la base , solide vers la pointe ; les tarses grêles et allongés ; les ailes suraiguës; les pieds à demi palmés; le pouce court et ne touchant à terre que par le bout. Ils vivent par petites troupes, sur le bord des eaux douces et sur le rivage de la mer. Certaines espèces fréquentent les bois marécageux ; d’autres , les terrains secs et sablonneux. Ils se nourrissent de vers, d’insectes, de Irai de poisson , quelquefois même de menu fretin et de crustacés. Leurs mœurs sont paisibles, leurs allures libres et dégagées. On les voit sans cesse en mouvement sur les grèves et les rives des fleuves, courant, nageant et plongeant avec une égale facilité. Ils ont la vue fort perçante : le plus petit insecte, dans un rayon de quelques pas, ne saurait échapper à leurs
OISEAUX
regards. Dès que l’un d’eux a découvert une proie, tous se précipitent à l’envi, pour la lui disputer.
Les chevaliers habitent le nord des deux continents et passent en France deux fois l’an, au printemps et à l’automne. C’est dans les pays septentrionaux qu’ils font leur ponte, composée de trois à cinq œufs. Leur chair, très-délicate, les fait rechercher des gourmets ; aussi les chasse-t-on ardemment et par tous les moyens possibles : au fusil, au fdet, aux gluaux et au piège.
On connaît en France sept espèces de chevaliers, dontla taille
Fig. 236. Chevalier Gambette.
varie entre celles de la grive et du moineau. Ce sont : le Chevalier brun, appelé aussi Chevalier arlequin ; — le Chevalier aboyeur; — le Chevalier gambette (fig. 236), vulgairement le Chevalier aux pieds rouges; — le Chevalier stagnalüe; — le Chevalier sylvam, communément Bécasseau des bois; — le Chevalier cul-blanc ; le Chevalier guignette. Cette dernière espèce est la plus petite et la plus estimée.
Le Tourne-picrre habite les plages maritimes des deux conünents, et doit son nom au moyen tout particulier qu’il emploie pour trouver sa nourriture : il soulève les galets et les petites pierres qui émaillent ses domaines, pour dévorer les vers et les insectes qui se cachent sous leur ombre. 11 est pourvu, pour . oet usage, d’un bec de moyenne longueur, conique, pointu et rc-
ÉCHASSIERS
sistant, qui lui sert de levier. Il vit solitairement, et 11e se rapproche même pas de ses semblables pour émigrer : il aime à voyager seul. Ce n’est que dans le Nord, où il va se reproduire, qu’il montre quelques instants de sociabilité. Sa ponte est de trois ou quatre œufs, assez gros, d’un gris cendré, qu’il laisse tomber au fond d’un trou creusé dans le sable du rivage. Les petits sont très-précoces, et courent avec le père et la mère, dès leur sortie du nid, pour se mettre en quête de leur subsistance.
L’espèce unique du genre, le Tourne-pierre à collier (fig. 237), est de passage en France ; sa chair n’est pas sans saveur.
fig. 237. Tourne-pierre à collier.
Le Combattant se recommande à l’attention de l’observateur, par la subite métamorphose qui révolutionne tout son être, vers les premiers jours de mai, à l’aurore de ce mois charmant ou la nature entière s’épanouit en splendeurs de toutes sortes, comme pour rendre hommage au Créateur. A cette époque, lestourments d amour opèrent dans le costume de cet oiseau, jusqu’alors sombre et sans éclat, une transformation des plus brillantes. Son cou s’entoure d’une étincelante collerette, qui s’étend peu à peu sur les épaules et la poitrine. Sur son chef, à droite et à gauche, se dressent deux gracieux panaches qui rehaussent sa physionomie et contribuent à la majesté de l’ensemble. Le jaune, le blanc, le noir, disposés de cent façons, selon les indi-
vidus, éclatent en leur] parure, pour le plus'grand plaisir des yeux (fig. 238).
Ce travestissement physique n’est pas sans avoir un certain retentissement dans l’esprit du combattant. Affolé d’orgueil, enivré de sa propre magnificence, notre héros se sent tout à coup agité des sentiments les plus belliqueux.
Mais quel objet frappe ses regards? Un autre combattant, un rival? Aussitôt il se précipite à la rencontre du nouveau venu, qui, de son côté, le charge à fond de train. Le bec tendu, la crinière hérissée, les deux adversaires se choquent impétueusement. Un duel furieux s’engage alors, sous les yeux du sexe faible, qui juge les coups, approuve ou blâme, et par des cris lancés à propos, sait ranimer l’ardeur défaillante des preux. Les coups de bec succèdent aux coups de bec, le sang coule et l’arène est rougie, jusqu’à ce qu’enfin les deux champions épuisés roulent, côte à côte, dans la poussière. Ces duels qui se renouvellent fréquemment, pendant deux ou trois mois, ne laissent pas que de faire de nombreux vides dans les rangs de l’espèce.
Avec le mois d’août, les riches vêtements disparaissent, et cette fièvre de guerre s’apaise. Le combattant redevient un oiseau tout ordinaire, de mœurs paisibles, uniquement occupé à chercher des vers et des insectes sur les plages de l’Océan. C’est alors qu’il tombe sous le plomb du chasseur, ou dans les filets de l’oiseleur.
Il s’habitue assez bien à la domesticité : en Angleterre et en Hollande, où ils sont très-nombreux, on élève les combattants, et on les engraisse pour la table. Mais on a soin de les tenir dans l’obscurité, durant la saison des amours, afin d’ôter tout prétexte à leur humeur tapageuse, qui s’enflamme au moindre sujet, sous l’influence de la lumière.
Ces oiseaux habitent les contrées septentrionales et tempérées de l’Europe et de l’Asie; en France, ils sont très-communs sur les côtes du nord et nord-ouest. Au printemps, ils s’établissent dans les prairies humides et marécageuses, et y pondent quatre ou cinq œufs pointus, d’un gris verdâtre, constellé de petits points bruns ; à l’automne, ils se répandent sur le littoral. Leur taille égale à peu près celle des plus grands chevaliers.
Les Maubkhes ont le bec aussi long que 1? été, les doigts
Fig. 238. Duel de Chevaliers Combattants.
ÉCHASSIERS
libres, le pouce court, les ailes aiguës, les formes lourdes et trapues. Elles vivent sur les bords de la mer et dans les marais salés, et ce n’est qu’accidentellement qu’elles s’aventurent dans l’intérieur du continent. Elles sont indigènes du cercle polaire arctique, et passent sur nos côtes au printemps et à l’automne. Leur ponte, qui se fait dans le nord, se compose de quatre ou cinq œufs.
Les sanderlings, les pélidnes, les courlis sont des genres très-voisins des Maubêchcs, mais ils en diffèrent par les mœurs et par les caractères physiques. Ils visitent toutes les côtes de l’Europe, allant sans cesse par petites troupes à la recherche d’une douce température. ^L’abondance de la nourriture ne suffit même pas pour les retenir longtemps dans le même lieu ; le mouvement est la loi de leur existence.
Les Bécasses ont le bec très-long, droit, grêle, mou et à pointe renflée; la tête comprimée, les tarses courts et les jambes garnies de plumes. Elles habitent, non les rivages, mais les bois. Elles s’éloignent donc, par certains côtés, de la plupart des Échassiers ; néanmoins, comme elles s’en rapprochent par l’ensemble de leurs caractères, on a dù les maintenir dans cet ordre.
Les bécasses habitent, pendant l’été, les hautes montagnes boisées du centre et du nord de l’Europe. Chassées par les grands froids, elles descendent dans les plaines, et arrivent dans nos contrées, vers le mois de novembre. D’un naturel méfiant et farouche, elles se cachent toute la journée, dans les bois les plus couverts, s’occupant à retourner les feuilles sèches avec leur bec, pour saisir les vers et les larves. D’ailleurs 1 éclat du jour les offusque, et c’est le soir seulement, ou le matin, qu’elles recouvrent toute la plénitude de leurs facultés visuelles. Elles sortent alors de leur obscurité et vont butiner dans les champs cultivés, dans les prairies humides, ou aux alentours des fontaines.
Toutes les bécasses n’émigrent pas ; beaucoup sont sédentaires dans nos contrées, et prennent leurs quartiers d’hiver dans le voisinage des sources que les froids les plus rigoureux n’ont fiS e Pouvoir de congeler. Elles vivent solitairement pendant a P us grande partie de l’année, s’apparient au printemps, et
OISEAUX
construisent leur nid à terre avec des herbes et des racines, près d’un tronc d’arbre ou d’un buisson de houx. La femelle pond quatre ou cinq œufs oblongs, un peu plus gros que ceux
Fig. 239. Bécasse commune.
du pigeon. Les petits courent 'au sortir de l’œuf-, le père et la mère les accompagnent avec sollicitude, et témoignent en toute occasion le plus grand attachement pour eux. Si quelque danger
Fig. 24o. Bécasse (variété blanche et isabelle).
les menace, ils les prennent les uns après les autres sous leur cou et, les maintenant à l'aide du bec, les transportent ainsi a
des distances assez considérables.
Ces oiseaux semblent affectionner les lieux qu’ils ont une ois habités, et ils y reviennent volontiers les année suivantes, e
Kig. 241. Chevaliers Combattants en plumage de
ÉCHASSIERS
fait suivant peut, du moins, le donner à penser. Un garde-chasse, ayant pris une bécasse dans ses filets, lui rendit la liberté, après lui avoir attaché un anneau de cuivre à la jambe. Un an après il reconnut parfaitement, à l’aide de cette marque, la bécasse qu’il avait capturée et qui était revenue dans les mêmes parages.
La bécasse est sans voix pendant dix mois de l’année ; ce n’est qu’avec les premières feuilles qu’elle fait entendre un petit cri: pitt-pitt-corr ! pour appeler sa compagne.
Le plumage de la bécasse est remarquable par l’harmonie de ses nuances ; c’est un heureux assemblage de brun , de roux , de gris, de noir et de blanc. Il n’est pas très-rare de rencontrer des bécasses complètement blanches : ce sont les albinos de l’espèce. D’autres portent un vêtement fond blanc, avec quelques taches grises ou brunes.
La bécasse est un oiseau très-propre, et qui, pour rien au monde , ne voudrait se lever ou s’endormir sans faire sa toilette. Chaque matin et chaque soir on la voit se diriger, d’un vol rapide, vers les fontaines et les ruisseaux, pour se désaltérer et pour se laver le bec et les pattes.
On trouve cet oiseau dans la plupart des départements de la France , mais principalement dans l’Ain et dans l’Isère. On le poursuit, nous n’avons pas besoin de le dire, avec une ardeur que ne décourage aucun obstacle. On ne se figure pas jusqu’à quel degré d’héroïsme peuvent atteindre les fanatiques chasseurs de bécasse. Se condamner à une promenade de dix ou douze heures, dans la boue; abandonner les lambeaux de ses habits à toutes les broussailles du chemin; déployer des prodiges de tactique et de ruse , et pour récompense de tant d’efforts , faire souvent un magnifique buisson creux : telle est l’histoire sommaire de la chasse à cet oiseau des bois.
La principale difficulté, dans la chasse delà bécasse, consiste à la découvrir et à la faire lever. Toujours cachée au sein des buissons les plus touffus , sans mouvement et sans voix , elle n’envoie pas d’émanations au nez du chien, qui erre de tous côtés, et peut se rebuter à ce travail. Il ne réussira qu’à la condition de fouiller tous les halliers, les uns après les autres , et de se déchirer plus ou moins la peau aux épines qui se croisent en un inextricable fouillis. Lorsque le chasseur voit ou suppose son chien en arrêt, il s’approche doucement, et, dé-
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terminant par induction la remise de la bécasse, il se placera dans la situation la plus convenable pour la tirer, dès qu’elle s’envolera (fig. 245). S’il la manque, libre à lui de la poursuivre, car elle peut aller se poser à une faible distance ; mais il aura affaire à forte partie. Les crochets, les détours, les croisements de voie , toutes pratiques familières à cet oiseau , mettront plus d’une fois l’homme et le chien en défaut; et si la bécasse succombe enfin dans la lutte , ce ne sera pas sans avoir fatigué chasseurs et chiens.
En Bretagne, les bécasses étaient si communes, il y a quelques années , qu’on les chassait au filet par le singulier expédient que voici. Deux hommes se réunissaient pendant la nuit : l’un porteur d’une lanterne, l’autre d’un petit filet, fixé au bout d’un long bâton. Us se rendaient dans les parties du bois où les cerfs avaient pâturé, lieux fréquentés par les bécasses, parce qu’elles trouvent des vers et des insectes sous les bousards de ces animaux. Tout à coup les rayons de la [lanterne étaient projetés sur les oiseaux, qui, éblouis par l’éclat de la lumière, se laissaient emprisonner dans les mailles du filet, avant de songer à prendre leur vol (fig. 242).
La bécasse est un gibier délicieux qui exhale un fumet exquis; elle tient le haut du pavé, parmi les volatiles, pour la succulence de la chair.
La Bécassine ressemble beaucoup à la bécasse, mais elle est plus petite et a les tarses plus hauts. Elle en diffère aussi par ses mœurs. Habitant les marais, elle se nourrit de vermisseaux, quelquefois même de plantes aquatiques. Elle vole la nuit, aussi bien que le jour; et c’est le plus souvent dans les moments sombres et pluvieux qu’elle effectue ses passages.
On trouve les bécassines dans toutes les parties du globe et sous toutes les latitudes. Quelques-unes sont sédentaires en France. Elles placent leur nid au milieu des joncs, dans un endroit bourbeux et d’un accès difficile à l’homme et aux bestiaux; elles y pondent ordinairement quatre à cinq œufs. Les petits quittent le nid dès leur naissance, et sont nourris, pendant quelque temps, par le père et la mère; la faible consistance de leur bec ne leur permettant pas de chercher eux-mêmes leur nourriture.
Les Bécassines ne vivent pas solitaires comme les bécasses:
Fig. 242. Chasse nocturne de la Bécasse en Bretagne.
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on les voit presque toujours par troupes, et lorsqu’elles prennent leur vol, elles font entendre des petits cris facilement reconnaissables. Elles nous arrivent, à l’automne, des marais de la Pologne et de la Hongrie, et y retournent au printemps. Les espèces les plus communes sont la bécassine ordinaire (fig. 243 6), la double bécassine et la bécassine sourde (fig. 243 a).
La bécassine ordinaire n’est pas plus grande que la grive, et a le bec un peu plus long que la bécasse. Elle porte sur la tête deux larges bandes longitudinales noires, a le manteau noirâtre et la poitrine blanche. Elle est en butte aux attaques des petits oiseaux de proie, tels que l’émerillon, le hobereau, la crécerelle. Mais de tous ses ennemis, le plus terrible, c’est l’homme ,
Fig. 243. — a. Bécassine sourde. — 6/Bécassine ordinaire.
qui l’estime à l’égal de la bécasse', et qui , pour ce motif, la poursuit avec un acharnement extraordinaire. Il paye quelquefois bien cher, il est vrai, le plaisir de tuer ce gibier; car, non-seulement la chasse de la bécassine est encore plus fatigante que celle de la bécasse, mais elle est vraiment dangereuse. Sans parler des chutes qu’il risque de faire dans les terrains perfides des marais, qui peuvent l’enterrer tout vif dans la fange, le chasseur de bécassine n’a-t-il pas en perspective l’horrible rhumatisme venant s’asseoir à son chevet, dans un âge où la plupart des hommes sont encore vigoureux ? Certes une pareille
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pensée peut donner à réfléchir; mais comme les rhumatismes ne font généralement traite qu’à longue échéance, on ne s’en inquiète guère, lorsqu’on est jeune, sauf à le regretter plus tard. Outre l’attrait du rhumatisme, la chasse de la bécassine possède encore celui de la difficulté. Cet oiseau exécute, dès son départ, deux ou trois crochets qui déroutent le chasseur même le plus habile, et dont peut triompher seulement une longue expérience, servie par une grande sûreté de main et de coup d’œil.
La Double bécassine est d’un tiers environ plus grosse que la précédente. La Sourde est ainsi nommée, parce qu’elle n’entend pas venir le chasseur, et lui part littéralement sous les pieds.
Les Barges sont de beaux oiseaux, à la taille élancée et aux
Fig. 244. Barge.
longues jambes ; elles sont plus grosses que les bécasses et ont le bec plus long.
Les barges habitent le nord de l’Europe, et sont de passage régulier en France. Elles font leur nid dans les prairies voisines de la mer, au milieu des heibes et des joncs, et pondent quatre œufs très-gros, eu égard au volume de l’oiseau. Leur chair est très-estimée et sans contredit la meilleure dans le groupe des oiseaux maritimes. Elle est toutefois loin de valoir celle de la bécasse ou de la bécassine.
Dans ce genre, le mâle est toujours plus petit que la femelle.
Fig. 24 5. Chasse de la Bécasse dans les taillis. (Voir p. 407-408.
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On en connaît deux espèces : la Barge à queue noire et la Barge à queue barrée (fig. 244).
Les Courlis (fig. 246) sont remarquables par la longueur démesurée de leur bec, grêle , arqué et rond dans toute sa longueur. Ils ont les ailes médiocres et la queue courte. Leur plumage est un mélange de gris, de roux, de brun, de fauve et de blanc. Ils tirent leur nom du cri triste et lent qu’ils poussent en prenant leur vol.
Ces oiseaux habitent les bords de la mer, dans le voisinage des marais et des prairies humides, se nourrissant de vers,
Fig. 246. Courlis cendré.
d’insectes aquatiques et de petits mollusques. Ils plongent leur bec dans le sol, auquel ils communiquent ainsi un certain ébranlement; les vers, dérangés dans leur demeure souterraine, montent alors à la surface pour être aussitôt avalés.
La démarche des Courlis, en temps ordinaire, est grave et mesurée ; mais dès qu’on les inquiète, ils se mettent à courir avec une étonnante rapidité, et prennent leur essor. Ils sont capables dun vol soutenu, mais s’aventurent peu dans l’intérieur des terres ; c’est toujours sur les côtes qu’on les rencontre. Ils vivent par troupes nombreuses, excepté à l’époque de la reproduction. Ils s’isolent alors, pour nicher dans des endroits secs, au milieu des herbes. La ponte de la femelle est de quatre ou
cinq œufs. Les petits vont chercher leur nourriture en sortant de la coquille, et ne reçoivent aucun soin de leurs parents.
Le courli est d’un naturel déliant et sauvage. Au Sénégal on est cependant parvenu à le réduire en domesticité, sans grands avantages, il est vrai, car sa chair conserve un goût de marécage assez prononcé.
Les courlis sont répandus sur toute la surface du globe. Très-communs en France , ils arrivent au mois d’avril pour repartir vers la fin d’août, et passent même quelquefois l’hiver sur nos côtes. On peut très-facilement les tirer : il suffit d’imiter leur cri, pour les approcher jusqu’à une portée de fusil.
Les Ibis ont le bec long, courbé vers la terre, presque carré à la base, arrondi vers la pointe ; la tête et le cou en grande partie nus ; quatre doigts, dont les trois antérieurs, réunis à leur base par une membrane, le pouce s’appuyant sur le sol, dans presque toute sa longueur.
Ces oiseaux habitent les régions chaudes de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique; une seule espèce, Y Ibis vert , se trouve en Europe. On les rencontre, par bandes de sept ou huit individus, dans les terrains humides et marécageux et sur le bord des grands fleuves, où ils saisissent les vers, les insectes aquatiques et les 1 petits mollusques qui forment la base de leur nourriture. Ils mangent aussi des herbes tendres, qu’ils arrachent du sol. D’un caractère doux et paisible, ils ne se déplacent pas avec cette pétulance qui caractérise certains Échassiers : on les voit souvent pendant des heures entières à la même place, occupés à fouiller la vase qui renferme leur pâture. Gomme presque tous les oiseaux de cette famille, ils émigrent chaque année, et entreprennent de longs voyages d’un continent à l’autre. Ils sont monogames, se jurent une fidélité éternelle, et la mort seule peut trancher des liens fortifiés par l’amour et l’habitude. Ils nichent ordinairement sur des arbres élevés, quelquefois à terre, et pondent deux à trois œufs blanchâtres, dont l'incubation dure vingt-cinq à trente jours.
Il existe dix-huit à vingt variétés d’ihis, dont trois seulement j méritent de fixer l’attention : ce sont l’Ibis sacré , l'Ibis vert ounoir, et Y Ibis rouge.
L’Ibis sacré ( Ibis religiosa ) est de la taille d’une poule. plumage est blanc, avec du noir à l’extrémité des ailes et sur la
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croupe. Il jouit d’une célébrité fort ancienne, à cause de la vénération dont il fut autrefois l’objet de la part des Égyptiens. Ceux-ci l’élevaient dans des le laissaient se multiplier dans les villes à tel point qu’il était, au dire d’Hérodote et de Strabon, un embarras pour la circulation.
Quiconque tuait un ibis , même par mégarde, devenait immédiatement la proie d’une foule en délire, qui le lapidait sans pitié. Après leur mort, ces oiseaux étaient recueillis et embaumés avec le plus grand soin, puis placés dans des pots de terre hermétiquement clos, que 1 on rangeait dans des catacombes spéciales. On a retrouvé un giand nombre de ces momies d’ibis dans les nécropoles de Thèbes et de Memphis, et l’on peut en voir quelques échantillons au muséum d’tlistoire naturelle de Paris.
Le culte des Égyptiens pour l’ibis est un fait certain, incontestable; ce qui l’est moins, c’est l’origine de pareils honneurs. Hérodote en a donné le premier une explication, assez obscure, il est vrai, qui, adoptée et commentée arbitrairement par ses successeurs, fut longtemps acceptée par les savants.
temples, comme une divinité, et
Fig. 247. Ibis sacré.
* AnbeS T ireüt' dit Hér°d0te ’ <Iue c’est en reconnaissance des
services qu il rend au pays en détruisant les serpents ailés , que lesÉgyp-
“ Tl 8 vénérfti011 P<™r l’ibis, et ils conviennent eux-mêmes que c est la la raison pour laquelle ils l’honorent. »
, Suivant la tradition, ces serpents ailés venaient d’Arabie en Egypte, chaque année, au commencement du printemps, ils suivaient toujours le même itinéraire, et s’engageaient invariablement dans un défilé où les ibis allaient les attendre et en faisaient un carnage effroyable. Hérodote ajoute que, s’étant rendu i rabie pour avoir des renseignements exacts sur les serpents ailes, il aperçut, gisant sur le sol, près de la ville de
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Buto, « une quantité prodigieuse d’os et d’épines du dos de ces serpents. *
Après lui, et probable ment sur sa seule autorité, un certain nombre d’écrivains ont reproduit cette labié, enrichie de variations plus ou moins fantaisistes : Cicéron, Pomponius Mêla, Solin, Ammien, Élien, en ont parlé. Suivant ce dernier auteur, l’ibis inspirait aux serpents une telle épouvante, que la vue seule de ses plumes suffisait pour les faire fuir, et que leur contact les frappait de mort, ou tout au moins de stupeur.
Il n’en fallut pas davantage pour que tous les naturalistes admissent que les Égyptiens vénéraient l’ibis à cause des services qu’il leur rendait, en détruisant une grande quantité de serpents venimeux. Comme on le voit, c’était la version d’Hérodote, dans laquelle les serpents ailés étaient remplacés par des serpents venimeux. La traduction est un peu libre, avouons-le. C’est aussi l’avis de M. Bourlet, qui a écrit un mémoire tendant à prouver qu’Hérodote a voulu désigner, par la dénomination de serpents ailés, les sauterelles qui traversent fréquemment, en bandes innombrables, l’Égypte et les contrées environnantes, en dévastant tout sur leur passage. Cette explication nous paraît meilleure que la précédente. On sait, en effet, avec certitude, que l’ibis n’attaque pas les serpents , car son bec est trop faible pour un tel usage.
Après l’opinion de M. Bourlet, voici celle du naturaliste Savigny, dont les études sur ce sujet ont été consignées dans un ouvrage intitulé : Histoire mythologique de l'Ibis :
« Au milieu de l’aridité et de la contagion , dit-il , fléaux qui de tous temps furent redoutables aux Égyptiens , ceux-ci s’étant aperçus qu’une terre rendue féconde et salubre par les eaux douces était incontinent habitée par l’ibis, de sorte que la présence de l’un indiquait toujours celle de l’autre (autant que si ces deux choses fussent inséparables), leur crurent une existence simultanée et supposèrent entre elles des rapports surnaturels et secrets. Cette idée, se liant intimement au phénomène général duquel dépendait leur conservation, je veux dire aux épanchements périodiques du fleuve, fut le premier motif de leur vénération pour l’ibis, et devint le fondement de tous les hommages qui constituèrent ensuite le culte de cet oiseau. »
Ainsi, suivant Savigny, l’ibis n’aurait été vénéré des Égyptiens que parce qu’il leur annonçait chaque année le débordement du Nil. Cette explication est généralement admise aujourd hui.
Cet oiseau, dont l’attachement pour l’Égypte était autrefois si
«ras .. -te
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grand, qu’au dire d’Élien il se laissait mourir de faim lorsqu’on l’en déplaçait, ne se voit plus guère aujourd’hui dans cette contrée. Cet abandon provient probablement de ce que les Égyptiens modernes, foulant aux pieds les croyances de leurs pères, chassent et mangent l’ibis comme tout autre gibier, sans se préoccuper autrement de son rang de divinité déchue. Privé de cette antique protection qui lui avait rendu l’Égypte si chère, l’ibis a déserté la terre ingrate des Pharaons. Il y fait encore de courtes apparitions, à l’époque de la"crue du Nil, tant est grande la force de l’habitude; mais il s’enfuit bientôt au fond de l’Abyssinie, avec ses souvenirs et ses regrets. On le trouve aussi au Sénégal et au cap de Bonne-Espérance.
L’Ibis vert , désigné par Hérodote sous le nom d’ibis noir, a le plumage d’un noir nuancé de vert en dessus. Il habite le nord de l’Afrique et le midi de l’Europe. De même que le précédent, il était honoré des Égyptiens.
L’Ibis rouge est indigène dans l’Amérique méridionale, et principalement a la Guyane, où il se tient par troupes à l’embouchure des fleuves. Son plumage est tout entier d’un beau rouge vermillon taché de noir à l’extrémité des ailes ; mais il n’apporte pas cette brillante livrée en naissant : il ne l’endosse que vers l’âge de deux ans. Les jeunes s’apprivoisent très-aisément, et leur chair est d’un assez bon goût.
Famille des Cultrirostres. — Les Cullrirostres (bec en couteau) ont le bec long, fort et tranchant. Généralement doués de 1 ob ustes tarses, ils fréquentent les bords des marais et des fleuves. Beaucoup d’entre eux jouissent de la propriété de se tenir sur une seule jambe, durant des heures entières. Cette singulière attitude est rendue possible, grâce à un mécanisme curieux, qui a été dévoilé par Duméril. Le tibia, dans son articulation avec le fémur, présente une tubérosité saillante, qui roidit avec force les ligaments du genou, et forme une sorte d’engrènement, analogue à celui du ressort d’un couteau.
Les genres principaux de cette famille sont : les Spatule Cigogne, Jabiru , Ombrelle, Bec-Ouvert, Brome, Tantale, Marabout, avacou, Héron, Grue, Agami, Courlan, Caurale.
La Spatule est remarquable par la forme étrange de son bec.
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qui est plat, large et arrondi à son extrémité, comme l’instrument de pharmacie qui porte ce nom. Elle s’en sert pour saisir, dans la vase et dans l’eau, les vers, et surtout les petits poissons, dont elle est très-friande; elle se nourrit aussi d’insectes aquatiques qu’elle prend en plaçant son bec à demi ouvert à la surface de l’eau, et happant tous ceux qui passent à sa portée. Elle habite, en petites troupes, les lieux voisins des rivages maritimes, et devient facilement domestique.
On en connaît deux espèces : la Spatule blanche , répandue
Fig. 248. Spatule.
dans toute l’Europe, mais qui ne se rencontre guère en France que dans le Midi et qui porte une aigrette sur la nuque; et la Spatule rose, propre à l’Amérique méridionale et dont le plumage présente des teintes roses du plus bel effet.
Les Cigognes ont le bec long, droit, large à la base, pointu et tranchant; le pouce inséré haut, portant sur le sol; les ailes larges et concaves; la queue courte. Elles habitent toutes les parties du monde ; certaines espèces émigrent tres-regulierement. Elles sont, d’ailleurs, organisées pour parcourir de grandes distances, car, sous un gros volume, elles piésenten un poids relativement minime, la plupart de leurs os etan
creux.
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Les cigognes vivent dans les lieux humides et inondés, sur les bords des étangs et des rivières. Leur alimentation est fort complexe : elles se nourrissent principalement de reptiles, de batraciens et de poissons ; mais elles mangent aussi des oiseaux, de petits mammifères, des mollusques, des vers et des insectes, entre autres des abeilles; elles ne dédaignent même pas les charognes et les immondices. Elles marchent gravement, et on les voit rarement courir; en revanche, elles volent avec aisance, le cou et les jambes tendus, disposition qui, avec leurs grandes ailes déployées, leur donne l’apparence de croix ambulantes. Privées de voix, elles ne font entendre d’autre bruit qu’un craquement résultant du choc de leurs mandibules l’une contre l’autre. Ce bruit, cri de colère ou d’amour, est quelquefois trèsfort; et dans des circonstances favorables, on peut le distinguer à une lieue de distance. Elles pondent de deux à quatre œufs, leur fécondité croissant en raison inverse de leur taille. La durée de leur existence varie entre quinze à vingt ans.
On connaît plusieurs espèces de Cigognes.
La Cigogne blanche mesure de lm à lm, 20 de hauteur; son plumage est blanc, avec les ailes frangées de noir. C’est l’espèce la plus répandue en Europe : on la rencontre principalement en Hollande et en Allemagne. En France, c’est l’Alsace qui les accapare presque toutes; on la voit si rarement en Angleterre, qu’elle est presque passée, dans ce pays, à l’état légendaire. Elle est très-commune dans les parties chaudes et tempérées de 1 Asie. Chaque année, au mois d’août, elle nous quitte pour aller visiter l’Afrique, et revenir au printemps suivant. La cause de ces émigrations réside, non dans une raison de température, car la cigogne résiste aux froids les plus rigoureux, mais dans une raison de subsistance : se nourrissant surtout de reptiles qui restent plongés dans un complet engourdissement durant nos hivers, elle est bien forcée d’aller se pourvoir ailleurs.
La cigogne est d un naturel très-doux et se familiarise aisément. Comme elle détruit une foule d’animaux nuisibles, elle est devenue un auxiliaire utile de 1 homme, qui a su reconnaître ses services et lui a accordé de tout temps aide et proection. En Égypte, elle était anciennement vénérée au même titre quel ibis; il existait, en Thessalie, une loi qui condamnait a mort tout meurtrier d’un de ces oiseaux. Aujourd’hui encore
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les Hollandais et les Allemands considèrent comme un heureux présage que la cigogne choisisse leur maison pour y établir son gîte. Ils lui en facilitent même les moyens, en plaçant sur leur toit une caisse ou une grande roue posée horizontalement : c’est là la charpente du nid, que l’oiseau garnit ensuite de roseaux, d’herbes et de plumes, selon sa fantaisie.
Lorsque la cigogne a adopté un logis et qu’elle y est bien traitée, elle finit par perdre l’habitude des migrations. Elle ne peut pourtant se défendre d’une certaine agitation aux époques de départ; il arrive même quelquefois que, cédant aux appels de ses compagnes sauvages et au besoin de se reproduire (car elle reste stérile en captivité), elle se laisse entraîner et se joint aux bandes voyageuses. Mais cette séparation n’est que momentanée; l’année suivante, notre échappée revient au logis, et reprend possession de son domicile, avec force clappements qui témoignent de sa joie. Elle revoit avec plaisir les habitants de la maison, et se remet promptement sur le pied d’intimité avec tousses commensaux. Elle folâtre avec les entants, caresse
les parents, lutine les chiens et les chats ; en un mot, montre une gaieté et une sensibilité qu’on ne soupçonnerait guère sous son air morne et taciturne. Elle assiste aux repas de famille et en prend sa part. Si son maître travaille la terre, elle le suit pas à pas, et dévore les vers que met au jour le fer de la bêche ou de la charrue.
La cigogne peut être proposée comme modèle à toutes les mères , son amour pour ses petits atteint parfois jusqu à 1 héroïsme. En voici deux exemples touchants.
En 1536, un incendie se déclara dans la ville de Delft, en Hollande. Une cigogne dont le nid se trouvait placé sur 1 un des édifices en proie aux flammes , fit d’abord tous ses ellorts pour sauver sa progéniture. Mais, reconnaissant son impuissance , elle se laissa consumer avec ses enfants , plutôt que de les abandonner.
En 1820 , dans un autre incendie , celui de Kelbra, en Russie , des cigognes, menacées par le feu, réussirent à préserver leur nid et leurs petits, en les arrosant sans relâche d’eau qu’elles apportaient dans leur bec. Ce dernier fait prouve jusqu’à quel point peut être excitée l’intelligence de ces animaux , sous l’influence de l’amour maternel.
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Non-seulement la cigogne est bonne mère, mais elle est encore incomparable épouse. L’attachement que ces oiseaux accouplés éprouvent l’un pour l’autre, leur a valu dès longtemps une grande réputation de fidélité conjugale. C’est ainsi que dans le Vorarlberg (Tyrol) on vit un mâle , violentant ses habitudes et ses penchants, passer plusieurs hivers près de sa compagne, qui, par suite d’une blessure à l’aile, était dans l’impossibilité de voler.
Il faut ajouter pourtant que certaines dames cigognes se consolent bien vite, le cas échéant, de la perte d’un mari, qui devait leur laisser des regrets éternels.
Quelques larmes pour la forme, et c’est tout. Sprüngli a vu une veuve cigogne contracter de nouveaux F‘s' 249' c's°sne‘
liens au bout de deux jours de deuil. Une autre fit preuve d’une perversité bien coupable. Elle commença par tromper la confiance de celui qui l’avait unie à sa destinée; ensuite sa présence lui devint insupportable , et elle le tua avec l’aide de son complice.
Du reste, les erreurs de la femelle servent souvent à mettre en 1 elief la haute moralité du mâle , témoin l’histoire suivante rapportée par Néander.
Dans le bourg de Tangen, en Bavière, habitait une troupe de cigognes. L harmonie régnait dans tous les ménages, et leur vie s’écoulait heureuse et libre. Malheureusement, une femelle, jusque-là la plus honnête des cigognes , se laissa séduire par les pr opos galants d un jeune mâle, en l’absence de son époux, occupé à chercher la nourriture de la famille. Cette liaison coupable dura jusqu’au jour où le mâle, revenu à l’improviste, put se convaincre de son malheur. Il ne voulut cependant pas se aiie justice lui-même : il lui répugnait de tremper son bec
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dans le sang de celle qu’il avait tant aimée. Il la traduisit devant un tribunal , composé de tous les oiseaux qui étaient en ce moment réunis pour le départ d’automne. Après avoir exposé les faits, il requit contre l’accusée toute la sévérité du tribunal. Condamnée à mort d’un accord unanime , l’épouse infidèle fut immédiatement mise en pièces. Quant au mâle, quoique trahi et vengé, il courut ensevelir sa- douleur au fond d’un désert, et depuis lors on n’en entendit plus parler.
Les cigognes du Levant font preuve d’une susceptibilité plus grande encore. Les habitants de Smyrne , qui savent jusqu’à quel point les mâles ont le sentiment de l’honneur conjugal, en ont fait la base d’un divertissement assez cruel. Ils s’amusent à mettre des œufs de poule dans les nids de cigogne. A la vue de ce produit insolite , le mâle sent un horrible soupçon lui mordre le cœur. L’imagination aidant, il se persuade bientôt qu’il est trahi par sa compagne ; et malgré les protestations de la pauvrette , il la livre aux autres cigognes attirées par ses cris. La victime innocente et malheureuse est écharpée , pour la plus grande distraction des bons habitants de Smyrne.
Outre les nombreuses vertus que nous venons d’énumérer, amour paternel, fidélité conjugale, chasteté, gratitude, les anciens avaient attribué aux cigognes le monopole de la piété filiale. Ils croyaient que ces oiseaux soutenaient leurs parents sur leurs vieux jours, et s’appliquaient, parles soins les plus tendres, à adoucir leurs dernières années. De là le nom de loi Pélargonia (du grec TrEAapyo'c; , cigogne) donné par les Grecs à la loi qui obligeait les enfants à nourrir leurs parents, lorsque l’âge les avait rendus incapables de travailler. Ce dernier trait n’a pas peu contribué à la célébrité universelle de la cigogne.
La chair de la Cigogne blanche est un pauvre aliment : on ne voit donc pas pourquoi les chasseurs de notre pays s’obstinent à la tirer, chaque fois qu’ils en trouvent l’occasion. Cette manie stupide qui distingue les Nemrods français, de massacrer indistinctement tout ce qui se présente à portée de leur fusil, ne profite ordinairement à personne; elle est même souvent nuisible. C’est ce qui est arrivé pour la cigogne, qui, ne trouvant que mauvais procédés en échange de ses bons et loyaux services, se retire peu à pea de notre patrie, et l’aura bientôt abandonnée complètement.
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La Cigogne noire est un peu plus petite que la précédente ; elle habite l’Europe orientale et se voit rarement en France. Elle se nourrit presque exclusivement de poissons, qu’elle saisit avec beaucoup d’adresse. Très - farouche , elle fuit la société de l’homme, et niche solitairement sur les arbres verts.
La Cigogne à sac , ou Marabout , nommée aussi Argala , Adjudant,
Fig. 250. Marabout.
Philosophe, est reconnaissable à son bec très-fort et très-volumineux, et à la nudité de son cou, qui est pourvu, à sa partie inlérieure, d’une poche qui ressemble] assez à un saucisson.
Les marabouts habitent les Indes et le Sénégal; ils se nourrissent de reptiles et d’immondices, et ont su captiver, par ce seul fait, la bienveillance des habitants. Dans les grandes villes de 1 Inde, ils sont aussi apprivoisés que nos chiens, et débar-
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passent les rues des débris de toutes sortes qui les encombrent. Ils ne manquent jamais, aux heures de repas, de se ranger en ligne, devant les casernes, pour y dévorer les restes que leur jettent les soldats; et ils sont d’une telle gloutonnerie qu’ils avalent d’un seul coup des os énormes. A Calcutta et à Chander-
Fig. 251. Jabiru.
nagor, ils sont protégés par la loi, qui inflige une amende de dix guinées à quiconque tue un marabout.
Les plumes blanches si longues, si fines et si légères tout à la fois, qui sont employées pour la parure des chapeaux de dames, et sont connues dans le commerce sous le nom de Marabout , proviennent de cet oiseau, qui les porte sous les ailes. Aussi, malgré leur laideur peu ordinaire, élève-t-on des marabouts en domesticité, pour leur arracher, de temps à autre, ces jolies plumes dont les Européennes raffolent.
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On peut rapprocher des cigognes plusieurs genres qui ne s’en distinguent que par la forme un peu différente du bec. Nous nous bornerons à les nommer, en indiquant leur lieu d’habitation. Ce sont : le Jabiru (fig. 251), qui réside dans l’Amérique méridionale; Y Ombrelle, qui se trouve au Sénégal; le Bec-ouvert, qui habite l’Inde et l’Afrique (Sénégal et Cafrerie) ; le Brome , qu’on rencontre sur les rivages de la mer Noire et du Sénégal; enfin le Tantale , qui vit dans les régions chaudes des deux continents.
Quiconque a vu une fois le Savcicou , ne peut ni l’oublier ni le
Fig. 252. Savacou.
confondre avec d’autres oiseaux. Qu’a-t-il donc de si caractéristique? Pas autre chose que son bec, qui est bien l’instrument le plus bizarre qu’on puisse imaginer. Qu’on se figure deux larges et longues cuillers, à bords tranchants, appliquées 1 une contre l’autre par leur côté concave, dont l’une, la supérieur, est munie de deux dents aiguës à son extrémité, et
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l’on aura une idée de cet étrange magasin, dans lequel son propriétaire peut entasser des provisions pour toute une journée. Si l’on ajoute à cela que le savacou est possesseur d’une belle huppe noire, qui pend derrière sa tête, qu’il a la taille d’une poule, les ailes larges, la queue courte et qu’il repose solidement sur le sol par ses quatre doigts, on aura un portrait assez exact du sujet. Cet oiseau, qui habite les savanes de l’Amérique équatoriale, se fixe au bord des rivières, où il se nourrit de poissons, de mollusques et quelquefois de crabes. Il niche dans les buissons.
Chez les Hérons , qui forment tout un genre dans la famille des Cullrirostres , le bec est long, pointu, largement fendu et trèsrobuste; les jambes sont en partie dépourvues de plumes; les doigts sont longs et munis d’ongles aigus, sans en excepter le. pouce, qui repose sur le sol dans toute son étendue; le cou est long et grêle ; enfin le derrière de la tête est garni de longues plumes qui retombent en panache sur le dos, tandis que celles du devant, étroites et pendantes, simulent une espèce de barbe au bas du cou.
Ces oiseaux, dont l’existence est demi- nocturne, habitent les bords des lacs, des marais, des rivières, et s’y nourrissent de reptiles, de grenouilles et de poissons. Généralement d’humeur farouche, ils vivent solitairement au fond de leur domaine. Pour guetter leur proie, ils entrent dans l’eau jusqu’à mi-jambes, et là, le cou ramené sur là poitrine, la tête enfoncée entre les épaules , ils restent quelquefois des heures entières , dans une immobilité de statue. Quelque poisson passe-t-il à leur portée, ils détendent leur cou, comme par un ressort; et de leur bec projeté avec force, ils transpercent l’imprudent. Lorsque la pêche est peu productive, ils foulent la vase avec leurs pieds, pour en faire surgir les grenouilles et autres animaux qu'elle renferme. Au besoin, ils se jettent sur les rats, les mulots et les campagnols, et si la faim les presse, ils ne montrent pas une répugnance invincible pour la chair morte. Du reste, ils peuvent supporter l’abstinence pendant un temps assez long.
La plupart des hérons sont doués d’un vol puissant. Ils émigrent généralement par troupes nombreuses, les jeunes et les vieux voyageant séparément. Néanmoins, comme ils s’accommodent de toutes les températures, certaines espèces sont séden-
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taires, et on les rencontre, toute l’année, dans les contrées les plus disparates.
Les principales espèces de hérons sont le Héron cendré ou
Fig. Ü53. Héron cendré et Héron garzette.
commun (fîg. 253), le Héron pourpré , le Héron blanc, le Héron butor , le Bihoreau , le Grabicr et le Blongios.
Tout le monde connaît le héron cendré , au moins de réputation, ne fût-ce que par ce vers de La Fontaine :
Le héron au long bec emmanché d’un long cou.
Sa taille est d’un mètre, et il est répandu sur toute la surface du globe. C’est le plus commun des hérons de France, et le seul qui se rapproche de ses semblables dans la saison des amours, pour nicher, couver et élever ses petits en société. Le lieu affecté à la réunion est ordinairement un massif d’arbres élevés, situé dans le voisinage de grands lacs ou d’un cours d’eau. C’est au sommet de ces arbres et aux points de jonction des branches
OISEAUX
que les hérons établissent leurs nids, faits tout uniment de branchages entrelacés, et sans aucune de ces superfluités, telles que mousse, brins d’herbe, etc., dont les petits oiseaux aiment à tapisser leurs demeures. La femelle y dépose trois ou quatre œufs, et le mâle partage avec elle le soin de l’incubation. Après l’éclosion, c’est lui qui se charge de la nourriture de la jeune famille. Tantôt il dégorge, dans le bec de ses petits, les grenouilles et le menu fretin qu’il vient d’avaler; tantôt il leur partage un gros poisson qu’il a rapporté dans son bec, de l’étang voisin ou de lointains rivages. Il accomplit quelquefois, en effet, de véritables voyages, pour assurer le bien-être de sa progéniture, et ses excursions embrassent une étendue de pays souvent trèsconsidérable.
Lorsque les héronneaux sont en état de voler, ils quittent le nid et pourvoient eux-mêmes à leurs besoins.
Mais l’époque de l’émigration est arrivée. Yers le commencement d’août, et toujours à la même date, la colonie, qui compte alors cinq ou six cents individus, se met en ordre et quitte la hêronnière. L’année suivante, elle y revient, et l’arrivée, comme le départ, se fait à jour fixe. Il est à remarquer que le nombre des couples est à peu près le même que celui des nids, de façon que chacun puisse trouver sa place. La dernière génération est donc allée fonder une colonie nouvelle, en quelque autre lieu.
Les héronnières deviennent de plus en plus rares. M. Toussenel dit n’en avoir rencontré qu’une seule en France, celle d’Écury (Marne), entre Épernay et Châlons.
Le Héron cendré a pour ennemis les aigles, les faucons et les corbeaux. Ceux-ci se réunissent pour lui dérober ses œufs; quant aux premiers, c’est au héron lui-même qu’ils en veulent, sa chair étant fort de leur goût. Lorsqu’il se voit poursuivi par l’un de ces rapaces, il commence par se délester detoutce qui l’alourdit, puis il essaye de prendre le dessus en volant : c’est à peu près son seul moyen de salut. Il y parvient quelquefois, car il peut s’élever à des hauteurs prodigieuses. S’il est serré de trop près, il se sert admirablement de son bec, pour se défendre. Sa tactique la plus ordinaire consiste à attendre son ennemi, la lance en arrêt, et à le laisser s’enferrer par sa propre impétuosité. S’il peut cependant lui décocher quelque bon coup dans l'œil, il ne néglige pas une si belle occasion d’utiliser ses petits talents;
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c’est sa botte secrète, son coup de Jarnac, et plus d’un chien, quêtant dans les roseaux, a senti le poids de cette arme
offensive.
Disons toutefois que le héron n’est pas toujours aussi heureux, et que le plus souvent il devient la proie de l’aigle et du faucon, ses ardents adversaires.
C’est à la magnificence de son vol et à ses belles dispositions dans la défense, que le héron a dû, autrefois, d’être honoré de l’attention toute spéciale des rois et des princes : ceux-ci le faisaient chasser par des faucons dressés à cet exercice. Le pauvre héron n’était sans doute que médiocrement touché d’une si haute estime, et sans doute il bénit l’obscurité dans laquelle il végète aujourd’hui.
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde, dit La Fontaine.
Quoi qu’il en soit, la chair du héron, autrefois réputée vijande royalle , ne se servait que sur la table des puissants de la terre, bien qu’elle fût d’ailleurs aussi désagréable que possible. Pour se procurer plus facilement cette viande exquise, on imagina même, par une disposition artificielle de certaines parties des forêts, d’attirer les malheureux oiseaux dans ces retraites qui réalisaient l’idéal de la héronnière naturelle. Ces oiseaux y jouissaient de toutes les commodités de la vie, jusqu’à ce qu’ils en fussent brutalement arrachés par la fantaisie du prince. On avait, hâtons-nous de le dire, la précaution de leur enlever leurs petits , dans l’intérêt de la cassette royale ; car Pierre Belon nous apprend que « l’on a coustume de faire grand Iraffic de ses petits qui montent iusques à de grandes sommes d'argent. » François 1er fit établir à Fontainebleau des héronnières, qui, au dire des connaisseurs, ne laissaient rien à désirer.
Le héron est susceptible d’éducation, lorsqu’il a été pris trèsjeune. Mais ce n’est guère alors qu’un oiseau de luxe; car les services qu’il rend dans une habitation se réduisent à peu de chose. A l’âge adulte, il est tout à fait intraitable, refuse toute nourriture, et meurt au bout de quelques jours.
Le Héron pourpré a les mêmes mœurs que le précédent, mais il est un peu plus petit. Il doit son nom aux nombreuses taches rousses qui maculent sa livrée. On' le rencontre rarement en
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France ; mais il est assez commun aux embouchures du Danube et du Volga et sur le bord des lacs de la Tartarie.
Le Héron blanc est remarquable par son plumage, tout entier d un blanc pur. On en connaît deux variétés : la plus grande, vulgairement nommée Grande Aigrette , est à peu près de la taille du héron cendré ; elle est commune dans l’est de l’Europe, et dans le nord de l’Afrique et de l’Amérique ; la plus petite, désignée sous les noms de Héron Garzetle (fig. 253), Petite Aigrette, n’est pas plus grosse qu’une corneille ; habitant les confins de 1 Asie, l’Europe orientale, elle est de passage régulier dans le midi de la France.
Les deux espèces sont pourvues, pendant la saison des amours, de plumes fines et soyeuses qui naissent sur les épaules, s’étendent sur le dos et retombent de chaque côté de la queue en panaches élégants. Ce sont ces plumes dont aiment à se parer les femmes, en Europe, qui ont valu à ces oiseaux lenomd’Aigrettes.
L’Afrique septentrionale possède un joli héron blanc, de la taille d’un pigeon, dont les fonctions sont on ne peut plus intéressantes : c’est le Garde-bœuf. Il accompagne les bœufs dans les champs, et se donne pour mission de les débarrasser des insectes parasites qui les tourmentent. En France, on ne le trouve guère qu’à l’embouchure du Rhône.
Le Héron Butor a le cou, ainsi que les tarses, plus courts que le héron commun, et son plumage est de couleur sombre. Habitant les pays entrecoupés de marais, il se tient caché tout le jour parmi les roseaux, dans l’immobilité et le silence. C’est là aussi qu’il établit son nid, presque à terre et tout près de l’eau. Ce n’est que le soir qu’il quitte son poste, pour s’élever dans les airs à perte de vue. Son cri d’amour est effrayant ; il ressemble au mugissement du taureau ; on l’entend à plus d’une demilieue. C’est pour cela que les anciens l’appelaient Bos Taurus , d’où, par corruption, nous avons fait butor.
Le butor est très-courageux : il se défend énergiquement contre les oiseaux de proie, contre les chiens et même contre l’homme. 11 est très-répandu par toute l’Europe.
Les Grues , qui forment un genre dans la famille des Cultrirostrcs , sont caractérisées par un bec aussi long ou plus long que la tête, suivant les espèces, mais toujours médiocrement
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fendu; par un pouce court ne touchant pas la terre ; par des ailes longues et aiguës. Ces oiseaux sont essentiellement migrateurs, et l’on n’aura pas lieu de s’en étonner, lorsqu’on saura qu’ils joignent à un vol excessivement puissant la précieuse faculté de supporter l’abstinence la plus complète pendant plusieurs jours, faculté qui, pour le dire en passant, est commune à la plupart des grands Échassiers.
lien existe trois espèces : la Grue cendrée , la Grue couronnée , et la Demoiselle de Numidie.
La Grue cendrée (fig. 254) est un bel oiseau, dont la taille atteint lm, 53. A l’exception du cou, qui est noir, toutes les parties du corps sont d’un gris cendré uniforme. Son port est noble et gracieux, et les plumes de la croupe, qui se relèvent en touffes ondoyantes , ajoutent encore à sa bonne mine.
Ces grues sont de passage périodique en France ; elles arrivent en Europe au mois d’avril ou de mai, et vont passer la
Fig. 254. Grue cendrée.
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l’effectif s’élève parfois jusqu’à deux ou trois cents individus, et se rangent ordinairement sur deux lignes, de manière a figurer un triangle isocèle , une sorte de coin, dont la pointe occupe l’avant, disposition la plus commode pour fendre l’air sans trop de fatigue. On s’est plu à répéter, depuis un temps immémorial, que ces oiseaux confient le soin de les diriger à un chef, qui, après leur avoir frayé la route pendant un certain temps, transmet son mandat à l’un de ses compagnons, lorsque ses forces sont épuisées, et passe à l’arrière de la bande, ou, nouveau Cincinnatus, il redevient simple citoyen. La vérité est que le chef de file change dix fois en une minute, et que le sommet de l’angle est successivement occupé par toutes les
grues , dans un espace de temps très-court.
Les grues voyagent presque toujours la nuit, et s’abattent pendant le jour, pour chercher leur nourriture. Quelquefois cependant elles ne s’arrêtent pas et continuent à fendre l’espace, en poussant des cris éclatants, qui ne sont probablement que des signes de ralliement à l’adresse de ceux de la compagnie qui seraient tentés de s’amuser en route. Lorsqu elles aperçoivent un oiseau de proie, ou qu’elles ont à lutter contre un ouragan, elles abandonnent leur ordre habituel, et se gioupent en masse circulaire, pour mieux résister a l’ennenn. .
Les -rues se tiennent dans les grandes plaines entrecoupées de marais et de cours d’eau. Elles se nourrissent de poissons de reptiles , de grenouilles , de mollusques , de vers, d insectes et même de petits mammifères. Les graines ont aussi pour elles 1 certain attrait; et il n’est pas rare de les voir envahir les champs nouvellement ensemencés, pour y devorer les giai oue le cultivateur vient de confier à la terre.
A l'époque des amours, elles rompent leur pacte de société. Chaque couple s’isole, pour se reprodmre, et vaquer a c
CaLeurs nids !' grossièrement construits , sont placés sur de petites é.ninenc’esv.u milieu des marais; elles y dé^en U. P}» souvent deux œufs. Le mâle partage avec la func de l’incubation. Ces oiseaux, ordinairement timides et s effarouchant à la moindre apparence de danger, deviennent trescourageux, dès qu’il s’agit de défendre leur progenitme ils nTcraignent pas , dans ce cas, d’attaquer l'homme Un-meme
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Les grues ont mérité de devenir l’emblème de la vigilance, par l’habitude suivante : lorsqu’elles dorment, la tête cachée sous l’aile, l’une d’elles est spécialement chargée de veiller à la sûreté commune, et d’avertir toute la troupe en cas d’alerte.
Elles s’apprivoisent très - facilement lorsqu’on les a prises jeunes , et montrent en peu de temps une grande familiarité ; aussi sont-elles très-recherchées dans certains pays, tant à cause de leurs jolies formes, que de la surveillance qu’elles exercent autour des habitations.
Ces oiseaux étaient connus dès les temps les plus anciens : Homère, Hérodote, Aristote, Plutarque, Élien, Pline, Strabon, ont noté leurs migrations. Malheureusement , à côté d’observations vraies , ils ont donné créance aux fables les plus ridicules, imaginées en Grèce et en Égypte, terres classiques du merveilleux. C’est ainsi que, pour les Égyptiens, les grues allaient combattre , aux sources du Nil , les Pygmées, « sortes de petits hommes, dit Aristote, montés sur de petits chevaux, et qui habitent des cavernes. » D’après Pline, ces petits hommes sont armés de flèches et montés sur des béliers; ils habitent les montagnes de l’Inde et descendent, au printemps, pour venir guerroyer contre les grues , dont l’unique souci est de les exterminer. Le naturaliste romain pense même qu’elles y parvinrent; car la ville de Gerania , déjà ruinée et déserte de son temps , était habitée autrefois , dit-il , par la race des Pygmées , qu’on croit en avoir été chassés par les grues. Suivant les commentateurs modernes , ces Pygmées ne seraient autre chose que les singes, qui vont en grandes troupes, dans les forêts de l’Afrique et de l’Inde , et se montrent hostiles , en toute occasion, à la plupart des oiseaux.
Les Grecs ont aussi inventé deux histoires , très-ingénieuses assurément, mais qui ont le tort d’attribuer une trop large place a de simples cailloux. Suivant eux, les grues se mettent un caillou dans la bouche, lorsqu’elles traversent le mont Taurus, pour s’obliger à rester muettes, et éviter d’éveiller l’attention des aigles, habitants de ces parages, qui sont disposés à leur faire im mauvais parti. De même, la grue, placée en sentinelle dans interet de la compagnie endormie, doit se tenir sur une patte, e porter dans l’autre un caillou, dont la chute aurait pour de la rappeler à elle-même, s’il lui arrivait de se laisser
OISEAUX
gagner par le sommeil. C’est, on le sait, 1 expédient du jeune Aristote tenant une boule d’airain au-dessus d’un bassin de métal, pour se réveiller s’il venait à succomber au sommeil. 11 faut prêter bien de l’imagination à une grue, pour lui attribuer une action d’Aristote !
Les grues passent encore pour avoir dévoilé à Palamède plusieurs caractères de l’alphabet. Ce serait, dit-on, en examinant les invariables dispositions du vol des grues, que ce judicieux observateur aurait imaginé les lettres Y et Y ; d’où le nom d'oiseau de Palamède, donné en Grèce à l’oiseau qui nous occupe.
Ces intéressants volatiles possédaient , en outre , certaines vertus qui avaient bien leur mérite. Un os de grue conférait à celui qui pouvait se le procurer une vigueur et une élasticité de jarret remarquables. Sa cervelle était une espèce de philtre amoureux. Elle transformait l’homme le plus laid en Adonis , et lui attirait les faveurs de toutes les femmes.
C’est encore aux grues que les Grecs devaient une de leurs danses favorites. Mais ici nous rentrons en pleine réalité. Ces jeux et ces danses auxquels se livrent les grues entre elles, ne sont pas des contes faits à plaisir ; des observateurs dignes cle foi en ont démontré, de nos jours, la complète authenticité. Il est très-vrai que ces oiseaux se groupent en diverses façons , s’avancent les uns vers les autres , se font des espèces de salutations, prennent les poses les plus étranges, en un mot se livrent à des pantomimes tout à fait burlesques et amusantes. C’est là , il faut l’avouer, un côté curieux de leur nature. 11 a été exploité par les Chinois, qui apprennent aux grues a
danser, selon les règles de l’art.
Les anciens faisaient grand cas de la chair de la grue , qui est pourtant mauvaise. Les Grecs surtout s’en montraient friands; ils engraissaient ces oiseaux, après leur avoir creve les yeux ou cousu les paupières : cette cruauté était, selon eux, nécessaire pour obtenir un embonpoint com enable.
Aux beaux temps de la fauconnerie, la grue jouissait, avec le héron, de l’estime des princes. Aujourd’hui encore, au Japon, elle est réservée aux plaisirs du taïcoun (îoi), et le pcup e a
traite avec tous les égards qui lui sont dus.
Nous manquerions à toutes les traditions si nous ne rapportions ici l’histoire des grues d’Ibycus, célèbre dans le monde entier.
ECHASSIERS.
Ibycus, de Rhegium, était un poète lyrique qui jouissait, de son temps, d’une certaine réputation. Un jour qu’il se rendait aux Jeux Olympiques, pour y disputer le prix, de la poésie, il s’égara dans ,une forêt, et devint la proie de deux malfaiteurs, qui l’assassinèrent lâchement. Avant de mourir, il tourna ses regards vers le ciel, et, apercevant une troupe de grues qui passait, il s’écria : « Oiseaux voyageurs, soyez les vengeurs d’Ibycus! »
Le lendemain, les deux brigands assistaient tranquillement aux luttes d’Olympie, où la nouvelle de l’assassinat, parvenue dans la journée, avait excité une douloureuse émotion. Tout à coup une bande de grues passe au-dessus de l’arène, en poussant de grands cris. « Vois-tu les grues d’Ibycus? » dit l’un des meurtriers, à son camarade, d’un ton plaisant. Ce propos, entendu de quelques voisins, et commenté par mille bouches, devint la perte des deux scélérats. Immédiatement arrêtés et pressés de questions, ils furent contraints d’avouer leur crime, et mis à mort aussitôt. Ainsi s'accomplit le vœu d’Ibycus
. La Grue ou Demoiselle de Numidie est remarquable par deux Jo îs faisceaux de plumes blanches qui lui tombent derrière la
Fig. 255. Demoiselle de Numidie.
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tête et par une touffe noire pendante, dont la nature a paré sa poitrine. Sa taille est celle de l’espèce précédente, et ses formes sont plus élégantes encore. Elle jouit aussi à un plus haut degré de la faculté mimique. Ses moindres mouvements respirent la pose et l’affectation, comme si elle voulait fixer l’attention à tout prix : de là le nom de Demoiselle qui lui a été donné. On la trouve en Turquie et dans la Russie méridionale, dans le nord de l’Afrique et dans quelques parties de l’Asie voisines de cette
dernière région.
La Grue couronnée , ou Oiseau royal , a le sommet de la tête garni
d’une gerbe de plumes, qu’elle peut étaler en éventail, de manière à s’en faire un diadème resplendissant. Elle est svelte e gracieuse, et aussi grande que ses deux sœurs. Sa voix est treséclatante. Elle recherche la société de l’homme, et se familiarise aisément. Elle habite les côtes orientales et septentrionales de l’Afrique, ainsi que certaines îles de la Méditerranée. Suivant les anciens, elle était autrefois commune dans les îles Baléares.
Hg. 256. Grue couronnée.
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V Agami a le bec conique, robuste et plus court que la tête, les tarses longs et les doigts médiocres, le pouce ne touchant le sol que par son extrémité. Ses ailes sont courtes : aussi vole-t-il difficilement. En revanche, il court très-vite. Il n’est guère plus gros qu’une poule ; il pousse par intervalles des cris perçants qui paraissent ne pas provenir de lui (ce qui lui ferait attribuer un certain talent de ventriloque) et qui lui ont valu le nom d 'Oiseau- trompette. Il niche à terre, dans un trou creusé au pied d’un arbre, et se nourrit d’herbes, de graines et de petits insectes. Il n’est pas farouche, et se soumet sans répugnance à la captivité; il s’attache cà son maître, dont il sollicite les caresses, comme pourrait le faire un chien. La comparaison est d’autant plus juste qu’il rend à l’homme les mêmes services : on lui confie la garde des troupeaux au dehors ; le soir, il les ramène au logis, où son activité trouve encore à s’exercer dans la liasse-cour.
A l’état sauvage, l’agami habite les forêts de l’Amérique méridionale. Sa chair est agréable, et on la mange.
Le Centrale, qui forme un genre dans la famille qui nous occupe, est un oiseau de la taille de la perdrix, à la queue large et étalée. Ses belles couleurs lui ont valu, à la Guyane, les noms de Pelil paon clés rues , Oiseau clu soleil. Il est très-sauvage.
Fig. 257. Caurale.
Prmimtm. — Les oiseaux qui composent la famille des Près- Smstns (bec comprimé) sont caractérisés par un bec médiocre,
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mais non dépourvu de force, et par un pouce tout à fait rudimentaire, et qui est même supprimé dans certaines espèces. Ils sont généralement vermivores; quelques-uns cependant sont granivores ou herbivores. On a rangé dans cette famille un certain nombre d’oiseaux assez disparates, dont les uns sont franchement Échassiers, tandis que d’autres se rapprochent des Gallinacés par l’ensemble de leurs habitudes. Ce sont le Cariama
Fig. 258. Cariama.
(fig. 258), YHuîlrier , le Court-vile, YÉclicu'eme, le Vanneau , le Pluvier, YOutarde.
Les Hutiriers sont remarquables par un bec long , pointu et vigoureux, dont ils se servent, comme d’une pince, poui ouvrir les huîtres, moules et autres coquillages, que la mer laisse en se retirant, à seule fin d’en dévorer le contenu. Rien n est plus intéressant que de les voir suivre, dans lair, le mouvement du flot : avançant et reculant successivement avec les
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vagues. Comme ils ont les doigts réunis, à la base, par une membrane , ils possèdent la faculté de se reposeï sui 1 eau ,
Fig. 259. Huitrier d’Europe.
sans pourtant avoir celle de nager. Ils en profitent pour se laisser, de temps en temps, porter par les flots, à une petite distance du rivage. Ils volent parfaitement et courent avec la plus grande aisance. On les trouve, par bandes nombreuses, sur toutes les plages du globe qu’ils font résonner de leurs cris aigus.
A l’époque des amours, les différents couples se séparent. Les femelles déposent de deux à quatre œufs, ou sur la grève, dans des trous creusés négligemment , ou dans des anfractuosités de roches, ou dans des prairies marécageuses éloignées du rivage.
Ils se rassemblent en troupes considérables pour émigrer , si toutefois un tel mot peut servir à désigner les petits voyages qu’ils entreprennent annuellement. Ce sont bien plutôt de joyeuses excursions, des espèces de revues de leurs domaines, quelque chose comme la tournée d’un préfet dans son département ou d’un souverain dans ses États : ce qu’on pourrait appeler ici le tour de France.
Il existe trois ou quatre espèces d’huîtriers, dont une seule habite l’Europe. Celle-ci a le plumage noir et blanc , ce qui , joint à son bavardage , l’a fait surnommer Pie de mer. Son bec et ses pieds sont d’un beau rouge , d’où le nom d ’Hamatopus (pieds couleur de sang ) donné par Linné au genre tout entier , alois que les autres variétés étaient encore inconnues. On la trouve en toutes saisons sur la plupart de nos côtes; comme gibier , elle laisse beaucoup à désirer.
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Le Court-vite a le bec grêle , pointu et légèrement courbé ’vers la pointe, les tarses longs, le pouce nul , les ailes suraiguës; il est de couleur Isabelle et mesure trente centimètres environ. Comme le dit son nom, il court avec une rapidité
Fig. 260. Court-vite.
surprenante. Il habite le nord de l’Afrique et 1 Asie; ce n est qu’accidentellement qu’il apparaît en Europe. Ses mœurs ne sont pas connues. *
Les Vanneaux ont le bec renflé en dessus et occupé, dans les deux tiers de sa longueur, par les fosses nasales, le pouce excessivement court, les ailes aiguës. Ils produisent, en Notant, un bruit qui n’est pas sans analogie avec celui du blé îetombant sur le van : de là leur nom.
Ce sont des oiseaux essentiellement voyageurs, qui descendent du Nord, en grandes troupes, au commencement de l’automne, et y retournent au printemps. Ils habitent les bords des maiais et des étangs, et en général tous les terrains mous qui abondent en vers de terre, larves d’insectes , limaces , etc. Aussi les voit-on assez souvent s’abattre sur les plaines récemment labourées , où ils trouvent une ample provision de vers. Ils emploient un procédé assez ingénieux pour faire sortir de tene leurs victimes. Ils frappent le sol du pied, et lui communiquent ainsi un ébranlement, que le ver est tenté d’attribuer au voisi-
ÉCHASSIERS
na° e d’une taupe ; il se hâte de remonter à la surface pour échapper à son ténébreux ennemi ; c’est à ce moment que l’oiseau le happe.
Le vanneau est un modèle de propreté. Lorsqu’il a bien foulé la terre pendant deux ou trois heures, il court se laver le bec et les pieds au lac voisin; il répète ces ablutions plusieurs fois dans la journée; le plus rigide mahométan n’aurait rien à lui envier sous ce rapport.
Les vanneaux vivent en communauté, excepté pendant la saison d’amour, où chaque couple s’isole, pour se consacrer entièrement aux soins de l’éducation des petits. La femelle dépose trois ou quatre œufs dans un nid des plus simples, et placé à découvert, sur de petites élévations , au milieu des marais. Ces œufs sont, dit-on, d’un goût exquis, et dans certaines contrées, notamment en Hollande , on en fait un grand commerce.
La chair du vanneau est excellente, mais dans certains mois de l’année seulement. C’est aux environs de la Toussaint qu’elle acquiert toutes ses qualités ; c’est à ce moment qu’il convient de la mettre à la broche. Au printemps c’est un piètre gibier, et l’on s’explique que l’Église en ait permis l’usage pendant le carême , car c’est alors assurément un aliment on ne peut plus maigre. Il est un vieux dicton qui consacre, en les exagérant, les vertus culinaires du vanneau et du pluvier, son voisin :
Qui n’a mangé ni pluvier ni vanneau Ne sait pas ce que gibier vaut.
Le vanneau peut être rangé parmi les auxiliaires les plus utiles de l’homme : il détruit une quantité prodigieuse de vers, de chenilles et d’insectes nuisibles. Le lecteur va peut-être s’imaginer, d’après cela, qu’il a trouvé aide et protection auprès de l’homme. Point; on le tue aussi souvent que possible, et l’on sait mettre des limites à sa multiplication, en lui dérobant ses œufs. On semble ne pas s’apercevoir que cet oiseau si gai, si vif, si gracieux, brûle d’envie de conclure un pacte d amitié avec l’homme, comme les pigeons, poules, canards et autres. Quand donc l’iiomme se décidera-t-il à comprendre ses véritables intérêts?
h Europe possède les deux espèces de ce genre : le Vanneau huppé et le Vanneau suisse ou Squalarole.
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Le vanneau huppé (fig. 261) est de la taille du pigeon; il a le ventre blanc et le dos noir à reflets métalliques, il est pourvu d’une aigrette dont il se pare coquettement le crâne. Il est assez abondant en France, mais affectionne plus particulièrement la
plumage moins sombre et par l’absence de huppe.
Les Pluviers ont le même bec que les vanneaux, et n’en diffèrent que par l’absence du pouce. Ils ont, du reste, ensemble plus d’un lien de parenté. Comme les vanneaux, ils vivent par troupes nombreuses, dans les lieux humides ; comme eux , ils se nourrissent de vers qu’ils prennent de la même façon; comme eux, ils éprouvent le besoin d’ablutions fréquentes ; enfin ils les coudoient à tout instant du jour, et se réunissent à eux pour voyager. Mais ils ne poussent pas la ressemblance avec les vanneaux jusqu’à se comporter, a leur exemple, en bons pèics de famille , vivant bourgeoisement et se contentant d une seule épouse une fois choisie. Ils entendent la vie d une autre façon; ils ont d’autres aspirations, d’autres désirs; la fidélité en amour n’est pas leur fait, et ils pratiquent la polygamie sui la plus grande échelle.
ECHASSIERS.
On pourrait croire qu’un oisoau do moours aussi fiivolos so laisse difficilement émouvoir par les malheurs de ses semblables, et qu’il s’entoure, le cas échéant, de cette triple cuirasse d’airain dont parle le poète; il n’en est rien. Abattez un pluvier volant de compagnie; vous verrez toute la troupe revenir sur lui, pour lui prêter assistance, et si vous n’êtes pas trop novice, il vous sera facile de mettre cette circonstance à profit et d’anéantir toute la bande.
Les pluviers, qui émigrent du nord de l’Europe, jusqu’en Afrique, et vice versa , sont deux fois de passage en France, au printemps et à l’automne : c’est leur apparition à ces époques de pluies qui leur a valu leur nom. On en distingue cinq espèces principales : le Grand Pluvier de terre, le Pluvier guignard , le Pluvier doré.
Le Grand Pluvier de terre est de la taille du corbeau; il est très-rare, fort agile et fort méfiant; aussi ne peut-on le tirer que le soir, au moment où il vient se laver sur le bord des étangs et des rivières. Sa chair est peu estimée.
Le Pluvier guignard est un peu plus gros que le merle. Il arrive chez nous en mars et en septembre, et parcourt, par bandes nombreuses, les grandes plaines du beau pays de France. C’est cet oiseau surtout qui persiste à s’offrir au fusil du chasseur, lorsqu’un frère est tombé sous le plomb meurtrier. Tl a aussi la simplicité de croire les gens ivres animés des meilleurs sentiments à son égard; de sorte qu’il suffit de donner les signes extérieurs de l’excitation bachique, pour le plonger dans une trompeuse sécurité, et s’en approcher à quelques pas.
C’est le Pluvier guignard qui a fondé la réputation du pâté de Chartres, et il a pu se convaincre, par sa propre expérience, combien parfois est lourd à porter le fardeau de la renommée. H s’est vu, en effet, tellement goûté qu’il a été bientôt traqué, cerné de toutes parts, par des pâtissiers avides. Il a dû alors chercher son salut dans la fuite, et abandonner un pays où décidément on l’aimait trop. C’est sans regrets, comme sans envie, qu’il a vu alouettes et cailles le remplacer dans la faveur populaire pour la confection des pâtés.
Le Pluvier à collier (fig. 262) est moitié moins grand que le guignard. 11 est reconnaissable, autant â son collier noir, qu’à ses yeux dorés et extraordinairement brillants. On lui attribuait an-
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ciennement la propriété de guérir la jaunisse. Il suffisait pour cela que le malade le regardât fixement dans les yeux, avec une foi profonde dans la réussite de l’expérience; moyennant quoi
Fig. 262. Pluvier à collier.
l’oiseau le débarrassait obligeamment de son mal, qu’il accaparait à son profit. Cette opinion superstitieuse de la médecine du moyen âge est allée rejoindre toutes les autres.
Le Pluvier à demi-collier, ainsi nommé à cause de son collier
Fig. 263. Pluvier doré.
coupé en deux parties, est un peu plus petit que le précédent;
on le trouve en Europe et en Asie.
Le Pluvier dore (üg. 263) est de la taille de la tourterelle; le
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fond do son plumage ost do couleur jaune semée cie taches brunes. Il entre pour une large part dans l’approvisionnement de nos marchés , ce qui s’explique par la facilité avec laquelle il se laisse tirer et prendre au filet.
On peut rapprocher des pluviers un petit oiseau , le Pluvian , qui n’en diffère que d’une manière tout à fait insignifiante. Nous tenons à le nommer, à cause de ses habitudes fort curieuses que nous avons déjà fait connaître en parlant des reptiles. Il habite l’Égypte et le Sénégal, et a conclu avec les crocodiles du Nil un traité d’alliance qui s’impose aux méditations des philosophes. Le Pluvian rend au crocodile le service de lui nettoyer les dents. Cette assistance prêtée parle petit oiseau au terrible reptile des bords du Nil n’est-elle pas fort touchante, et ne semble-t-elle pas avoir inspiré à La Fontaine sa fable du Lion et du Rat?
Les Outardes sont voisines des Gallinacés, par leur bec court, leurs formes trapues et par l'ensemble de leurs habitudes ; mais leurs tarses allongés et leurs jambes en partie nues leur assignent une place parmi les Échassiers. Elles ont les doigts courts, le pouce nul, et courent avec une extrême rapidité en s’aidant de leurs ailes. En revanche, leur vol est lourd et embarrassé. Elles habitent les plaines arides et découvertes, et nichent à terre. Elles se nourrissent de vers, d’insectes, d’herbes, voire même de grains, et voyagent par grandes troupes sur des espaces assez restreints. Les mâles moins nombreux que les femelles, tranchent du sultan et s’adonnent à la polygamie. Ces oiseaux sont timides et craintifs, et leur chair constitue un excellent gibier.
Il existe trois espèces d’outardes : la Grande Outarde , Y Outarde canepelière (fig. 264) et Y Outarde lioubara.
La Grande Outarde est le plus gros des oiseaux d’Europe; son poids atteint jusqu’à seize kilogrammes. Elle est jaune sur le dos, avec des raies noires, et d’un blanc grisâtre par devant. Chez le mâle, la tête est parée, à droite et à gauche, de plumes frisées, qui simulent des moustaches, ce qui lui a fait donner le nom d ’ Outarde barbue. Elle vole très-difficilement, et ne s’y résout que dans les cas de nécessité absolue. C’est parmi les blés et les herbes qu’elle dépose ses œufs, au nombre de deux
ou trois; son nid n’est autre chose qu’un petit trou creusé en terre, à peine garni à l’intérieur.
La Grande Outarde , très-commune autrefois en Champagne, y est devenue aujourd’hui d’une rareté extraordinaire. C’est pourtant la seule province de notre pays où on la rencontre encore : on peut donc dire qu’elle a presque complètement disparu du sol français; elle habite en troupes innombrables les steppes de laTartarie et de la Russie méridionale.
Fig. 264. Outarde canepetière.
Famille des Brèvipennes. — Les oiseaux de cette famille se distinguent des autres Échassiers par des caractères tellement tranchés, qu’un certain nombre de naturalistes ont cru devoir en former un ordre à part, sous le nom de Coureurs. Tout en maintenant la division établie par Cuvier, afin de ne pas compliquer la classification, nous devons néanmoins reconnaître que la distinction introduite par d’autres savants a bien sa raison dêtre. Par certains traits anatomiques, ainsi que par leurs mœurs, les lhéupennes s’éloignent, en effet, de la généralité des oiseaux. Us ont des ailes, il est vrai, mais elles sont si peu développées qu’elles sont tout à fait impropres au vol, et ne peuvent servir (ju’à accélérer la marche. En revanche, leurs jambes longues, robustes, et capables d’un grand effort musculaire, leur permettent de courir avec une rapidité extraordinaire.
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La conséquence à tirer de ces faits, c’est que les brévipennes sont essentiellement terrestres et restent constamment attachés au sol. Ce changement de milieu a nécessité une modification au sternum, qui, au lieu d’offrir une arête saillante, comme chez tous les autres volatiles, n’est plus qu’un plastron uni. Ajoutons que la plupart des brévipennes sont de très-grande taille et qu’ils font preuve, en certains cas, d’une vigueur remarquable.
Cette famille comprend les genres Autruche , Nandou , Casoar et Aptéryx.
Les Autruches ont la tète chauve, calleuse, pourvue d’un bec court, déprimé et arrondi à la pointe; les jambes demi-nues, très-musculeuses et charnues; les tarses longs et gros, terminés par deux doigts dirigés en avant, dont l’un, plus court que l’autre, est privé d’ongle; les ailes très-courtes, formées de plumes molles et flexibles; la queue en forme de panache.
Ce genre ne comprend qu’une seule espèce, très-répandue dans l’intérieur de l’Afrique et jusqu’au cap de Bonne-Espérance; on la trouve peu en Asie, si ce n’est en Arabie. C’est l’oiseau le plus grand de la classe des échassiers : il mesure ordinairement deux mètres de hauteur, et peut atteindre trois mètres vingt-cinq centimètres ; son poids varie entre 40 et 50 kilogrammes.
L’autruche était connue dès la plus haute antiquité. Il en est question dans la Bible ; car Moïse interdit sa chair aux Hébreux, comme une nourriture immonde.
Les Romains, bien loin de partager les vues du législateur juif, estimaient fort un pareil aliment. A Rome, du temps des empereurs, il y en avait toujours des quantités considérables, et 1 on vit le fastueux Héliogabale pousser la magnificence jusqu à faire servir, dans un festin, un plat de six cents cervelles d’autruches, qui coûtait quelques centaines de mille francs de notre monnaie. Autrefois les peuplades du nord de l’Afrique mangeaient aussi l’autruche. Aujourd’hui, les Arabes se contentent d’employer sa graisse en frictions dans certaines maladies, notamment dans les affections rhumatismales, et ils en retirent, disent-ils, de fort bons résultats.
Les indigènes de l’Afrique appellent l’autruche le Chameau du
désert , de même que les Latins la nommaient Slrulhio-Camelus (Autruche-Chameau). Il y a, en effet, entre ces deux animaux une analogie éloignée, qui se révèle dans la longueur du cou et des jambes, dans la forme des doigts et dans les callosités qui, chez l’autruche comme chez le chameau, se remarquent sur le bas-ventre. Ajoutons que l’autruche se couche à la manière du chameau, en pliant d’abord le genou, puis s’appuyant sur la partie calleuse du sternum, et laissant enfin tomber l’arrière-train.
On ferait un volume avec toutes les fables qui ont été débitées sur l’autruche. Suivant les Arabes, elle est issue d’un oiseau et d’un chameau. Elle est aquatique, dit un écrivain arabe. Elle ne boit jamais, soutient un autre. Sa principale nourriture se compose de pierres, de morceaux de fer, disait-on encore. Buffon lui-même ne niait pas qu’elle avalât du fer rouge, pourvu que ce fût en petite quantité. Lorsqu elle est poursuivie , dit Pline, et après lui le naturaliste de la Renaissance, Pierre Belon, elle se croit sauvée si elle peut cacher sa tête derrière un arbre; le reste du corps lui importe peu. Cette croyance absurde est tellement enracinée dans l’esprit des masses , qu’il faudra sans doute encore bien des années pour la détruire.
Ce qu’il y a de certain, c’est que l’autruche est d une voracité extrême. Si les sens de la vue et de l’ouïe sont très-développés chez elle, car elle voit, dit-on, jusqu’à la distance de deux lieues, et le moindre son frappe son oreille , les sens du goût et de l’odorat sont très-imparfaits. C’est ce qui explique la facilite avec laquelle elle se jette sur tout ce qu’elle aperçoit. Dans l’état sauvage, elle avale de gros cailloux, pour augmenter la puissance digestive de son estomac; en captivité, elle engloutit bois, métaux, morceaux de verre, plâtre, chaux, etc. Les morceaux de fer trouvés dans le corps d’une autruche disséquée par Cuvier,
» n’étaient pas seulement usés, dit le grand naturaliste, comme ils auraient pu l’être par la trituration avec d’autres corps durs, mais ils avaient été évidemment rongés par quelque suc, et ils présentaient tous les marques d’une vraie corrosion. »
La principale nourriture de l’autruche consiste en herbages, auxquels elle adjoint des insectes, des mollusques, des reptiles, de petits mammifères; et jusqu’à de jeunes poulets, lorsqu el e est réduite en domesticité. Elle supporte la faim et surtout la
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soif, pendant plusieurs jours, faculté on ne peut plus avantageuse dans des déserts arides et brûlants; mais il est inexact de dire qu’elle ne boivejamais, car elle fait quelquefois quatre ou cinq jours de marche, à la recherche de l’eau, lorsqu’elle en a été longtemps privée, et elle s’abreuve alors avec un plaisir évident.
La force musculaire de l’autruche est vraiment surprenante. A l’état domestique , elle porte parfaitement un homme sur son dos ; on l’habitue très-aisément à se laisser monter, comme un cheval, et à tirer des fardeaux. Le tyran Firmius, qui régnait en Égypte au troisième siècle, se faisait traîner par un attelage d’autruches. Les nègres s’en servent fréquemment comme monture.
Lorsqu’elle sent le poids de son cavalier, l’autruche prend le petit trot; peu à peu elle s’échauffe , et bientôt , étendant les ailes , elle se met à courir avec une si grande rapidité qu’elle semble ne pas toucher terre. Par la seule force de son pied, elle résiste à tous animaux qui parcourent le désert. La vigueur de cette arme est telle qu un coup bien appliqué dans la poitrine suffit pour déterminer la mort d’un homme. M. Édouard Verreaux a vu mourir un nègre de cette façon.
L’homme seul triomphe de l’autruche ; encore n’est-ce que par la ruse. Jamais l’Arabe, au coursier rapide, ne parviendrait à l’atteindre, s’il ne suppléait par l’intelligence à l’insuffisance de ses moyens physiques. « On ne voit pas plus , dit le voyageur Livingstone, les jambes de l’autruche qui courtàtoute vitesse, qu'on ne voit les rayons d’une roue de voiture entraînée par un’ galop rapide. » Suivant le même auteur, l’autruche peut faire 43 kilomètres à l’heure, vitesse bien supérieure à celle du meilleur cheval.
Bien instruits de ce fait, les Arabes procèdent à la chasse des autruches de la manière suivante. Ils les suivent à distance, sans trop les presser, pendant un jour ou deux, tout en les empêchant de prendre leur nourriture. Quand ils les ont ainsi fatiguées et affamées , ils les poursuivent à toute vitesse , en mettant a profit ce fait, que leur a révélé l’observation, à savoir que autruche ne s’enfuit jamais en ligne droite, mais qu’elle décrit une courbe, plus ou moins étendue. Les cavaliers suivent donc la corde de cet arc, et par ce stratagème plusieurs fois répété, ils se rapprochent insensiblement de leurs victimes jusqu’à une très- . 16 dlstance- Imprimant alors un dernier élan à leurs mon-
UreS’ lls fondent impétueusement sur les autruches harassées,
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et les assomment à coups de bâtons. On évite , autant que possible , l’effusion du sang, qui déprécie les plumes de l’oiseau.
Certaines peuplades arrivent au même but par un artifice assez singulier. Le chasseur se couvre d’une peau d’autruche , en ayant soin de passer le bras dans le cou de l’animal, afin de rendre ses mouvements plus naturels. A la faveur de ce déguisement , il s’approche des autruches sans défiance, et les tue.
Les Arabes chassent encore l’autruche avec des chiens, qui la poursuivent jusqu’à épuisement complet. Au moment de la ponte , ils pratiquent aussi la chasse à l’affût. Ils vont à la recherche des nids d’autruches, et lorsqu’ils les ont découverts , ils creusent, à portée de fusil, un trou, dans lequel un homme peut se cacher. Celui-ci, armé d’un fusil, tue successivement le mâle et la femelle, sur leurs œufs. D’autres fois, on va les attendre près de l’eau , et on les tire lorsqu’elles viennent
se désaltérer.
Les autruches sont éminemment sociables : on les rencontre quelquefois dans le désert, par troupes de deux ou trois cents, mêlées à des bandes de zèbres, couaggas, etc. Elles s’accouplent vers la fin de l’automne.
‘ Le nid de l’autruche a plus d’un mètre de diamètre. C est un simple trou, pratiqué dans le sable, et entouré d’un rempart construit avec la terre extraite du sol ; extérieurement est creuse
un canal pour l’écoulement des eaux.
La ponte de chaque femelle varie de quinze à trente omis, suivant les circonstances. Ces œufs pèsent de un kilogramme a un kilogramme et demi, et équivalent chacun, à environ vingtcinq œufs de poule. Ils ont bon goût, et sontsouvenl dun gran secours pour les voyageurs : un seul peut largement suffire au
déjeuner de deux personnes. . •
L’incubation dure ordinairement six semaines et est pai tagce par le mâle et les femelles. Celles-ci pondent toutes, en elle , dans le même nid, et vivent en bonne intelligence, sous la haute domination du mile. Levaillant en a vu quatre se «ou couver trente-huit œufs déposés dans la meme excavation Elle ne couvent que pendant la nuit, la chaleur brûlante du joui étant suffisante pour maintenir les œufs à une temperatui e coi " Durant les nuits froides, elles se mettent deux a la fois sur le nid, qu’elles ont d’ailleurs à défendre contre les incuisions
Fig. 265. Autruche,
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des chats-tigres et des chacals. Levaillanta observé qu’un certain nombre d’œufs ne sont pas couvés et sont mis de côté pour servir de nourriture aux jeunes aussitôt après leur éclosion.
On a reproché depuis longtemps à l’autruche de n’avoir pas l’amour de sa progéniture, et l’on a cru faire acte de justice en la traitant de marâtre. C’est ainsi que les Hébreux en avaient fait le symbole de l’insensibilité, parce qu’elle abandonne ses œufs sur le sable, sans s’inquiéter, dit Job, des périls auxquels ils sont exposés. Jérémie lui-même se lamente à son sujet, et dit qu’elle n’a pas l’instinct de la famille. Ces accusations sont sans fondement; l’autruche n’abandonne pas ses œufs, nous venons de le voir; elle n’abandonne pas davantage ses petits, bien qu’ils soient couverts, en naissant, d’un épais duvet, bien qu’ils puissent courir et subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Elle les garde près d’elle jusqu’à l’âge adulte et les défend contre toute attaque. M. Cumming surprit un jour une douzaine d’autruches qui n’étaient pas plus grosses que des pintades :
a La mère, dit-il, chercha à nous tromper à l’instar du canard sauvage ; elle partit, étendant les ailes, puis se laissa tomber à terre comme si elle eût été blessée, tandis que le mâle s’éloignait sournoisement avec les petits dans une direction opposée, d
Livingstone a plusieurs fois rencontré de jeunes couvées conduites par un mâle, qui s’efforçait de paraître boiteux, afin de détourner sur lui l’attention des chasseurs.
Mâles et femelles se prêtent aussi un appui mutuel, comme le prouve le trait suivant, raconté dans un rapport adressé à la Société d’ acclimatation :
« Si-Djelloul-Ben-Hamza et son frère Si-Mohammed-Ben-Hamza, chassant un jour l’autruche, rencontrèrent les traces de toute une famille conduite par un mâle et deux femelles. Arrivé le premier en vue des autruches, Si-Mohammed tira un coup de feu et blessa une des femelles. Le mâle se précipita alors sur lui et frappa à coups de pied le poitrail du cheval qui, effrayé, renversa son cavalier et prit la fuite. L’autruche tourna alors ses coups contre Si-Mohammed, et ne l’abandonna que privé de connaissance, et en voyant venir Si-Djelloul au secours de son frère. »
Tous ces faits prouvent surabondamment que l’autruche n’est pas aussi égoïste qu’on l’a dit, en même temps qu’ils réduisent à néant 1 accusation de stupidité qu’on a cru pouvoir lancer contre cet oiseau.
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Malgré leur grande force, et peut-être même à cause de leur grande force, les autruches sont les êtres les plus pacifiques du monde, et en raison de leur naturel inoffensif, se plient facilement à la domesticité. Prises jeunes, elles s’apprivoisent en fort peu de temps. Le général Daumas prétend qu’elles jouent avec les enfants, folâtrent avec les cavaliers, les chiens, etc. Dans le pays de Sennaar, on les élève, comme nous élevons la volaille. On les laisse errer librement, et il est sans exemple que l’une d’elles ait cherché à s’enfuir. Elles accompagnent le bétail aux pâturages, et reviennent à la maison, à l’heure des repas. La douceur et les caresses suffisent pour s’attacher cet oiseau ; il faut bien se garder de le brusquer ou de le frapper. Il n’a qu’un défaut, qui dérive de sa voracité : il est très-voleur , et dévore tout ce qu’il trouve. Aussi les Arabes font-ils grande attention lorsqu’ils comptent de l’argent, l’autruche faisant trèslestement disparaître les pièces de monnaie mal surveillées.
De tout temps, les dépouilles de l’autruche ont été l’objet d’un grand commerce. Ce n’est pas seulement pour leur chair, leur graisse ou leurs œufs, c’est surtout pour leurs plumes, qu’on chasse et qu’on élève ces oiseaux. Chacun deux fouinit deux cent cinquante grammes de plumes blanches , et un kilogramme et demi de plumes noires. Ces plumes fines, ondoyantes et flexibles, qui se trouvent à la queue et aux ailes, ont servi, à toutes les époques, de parure, soit aux hommes, soit aux femmes. Les soldats romains en paraient leurs casques, les janissaires en ornaient leurs turbans, lorsqu’ils s’étaient signalés par quelque action d’éclat. Aujourd hui on en fait une très-grande consommation pour la toilette des dames, pour les éventails et divers autres objets. Les plumes des mâles sont plus estimées que celles des femelles, et l’on préfère celles qui ont été arrachées à un animal vivant.
Plusieurs peuplades de la Libye employaient autrefois la peau de l’autruche en guise de cuirasse; actuellement certaines tribus arabes la font servir au même usage. L’industrie utilise même la coquille des œufs d’autruche, qui est très-dure ; on en fait de belles coupes qui ressemblent à des vases d’ivoire. Les Africains font une grande destruction de ces animaux; cependant leur race ne paraît pas diminuer. C’est un oiseau fort utile, et l’on ne peut qu’encourager les essais qui ont été faits en
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Algérie et dans d’autres contrées pour l’élève de troupeaux d’autruches.
Les Nandous (fîg. 266) ont la plus grande analogie avec les autruches, qu’ils représentent dans le nouveau monde ; ils sont
Fig. 266. Nandou.
seulement de moitié plus petits que ces dernières, et leur pied porte trois doigts antérieurs. Leur couleur est d’un gris uniforme.
Les nandous habitent les pampas de l’Amérique méridionale. Les vallées les plus fraîches du Brésil, du Chili, du Pérou et de la terre de Magellan, sont leurs demeures de prédilection. On les voit errer dans les plaines découvertes , par troupes d’une trentaine d’individus , au milieu des troupeaux de bœufs , de chevaux et de moutons, qui fréquentent les mêmes parages. Comme ces animaux, ils broutent l’herbe, et recherchent les graines.
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Ils courent aussi rapidement que l’autruche, et savent échapper, par une prompte fuite , aux poursuites de leurs ennemis. Lorsqu’une rivière se présente devant eux, ils ne craignent pas de s’y jeter, car ils sont excellents nageurs; ils prennent même beaucoup de plaisir à se baigner, et entrent fréquemment dans l’eau.
Les nandous pondent et couvent de la même façon que les autruches. Ils sont de mœurs très-douces et s’apprivoisent avec la plus grande facilité. Ils deviennent très-familiers , visitent les appartements , se promènent dans les rues et jusque dans la campagne, mais retournent toujours au logis.
La chair des nandous adultes est peu agréable, celle des jeunes est, au contraire, tendre, sapide, et constitue un assez bon aliment. Leur peau , convenablement assouplie , sert à confectionner des bourses , et leurs plumes , à faire des panaches et des balais. Il y a tout lieu de penser que ces oiseaux pourraient s’acclimater dans nos contrées.
Les Casoars forment un genre d’oiseaux voisins de l’autruche ; ils en diffèrent cependant par quelques particularités. Leurs formes sont moins élégantes , et ils sont encore plus mal conformés que l’autruche pour le vol. Leurs ailes, beaucoup plus courtes , sont totalement inutiles , même pour la course. Leurs plumes longues, noirâtres et presque dépourvues de barbes, sont assez semblables à des crins ; leurs pieds sont à trois doigts. On en distingue deux espèces : le casoar à casque et le casoai de la Nouvelle-Hollande.
Le Casoar à casque (fig. 267) porte sur la tête une espèce de casque, produit par un renflement des os du crâne, revêtu d’une substance cornée. C’est un oiseau massif, qui tient le milieu, pour la taille, entre l’autruche et le nandou, et qui habite les îles de l’Archipel indien , les Moluques , Java , Sumatra. C’estsurtout dans les forêts profondes de l’île de Ceylan qu’il est abondant. Le premier individu de cette espèce qui ait été vu en Europe, fut apporté de Java par les Hollandais, en 1597. C’est un animal stupide et glouton qui se nourrit d herbes, de fruits et quelquefois de petits animaux. Il est farouche, vigoureux, brutal, et l’on- ne provoque pas sans danger sa colère. Ses ailes , quoique fort courtes , peuvent servir à la défense, car elles sont pourvues chacune de cinq baguettes piquantes, dont
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celle du milieu a un pied de longueur. Son cri habituel consiste en un faible grognement, qui fait place, dans la colère , à un bourdonnement ronflant, analogue au bruit d’une voiture ou du tonnerre entendu de loin.
La Ménagerie du Muséum d’histoire naturelle de Paris a possédé un casoar à casque , qui consommait tôut ce qu’on lui don-
Fig. 267. Casoar a casque.
nait, pain, fruits, légumes, et qui buvait quatre à cinq litres d’eau par jour.
Le Casoar à casque court très-rapidement et d’une manière toute particulière , car il lance des ruades à chaque pas. Il vit par couples; à l’époque des pontes, le mâle manifeste une violence qui le rend très -redoutable. La femelle dépose trois ou quatre œufs dans le sable et les couve seule , pendant un mois environ. Les petits sont couverts d’un léger duvet en naissant, et sont dépourvus du casque, qu’ils ne revêtent que plus tard.
Ce naturel sauvage de ces oiseaux les rend peu propres à la domesticité; on doit peu le regretter, car leur chair estdemau-
Fig. 268. Aptéryx.
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vais goût, et sous aucun autre rapport ils ne peuvent nous être de quelque utilité.
Le Casoar cle la Nouvelle- Hollande (fig. 269) se distingue du précédent par une taille plus élevée , ainsi que par l’absence de casque, de caroncules et de baguettes piquantes aux ailes. Il était autrefois très-commun dans les forêts d’eucalyptus de la Nouvelle-Galles du Sud, mais les défrichements des colons l’ont repoussé au delà des Montagnes Bleues. Très-robuste, il résiste
fort bien aux lévriers que l’homme lance à sa poursuite. Il s’ap-
privoise beaucoup plus facilement que le casoar à casque, et témoigne de l’attachement à son maître. C’est une excellente acquisition pour l’homme. Sa chair, agréable au goût, est estimée en Australie. Les quelques individus de cette espèce qui ont été amenés en Europe, y ont parfaitement vécu, et s’y sont reproduits sans difficulté. Il serait donc désirable qu’on poursuivit l’acclimatation de cet oiseau sur une grande échelle.
L ’ Aptéryx, dont le nom, tiré du grec, veut dire sans ailes , est un singulier oiseau, qui a peu d’analogie avec les précédents. Il
n’est pas plus gros qu’une poule, et réunit au bec de la bécasse les pattes des gallinacés. La brièveté de ses ailes, tout à fait impropres au vol, est le seul caractère qui ait pu le faire ranger dans cet ordre.
Fig. 209. Casoar de la Nouvelle-Hollande.
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Le plumage de l’aptéryx est brun ; sa queue nulle, et ses moignons d’ailes sont munis d’un ongle fort et arqué. Il habite la Nouvelle-Zélande, et se tient toute la journée parmi les marécages, où il se nourrit de vermisseaux. D’humeur farouche, il ne sort de sa retraite que le soir. Il court très-vite, malgré ses petites jambes , et se défend habilement contre ses agresseurs, soit avec ses pattes, armées d’ongles longs et acérés, soit avec les pointes qui terminent ses ailes. Il construit grossièrement son nid, entre les racines des arbustes marécageux, et y dépose un seul œuf, de la grosseur d’un œuf de canard. Les naturels l’appellent Kiwi. Ils lui faisaient autrefois une chasse très-active, autant pour sa chair que pour ses plumes, dont ils se servaient pour fabriquer leurs nattes. Ils ont aujourd’hui renoncé à cette industrie, dont les profits ne compensent pas les fatigues qu’elle entraîne. Cet oiseau est, du reste, devenu fort rare, et il est maintenant excessivement difficile de se le procurer. La Société zoologique de Londres en possède trois spécimens.
On peut rattacher à la famille des Brévipennes quelques oiseaux, actuellement disparus de la surface du globe, mais qui ont été évidemment contemporains de l’homme. Les débris qu’on a retrouvés au sein d’alluvions modernes, ne permettent aucun doute à cet égard.
En première ligne se place le Dronte , ou Dodo (fig. 270) , indigène des îles de France et de Bourbon, où il était autrefois trèsrépandu, suivant les témoignages des compagnons de Vasco de Gama, qui visitèrent ces îles en i497. Il existait encore dans ces deux îles, à la fin du dix-septième siècle. Plusieurs voyageurs nous en ont laissé des descriptions, qui, avec quelques débris et une peinture à l’huile appartenant au Muséum britannique, constituent les seuls renseignements que l’on possède sur cet animal, de monstrueuse mémoire.
Le dronte, gras et lourd, ne pesait pas moins de vingt-cinq kilogrammes. Ce gros corps, porté par de petites jambes et pourvu d’ailes dérisoires, était aussi incapable de courir que de voler, et se trouvait dès lors condamné à une destruction rapide. Enfin et brochant sur le tout, il avait une physionomie stupide, peu propre à lui concilier les sympathies de l’observateur. Terminé à l’arrière par trois ou quatre plumes frisées,
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simulant une queue, il présentait à l’avant un bec énorme, fortement recourbé, occupant la presque totalité de la tète.
F’g. 270. Dronte.
Cet oiseau n’avait même pas le mérite d’être utile après sa mort, car sa chair était répugnante et de mauvais goût. Il n’y a donc pas lieu de le regretter.
On a découvert récemment, à l’état fossile, dans l’ile de Madagascar, des œufs et des ossements d’oiseau appartenant à une espèce aujourd’hui éteinte, et dont les proportions étaient tout à fait colossales. Un de ces œufs équivaut 'à plus de six œufs d’autruche, et sa capacité est de près de neuf litres. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire évaluait à trois ou quatre mètres la taille de cet oiseau, et le désigna sous le nom d ’Êpiornis.
En 1867, M. Joly, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, a publié de très-intéressantes observations sur la structure et les habitudes probables de cet oiseau gigantesque.
On ne saurait affirmer que cette espèce ait complètement disparu aujourd’hui: les Malgaches assurent qu il en îeste dans leur île quelques représentants, très-rares il est vrai. On trouve chez ce peuple une tradition fort ancienne , relative à un oiseau colossal qui terrasse un bœuf et en fait sa nourriture. Cette tradition, toutefois, manquerait d’exactitude, car l’examen des pièces osseuses retrouvées démontre que l’épiornis ne possédait
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ni serres ni ailes, et devait se nourrir, par conséquent, de substances végétales.
Enfin, on a également mis à jour, à la Nouvelle-Zélande , des ossements provenant d’une espèce voisine de l’autruche, mais supérieure en taille, et qui devait atteindre quatre mètres. L’oiseau auquel appartenaient ces ossements a été désigné sous le nom de Dinornis (grand oiseau). Peut-être en existe-t-il encore dans ce pays. Dans tous les cas, sa disparition est fort récente, car les ossements qu’on a découverts renfermaient encore une très-grande proportion de gélatine. Deux Anglais auraient, diton, aperçu dans les marécages de la Nouvelle-Zélande un dinornis de plus de quatre mètres de haut; mais ils n’osèrent point en approcher assez pour le tuer. Nous ne donnons que sous toutes réserves ce récit, dont l’authenticité ne nous paraît pas suffisamment établie.
ORDRE DES GALLINACES.
On a réuni, sous le nom de Gallinacés , un certain nombre d’oiseaux présentant la plus grande analogie avec la poule (gallina).
Les gallinacés sont des oiseaux essentiellement terrestres, qui se plaisent sur le sol, y cherchent leur nourriture, et y nichent même le plus souvent. Ils aiment à gratter la terre, et à se rouler dans la poussière. La marche est leur mode de progression habituel: ce que l’on deviné à la seule inspection de leurs jambes robustes, de leurs ongles courts et peu recourbes. Quelques-uns, comme la perdrix, sont de très-agiles coureurs En revanche, leurs ailes, courtes et obtuses, ne leur permettent qu’un vol pénible et lourd. Aussi ne trouve-t-on, dans cet ordre d’oiseaux, que deux ou trois espèces voyageuses.
Les gallinacés ont le bec court, voûté, en général assez fort Ils s’en servent pour briser les enveloppes des graines qui font leur principale nourriture, et auxquelles ils adjoignent des vermisseaux, des insectes et des herbes. Leur gesier épais et musculeux, revêtu intérieurement d’une tunique très-résistant^ est parfaitement approprié à une telle nature dalimen s. a force de trituration est encore augmentée par l’habitude qu ont les gallinacés, d’avaltr de petits cailloux, pour faciliter écrasement des graines. ,
Dans certaines espèces (coq, faisan, dindon, etc.), es sont armés, au-dessus du pouce, d’un ou plusieurs ergots coniques, sortes d’éperons très-robustes, dont ils se servent pour attaquer ou se défendre. Chez un plus grand nombre, la tete est ornée de crêtes et de caroncules, diversement colorées. Ces appendices existent aussi chez les femelles , mais 1 s y son beaucoup moins accentués.
GALLINACÉS
C’est parmi les gallinacés qu’on rencontre les oiseaux aux plus brillants plumages. Le paon, l’argus, le lophophore, le faisan, portent avec éclat la bannière de l’ordre, et rivalisent avec les plus splendides passereaux. Cette richesse de couleurs est l’apanage exclusif du mâle, car les femelles ont toujours des teintes grises, ou ternes. ■
Mais si les gallinacés peuvent charmer les yeux, ils sont loin de satisfaire l’oreille. Leurs cris aigus déchirent désagréablement le tympan.
La plupart de ces oiseaux, surtout les mâles, sont sauvages, méchants, querelleurs et peu intelligents. Ils sont polygames. Les femelles pondent un grand nombre d’œufs, qu’elles couvent seules, sans l’assistance du mâle, lequel ne s’occupe pas davantage de l’éducation des petits. Ils vont ordinairement par bandes, composées d’un mâle, des femelles et des jeunes; mais on voit rarement plusieurs familles se réunir pour vivre en commun.
Les gallinacés sont de tous les oiseaux ceux qui fournissent à l’homme les meilleures ressources. Certaines espèces, réduites en domesticité, peuplent ses basses-cours, et lui apportent, outre leur chair, qui est excellente, des œufs d’un goût exquis. D’autres constituent un gibier aussi abondant que délicat.
Presque tous les gallinacés sont originaires des régions chaudes de l’Asie et de l’Amérique; quelques-uns comme la poule, le faisan, le dindon sont aujourd’hui acclimatés dans toutes les parties du monde/
L’ordre des gallinacés comporte deux grands sous-ordres, savoir : les Gallinacés 'proprement dits , auxquels s’appliquent spécialement les différents Caractères que nous venons d’énumérer, et les Pigeons , séparés des premiers par certains détails d’organisation et de mœurs que nous ferons connaître.