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peuple américain. *
ficus citerons, comme variétés de ce genre, l'oiseau qu'a dé-
RAPAGES.
crit Audubon, sous le nom d 'Oiseau de Washington , espèce trèsvoisine de la précédente; — le Pygargue aguia, qui habite l’Amérique méridionale ; — le Pygargue vociféré , — le Pygargue Cafre , qui ont été découverts en Afrique par Levaillant; — le Pygargue de Macè et le Pygargue garanda , appelé par Buffon le Pygargue des Grandes- Indes, qui habitent l’Inde et le Bengale, où le dernier est l’objet de la vénération des brahmes, en qualité d’oiseau consacré à Vishnou.
Nous rattacherons au même genre le Balbusard fluviatile (fig. 399) qui, bien que différant des pygargues par certains détails d’organisation , s’en rapproche cependant par ses habitudes aquatiques.
Le balbusard est quelquefois improprement appelé Aigle de mer , car on le rencontre rarement sur les bords de la mer; il
Fig. 399. Balbusard fluviatile.
préfère le voisinage des étangs et des rivières. Il ne se nourrit guère que de poissons, qu’il saisit, soit à la surface de l’eau, soit en les poursuivant jusqu’à une assez grande profondeur; il recherche aussi les oiseaux aquatiques. Il ne jouit pas toujours
OISEAUX
du fruit de son labeur, car il trouve un ennemi acharné dans l’orfraie, qui lui donne lâchasse, pour lui luire lâcher sa proie, et s’en emparer avant qu elle soit retombée dans 1 eau.
Les anciens naturalistes, Aldrovande, Gesner , Klein, Linné, avaient accrédité une singulière erreur touchant la constitution de cet oiseau. Se fondant sur ce fait, qu il plonge quelquefois dans l’eau pour prendre des poissons, ils s étaient imaginé qu il avait un pied à doigts palmés, pour nager, et l’autre à doigts libres, pour étreindre sa proie. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que les serres du balbusard ne diffèrent en rien de celles des autres oiseaux de proie.
Le balbusard est d’un tiers environ plus petit que l’orlraie. 11 est répandu dans toute l’Europe, notamment en Allemagne, en Suisse et dans 1 est de la France.
Les oiseaux qui font partie du genre Spizuèle (Aigle èpervicr) tiennent le milieu entre les aigles et les éperviers, dont nous parlerons plus loin. Ils sont caractérisés par une queue ronde et arrondie, par des ailes relativement courtes, et par l’existence d’une huppe sur le derrière de la tête. Ce dernier trait, quoique général, n’est cependant pas commun à toutes les especes.
3 Les spizaëtes habitent ordinairement les grandes forets de l’Afrique et de l’Amérique méridionale; une seule espece, le Jea.n- le- Blanc , se trouve en Europe. Admirablement organises pour la guerre et le carnage, ils sont la terreur de tout ce qui les environne. L’Afrique en possède deux espèces, le Huppart el
le Blanchard. . ,
Le Huppart, ainsi nommé à cause de sa huppe, longue 1 1
quinze à seize centimètres, se nourrit de lièvres, de canards e de perdrix. 11 poursuit aussi les corbeaux, contre lesquels il est animé d’une haine mortelle, car ces oiseaux se liguent parlois
pour lui ravir sa proie, et même pour dévorer sa couvee.
Le Blanchard est doué d’une agilité qui se montre surtout lorsqu’il chasse le ramier, son gibier ordinaire. Si celui-ci ne parvient pas à se jeter dans l’épaisseur du bois, c’en est fait de lui . il ne pourra échapper aux serres de son tyran. Le blanchard ne souffre pas de rival dans le domaine qu il exploite; mais il a corde sa protection aux petits oiseaux , qui viennent près de son nid, chercher un abri contre les attaques des rapaces inferieurs.
RAPAGES.
Le Spizuëte urubüinga habite le Brésil et la Guyane; il est éminemment sauvage et taciturne, et aime à se nichei dans le voisinage des marais. Il se nourrit d’oiseaux et de mammifères de petite taille, de reptiles et même de poissons.
La Harpie , ou Aigle destructeur de l’Amérique du Sud , est l’espèce type du genre. C’est le plus redoutable de tous les spi -
Fig. 400. Harpie.
zaëtes. Sa taille dépasse celle de l’aigle commun ; elle mesure un mètre cinquante centimètres de l’extrémité du bec à celle de la queue ; son bec a plus de six centimètres de long ; les ongles des doigts médians sont plus longs et plus gros que les doigts de l’homme. Avec de telles armes, la harpie ne craint pas, dit-on, d’attaquer, non-seulement l’homme, mais encore des carnassiers de haute taille, capables d’opposer une défense vigoureuse. Deux ou trois coups de bec lui suflisent, ajoute-t-on, pour fendre le crâne de sa victime. Ces assertions, pour être admises, deman-
OISEAUX
deraient à être confirmées par des observateurs jouissant d’une certaine autorité scientifique. On assure cependant avoir trouvé des crânes humains parmi les reliefs de festins de ces cannibales.
Quoi qu’il en soit, les harpies sont douées d’une vigueur extraordinaire. D’Orbigny raconte que, lors d’une exploration sur les rives du Rio-Securia , en Bolivie, il fit la rencontre d une harpie de très-grande taille. Les Indiens qui l’accompagnaient, la poursuivirent, la percèrent de deux flèches et la frappèrent de coups nombreux sur la tête. Enfin, la considérant comme morte, ils lui enlevèrent la plus grande partie de ses plumes et même du duvet ; puis ils la placèrent dans leur canot. Quelle ne fut pas la surprise du naturaliste, lorsque l’oiseau, revenu de son étourdissement, se rua sur lui, et lui enfonçant ses ongles dans l’avant-bras , lui fit une blessure des plus dangereuses. Il fallut l’intervention des Indiens pour le débarrasser du féroce spizaëte.
La harpie habite sur le bord des fleuves, dans les grandes forêts de l’ Amérique méridionale. Sa nourriture se compose d’agoutis, de jeunes faons, de paresseux et surtout de singes.
Les Indiens, qui estiment avant tout les qualités guerrières, tiennent cet oiseau en grande considération. Ils regardent comme un grand bonheur d’en posséder un en captivité. Ils lui arrachent, deux fois par an, les grandes plumes de la queue et des ailes, pour empenner leurs flèches. Ils utilisent aussi son duvet, pour se parer les jours de grande cérémonie. Dans ce but ils s’imprègnent les cheveux d’huile de coco, par-dessus laquelle ils répandant le duvet, rendu adhérent de cette façon : c’est la manière indienne de se poudrer à blanc.
V Aigle Jean-le- Blanc, ainsi nommé parce que son plumage présente beaucoup de parties blanches, tient à la lois de 1 aigle, du pygargue et du bâlbusard. Il est haut de deux pieds et a cinq pieds d’envergure. Très-commun dans toute l’Europe, il est bien connu des villageois, dont il dévaste les basses-cours. Il se nourrit aussi de taupes, de mulots, de reptiles, entre autres de couleuvres, et quelquefois d’insectes. Il supporte bien la captivité; BufTon en éleva un qui devint assez familier, mais qui ne témoigna jamais aucune affection à celui qui le soignait.
Les Faucons (de faix, faulx, ongles recourbés en faulx) sont
RAPAGES.
merveilleusement propres à la. rapine, et réalisent 1 idéal de l’oiseau de proie. Cliez eux, le bec court et recourbé dès la base porte.de chaque côté delà mandibule supérieure, une dent trèsforte, à laquelle correspond une échancrure de la mandibule inférieure. Les ailes sont longues et aiguës, d où résulte un vol puissant, rapide et agile tout à la fois. Les tarses sont courts, les ongles crochus et acérés. Si l’on ajoute à tout cela une vue des plus perçantes et une force énorme, on comprendra sans peine que ces oiseaux portent la terreur partout où ils passent. Ils ne se nourrissent que de proies vivantes, oiseaux ou petits mammifères, qu’ils tuent souvent d’un seul coup de bec, et qu’ils emportent ensuite dans leurs serres, pour aller les dévorer à l’écart. Ils ne chassent qu’au vol, et se réunissent par troupes, à l’époque des migrations des oiseaux voyageurs, pour suivre leurs bandes, sur lesquelles ils prélèvent une dîme quotidienne. Mais d’ordinaire ils vivent solitairement par couples et nichent suivant les localités, dans les bois, les falaises, les trous déminés ou de masures, quelquefois même dans l’intérieur des villes. Leur ponte varie de deux à quatre œufs.
Nous partagerons le genre Faucon en deux groupes : les Gerfauts, caractérisés par une queue plus longue que les ailes, et les Faucons proprement dits, qui ont les ailes aussi longues et quelquefois plus longues que la queue.
Le groupe des Gerfauts comprend le Gerfaut proprement dit, le Faucon lanier et le Faucon sacré.
Les Égyptiens vénéraient le faucon; c’est à cette circonstance qu’il faut attribuer l’origine du mot Gerfaut , corruption de Hierofalco, ou faucon sacré.
Le gerfaut est le mieux proportionné et le plus vigoureux des faucons. Il peut rivaliser pour la force avec l’aigle lui-même, quoique sa taille ne soit guère que de soixante centimètres. Il varie de couleur avec l’âge : d’un beau brun dès les premières années, il devient presque complètement blanc en vieillissant. Il habite les régions arttiques, où il se nourrit de grands oiseaux, notamment de gallinacés ou de palmipèdes.
On en connaît trois variétés , très-voisines les unes des autres : le Faucon blanc, nommé par Buffon le Gerfaut blanc du Nord, qui habite l’extrême nord des deux continents ; le Faucon islandais ou Gerfaut d'Islande, particulier à ce pays; le Gerfaut de
OISEAUX
Norwége , qu’on trouve clans la Scandinavie, et qui se montre quelquefois en Allemagne, en Hollande et en France.
Les deux premières espèces sont très-dociles; aussi étaient elles avidement recherchées des fauconniers , qui les employaient à la chasse du héron, de la grue et de la cigogne. Une ancienne loi danoise, qui ne fut abrogée qu’en 1758, interdisait sous peine de mort de détruire ces oiseaux.
Le Faucon lanier est à peu près de la taille du gerfaut blanc ;
Fig. 40 i. Faucon sacré,
on le trouve en Hongrie, en Russie, en Styrie et en Grèce, où il arrive à la fhiite des oiseaux migrateurs. On le dresse aussi trèsaisément à la cli iisse .
RAPAGES.
Le Faucon sacré , vulgairement le sacré (fig. 401), est un peu plus grand que les espèces précédentes. Il est assez rare, car il ne se trouve guère que dans l’Allemagne et la Russie méridionale.
Au premier rang des Faucons 'proprement dits, il convient de placer le F au con pèlerin (fig. 402), désigné souvent sous les noms de Faucon commun et de Faucon passager. Son nom indique suffisamment que c’est un oiseau de passage. Il est commun dans le centre et le nord de l’Europe occidentale, ainsi que dans les îles de la Méditerranée. Il habite aussi l’Amérique du Nord, où on l’a surnommé mangeur de poulets.
Le vol du faucon pèlerin est d’une rapidité prodigieuse. On cite un de ces rapaces, qui, échappé de la fauconnerie de
Henri 11 , franchit en une seule journée toute la distance de Fontainebleau à l’île de Malte, c’est-à-dire environ trois cents lieues. Il plane dans la nue avec une facilité remarquable; et lorsqu’il a distingué une proie, il fond sur elle comme un trait, la met en pièces et s’en repaît avec voracité. S’il s’agit d’un oiseau, il le plume avec son bec, et l’avale.
Le faucon se nourrit d’oiseaux aquatiques, de pigeons, de perdrix. Au besoin, il ne dédaigne pas les alouettes; il les poursuit jusque dans les filets des oiseleurs, où il reste souvent empêtré
OISEAUX
lui-même. Il sait même se contenter de poissons morts, comme Audubon l’a constaté sur les bords du Mississipi; mais ce dernier cas est excessivement rare. Il est d’une hardiesse sans égale, car il ose convoiter le gibier que le chasseur vient d’abattre, et il réussit quelquefois à s’en emparer. Un de ces oiseaux s’était établi, il y a quelques années, sur les tours de Notre-Dame de Paris, et chaque jour il capturait plusieurs de ces pigeons domestiques qu’on laisse aller en liberté dans la ville. Ce manège dura un mois, et ne cessa que lorsque les propriétaires des pigeons eurent pris une mesure radicale : celle de ne plus les laisser sortir. Atteint dès lors dans ses conditions d’existence et ses moyens de ravitaillement, le faucon disparut.
Malgré la supériorité de ses armes, le faucon pèlerin ne vient pas toujours à bout des victimes qu’il a marquées pour la mort. Naumann a vu un pigeon, poursuivi par un de ces ravisseurs, se précipiter dans un lac, plonger, en sortir sain et sauf, et dépister ainsi son ennemi. Lorsqu’un pigeon est harcelé par un faucon, il cherche toujours à s’élever au-dessus de lui; s il y réussit, il est sauvé, car le faucon fatigué le laisse en paix.
Les corbeaux de grande espèce' sont les ennemis acharnés du faucon pèlerin. Ils lui livrent de fréquents combats, dans lesquels ce dernier n’a pas toujours l’avantage. On a vu un corbeau tuer un faucon d’un coup de bec qui lui fendit le crâne.
Le faucon est doué d’une longévité plus remarquable encore que celle de l’aigle. En 1797, on en prit un, au cap de Bonne-’ Espérance, qui portait un collier d’or, avec une inscription établissant qu’en 1610 il] appartenait au roi d’Angleterre Jacques Ier; il avait donc 187 ans, ce qui ne l’empêchait pas d’être encore très-vigoureux.
Le père et la mère montrent la plus grande sollicitude pour leurs petits. Lorsque ceux-ci sont capables de se suffire à euxmêmes, ils vont explorer d’autres régions, et s’ils y trouvent une existence facile, ils y restent, sans souci du pajs natal.
Le faucon pèlerin est assez commun dans les falaises de la
Normandie.
Les autres espèces de faucons sont plus petites que les précédentes. Elles ne s’en distinguent que par leur taille; leurs habitudes sont les mêmes, sinon qu’elles se nourrissent d’oiseaux plus petits, tels que cailles, alouettes, hirondelles,
RAPACES
et quelquefois d’insectes. Ces espèces sont : le Hobereau (fig. 403),
Fig. 4o3. Hobereau.
qui se trouve clans toute l’Europe et aussi en Afrique; sa taille est
Fig. 404. Emerillon.
de trente centimètres; — Y Emerillon (fig. 404), gros comme une
OISEAUX
grive, qui habite en été le nord, et en hiver le su I de l’Europe-, — la Crécerelle , vulgairement Èmouchel ou Mouquel (fig. 405), qui doit son nom à son cri aigu; sa taille est de trente-cinq centimètres; elle est très-répandue dans le centre de l’Europe; — le Kobcz , remarquable par sa sociabilité, qui se trouve dans l’Autriche, le Tyrol et les Apennins, et se nourrit de sauterelles qu’il
Fig. ^05. Émoucliet.
saisit au vol, et d’insectes qu’il cherche dans la fiente des animaux herbivores ; — enfin le Faucon moineau , qui habite 1 Inde et Sumatra: c’est le plus petit de tous les rapaces. Diverses autres variétés de faucon, qui n’offrent d’ailleurs aucune particulariti remarquable, se rencontrent, soit en Afrique, soit en Améiique.
Le nom* du faucon est resté attache à la chasse au i ol , ou fauconnerie, qui va maintenant nous occuper.
La fauconnerie , ou l’art de dresser certains oiseaux de pi oie à la chasse au vol, fut autrefois en grand honneur dans les di\ers États de l’Europe. Après avoir fait, pendant plusieurs siècles, les délices des grands seigneurs, elle fut supprimée, par suite de la découverte des armes à feu. Ce n’est guère que chez les Arabes
Fig. 40G. Une chasse au faucon, au moyen âge.
RAPAGES.
et parmi quelques nations asiatiques qu’elle est encore usitée aujourd’hui. Get art remonte d’ailleurs à une époque fort ancienne, car Aristote, et, après lui, Pline, en ont parlé. Introduite en Europe vers le quatrième siècle de notre ère, la fauconnerie fut très-florissante au moyen âge et pendant la renaissance. Toute la noblesse, depuis le roi jusqu’au plus petit gentilhomme, se passionna pour la volerie; — tel était le nom consacré. Les souverains et les grands seigneurs y dépensaient des sommes considérables : c’était le luxe de ce temps. L envoi de quelques beaux faucons était considéré comme un présent magnifique. Les rois de France recevaient solennellement chaque année douze faucons, qui leur étaient offerts par le grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ges oiseaux étaient présentés par un chevalier français de l’ordre , auquel le monarque accordait, à titre de cadeau, une somme de 3 000 livres et ses frais de voyage.
Un gentilhomme et même une dame du moyen âge ne paraissaient pas en public sans tenir leur faucon au poing ; et cet exemple était même suivi par les évêques et les abbés. Ils entraient dans les églises, tenant au poing leur faucon qu’ils déposaient, pendant la messe, sur les marches de l’autel. Les grands seigneurs, dans les cérémonies publiques, tenaient fièrement leur faucon d’une main, et de l’autre la garde de leur épée.
Louis XIII mit une véritable frénésie à ce divertissement. Presque tous les jours, il chassait au faucon avant de se rendre à l’église ; et son favori, Albert de Luynes, ne dut sa fortune qu’à ses grandes connaissances en fauconnerie. Charles d’Arcussia de Gapri, seigneur d’Esparron, publia, en 1615, un Traité de fauconnerie, où l’on voit que le baron de la Chastaigneraie, grand fauconnier de France , sous Louis XIII, avait acheté sa charge cinquante mille écus. Il avait la direction de 140 oiseaux, qui exigeaient, pour les soigner, un personnel de cent hommes.
De nos jours, ce genre de chasse a totalement disparu; on s’est efforcé toutefois, mais sans un grand succès, de le faire revivre en quelques pays d’Europe, notamment en Angleterre et en Allemagne. C’est ainsi qu’une nombreuse société, le Hawking- Club , se réunit chaque année, dans une dépendance du château royal de Loo, sous la présidence du roi des Pays-Bas, pour voler le héron. Elle en prend de cent à deux cents, dans l’espace de
OISEAUX
deux mois. Mais ce n’est là que l’impuissante évocation d’une institution à jamais disparue.
On partageait autrefois les oiseaux de fauconnerie en oiseaux de haute et basse volerie. Les premiers comprenaient le gerfaut, le faucon, le hobereau, l’émerillon et la crécerelle; les seconds, l’autour et l’épervier. On donnait même le nom d 'aulourterie a l’art qui avait spécialement pour but le dressage de ces deux derniers rapaces. Comme le mode d’éducation est sensiblement le même pour tous ces oiseaux, qui ne diffèrent d’ailleurs, à ce point de vue, que par leur docilité plus ou moins grande, nous n’envisagerons qu’une seule espèce, le faucon, qui servira de type pour toutes les autres.
Les faucons destinés à l'affaitage ( dressage) se prennent soit au blet , soit dans l’air même. Dans le premier cas , ce sont des passagers, qu’on attire au moyen d’une proie : cet appelant est ordinairement un pigeon. Dans le second cas, ce sont de petits niais , dont la tète est encore couverte de duvet , ou des branchiers , c’est-à-dire des oiseaux âgés d’environ trois mois , assez forts déjà pour sauter de branche en branche . mais incapables de voler, et de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance. Ces derniers doivent être préférés à tous les autres, car ils ne sont plus assez jeunes pour qu’on soit obligé de leur prodiguer les soins nécessaires à l’égard des niais, et ne sont pas encore assez vieux pour être devenus indociles. Passé un an, il seraitpresque inutile de tenter leur éducation ; on les appelle alors faucons hagards.
Le faucon étant d’un naturel sauvage , violent , et également insensible aux caresses comme aux châtiments, on ne peut espérer le dompter que par des privations de toutes sortes : privation de lumière , de sommeil et de nourriture, enfin grâce à l’habitude d’être soigné par son maître. Tel est, en eflet, le
fond de la méthode du fauconnier.
Supposons qu’on se soit emparé d’un branchier. On lui serre d’abord les jambes dans des entraves, ou jets (fîg. 407), faites de lanières en cuir souple, terminées par des sonnettes. Puis le fan connier, la main couverte d’un gant, prend l’oiseau sur le poing, et le porte, nuitetjour, sans lui laisser un seul instant de repos. Si son élève indocile, se révolte, et tente de se servir de son bec, il lui plonge la tète dans l’eau fraîche, et produit ainsi chezl ani*
BAPACES.
mal une sorte de stupeur; puis il lui couvre la tète d’un chaperon, qui le maintient dans une obscurité complète. Après trois
Fig. 407. Jets, ou Entraves.
jours et trois nuits de ce traitement , rarement plus, l’oiseau est devenu d’une certaine docilité. Le fauconnier, le tenant toujours sur le poing, l’habitue alors à prendre tranquillement le pat (nourriture) qu’il lui présente de l’autre main, en lui faisant entendre un signal particulier, auquel il obéira par la suite. En même temps , il le promène dans les lieux fréquentés, pour le familiariser avec les personnes étrangères, et aussi avec les chevaux et les chiens, qui seront plus tard ses compagnons de chasse.
Fig. 408 . Chaperon.
rig. /îuy. raueon coille du et tenu au poing.
Si 1 on a allaire à un oiseau récalcitrant, on excite son appétit, pour le rendre plus dépendant ; dans ce but, on lui lait avaler de
OISEAUX
petites pelottes d’étoupes, mélangées d’ail et d absinthe. Les pelottes, nommées cures, ont pour effet d augmenter sa faim ; et le plaisir qu’il éprouve ensuite à manger, l’attache plus étroitement au dispensateur de sa nourriture.
En général , au bout de cinq à six jours de ce traitement , le faucon est complètement introduit (soumis); on peut procéder à l’affaitage, dont ces exercices ne- sont que les préliminaires.
O11 le porte dans le jardin , et on 1 habitue à sauter sur le poing , en lui faisant un appel et lui montrant un morceau de viande , qu’on ne lui abandonne que lorsqu’il a convenablement exécuté la manœuvre. On attache ensuite le pât sur un leurre ou rappel , et l’on procède absolument de la même façon, en tenant l’oiseau ou bout d’une filière , ou ficelle, de dix à quarante mètres de longueur. Le leurre (fig. 410) est une planchette recouverte sur ses deux côtés par les ailes et les pattes d’un pigeon. On découvre le faucon, et on lui montre le leurre à une petite distance, en lui faisant un appel. S’il fond dessus, on lui laisse prendre la viande qui y est attachée. On augmente pio gressivement la distance, en le récompensant, chaque fois, de sa docilité. Lorsqu’il obéit au rappel de toute la longueur de la filière , il est assuré : il connaît alors le leurre , et sait que le pcit qu’il porte lui sera acquis dès qu’il sera revenu au signal de son maître. Le fauconnier pourra donc le réclamer en toute assurance, c’est-à-dire le faire descendre sur le poing, lorsqu il sera dans les airs.
On lui fait ensuite connaître le vif , en le lançant sur des pigeons attachés à une filière ; enfin on complète son éducation en l’habituant à fondre sur le gibier spécial qu’il est destine a
chasser : c’est ce qu’on appelle donner l’escap.
Supposons qu’il s’agisse de la perdrix : on remplace d abord sur le leurre les ailes de pigeon par des ailes de perdrix ; puis on lance successivement le faucon sur des perdrix attachées a une filière et sur des perdrix libres , mais dont on a prealab ement cousu les paupières, pour les empêcher de fuir. Quan
Fig. 410. Leurre pour éducation du Faucon.
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il lie bien sa proie et qu’il se montre obéissant, on le fait voler pour bon.
On dressait autrefois les oiseaux de proie pour sept sortes de vol : pour le milan , le héron , la corneille , la pie , le lièvre ; ensuite pour les champs, c’est-à-dire pour la perdrix, la caille, le faisan; enfin pour les rivières , c’est-à-dire pour le canard sauvage et autres oiseaux d’eau.
La chasse du milan, du héron, de la corneille et de la pie, dont les profits sont absolument nuis , était réputée plaisir de prince, et se faisait au moyen du gerfaut et du faucon. Mais celle des autres oiseaux, dans laquelle l’appât d’une proie comestible avait autant de part que le plaisir des yeux , n’était que plaisir de gentilhomme : on y employait le hobereau, l’émerillon, la crécerelle, l’autour et l’épervier. C’est de là que vient le surnom de hobereaux donné aux gentilshommes campagnards, « parce qu’ils voulaient faire montre de plus de moyens « qu’ils n’avaient, dit Lacurne de Sainte-Palaye, et que, ne » pouvant avoir de faucons , qui contaient fort cher d’achat et « d’entretien, ils chassaient avec le hobereau , qu’ils se pro- « curaient facilement, et qui amenait à leur cuisine perdrix et «■ cailles.
Le vol le plus noble, mais aussi le plus rare , était celui du milan. Nous avons déjà dit, en parlant des rapaces nocturnes, comment, autrefois, on attirait cet oiseau, au moyen d’un grandduc, affublé d’une queue de renard. Il fallait quelque stratagème de ce genre pour aborder le milan, qui se tient à des hauteurs inaccessibles au faucon , même le mieux organisé. Lorsque le milan s’était approché, on lui jetait un faucon, et alors s’engageait entre les deux oiseaux une lutte des plus intéressantes : harcelé par son ennemi, le milan, malgré des détours et des feintes sans nombre, finissait généralement par tomber entre les griffés du faucon, qui l’apportait à son maître.
Le vol du héron présentait moins d’incidents. Cet oiseau se laisse, en effet, assez facilement atteindre , quoiqu’il parvienne quelquefois à s’échapper lorsqu’il n’est pas alourdi par la nourriture; mais il se défend avec énergie, et les coups de son redoutable bec sont souvent mortels pour le faucon. Pour chasser le héron (lig. 411, page 692), il faut un chien qui le lève, et trois faucons : le hausse-pied , qui le fait monter, le
OISEAUX
teneur , qui le suit, et le tombisseur, qui lie. Nous emprunterons à un ancien auteur d’un Traité de Fauconnerie , dÀicussia, le récit d’un vol au héron, qui peint assez bien les péripéties de ce genre de chasse :
« Or marchant d’affection, nous fusmes tost au long des prairies proches de la garenne où ses piqueurs (ceux de M. de Ligné) descouvrent
Fig. 411. Chasse du Héron avec le Faucon, ou vol du Héron.
trois hérons, et le luy viennent aussi tost dire. Prenant résolution de les . ,, nitaciuer le sieur de Ligné me fit la faveur de me donner un ger
RAPAGES.
le Pinson. Gomme les hérons nous sentirent approcher, ils partent de fort loing : ce que voyant, nous jettons lesoyseaux, lesquels tardent longtemps à les aveüer (apercevoir). Enfin un les void et s’y en va. Les deux le suyvent avec telle ardeur et diligence qu’en peu de temps ils furent à eux , et en attaquent un qui se deffendit assez; mais il lut si rudement mené qu’il ne peut rendre grande deffense, et fut pris. Pendant qu’on faisait plaisir aux ojrseaux (pendant qu’on leur donnait la curée), les auties hérons, espouvantez d’avoir veu si mal traicter leur compagnon, montoient toujours et droit au soleil, pour se couvrir de la clairté ; mais on les descouvre, dont M. de Ligné me dit, Je voy là haut deux hérons qui montent, je vous en veux donner un. Sur quoi je respondy, les voyant de telle hauteur, que les oyseaux auraient bien de la peine d’y arriver. Alors il jette son gerfaut. Nous jettons après luy, et les voilà monter à l’envy avec telle ddigence que bien tost nous les vismes presque aussi haut que le héron. Puis ayant fait encore un effort pour lui gaigner le dessus, les voilà qui commencent à le choquer et luy donner des coups si serrez qu’à un instant il s’estonne, et le voyons fondre pour gaigner le bois. Nous picquons après pour mener les lévriers au secours des oyseaux : ce qui ne fut pas mal à propos; car le héron se jette dans un taillis, où nous le prismes en vie, bien qu’il fust osté de la gorge d’un levrier qui ri’eut loisir de l’estrangler ; et faisant plaisir du premier, nous remontons après à cheval pour en voiler encore un autre. »
Le vol de la corneille et celui de la pie étaient fort amusants. Ces oiseaux essayaient d’abord de lutter de vitesse, puis, reconnaissant l’inutilité de leurs efforts, ils se réfugiaient presque toujours dans un arbre, d’où les chasseurs avaient beaucoup de peine à les faire partir, tant les faucons leur inspiraient de terreur.
Pour le vol cle champs et de rivières , on ne jette pas le faucon de poing en fort , c’est-à-dire que le faucon n’attaque pas immédiatement en quittant le poing; on le jette à mont , ou, pour parler le langage vulgaire , on le lance avant que le gibier soit levé. Il plane pendant quelque temps et fond sur la proie que le chien a fait lever. Pour échapper à son tyran, le canard se jette souvent à l’eau; on le fait alors poursuivre à la nage par des chiens, pour le forcer à reprendre son essor. Le lièvre se chasse de la même manière.
La fauconnerie est encore aujourd’hui en honneur dans le nord de l’Afrique et en Asie; c’est la distraction favorite des Arabes. Dans le Sahara, on dresse le faucon, pour chasser le pigeon, la perdrix, la pintade, le lièvre, le lapin et même la gazelle.
En Perse et dans le Turkestan , on ne dresse pas , comme autrefois en Europe, le faucon pour un gibier spécial ; on l’ha-
OISEAUX
bitue à fondre sur toutes sortes de proies. La chasse à la gazelle est aussi très-prisée chez ces peuples. V oici comment ellese lait :
a Les Persans, dit le voyageur Thévenot, ont des gazelles empaillées, sur le nez desquelles ils donnent toujours à mangera ces faucons, et jamais ailleurs. Après qu’ils les ont ainsi élevés, ils les mènent a la campagne, et lorsqu’ils ont découvert une gazelle, ils lâchent deux de ces oiseaux, dont l’un va fondre sur le nez de la gazelle, et s’y cramponne avec ses griffes. La gazelle s’arrête, et se secoue pour s’en délivrer ; l’oiseau bat des ailes pour se retenir accroché, ce qui empêche encore la gazelle de bien courir, et même de voir devant elle. Enfin, lorsque avec bien de la peine elle s’en est défaite, l’autre faucon, qui est en l’air, prend la place de celui qui est à bas, lequel se relève pour succéder à son compagnon lorsqu’il est tombé -, et de 'cette sorte ils retardent tellement la course de la gazelle, que les chiens ont le temps de l’attraper. »
En Égypte , on dresse le faucon pour cette sorte de chasse en le prenant jeune, restreignant sa nourriture et le mettant fréquemment en présence de moutons, sur lesquels il se jette en
affamé, et dont.il dévore les yeux.
La chasse au faucon est aussi très-appréciée dans l’Inde, soit par les indigènes, soit par les ladies des possessions anglaises. Il n’est pas rare de voir de jeunes femmes, ressuscitant les coutumes du moyen âge, s’enfoncer dans les jungles , montées sur des éléphants, et lancer leurs faucons, armés d’éperons de fer, sur la charmante antilope bleue, dont les cris plaintifs, lorsque l’oiseau l’attaque, en la frappant dans les yeux, remplissent l’âme de pitié.
Les oiseaux qui composent le genre Autour diffèrent des faucons par l’absence de dents à la mandibule supérieuie du bec , par leurs tarses, plus longs, par leurs ailes, plus courtes. Aussi leur vol, quoique très-rapide, est-il moins élevé que celui des faucons.5 On les trouve, avec des modifications minimes, dues à l’influence des climats, dans toutes les régions du globe. Ils se nourrissent généralement de petits oiseaux et de reptiles, et, par exception , de très-petits mammifères. Ils se divisent en Autours proprement dits et Êperviers.
11 existe différentes espèces d’autours, toutes caractérisées par des tarses très-robustes, et dont une seule, 1 Autour commun, habite l’Europe.
V Autour commun (fig. 412) n’est pas rare en France. En été, il
RAPAGES.
se lient dans les bois de chênes et de hêtres qui couvrent les montagnes, et se rapproche souvent des habitations, pour enlever les poules et les pigeons. Au commencement de l’automne, il descend dans les plaines, niche à la lisière des glands bois, et de là s’élance sur les perdrix, tétras, ou jeunes levrauts, qui sont le fond de sa nourriture.il poursuit les alouettes, avec une telle ardeur, qu’il tombe souvent dans les pièges tendus à ces innocents passereaux, et qu’il ne s’occupe d en soitii quapiès avoir assouvi sa fureur sanguinaire. Il chasse en rasant la tene et les buissons, qu’il inspecte attentivement. Aperçoit-il une victime, il redouble de prudence, jusqu au moment où il n en est plus qu’à une faible distance. Alors il tombe sur elle à 1 im-
Fig. 4t2. Autour commun.
Fig. 413. Épervier ordinaire.
proviste, et la frappe avant qu’elle ait eu le temps de se reconnaître. Il est aussi grand que le gerfaut; mais, avec autant de ruse et d’adresse, il a moins de courage.
Ce rapace cruel s’apprivoise difficilement; son naturel féroce persiste en captivité. En 1850, un autour de quatre mois, détenu au Jardin botanique de la Société d’histoire naturelle de Savoie,
OISEAUX
tua, à coups de serres et de bec, un milan du môme âge, qui lui tenait compagnie depuis quinze jours, le déchiqueta et le dévora, quoiqu’il fût parfaitement soigné, et n’eût aucunement besoin de ce supplément de nourriture.
L’autour commun se retrouve dans le nord de l’Afrique. Deux autres espèces, Y Autour cle la Caroline et Y Autour de Stanley , habitent l’Amérique septentrionale.
Les Éperviers se distinguent des autours par leurs tarses, beaucoup plus grêles.
L’ Êpervier ordinaire (fig. 413, page 695) est rjépandu dans toute l’Europe. Il est assez commun en France, où il est sédentaire. Il est plus petit, mais a les mêmes mœurs que l’autour. Il est plus hardi encore, car il vient enlever les perdreaux, rougesgorges et mésanges, à la barbe même du berger, qui garde ses troupeaux dans les champs. Il fond même sur les poules et les poulets de nos basses-cours, et les dévore avec tant de conscience et d’attention, qu’au moment où il se livre à ce festin sanguinaire, il est quelquefois possible de l’approcher et de le prendre à la main. Il emporte souvent sa proie sur un arbre, pour la dépecer; on prolite de cette circonstance pour le détruire. Dans les plaines où le gibier abonde, on place des poteaux surmontés d’un piège dans lequel F êpervier se prend lorsqu’il s’avise de s’y poser, pour faire son repas.
L’épervier peut devenir doux et familier, en domesticité. Le docteur Franklin cite l’exemple d’un de ces oiseaux qui vivait en parfaite intelligence avec deux pigeons appartenant à l’un de ses amis , et qui avait su gagner l’affection de tous ceux qui le connaissaient. Il était, dit-il, folâtre comme un jeune chat.
L’Afrique possède deux variétés d’éperviers : Y Êpervier minutie, dont la taille ne dépasse pas celle du merle. Aussi intrépide que son frère d’Europe, quoique moins fort, il inquiète souvent les milans et les buses, et sait se soustraire à leurs coups, par son agilité.
L’ Êpervier chanteur, qui est â peu près de la taille de 1 autour, vocalise auprès de sa femelle, à l’époque de l'incubation. C’est le seul musicien de l’ordre des Rapaces; à ce titre il méritait ici une mention honorable.
Les autours et les éperviers étaient employés â la chasse au
RAPAGES.
vol, de même que les faucons, comme nous l’avons dit dans les pages consacrées à la fauconnerie.
Les oiseaux qui appartiennent au genre Milan sont caractérisés ainsi : bec courbé dès la base et non denté ; tarses courts, faibles, emplumés dans leur moitié supérieure; ailes très-longues; queue longue et plus ou moins fourchue; couleur généralement brune. On en connaît quatre espèces principales, qui diffèrent
peu d’ailleurs les unes des autres.
Le Milan royal (fîg. 1 1 4), ainsi nommé parce qu’il servait aux plaisirs desprincesqui le faisaient chasser par le faucon et même par l’épervier, mesure deux pieds de haut, et n’a pas moins de cinq pieds d’envergure. De tous les Falconidés, c’est celui dont le vol est le plus gracieux, le plus rapide et le plus soutenu .
11 parcourt incessamment la nue, prenant àpeineun instant de repos. Sans doute il ne déploie toute cette activité que pour son agrément personnel, car il ne poursuit jamais sa proie. Dès qu’il l’a aperçue, des hauteurs quelquefois prodigieuses où il plane, il tombe sur elle comme un plomb, la saisit dans ses serres, et va la Fi-- 414- MiIan royal,
dévorer sur un arbre voisin. Sa nourriture consiste en levrauts, taupes, rats, mulots, reptiles, et en poissons, qu’il enlève à la surface de l’eau. Il niche sur les arbres élevés et plus rarement sur les rochers. Il est sédentaire dans quelques parties de la France, et assez répandu dans toute l’Europe.
Le Milan noir est très-commun en Russie. Il a un goût tout particulier pour le poisson. Cependant il ne dédaigne pas de se mêler aux vautours, pour dévorer des charognes, et on le voit rôder sur la ville de Moscou pour engloutir les débris de cuisine jetés dans les rues. En automne, ces milans se réunissent, tra-
versent la mer Noire, et vont passer l’hiver en Égypte, où ils sont
OISEAUX
si familiers qu’ils se posent, dans les villes, sur les fenêtres des maisons; au printemps, ils retournent en Europe.
Le Milan parasite a été ainsi nommé par Levaillant parce qu’il ne vit guère qu’aux dépens de l’homme, soit en dévastant les basses-cours, soit en pillant, avec une impudence rare, les voyageurs qui campent en plein air. Levaillant raconte que lorsqu’il faisait halte, il y en avait toujours quelques-uns qui se posaient sur ses chariots, pour lui voler des morceaux de viande.
« Au Caire, dit le docteur Petit, dans la relation de son voyage en Abyssinie, je vis un jour un milan enlever brusquement des mains d’une femme arabe un morceau de pain convert de fromage, au moment où elle le portait à sa bouche. Au Chizé, en Abyssinie, un autre enleva, sous le nez de mon chien qui les gardait, et qui s’élança en aboyant après lui, les débris d’un mouton que l’on venait de tuer. Maintes fois ils le firent aussi sous les yeux de mes gens, »
Le docteur Petit ajoute que ces oiseaux se réunissent parfois en troupes innombrables; il en a vu plus de quatre mille planer ensemble au-dessus d’un village égyptien.
Le Milan de la Caroline est remarquable par sa queue extraordinairement fourchue, dont il se sert comme d’un gouvernail, pour se diriger dans l’air, et y décrire les courbes les plus élégantes ; de là le nom de naucler (pilote) à queue fourchue , qu’on lui donne quelquefois.
Le milan a le bec et les serres faibles, eu égard à sa taille; aussi évite-t-il, autant que possible, les oiseaux de proie mieux armés que lui. On est parti de là pour lui faite une îéputation de lâcheté: il serait plus juste de dire qu'il a conscience de sa faiblesse : il agit sagement en ne recherchant pas des luttes dont l’issue ne pourrait que lui être fatale.
Cet oiseau s’apprivoise aisément, et si on le prend un peu jeune, il devient assez familier.
Les Buses ont les ailes longues, la tête grosse, le corps trapu, les tarses courts ou médiocres, le bec courbé dès la base; en somme, l’aspect lourd et disgracieux. Elles ne saisissent pas leur proie à tire-d’aile; elles sont trop paresseuses poui se livrer à un exercice aussi violent. Elles préfèrent se mettre en embuscade sur un arbre ou sur une motte de terre, et attendre là, avec patience, qu’une proie passe à leur portée. Elles restent
RAPAGES.
quelquefois ainsi plusieurs heures dans l’immobilité la plus complète, avec un air de stupidité qui est passé en pioverbe, et qui tient autant à leur attitude nonchalante et affaissée qu’à la faiblesse de leurs yeux, très-sensibles à la lumière du jour.
Les buses nichent sur les arbres élevés des grands bois, soit dans les plaines, soit dans les montagnes, ou au milieu des broussailles croissant parmi les rochers. A 1 époque des premières gelées, elles se rapprochent des habitations, pour guetter les volailles; et si elles sont pressées par la faim, elles ne crai-
Fig. 415. Buse commune.
gnent pas de les enlever en plein jour. Elles se nourrissent en général de petits oiseaux, de rongeurs, de serpents, d’insectes, quelquefois de céréales. Elles s’apprivoisent très-facilement. M. Degland en cite une qui vivait en très-bonne intelligence avec un chien de chasse et partageait même sa nourriture avec lui. Buffon parled’une autre qui était tellement attachée à son maître qu’elle ne se plaisait que dans sa compagnie, assistait à tous ses repas, le caressait de la tête et du bec, et venait, tous les soirs, coucher sur sa fenêtre, bien qu’elle jouît de la plus grande liberté. Un jour qu’il se promenait à cheval, elle le suivit à plus de deux lieues, en planant au-dessus de lui.
OISEAUX
Les buses se prêtent aussi avec beaucoup de bonne volonté à l’incubation et à l’éducation des jeunes oiseaux.
M. Yarrel raconte que, dans la ville d’Uxbridge, en Angleterre, une buse domestique ayant manifesté le besoin de construire un nid, on lui en fournit le moyen, puis on plaça sous elle deux œufs de poule. Elle les couva, les fit éclore et éleva les jeunes poussins, comme s’ils eussent été ses propres enfants. Pour lui éviter l’ennui de couver, on mit un jour dans son nid des poulets naissants ; mais elle les tua tous, parce qu’elle n’avait pas fait à leur égard acte de maternité.
Les principales espèces de buses sont: la Base commune (tig.klb, page 699), très-répandue dans toute l’Europe, et sédentaire en France. Très-commune autrefois en Angleterre, elle y est devenue fort rare depuis quelques années; - la Buse bovdrêe, qui habite l’Europe orientale ; elle est très-friande d’abeilles et de guêpes, et en fait sa principale nourriture; elle mange aussi du froment ; à l’état domestique, elle s’accommode même fort bien des fruits; — la Buse pied-de-lièvre, vulgairement Buse pattue, ainsi nommée à cause des plumes qui lui couvrent les tarses jusqu’aux doigts, habile l’Europe, le nord de l’Afrique, l’Asie et l’Amérique.
Les oiseaux qui appartiennent au genre Busard sont caractérisés par des tarses longs et minces, revêtus de plumes à leur partie supérieure seulement, et par une sorte de collerette formée de plumes serrées, qui entourent le cou , et s’étendent de chaque côté jusqu’aux oreilles. Us habitent les plaines marécageuses et les bois situés à proximité des rivières. Bien diflérents en cela de la plupart des Falconidés , ils nichent à terre, ou très-près de terre, dans les broussailles et les moissons. Ils cherchent leur proie en rasant le sol, et la saisissent par surprise ; si elle leur échappe, ils ne la poursuivent pas. Nous en possédons deux espèces en Europe: le Busard Soubuse, et le Busard Montagu.
Le Busard Soubuse, vulgairement Soubuse , oiseau Saint-Martin , est haut de quarante-cinq centimètres environ. Il habite toutes les contrées de l’Europe, et se nourrit de petits oiseaux, de rongeurs, de reptiles, de grenouilles; lorsqu il peut pénétrer dans les colombiers et les basses-cours, il cause de grands ravages parmi les pigeonnaux et les poulets.
RAPAGES.
Le Busard Monlagu (fig. 416) se nourrit principalement de sauterelles. M. Barbier-Montault, qui a beaucoup observé ces oiseaux, dit qu’il en a ouvert une cinquantaine, et qu’il a toujours trouvé dans leur estomac une grande quantité de sauterelles, à l’exclusion de tout autre aliment.
Ces rapaces aiment à voler et s’élèvent souvent à de grandes hauteurs ; après quoi, ils reviennent à leur point de départ en faisant force culbutes. Lorsque les couvées sont terminées, ils se réunissent quelquefois par centaines, pour passer la nuit
Fig. 410. Busard Montagu.
dans le voisinage des marais ; et il est alors très-facile de les tuer.
Nous citerons encore, parmi les espèces de ce genre : — le Busard grenouillard , qui habite l’Afrique méridionale, où il se nourrit surtout de grenouilles et de poissons ; — le Busard des marais , qu’on trouve en Europe et dans le nord de l’Afrique ; — le Busard cendré , qui se rencontre dans l’extrême sud de l’Amérique; il vole avec beaucoup d’aisance : aussi est-il toujours en mouvement; il ne se repose que pour happer sa proie; il est très-sauvage, et ne se laisse approcher que pendant son repas.
Les Caracaras sont un genre d’oiseaux qui forment une tran-
OISEAUX
sition entre les Falconidés et les Yulturidés. ils ont, en ell'et, comme les vautours, le jabot saillant, les yeux à fleur de tète, la tête en partie dénuée de plumes, les doigts longs, surtout le médian, les ongles peu arqués. ‘Comme les vautours, ils ont un goût prononcé pour les charognes et les immondices. Ils n’en l'ont cependant pas leur nourriture exclusive ; ils prennent, à l’occasion, depetits mammifères, dejeunes oiseaux, des reptiles, des mollusques, des sauterelles et même des vers : aussi peuton dire qu’ils sont polyphages. Ils sont essentiellement marcheurs ; la faible courbure de leurs ongles leur rend du reste cet exercice facile ; il n’est pas rare de les voir se promener à pas lents, pendant un temps quelquefois fort long.
Leur nom leur vient du cri qu’ils poussent en élevant la tête et la renversant sur le dos. Ils sont propres à l’Amérique, où on les trouve à toutes les latitudes et à toutes les altitudes. Ils présentent cependant quelques différences suivant les régions qu’ils habitent sur un espace aussi étendu. Chaque espèce s’immobilise dans une zone qui lui est spéciale. C’est ainsi que le Caracara commun se rencontre partout depuis les terres australes jusqu’aux contrées les plus chaudes, mais seulement à une faible altitude, en compagnie du Caracara chimango; tandis que les sommités des Andes sont habitées par le Caracara montagnard,, et que le Caracara chimachina se tient dans les plaines brûlantes d’entre les tropiques.
Le caracara (principalement l’espèce commune , et le chimango) se distingue des autres Falconidés par une familiarité excessive ; il recherche partout le voisinage de l’homme. Mais on aurait tort de lui savoir grè d’un rapprochement dans lequel l’affection n’a aucune part : l’égoïsme et l’intérêt le poussent seuls à agir ainsi, et en font le plus souvent un parasite incommode. 11 n’aime l’homme que parce qu’il se nourrit à ses dépens, soit en dévorant les débris de ses repas, soit en égorgeant ses poulets dans les basses-cours, soit en s’emparant du morceau de viande que l’indigène fait sécher au soleil. 11 ne lui est utile que par un seul côté : sa prédilection pour les cadavres et les immondices, qu’il dispute aux vautours avec acharnement. Il suit surnoisement le chasseur, et lui dérobe son gibiei s il ne le ramasse prestement. 11 accompagne les caravanes àtraveis les plaines immenses , dans l’espoir que quelque animal tom-
RAPAGES.
bera en route et qu’il pourra s’en repaître; il harcèle les chevaux et les mulets blessés par le bât, et, s’attachant avidement à leurs plaies, il dévorerait ces animaux , pour ainsi dire tout vivants, s’ils n’avaient l’esprit de se rouler par terre. Il s’établit près des troupeaux de moutons , et s’il peut tromper la surveillance du berger, il se précipite sur la brebis qui vient de
Fig. 4i7. Caracara noir.
mettre bas, déchire le cordon ombilical, et dévore, avec une affreuse joie, les entrailles du nouveau-né.
Conliant dans sa force, il poursuit fréquemment les autres oiseaux, notamment les vautours et les mouettes, pour leur faire dégorger les aliments qu’ils viennent de prendre, et livre même à ceux de son espèce des combats sanglants pour la possession d’une proie. Gontrairement à la plupart des animaux libres, il s’accouple toute l’année, sans faire cependant plus d’une ou deux couvées par an. Il place son nid dans les endroits touffus, et sa ponte se compose de deux œufs.
Outre les quatre espèces que nous avons mentionnées, on
OISEAUX
connaît le Caracara funèbre , ainsi nommé à cause de sa livrée, presque entièrement noire. Il est plus pillard encore que les précédents, et habite les rivages des régions australes : la Terre de Feu, les îlesMalouines, la Terre de Van-Diémen, la Nouvelle- Zélande, etc.
Famille des Vulturidés. — Les Vulturidès forment une famille très-naturelle, qui se distingue facilement de celle des Falconidés par les caractères suivants : bec droit dans presque toute sa longueur, recourbé seulement à son extrémité ; tête et cou ordinairement dénués de plumes et revêtus de duvet ; yeux petits et à fleur de tête; tête peu volumineuse; tarses généralement nus; doigts courts ; ongles faibles et peu arqués; ailes très-longues. Us s’en distinguent encore par l’habitude qu’ils ont de se tenir presque horizontalement, soit qu’ils se reposent, soit qu’ils marchent; tandis que les Falconidés se redressent davantage et ont un port plus noble. Ils affectionnent cette attitude, probablement à cause de la longueur de leurs ailes, qui, même en cet état, balayent la terre et traîneraient bien davantage s’ils n’usaient de cette précaution. Us sont enfin caractérisés par leur goût tout particulier pour la chair putréfiée, dont ils font presque exclusivement leur nourriture, car ils n’attaquent que fort rarement des proies vivantes.
Lorsqu’ils sont repus, leur jabot, gonflé par les aliments, forme sur le devant du cou une saillie volumineuse ; une humeur fétide coule de leurs narines, et ils restent plongés dans un engourdissement stupide, jusqu’à l’achèvement de la digestion.
Us volent lourdement, mais s’élèvent à des hauteurs prodigieuses. Un cadavre apparaît-il dans la plaine, ils l’aperçoivent aussitôt, et descendent, en tournoyant, pour le déchiqueter. On a voulu expliquer leur arrivée si prompte auprès des cadavres, alors même que l’œil de l’homme le plus exercé n’en distingue pas un seul à plusieurs lieues à la ronde, et l’on a supposé que leur organe olfactif est assez sensible pour aspirer, à dépareilles distances , les émanations qui s’échappent des corps en décomposition. Mais, dans ces derniers temps, certains observateurs ont combattu cette ancienne théorie : selon eux, les Vulturidés ne sentent pas les corps morts, il les voient. La clarté ne s’est pas encore faite sur cette question. Nous croyons donc
RAPAGES.
prudent de nous abstenir d’un jugement absolu et d’admettre que la vue et l’odorat concourent ensemble au résultat constaté, soit que ces deux sens s’exercent avec la même puissance, soit que l’un d’eux prédomine sur l’autre.
Les Vulturidés exhalent une odeur infecte, due à leur genre spécial de nourriture ; aussi leur chair ne saurait-elle jamais être utilisée comme aliment. Cette famille comprend quatre genres principaux : les Gypaètes , les Sarcoramphes, les Cathartes et les Vautours.
Les Gypaètes (vautours-aigles) forment, comme leur nom l’indique, un genre intermédiaire entre les aigles et les vautours. Quoiqu’ils aient, en effet, comme les autres Vulturidés, les yeux petits et à fleur de tête, les serres peu robustes et le jabot saillant pendant la digestion, ils se rapprochent des aigles par leurs tarses emplumés, ainsi que la tête et le cou, et par leur préférence pour les proies vivantes qu’ils attaquent assez volontiers. Nous compléterons leur portrait en disant qu’ils ont le bec très-fort et renflé vers la pointe.
Le Gypaète barbu, décrit par BufFon sous le nom de Vautour dore, doit son nom à une touffe de poils roides, qu’il a sous le bec ; c’est l’unique espèce du genre. Il habite les plus hautes montagnes de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Son aire, établie dans les rochers les plus inaccessibles, présente des dimensions considérables. C’est le plus grand des rapaces de l’ancien continent : il atteint jusqu’à cinq pieds de long et mesure ordinairement neuf à dix pieds d’envergure. Il dépasse même quelquefois ces limites, car on en tua un pendant notre expédition d’Égypte, devant Monge et Bertholet, qui l’ont attesté, qui avait quatorze pieds d’envergure.
Le gypaète est doué d’un vol puissant et d’une très-grande force musculaire : il n’est donc pas étonnant qu’il attaque des animaux d’assez grande taille, tels que veaux, agneaux, daims, chamois, etc., et qu’il parvienne à les terrasser. Pour arriver à. ses lins, il use d un artifice particulier, qu’emploie également l’aigle. Il attend que sa proie soit isolée sur le bord d’un précipice, et s élançant alors contre elle, il la frappe sans relâche de la poitrine et de 1 aile, jusqu’à ce qu’elle tombe dans l’abîme, où il la suit et la dévore.
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On assure qu’il se rue parfois sur des hommes endormis, et qu’il ose même manœuvrer contre les chasseurs de chamois, pour leur faire perdre l’équilibre dans les passages dilliciles. Mais on ne saurait admettre qu’il enlève des agneaux et même des enfants dans son aire. La faiblesse de ses serres ne lui permet pas de lier une proie un peu lourde ; il est obligé de la déchirer et de s’en repaître à terre.
Il ne peut donc emporter les enfants ; seulement il les attaque quelquefois, comme le prouvent les deux faits suivants.
En 1819, deux enfants furent dévorés par des gypaètes dans les environs de Saxe-Gotha, si bien que le gouvernement mit à prix la tête de ces cruels ravisseurs. M. Crespon, dans son Ornithologie du Gard, rapporte le second fait :
« Depuis plusieurs années, dit-il, je possède un gypaète vivant qui ne montre pas un grand courage envers d’autres gros oiseaux de proie habitant avec lui, mais il n’en est pas de même pour les enfants, contre lesquels il s’élance en étendant les ailes et en leur présentant la poitrine comme pour vouloir les en frapper. Dernièrement, j’avais lâché cet oiseau dans mon jardin. Épiant le moment où personne ne le voyait, il se précipita sur une de mes nièces, âgée de deux ans et demi, et 1 ayant saisie par le haut des épaules, il la renversa par terre. Heureusement que ses cris nous avertirent du danger qu’elle courait; je me hatai de lui porter secours. L’enfant n’eut que la peur et une déchirure à sa robe. »
Ce n’est que dans les cas de faim extrême, et lorsqu’il manque totalement de proies vivantes, que le gypaète se nourrit d’animaux morts.
Ce rapace montre un certain courage pour la defense de ses petits. Le chasseur de chamois, Joseph Scherrer, étant monte jusqu’à une aire, pour dénicher les petits, eut à soutenir, apres avoir tué le mâle, une lutte si furieuse contre la femelle, qu il eut toutes les peines du monde à se dégager. Il ne put y parvenir qu’en saisissant son fusil, qui lui permit de foudroyer 1 oiseau 11 revint de son expédition avec de profondes blessures.
L’esprit d’association existe peu chez les gypaètes ; c’est la, du reste, un fait commun à tous les animaux que la nature a doues d’une certaine supériorité physique, car les faibles seuls mettent en pratique cette maxime : « l’union fait la force. » s \n cn isolément par paires; on les voit rarement réunis en nombre-
Les gypaètes étaient autrefois beaucoup plus répandus er Europe qu’ils ne le sont aujourd’hui; cela tient a la grande
RÂPAGES.
destruction qu’on en a faite dans le siècle dernier. De nos jours encore, on encourage la chasse de cet oiseau, en accordant une prime pour chaque individu tué. La ponte de la femelle étant fort limitée (deux œufs seulement), on ne doit pas s’étonner de voir diminuer très-notablement l’espèce.
Chez les oiseaux qui appartiennent au genre Sarcoramphe , la base du bec est garnie d’un collier de longues plumes et le bec est surmonté d’une crête charnue, épaisse et festonnée; ils tirent leur nom dé cette particularité d’organisation, car Sarcoramphe veut dire bec charnu.
Ce genre ne comprend que deux espèces : le Sarcoramphe condor et le Sarcoramphe pape.
Par sa taille, par la puissance et l’étendue de son vol, le Condor (de Cuntur, en langue péruvienne), vulgairement nommé le Grand Vautour des Andes, est l’espèce la plus remarquable de la famille des Vulturidés. Son plumage est d’un bleu foncé tirant sup le noir ; sa collerette, qui occupe seulement le derrière et les côtés du cou, est faite d’un duvet éblouissant de blancheur. Sa crête, taillée en biseau, est cartilagineuse, de couleur bleuâtre, et se prolonge sur les côtés du cou par deux cordons charnus. Enfin, il porte deux appendices charnus sur le devant du cou, à la hauteur de la collerette. Le mâle seul est doué de ces excroissances ; la femelle a la tête et le cou nus et d’une couleur brunâtre. Les ailes sont aussi longues que la queue ; elles ont de dix à douze pieds de développement total ; la longueur du corps, depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, est de lm,20 en moyenne. i
Le condor habite principalement le versant occidental de la chaîne des Andes, dans la Bolivie, le Pérou, le Chili, et à toutes les altitudes , depuis les sables brûlants des bords de la mer, jusqu’aux solitudes glacées des neiges éternelles. De llumboldt et Bonpland observèrent constamment des condors autour d’eux, dans leurs explorations des Andes, à 4800 mètres au-dessus du niveau de la mer. D’Orbigny en a vu jusque sur le sommet de Flllimani, à 7500 mètres de hauteur, et il en a souvent rencontré sur les côtes du Pérou et de la Patagonie , cherchant leur nourriture parmi les débris de toutes sortes, que rejetaient les vagues sur le rivage.
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Ainsi ces oiseaux supportent des différences de température que l’homme ne pourrait braver: à six mille mètres, en effet, l’air est tellement raréfié et le froid si intense, que nulle créature humaine n’est capable d’y vivre pendant un certain temps.
Le condor passe la nuit près des neiges, dans une anfractuosité de rocher. Dès que le soleil vient dorer la cime de la montagne, il redresse son cou, jusque-là enfoncé entre les épaules, sort de sa retraite , et, agitant ses vastes ailes , il s’élance dans l’espace. Entraîné d’abord par son propre poids, il reprend bientôt possession de lui-même, et parcourt les plaines de l’air avec une aisance et une ampleur majestueuses. Des battements presque imperceptibles le conduisent dans toutes les directions : tout à l’heure il rasait la surface du sol . le voici maintenant dans la nue, à mille mètres plus haut. De ces hauteurs il domine les deux océans , et s’il n’est plus visible pour les habitants de la terre, leurs moindres mouvements ne sauraient, au contraire , échapper à sa vue perçante. Tout a coup, il aperçoit une proie; et repliant en partie ses ailes, il se précipite sur elle, avec une rapidité foudroyante.
Quoique doué d’aussi puissants moyens d’action , le condor n’attaque jamais les animaux vivants, à moins qu’ils ne soient tout jeunes , affaiblis ou malades. Il préfère les charognes et les immondices. Les récits de certains voyageurs concernant l’audace de cet oiseau sont donc controuvés. Il est inexact de dire qu’il se jette sur l’homme , puisqu’un enfant de dix ans, armé d’un bâton, suffit pour le mettre en fuite. On a prétendu que le condor enlève des agneaux, de jeunes lamas et même des enfants : cette assertion ne résiste pas à l’examen, car le condor, comme tous les Vulturidés , a les doigts courts et les ongles non rétractiles; il lui est donc radicalement impossible de saisir et
d’emporter un proie un peu lourde.
Ce qui n’est pas contestable, c’est qu’il rôde autour des troupeaux de vaches et de brebis, et qu’à l’exemple des caracaras , jl se précipite sur ces animaux nouveaux-nés, pour les dévorer. Il accompagne aussi les caravanes qui traversent les plaines arides de l’Amérique méridionale. Si quelque malheureux âne, exténué de fatigues et de privations , tombe sur la route, sans force pour aller plus loin, il devient la proie de ces brigands ailés, qui le dévorent en détail, lui faisant souffrir mille morts.
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M. de Castelnau, qui a observé les condors dans les Andes, dit à ce propos:
« On a vu des voyageurs, affaiblis par la fatigue et la souffrance, tomber à terre et être aussitôt attaqués, harcelés et déchirés par ces oiseaux féroces qui, tout en arrachant des lambeaux de chair à leurs victimes, leur fracassent les membres à coups d’ailes. Les malheureux résistent bien quelques instants; mais bientôt des débris ensanglantés restent seuls pour annoncer aux voyageurs qui passeront encore la mort horrible de ceux qui les ont précédés dans ces passages dangereux. »
Fig. 418. Condor.
Le condor possède une vitalité extraordinaire. De Humboldt raconte qu’il lui fut impossible d’étrangler un de ces oiseaux, et qu’il n’en put venir à bout qu’à coups de fusil.
OISEAUX
Lorsque le condor s’est gorgé de viande, il est lourd et peut à peine s’envoler. Les Indiens, qui connaissent cette particularité, la mettent à profit pour détruire une engeance qui leur est si préjudiciable. Ils attirent les condors, au moyen d une charogne placée en évidence. Lorsque ces rapaces sont bien repus, ils les poursuivent à cheval, les enveloppent de leur redoutable lasso et les assomment à coups de bâtons.
Les condors ne se réunissent que pour dévorer quelque ani-
Fig. 419. Sarcoramphe pape,
ou Roi des Vautours.
mal de grande taille. Après le repas, ils se séparent, et vont digérer, a l’écart, dans un creux de rociier. Ils ne construisent pas de nid; la femelle dépose deux œufs dans les crevasses des montagnes et des falaises. L’éducation des petits dure plusieurs mois ; les parents les nourrissent en dégorgeant dans leur bec
RAPAGES.
les aliments qu’ils tiennent en réserve dans leur jabot, et tous les Vulturidés font de même.
Le condor s’apprivoise difficilement; la captivité accroît encore sa sauvagerie. DeHumboldt en garda un pendant huit jours, à Quito, et il déclare qu’il était dangereux de s’en approcher.
Le Sarcoramphc pape (fîg. kl 9) se distingue du condor pai son collier, qui est entier et d’une couleur bleu-ardoisé, ainsi que pai sa crête, qui est orangée et n’occupe que le dessus du bec. Loin de se tenir, comme le précédent, dans les lieux arides et découverts, il habite les plaines et les collines boisées, il établit son nid dans les excavations des vieux arbres. Ses mœurs sont, d’ailleurs, les mêmes que celles du condor. On 1 a surnommé le roi clés vautours , parce que les autres vautours le redoutent, et s’éloignent lorsqu’il s’abat sur une proie qu’ils s’étaient appropriée. On le trouve au Mexique, à la Guyane, au Pérou, au Brésil et au Paraguay. Chez cette espèce, la femelle possède une crête, comme le mâle.
Les Cathartes ont le bec grêle et allongé, la tête et le cou nus, les narines oblongues et percées de part en part, les ailes obtuses, dépassant très-peu la queue. Leur nom fait allusion à leur goût marqué pour la chair putréfiée : Catharte veut dire en effet, qui purifie. On en connaît quatre espèces': Y Urubu et Y Aura qui habitent l’Amérique ; le Catharte percnoptère et le Catharte moine. propres à l’ancien continent.
L’Urubu est de la taille d’un petit dindon. Son plumage, d’un noir brillant, lui donne un air de croque-mort, que justifient pleinement ses dégoûtantes habitudes. Éminemment sociable, on le rencontre toujours en troupes nombreuses. Comme tous les oiseaux qui vivent de matières corrompues, il est le commensal assidu de l’homme, qu’il accompagne dans toutes ses pérégrinations. Il a même conquis droit de cité dans la plupart des grandes villes de l’Amérique méridionale. On le voit circuler dans ces villes, pour ainsi dire à l’état domestique, et s’y multiplier dans des proportions toujours croissantes, sous la protection des lois. Au Pérou, en effet, il est défendu de tuer un urubu, sous peine d’une amende de 250 francs. La même défense existe à la Jamaïque.
On comprendra de telles immunités, lorsqu’on saura que les
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urubus sont seuls chargés, dans ces pays, de débarrasser la voie publique des détritus de toutes sortes, qui ne manqueraient pas d’infecter l’air, sous l’influence d’une température élevée, et qui engendreraient des épidémies continuelles. Ces rapaces sont donc les conservateurs de l’hygiène et de la salubrité générales : à ce titre ils sont éminemment utiles, et l’on s’explique qu’ils soient placés sous la sauvegarde des lois, malgré leur aspect repoussant et leur odeur immonde.
« La familiarité des urubus est extrême, dit Alcide d’Orbigny : j’en ai vu, dans la province de Mojos, lors des distributions de viande faites aux Indiens, leur en enlever des morceaux au moment où ils venaient de les recevoir. A Conception de Mojos , au moment d’une de ces distributions périodiques, un Indien me prévint que j’allais voir un urubu des plus effrontés, connu des habitants parce qu’il avait une patte de moins. Nous ne tardâmes pas, en effet, à le voir arriver et montrer toute l’effronterie annoncée : on m’assura qu’il connaissait parfaitement l’époque de la distribution, qui a lieu tous les quinze jours dans chaque mission; et la semaine suivante étant à la mission de Magdalena, distante de vingt lieues de celle de Conception, à l’heure même d’une distribution semblable, j’entendis crier les Indiens, et je reconnus l’urubu boiteux qui venait d’arriver. Les curés des deux missions m’ont affirmé que cet urubu ne manquait jamais de se trouver aux jours fixés dans l’une et dans l’autre : ce qui dénoterait dans l’urubu un instinct très-élevé, joint à un genre de mémoire rare chez les oiseaux. »
Suivant qu’il habite la campagne ou la ville, l’urubu passe la nuit sur les grosses branches des arbres, ou sur les toits des maisons. Le matin, dès l’aube, il se met en quête de sa nourriture, et, décrivant de grands cercles dans les airs, il explore les environs. S’il aperçoit un cadavre, il le dépèce gloutonnement. Mais d’autres urubus ont vu ses mouvements ; et bientôt il en arrive des milliers, pour prendre part à ce festin funèbre. Ce sont alors des rixes et des combats, où le droit du plus fort triomphe toujours. En peu d’instants, le cadavre est dévoré : il n’en reste plus qu’un squelette, si bien nettoyé, qu’un anatomiste ne pourrait mieux opérer. Les urubus vont ensuite se peicbei aux en virons, et là, le cou rentré entre les épaules, les ailes étendues, ils digèrent tranquillement les aliments dont ils viennent de se
gorger.
Si les urubus, comme la plupart des Yulturidés, ouvrent ainsi leurs ailes, quoiqu’en repos, pendant des heures entières,
RAPAGES.
c’est qu’ils exhalent de leur corps une sorte de sueur graisseuse dont l’air active l’évaporation : d’où résulte pour eux un sentiment de fraîcheur.
La répugnance qu’ils inspirent, malgré les services qu ils rendent à l’homme, fait qu'on n’élève guère les urubus en domesticité. Cependant d’Orbigny en a vu plusieurs complètement apprivoisés, et a constaté qu ils sont capables d affection. Un créole en avait un, raconte ce naturaliste, qu’il avait élevé et qui l’accompagnait partout. Aune certaine époque, son maître étant
Fig. 420. Urubu.
tombé malade, l’oiseau devint triste; un jour, la chambre du malade étant restée ouverte, il vola' auprès de lui, et lui témoigna par ses caresses sa joie de le revoir.
Le Catharte aura habite les mêmes régions que l’espèce précédente, mais il se montre un peu plus au nord, car on en rencontre jusqu’en Pensylvanie. 11 est à peu près de la même taille que l’urubu, et son genre de vie est absolument semblable; il est seulement un peu moins sociable. Comme l’urubu, il est protégé par les lois : au Pérou, le meurtrier de l’aura est puni
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d’une amende de cinquante piastres; à Cuba, le coupable est excommunié.
Le Catharte percnoptère est à l’ancien continent ce que l’urubu et l’aura sont au nouveau. Il est très-commun en Grèce, en Turquie, et surtout en Égypte et en Arabie. A Constantinople et dans les villes d’Égypte, il est chargé, comme ses congénères, d’enlever toutes les matières putrescibles que l’incurie et l’apathie des habitants laissent séjourner dans les rues. Aussi est-il fort respecté ; et bien que la loi n’édicte aucune peine contre celui qui tue un de ces oiseaux, les percnoptères n’en jouissent pas moins de la plus grande sécurité au milieu des populations musulmanes.
Ces oiseaux étaient connus des anciens, qui leur avaient donné le nom de Percnoptères à cause de leurs ailes noires. Les Égyptiens les rangeaient parmi les animaux sacrés , et on les trouve souvent représentés sur leurs monuments, comme un symbole religieux. Ils suivent par troupes les caravanes dans le désert, parce qu’ils en retirent toujours quelque profit; et, comme ils accompagnent aussi les pèlerins qui se rendent à La Mecque, il se trouve chaque année de fervents musulmans qui lèguent de quoi entretenir un certain nombre de ces oiseaux fidèles à la foi musulmane.
Le Catharte est de la taille d’une poule, d’où le nom de Poule de Pharaon , sous lequel il est désigné en Égypte. Quoique peu porté pour les proies vivantes, il attaque quelquefois de petits animaux incapables de fuir ou de se défendre. Le grand corbeau est pour lui un adversaire dont il reconnaît la supériorité, car il ose rarement lui résister.
Le Catharte moine doit son nom à la couleur de sa livrée, qui est brune comme la robe de certains moines ; il habite le Sénégal. Ses mœurs ne présentent d’ailleurs aucune particularité remarquable.
Les Vautours proprement dits ont la tète et le cou nus , et le cou garni à sa base d’un collier de plumes, les narines rondes ou ovales, les tarses nus ou emplumés dans leur partie supérieure, le doigt médian très -long, les ailes pointues, traînant jusqu’à terre. Leur vol, quoique puissant, est lent et pesant, ils prennent difficilenent leur essor, et c’est là ce qui leur a valu
RAPAGES.
leur nom (Vultur : volatus t ardus, vol tardif). Amateurs forcenés de viande corrompue, ils se nourrissent peu de chair fraîche, bien qu’ils ne la dédaignent pas absolument; aussi n’attaquentils guère les animaux vivants.
Buffon a marqué le vautour d’un stygmate d’infamie qui restera longtemps attaché à son nom :
« Les vautours, dit-il, n’ont que l’instinct de la basse gourmandise et de la voracité ; ils ne combattent guère les vivants que quand ils ne peuvent s’assouvir sur les morts. L’aigle attaque ses ennemis ou ses victimes corps à corps ; seul il les poursuit, les combat, les saisit : les vautours, au contraire, pour peu qu’ils prévoient de résistance, se réunissent en troupes comme de lâches assassins, et sont plutôt des voleurs que des guerriers, des oiseaux de carnage que des oiseaux de proie ; car, dans ce genre, il n’y a qu’eux qui s’acharnent sur les cadavres au point de les déchiqueter jusqu’aux os : la corruption, l’infection les attire au lieu de les repousser, s Et plus loin : « Dans les oiseaux comparés aux quadrupèdes, le vautour semble réunir la force et la cruauté du tigre avec la làchété et la gourmandise du chacal. »
Notre grand naturaliste a calomnié le vautour. En le peignant sous d’aussi noires couleurs, il a voulu l’opposer à l’aigle, qu’il avait présenté comme la plus haute expression du courage et de la noblesse , et il a évidemment cédé à l’attrait d’établir un parallèle et comme un violent contraste entre ces deux oiseaux. Ce contraste devait , en effet, séduire l’esprit de Buffon, souvent plus amoureux de la forme que du fond.
Le vautour recherche les cadavres parce qu’il les préfère aux proies vivantes, et s’il n’attaque pas les animaux vivants, comme le font d’autres Fig. 421. vautour occipital,
rapaces, c’est qu’il n’est pas armé et organisé pour cette attaque. Il obéit à sa nature irrésistiblement, fatalement : on ne peut voir là aucun sentiment de lâcheté. Il serait vraiment temps d’en finir avec ces vieilles formules de rhétorique des anciens naturalistes,
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qui sont en continuel et complet désaccord avec la science et l’observation.
Le genre Vautour comprend plusieurs espèces, qui toutes appartiennent à l’ancien continent.
Le Vautour fauve, ou Griffon (ûg. 422), dont la taille égale celle de l’oie, habite surtout le sud et le sud-est de l’Europe : il est commun dans les Pyrénées, les Alpes, la Sardaigne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie et l’Espagne; on le voit rarement en France. Il
Fig. 422. Vautour fauve.
niche dans les fentes des rochers les moins accessibles. Quand la laim le presse , il ne craint pas d’attaquer les animaux vivants il est même très-redouté des pâtres du littoral méditerranéen, à cause des ravages qu’il fait parmi leurs troupeaux. Il s apprivoise facilement, lorsqu’il est pris très-jeune; M. Nordmann en cite un exemple :
a Une dame résidant à Taganrog possédait, dit-il, un vautour famé qui, chaque matin, quittait son gite, établi dans une cour, pour se rendre
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au bazar où l’on vend de la viande fraîche, et où il était connu et habituellement nourri. Dans le cas où on lui refusait sa pitance, il savait fort bien se la procurer par la ruse; puis, avec son larcin, il se sauvait sur le toit de quelque maison voisine, pour le mangée en paix et hors de toute atteinte. Souvent il traversait la mer d’Azow, pour se rendre dans la ville de ce nom, située vis-à-vis de Tanganrog; et, après avoir passé toute la journée dehors, il s’en revenait coucher à la maison. »
Le Vautour Arrian ou cendré est un peu plus gros que le vautour fauve. Il est commun dans les Alpes, les Pyrénées, le Tyrol, l’Archipel grec et aussi dans le sud de l’Espagne, l’Égypte et une grande partie de l’Afrique. A l’automne, il quitte les régions tempérées, pour aller hiverner dans les contrées chaudes. M. Degland et M. Bouteille citent des exemples d’intelligence et de courage donnés par cet oiseau : on a vu un Vautour cendré faire reculer des chiens qui voulaient le mordre; un autre qui s’était enfui de chez son maître, blessa grièvement deux hommes attachés à sa poursuite. Les bergers le craignent plus que l’espèce précédente.
Le Vautour Oricou habite les hautes montagnes de l’Afrique. Il porte une crête charnue qui, naissant près de chaque oreille, descend le long du cou, et de laquelle il tire son nom. Levaillant, qui l’a souvent observé en Afrique, a plus d’une fois constaté sa voracité. Un jour qu’il avait tué deux buffles et qu’après les avoir fait dépecer, il faisait sécher au soleil les quartiers de viande, il fut assailli par une bande d’oricous et d’autres vautours qui enlevèrent les morceaux de chair, malgré les nombreuses balles dont on les accueillit. Un autre jour, ayant tué trois zèbres à quelque distance de son camp, il était allé chercher un chariot pour les emporter ; il ne trouva au retour que les carcasses des trois quadrupèdes, autour desquelles voltigeaient encore un millier de vautours.
L’oricou est d’assez grande taille; il atteint un mètre cinquante centimètres de long et mesure jusqu’à trois mètres d’envergure. Il établit son aire au milieu de rochers escarpés, et il est fort difficile de s’en approcher.
Il existe trois autres espèces de vautours, de mœurs tout à fait semblables à celles des précédentes, et qu’il nous suffira de nommer. Ce sont : le Vautour a calotte, qui habite l’ouest et le nord de l’Afrique; — le Vautour moine , qui se trouve en Afri-
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que et aux Indes; — le Vautour indien, qu’on rencontre dans l’Inde, à Java et à Sumatra.
Famille des Serpentàridês. — Cette famille ne comprend qu’une seule espèce , le Serpentaire huppé , qui par son organisation spéciale se rapproche des Échassiers.
Le Serpentaire a le bec largement fendu, très-crochu et très-fort; l’arcade sourcilière saillante; les jambes emplumées; les tarses fort longs et recouverts, ainsi que les doigts, d’écailles larges et résistantes. La queue est étagée , et les deux pennes médianes sont beaucoup plus longues que les autres. Les ailes, courtes et munies de protubérances osseuses, constituent des armes meurtrières, dont cet oiseau se sert avec adresse pour terrasser les serpents qui font la base de sa nourriture. Il porte à l'occiput une longue huppe, qu’il peut hérisser à volonté, et qui lui a fait donner le nom de Secrétaire, par allusion à l’habitude des hommes de bureau, de placer leur plume derrière l’oreille, au temps où l’on se servait, pour écrire, de plumes d’oie, et non de morceaux d’acier; Il a les doigts courts, les ongles émoussés et disposés pour la marche ; aussi court-il très-rapidement, d’où le nom de Messager , sous lequel on le désigne aussi quelquefois.
Rien déplus curieux que la lutte d’un secrétaire avec un serpent. Le reptile attaqué s’arrête, se redresse contre son ennemi, gonfle son cou, et marque sa colère par des sifflements aigus.
« C’est dans cet instant, dit Levaillant, que l’oiseau de proie, développant l’une de ses ailes, la ramène devant lui, et en couvre, comme d'un égide, ses jambes, ainsi que la partie inférieure de son corps. Le serpent attaqué s’élance ; l’oiseau bondit, frappe, recule, se jelte en arrière, saute en tous sens d’une manière vraiment comique pour le spectateur, et revient au combat en présentant toujours à la dent venimeuse de son adversaire le bout de son aile défensive; et pendant que celui-ci épuise sans succès son venin à mordre ses pennes insensibles, il lui détache, avec l’autre aile, des coups vigoureux. Enfin le reptile, étourdi, chancelle, roule dans la poussière, où il est saisi avec adresse et lancé en Pair à plusieurs reprises, jusqu’au moment où, épuisé et sans force, l’oiseau lui brise le crâne à coups de bec, et l’avale tout entier, à moins qu'il ne soit trop gros, auquel cas il le dépèce en l’assujettissant sous ses doigts. »
Le Secrétaire ne se nourrit pas exclusivement de serpents ; il
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prend aussi des lézards, des tortues et même des insectes. Sa. voracité est extrême, et il jouit d’une puissance digestive surprenante. Levaillant en tua un dont l’estomac contenait vingt et une petites tortues entières, onze lézards de vingt à vingt-cinq centimètres de long, trois serpents longs de soixante à soixantequinze centimètres, enfin une foule de sauterelles et dauties insectes, plus une grosse pelotte de diverses matières qu il n a-
Fig. 423. Serpentaire, ou Secrétaire.
vait pu s’assimiler, et qui était destinée à être rejetée ultérieurement.
Ces rapaces habitent les plaines arides de l’Afrique méridionale. Ils s’apparient vers le mois de juillet. A cette époque, les mâles se livrent des combats sanglants pour la possession d’une femelle, qui devient la récompense du vainqueur. Le couple construit son nid dans les buissons les plus touffus, ou
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sur les arbres élevés. Ce nid est plat, et garni , à l’intérieur, de duvet et de plumes. Chaque ponte y apporte deux ou trois œufs, blancs tachés de roux. Les petits ne quittent que fort tard le logis paternel; ils n’en sortent qu’après avoir acquis tout leur développement. C’est à l’âge de quatre mois seulement qu’ils peuvent se tenir solidement sur leurs jambes et courir en toute liberté.
Le Secrétaire est très-apprécié au cap de Bonne-Espérance, à cause des services qu’il rend, en détruisant un grand nombre de reptiles venimeux. Comme il s’apprivoise aisément, lorsqu’il est pris jeune, les colons du Cap en ont fait un oiseau domestique, destiné à protéger les volailles Contre les incursions des serpents et des rats : il n’est presque pas de maison qui n’en possède un. Il vit en bonne intelligence avec les oiseaux de basse-cour, et montre qu’il est ami de l’ordre, par son zèle à étouffer, dès qu’elles se produisent, les querelles qui naissent entre les gallinacés vivant près de lui. Seulement, il faut avoir soin de le nourrir convenablement; sans cela, il ne se fait pas scrupule d’égorger un ou deux poulets pour son déjeuner.
En 1832, on a introduit le serpentaire dans les Antilles françaises, notamment à la Guadeloupe et à la Martinique, pour 1 opposer au Trigonocéphale , ou Serpent fer de lance , reptile dangereux qui pullule dans ces contrées, et dont nous avons parlé dans une autre partie de ce volume. L’introduction du serpentaire dans les Antilles a été un véritable bienfait : il faut lire, pour s’en convaincre, l’intéressant ouvrage publié sur cette ques- ' tion, il y a peu d’années, par M. Rufz de Lavison, qui habita longtemps les Antilles françaises, avant de devenir directeur du Jardin zoologique d’Acclimatation de Paris.