I : Effraie commune , appelée aussi Effraie flambée , se rou
RAPAGES.
dans toute l'Europe; en France elle est sédentaire. Son plumage, agréablement varié de jaune, de blanc, de gris et de brun, est plus joli que celui de tous les autres nocturnes. Tandis que les œufs de ces derniers sont de forme sphérique, ceux de l’effraie sont elliptiques. Elle les dépose au nombre de cinq, quelquefois de six ou sept, dans des trous de murs ou dans des creux de rochers et de vieux arbres, qu’elle ne prend pas la peine de tapisser d’herbes ou de feuilles. Il est rare qu’elle s empare des nids des autres oiseaux ; cependant elle chasse parfois les martinets de leurs retraites, et s’installe au lieu et place des propriétaires , après les avoir dévorés.
Cet oiseau inspire un grand Fig' 393‘ Effraie commune,
effroi dans les campagnes. Les enfants, les femmes, et même les lommes simples qui croient aux revenants ou aux sorciers, regardent l’effraie comme un oiseau funèbre, comme un messager de mort. Ces préventions sont fort injustes : aucun oiseau n est plus utile a l’homme que ce nocturne. Il détruit une quantité prodigieuse de rongeurs nuisibles à l’agriculture ; à ce titre il devrait être protégé de tous. L’effraie, lorsqu’elle a des petits ’ extermine les rats et les souris sans trêve ni merci. Tous les quarts d’heure environ, elle porte à son nid un de ces rongeurs; et chacune des boulettes rejetées de son estomac se compose de six a sept squelettes de souris: [Dans l’espace de seize mois, le docteur Franklin a recueilli tout un boisseau de ces boulettes . l)ro venant d un couple de chouettes.
Les fermiers se trompent lorsqu’ils accusent l’effraie de déduire les œufs de leurs pigeons : les vrais coupables sont lesrats. Lorsqu’une effraie s'introduit dans un colombier il faut i onc la protéger et la bien accueillir, car elle n’y vient que pour
Ipv'^Ti’ « 6116 détruit’ Penfiants°n séjour, quantité de rats, le véritable fléau du pigeonnier.
OISEAUX
Lorsque les proies terrestres lui font défaut, l’effraie a recours à la pêche. On la voit alors plonger perpendiculairement dans l’eau et en sortir étreignant un poisson, qu’elle va devorer dans
S°Les Chinois et les Tartanes honorent l’effraie d’un culte tout particulier, en mémoire d’un tait qui mérite d’être rapporte. .Gengis-khan , fondateur de leur empire, uns en déroulé par ses ■ennemis, tut un jour contraint de se réfugier dans un bois, , et n’échappa aux vainqueurs que parce qu une chouette vint se poser sir le buisson qui l’abritait. Ceux qui le poursuivaient négligèrent, en effet, de fouiller le taillis ou il était cache car I il leur parut impossible que le [même buisson recelât a la fois un homme et une chouette : Gengis-khan fut donc sauve, giace à l’intervention de l’oiseau. En 'souvenir de cet evenement, Chinois portèrent dés lors sur leur tête une plume d effraie “aies tribus de Kalmouks ont une idole de la forme d une j
"'““effraie s’apprivoise à la longue, pourvu toutefois qu’on ne la renferme pas. 11 lui faut de l’air et de l’espace, pour s ebattre à son aise. Dans ces conditions, elle devient un auxiliaue utile pour les agriculteurs, et remplace plusieurs chats avec avantage. Mais si on la retient en cage, elle refuse toute nourriture,
périt au bout de quelques jours.
L’etfraie est répandue dans toute 1 Europe, en Asle " nord de l’ Amérique. 11 en existe deux variétés : 1 une a Jai a, / fraie calong, l’autre au Mexique et aux peu différentes de l’effraie commune, ont d ailleuis
habitudes.
On donne le nom de ChoueUes épervières à un genre de rapaces „„i sert de transition entre les rapaces nocturnes et les rapaces Un effet quoique par leur forme generale et leui
conformation
premiers, elles se rattacnei , i>ÂDer
et leur manière de chasser, qui se rapprenne reconnais-
vieri de là leur nom de Chouctus épemeres. Elles se reco. ma
sent aisément à leur queue longue et é^ e^a leu-
allures. Elles forment un poupe b n "^’e de quatre : peu de diversité dans les especes, qui sont au noi
RAPAGES.
la Chouette caparacoch , la Chouette harfang, la Chouette ourale et la Chouette lapone.
La Chouette caparacoch , appelée par Buffon Grande chevêche du Canada , mesure environ trente-huit centimètres. En été, elle se nourrit de petits rougeurs et d’insectes ; en hiver, de gelinottes blanches, qu’elle accompagne, au commencement du printemps, dans leurs migrations du Sud vers le Nord. Elle se jette quelquefois sur le gibier abattu par les chasseurs, et s’en empare, si l’on n’y met ordre. Elle habite les régions arctiques, surtout celles de l’Amérique, pénètre jusqu’en Allemagne, mais paraît très-rarement en France.
La Chouette harfang , improprement appelée par certains naturalistes, Roi des hiboux, atteint cinquante- cinq centimètres de hauteur, c’est-à-dire presque la taille du grand-duc. Si l’on excepte la Chouette lapone , on cendrée, qui mesure plus de soixante centimètres, c’est la plus grande des chouettes. Son plumage tout entier est d’une blancheur éclatante, sauf quelques points noirs sur la tète.
Cette couleur est, du reste, parfaitement appropriée à la nature du milieu dans lequel doit vivre le harfang. Cet oiseau habite les solitudes les plus désolées du nord de l’Amérique : Terre-Neuve, la baie d’Hudson, le Groenland. Il se montre aussi en Islande et dans les îles voisines, mais ne s’aventure qu’accidentellement en Angleterre, et surtout en France. Grâce à sa couleur, qui s’harmonise avec tout ce qui l’entoure, il peut parcourir, sans être aperçu, ces immenses déserts de neige, et s’emparer facilement de sa proie, qui consiste en gelinottes, colins, lagopèdes, coqs de bruyère, lièvres et lapins. Grâce à l’épais duvet et à la plume qui l’enveloppe de toutes parts, il peut braver les rigueurs d’une température qui serait mortelle pour des êtres moins bien protégés que lui.
Cependant il ne trouve pas toujours une nourriture suffisante, et il est souvent exposé à périr de faim. Le fait est attesté par le capitaine Parry, qui eut plusieurs fois l’occasionjde le constater, dans son voyage d’exploration au pôle arctique. D’ailleurs , ces oiseaux se précipitent sur le gibier du chasseur avec une telle audace et une telle avidité, qu on ne saurait conserver le moindre doute à cet égard : des affamés seuls peuvent avoir un tel mépris des balles.
OISEAUX
La Chouette lapone etlàChouette ourale ont les mêmes habitudes que le Harfang ; seulement leur distribution géographique est moins étendue: comme l’indiquent leurs noms, elles sont plus particulières à certaines contrées. Elles n’ont pas non plus la blancheur éblouissante de la chouette harfang, et c’est par la
surtout qu’elles s'en distinguent.
On peut rattacher au même genre deux espèces exotiques découvertes par Levaillant. Ce sont le Choucou , qui habite l’Afrique et qui se rapproche beaucoup de la chouette caparacoch, quoique moins diurne qu’elle; et la Chouette huhul , originaire de la Guyane, où elle chasse en plein jour.
RAPAGES DIURNES.
Tout ce que nous avons dit, en commençant l’étude de cet ordre d’Oiseaux, des caractères généraux qui distinguent les Rauaces s’applique surtout aux rapaces diurnes. Xous ne repasPce qui a été dit plus haut; seulement nous ajouterons quelques mots pour caractériser les rapaces diurnes.
Les rapaces diurnes ont les jeux places sur les cotes de la tête, et les doigts complètement nus. On en trouve de toutes les dimensions, depuis le faucon-moineau, qui n’a guere que tien e centimètres d’envergure, jusqu’au condor, dont les ailes etodues présentent un développement de quatre a cinq meti . ns déposent leurs œufs, généralement dé formé ovée, dans des
"tesTapare^rnes se divisent en trois familles : les Falconidés , les Vu lluridès et les Serpentandés.
Famille des Falconidés. - Les Falconidés ont le bec très-fort relativement court, et généralement courbe des b i base a bord dentelés ou festonnés, la tête et le cou couverts d P ume ^le serres très-puissantes et pourvues d’ongles , 1 arcade
sourcilière très-saillante. Ce sontles oiseaux de pioie par ex ence Us se nourrissent, pour la plupart, d’amraaux vivants; n en est cependant quelques-uns qui, faute d’autres anments Viven de chair putréfiée. Leur vol est très-rapide, presque tous
RAPAGES.
s’élèvent à de grandes hauteurs. On les voit rarement à terre ; ils y apparaissent un instant, pour saisir leur proie, et retournent immédiatement à leur aire. Ils pondent, en moyenne, de trois à quatre œufs. Leur plumage varie beaucoup pendant les premières années; à tel point que le jeune et 1 adulte ont été pris souvent pour des espèces distinctes; ce qui n’a pas peu contribué à jeter de la confusion dans la science ornithologique.
Cette famille est très-nombreuse; elle ne comprend pas moins de neuf genres : les genres Aigle, Pygarguc , Spizaète, Faucon, Autour, Milan , Buse, Busard et Caracara.
Le genre Aigle est caractérisé de la manière suivante : bec festonné, mais non denté, présentant une partie droite à la base; narines elliptiques et transversales ; tarses courts et emplumés jusqu’aux doigts; ailes allongées; queue arrondie.
Bufïon a tracé de l’aigle un portrait qui n’est pas un modèle d’exactitude :
k L’aigle, dit-il, a plusieurs convenances physiques et morales avec le lion : la force, et par conséquent l’empire sur les autres oiseaux, comme le lion sur les quadrupèdes ; la magnanimité : il dédaigne également les petits animaux et méprise leurs insultes; ce n’est qu’après avoir été longtemps provoqué par les cris importuns de la corneille ou de la pie que l’aigle se détermine à les punir de mort; d’ailleurs il ne veut d’autre bien que celui qu’il conquiert, d’autre proie que celle qu’il prend luimême; la tempérance : il ne mange presque jamais son gibier en entier, et il laisse, comme le lion, les débris et les restes aux autres animaux. Quelque affamé qu’il soit, il ne se jette jamais sur les cadavres. Il est encore solitaire comme le lion, habitant d’un désert dont il défend l’entrée et l’usage de la chasse à tous les autres oiseaux ; car il est peut-être plus rare de voir deux paires d’aigles dans la même portion de montagne que deux familles de lions dans la même partie de forêt : ils se tiennent assez loin les uns des autres, pour que l’espace qu’ils se sont départi leur fournisse une ample subsistance; ils ne cbmptentla valeur et l’étendue de leur royaume que par le produit de la chasse. L’aigle a de plus les yeux étincelants et à peu près de la même couleur que ceux du lion, les ongles de la même forme, l’haleine tout aussi forte, le cri également effrayant. Nés tous deux pour le combat et la proie, ils sont également ennemis de toute société, également féroces, également fiers et difficiles à réduire. »
Buffon a beaucoup surfait la réputation de l’aigle : il est bon de la réduire à de plus de justes proportions. Reconnaissons, avec notre immortel naturaliste, que l’aigle est doué d’une vi-
OISEAUX
gueur peu commune; quant à sa magnanimité, il est permis de la mettre en doute. En effet, l’aigle attaque toujours des animaux incapables de lui résister; s’il dédaigne les petits oiseaux, cest parce qu’ils lui échappent facilement, et que d’ailleurs il retirerait peu de profit de leur capture. Quant à sa tempérance, il est facile de prouver qu’elle n’a jamais existé que dans l’imagination de Bufîon. L’aigle est, au contraire, d’une voracité extrême; il n’abandonne sa proie que lorsqu’il est parfaitement repu, et qu’il ne peut la transporter dans son aire. Loin de mépriser les cadavres, il en fait volontiers sa pâture, sans y être poussé par le besoin; et s’il rencontre quelque carcasse, il se gorge tellement de nourriture, qu’il tombe dans un état voisin de 1 engouidissement, et se laisse tuer à coups de bâton. Son honnêteté n’est pas mieux établie : nous verrons, en effet, Y Aigle pêcheur poursuivre les oiseaux plus faibles que lui, et leui îavir, au mépris de toute justice, le butin qu’ils ont laborieusement
conquis.
L’aigle a été proclamé, par une métaphore de rhétorique, le roi des oiseaux. Si la force et l’abus qu’on en peut faire, caractérisent la royauté, l’aigle a des droits incontestables à ce titre; mais si l’on y attache des idées de courage et de noblesse, ce n’est pas sur la tête de l’aigle qu’il convient de poser la couronne. • ,
Les peuples anciens avaient été mieux inspirés en faisant l e
l’aigle le symbole de la victoire. Les Assyriens, les Perses, les Romains, plaçaient un aigle, les ailes éployées, au-dessus de leurs étendards; et de nos jours encore, nous voyons cet oiseau remplir le même rôle emblématique et figurer dans le blason de diverses nations d’Europe. lien est même, comme l’Autriche, qui, au lieu d’un aigle, employé comme arme parlante, en prennent deux.
C'est parce que l’aigle s’élève à des hauteurs considérables (i„e les anciens en avaient fait l’oiseau do Jupiter, et le consideraienfeomme le messager des dieux. Lorsque, apres la retraite d'Hébé, Jupiter descendit sur la terre, pour chercher un autre échanson, il se transforma en aigle, et c’est sous cette tiguie uu’il enleva Ganymède.
Mais laissons la mythologie et les symboles, pour arriver a l’histoire réelle de ce grand oiseau ravisseur.
RAPACES
Le sens de la vue est développé au plus haut point chez cet oiseau: Contemplez cet aigle qui plane majestueusement dans les airs, au-dessus des nuages et de tous les êtres vivants. Par un imperceptible mouvement des ailes, il se maintient, sans fatigue, à cette prodigieuse hauteur, et promène son regard sur la fourmilière terrestre, située à deux mille mètres au-dessous de lui. Tout à coup, il aperçoit une gelinotte dans la bruyère ; repliant ses ailes, il descend en quelques secondes jusqu’à une faible distance du sol; puis , il s abat, les jambes tendues, et saisit sa victime, qu’il emporte sur la montagne voisine.
La forcé considérable des muscles qui mettent en action 1 ail e de ce rapace (fig. 394), explique la puissance et la longue durée de son vol.
Fig. 394. Aile de l’Aigle.
L’aigle est doué d’une force musculaire énorme; aussi peut-il lutter contre les plus furieux ouragans. Le naturaliste Ramond, qu’on a nommé le peintre des Pyrénées, raconte qu’ayant atteint le sommet du mont Perdu, le pic le plus élevé de ces moutagnes, il vit un aigle qui passa au-dessus de lui avec une rapidité surprenante, bien qu’il volât contre un vent impétueux soufflant du sud-ouest.
Si au poids du corps de l’aigle on ajoute celui de la proie qu’il tient dans ses serres, si l’on considère que cette proie est souvent enlevée par lui à des distances considérables, et que quelquefois l’aigle franchit ainsi toute la chaîne des Alpes, qui sépare deux royaumes; si l’on réfléchit enfin que cette proie
OISEAUX
est ordinairement un jeune chamois ou un mouton, on se fera une idée de sa force générale et de sa vigueur musculaire.
La taille de l’aigle varie suivant les espèces, mais elle atteint toujours des proportions imposantes. La femelle de Y Aigle royal, mesure 1 mètre 15 centimètres, depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité des pieds, et elle a près de 3 mètres d’envergure. Cette envergure n’est que de 2 métrés chez Y Aigle impérial , et de 1 mètre 60 centimètres chez Y Aigle criard.
On a dit que l’aigle peut parcourir 20 mètres par seconde, ce qui donnerait une vitesse de 18 lieues à l’heure; mais Naumann dément positivement cette assertion, et affirme que l’aigle est incapable d’atteindre un pigeon fuyant à tire-d’ailes. Il est certain toutefois que le vol de cet oiseau est fort rapide. On a vu un aigle, traquant un lièvre dans un champ, l’enfermer dans un cercle tellement infranchissable, que la victime ne pouvait fuir d’aucun côté, sans être immédiatement devancée par son ennemi.
L’aigle bâtit son nid dans les anfractuosités des rochers les moins accessibles, sur le bord des précipices, afin de mettre ses petits à l’abri des coups de main. Ce nid n’est, pour ainsi dire, qu’un plancher, composé de bûchettes, placées sans art à côté les unes des autres, et reliées entre elles par des branches souples, tapissées de feuillages, de joncs et de bruyères. Ce plancher est pourtant assez solidement construit, pour résister pendant de nombreuses années, aux injures du temps, et pour supporter, non-seulement le poids de quatre ou cinq oiseaux pesant ensemble 30 ou 40 kilogrammes, mais encore des provisions, qui sont accumulées, presque toujours, avec une abondance extrême.
Certains nids d’aigles ont jusqu’à cinq pieds carrés de surface. Les œufs déposés dans cette aire sont ordinairement au nombre de deux ou trois, rarement de quatre. Leur incubation dure trente j ours.
Les aiglons sont très-voraces; aussi les parents font-ils, pour les satisfaire, une chasse des plus actives. Toutefois, lorsqu il y a disette au gîte, les petits n’en souffrent pas; car ils ont reçu de la nature le don de supporter très-facilement une abstinence de plusieurs jours. Cette faculté leur est, d’ailleurs, commune
RAPACES
avec les adultes, et, en général, avec tous les oiseaux de proie. Buffon cite un aigle qui, pris dans un traquenard, passa cinq semaines saris rien manger, et ne parut affaibli que vers les huit derniers jours. Un auteur anglais dit qu’on oublia pendant vingt
Fig. 395. Aigle royal.
et un jours de nourrir un aigle privé, et que cet oiseau ne sembla pas avoir souffert d’un jeûne aussi long.
Lorsqu’ils sont assez grands pour pourvoir à leurs besoins, les aiglons sont chassés impitoyablement du logis paternel, et vont s’établir dans un autre canton.
OISEAUX
L’aigle est doué, avons-nous dit, d’une grande vigueur musculaire ; aussi enlève-t-il aisément les oiseaux de grosse taille, tels que les oies, les dindes, les grues, etc., comme aussi les lièvres, les chevreaux et les agneaux. Dans les montagnes où abonde le chamois, il fait la chasse à cet animal, et emploie différentes ruses pour le faire tomber en son pouvoii , cai il n’ose pas toujours l’attaquer de front, et le chamois sait le tenir en respect avec ses cornes, lorsqu il est bien abiité par derrière.
L’aigle tue quelquefois sa proie d’un seul coup d aile, sans l’étreindre ni des serres ni du bec; il n’est donc pas étonnant que la puissance musculaire de ses ailes lui permette d’enlever de jeunes enfants, et de les emporter à une ceitaine
clistan C6
On a longtemps refusé d’ajouter foi à la réalité de ces faits , j mais les témoignages de personnes dignes de toute confiance, } ne permettent aujourd’hui d’élever aucun doute à cet égaul.
Nous en citerons plusieurs exemples.
Dans le canton de Vaud, deux petites filles âgées, 1 une de trois ans, l’autre de cinq ans, s’amusaient ensemble dans une prairie. Survint un aigle, qui fondit sur l’aînée et l’enleva. Les plus actives recherches ne purent faire découvrir qu’un soulier et un bas de l’enfant. Ce ne fut que deux mois après, qu’un berger retrouva, horriblement mutilé, le cadavre de la victime, gisant sur un rocher, à une demi-lieue au moins de la prairie
où avait eu lieu le rapt. . .
Dans l’île de Skye, en Écosse, une femme avait laisse son
entant dans un champ. Un aigle emporta le petit garçon dans ses serres, et traversant un lac assez étendu, alla le deposeï sur un rocher. Port heureusement, le ravisseur fut aperçu par des bergers, qui arrivèrent à temps pour délivrer l'entant et le
ramener sain et saut.
En Suède, un autre enfant lut enlevé dans les memes circonstances. La mère, qui se trouvait à quelque distance, entend^ pendant longtemps les cris du pauvre petit; et il lui e ai impos sible de lui porter secoursl Bientôt l’enfant disparut : la mere devint folle de douleur.
Dans le canton de Genève, un garçon de dix ans, qui déni des aiglons, fut saisi par l’un des aigles, et porté a six cents
F. g, 3üj. Jinlevement (l’un enlant par un Aigle royal
RAPACES
mètres du lieu où il était primitivement. 11 fut délivré par ses compagnons, sans avoir subi d autre mal qu une foi te meui tris—
sure, due aux serres de l’oiseau.
Dans les îles Feroë, un aigle enleva un enfant, qui se trouvait momentanément séparé de sa mère, et le porta dans son aiie, située sur la pointe d’un rocher à pic. L’amour maternel donna des forces à la malheureuse femme pour atteindre le nid , mais elle y trouva son enfant mort.
En Amérique , près de New-ùork, un jeune garçon de sept ans fut assailli par un aigle, dont il évita le premier choc. L aigle ayant recommencé ses attaques, l’enfant 1 attendit bravement, et lui porta, sous l’aile gauche, un vigoureux coup de faucille , qui l’abattit. Quand on ouvrit l’estomac de cet oiseau , on le trouva vide. L’aigle était donc affamé , et par conséquent affaibli : c’est ce qui explique et son audace persistante et la facilité avec laquelle l’enfant en eut raison.
Nous devons ajouter pourtant que les rapts d’enfants par les aigles sont assez rares. L’aigle fuit ordinairement le voisinage de l’homme, contre lequel il ne peut lutter. Il attaque surtout les agneaux nouveaux-nés, et les enlève fréquemment, malgré les cris des bergers et des chiens. 11 attaque quelquefois leslaons et les jeunes veaux; mais il ne les emporte pas, il s’en repaît sur le lieu même, et se contente d’en emporter des lambeaux dans son aire.
Quelques hommes , courageux et ingénieux tout à la fois , savent mettre à profit, pour se nourrir à peu de frais , l’habitude qu’ont les aigles d’entasser de grandes provisions dans leur nid pour la nourriture de leurs petits. Un paysan irlandais vécut, pendant toute une saison , lui et toute sa famille , en dérobant à des aiglons l’abondante nourriture que leur apportaient le père et la mère. Pour jouir plus longtemps de ce singulier moyen d’existence, il retarda l’instant où les petits devaient être renvoyés , en leur coupant les ailes , pour les mettre dans l’impossibilité de voler. Il avait même le soin de les attacher dans le but de les faire crier et d’exciter ainsi la commisération de leurs parents.
Les aigles sont très-défiants ; aussi est-il difficile de les approcher et de s’en emparer ou de les tuer. Les montagnards des Pyrénées ont beaucoup à souffrir des ravages qu’ils exercent sur
670 OISEAUX
leurs troupeaux; c’est pour cela qu’ils bravent tous les dangers pour dénicher les aiglons.
« Cette chasse, dit M'. Gérard, se fait à deux : l’un des dénicheurs est armé d’une carabine à double canon ; l’autre, d’une espèce de pique de fer longue d’environ soixante centimètres. Au premières lueurs du jour, les chasseurs arrivent sur la cime de la montagne où l’aigle a établi son aire J et pendant qu’il est allé chercher la nourriture pour ses petits. Le pre- ; mier se place sur le sommet du roc, et, la carabine à la main, attende l’arrivée de l’aigle pour l’attaquer ; l’autre descend au fond de l’aire, A soit d’anfractuosité en anfractuosité, soit au moyen de cordes. Il s’empare ■ d’une main hardie des aiglons, trop faibles encore pour opposer une longue résistance; l’aigle, entendant les cris de ses petits, accourt avec furie et se précipite sur l’intrépide montagnard qui le frappe de sa pique, tandis que son camarade tire sur l’oiseau, qui tombe percé de coups. »
L’aigle se laisse également prendre au piège , mais si l’instrument n’est pas bien fixé en terre , le rapace parvient quelquefois à le déchausser et à l’emporter. Meisner raconte qu’un aigle , s’étant pris le pied dans un piège à renard , se débattit ,• tellement qu’il arracha le traquenard, et l’emporta après lui, | de l’autre côté de la montagne, bien que l’instrument pesât ] quatre kilogrammes.
Les Écossais emploient, pour capturer l’aigle, une méthode * fondée sur la voracité de cet oiseau. Dans un étroit espace , limité I par quatre murs assez liants, ils jettent des quartiers de viande * crue. L’aigle s’abat et mange cette viande. Lorsqu’il est bien repu , il est trop engourdi pour prendre immédiatement son ' essor, et il cherche à sortir par une ouverture pratiquée au pied de l’un des murs ; mais alors il est saisi et étranglé par | un nœud coulant que l’on a placé là. Ce système ne peut être j mis en œuvre avec succès que dans les lieux où ces oiseaux |
abondent.
La longévité de l’aigle est remarquable; mais on ne peut la fixer avec exactitude. Klein cite l’exemple d’un de ces oiseaux , aigle qui vécut captif, à Vienne, pendant 104 ans, et il parle dun | couple d’aigles qui, dans le comté de Forfarshire, en Écosse, habita la même aire si longtemps, que les plus vieux habitants
les y avaient toujours connus. .
Pris très-jeune, l’aigle est susceptible d’éducation; mais il conserve toujours un fond de sauvagerie qui le rend dun com- j mcrce triste et maussade. A l’âge de deux ou trois ans, il est I
RAPAGES
déjà très-difficile de l’apprivoiser; car il distribue, à quiconque tente de l’approcher, des coups de bec bien sentis. Lorsqu il est vieux, il est tout à fait indomptable. En captivité, il s’accommode de toutes sortes de proies; il dévore même son semblable,
Fig. 397. Aigle impérial.
quand l’occasion s’en présente. Faute de mieux, il se contente de serpents, de lézards, et mange même du pain, selon BufTon.
Cet oiseau pousse, de temps en temps, un cri perçant et lamentable.
Quoique l’aigle soit naturellement irascible, il fait quelquefois
OISEAUX
preuve d’une douceur dont on a lieu d’être étonné. Témoin celui qui vivait en 1807 au Jardin des Plantes de Paris, et qui avait été pris dans la forêt de Fontainebleau. Cet aigle avait eu la patte cassée dans le piège où il s’était laissé saisir : on dut lui faire subir une opération des plus douloureuses, qu’il supporta avec un calme et un courage exemplaires. Après sa i guérison, qui ne dura pas moins de trois mois, il s’était tellement familiarisé avec son gardien , qu’il se laissait caresser par lui, et qu’à l’heure du coucher il se perchait tout près de * son lit.
Les anciens fauconniers de l’Occident ne faisaient point usage ] de l’aigle pour chasser les autres oiseaux ; son indocilité et son : grand poids le rendaient peu propre à ce genre d’exercice; aussi ] les fauconniers, qui ne voyaient qu’avec leurs lunettes, rangeaient-ils sans façon l’aigle parmi les oiseaux ignobles.
Cependant les Tartares emploient avec succès ce rapace contre '* le lièvre, le renard, l’antilope et le loup. Comme il est trèslourd, ils ne le portent pas sur le poing, mais le placent sur le devant de leur selle, et, le moment venu, le lancent sur l’animal qu’ils convoitent.
L’aigle est cosmopolite : on le trouve dans toutes les régions du globe. On en distingue plusieurs variétés, que nous ne ferons qu’indiquer, parce que les mœurs varient peu d’une espèce à l’autre.
L’Aigle royal (fig. 395, page 665), appelé aussi Aigle doré , Aigle commun, ou grand Aigle, est le plus grand de tous; il habite le nord et l’est de l’Europe. L’Aigle impérial (fig. 397, page 371) se trouve dans l’est et le sud de l’Europe, ainsi que dans le nord de l’Afrique. L’Aigle Bonelli habite l’Europe méridionale, particulièrement la Grèce. L ’ Aigle criard, ou petit Aigle, se rencontre dans toutes les contrées montagneuses et boisées de l’Europe; Y Aigle botté vit dans l’est et le midi de l’Europe, et se montre quelquefois en France. Enfin Y Aigle griffard et Y Aigle vautourin, ou Cafre, sont des espèces propres à l’Afrique méridionale, où Levaillant les a observés le premier.
Les Rapaces diurnes appartenant au genre Pygnrgue , ou Aigle pêcheur, se distinguent des aigles proprement dits par leurs tarses, emplumés seulement à là partie supérieure, ainsi que par
RAPAGES.
leur régime presque exclusivement ichthyophage. Les Pxygargv.es , dont le nom, tiré du grec, veut dire queue blanche, se tiennent sur le bord des eaux, où ils se nourrissent de poissons et d’oiseaux aquatiques; ils chassent aussi quelquefois les petits mammifères et se repaissent même de chair corrompue. Leurs serres sont très-puissantes, et la portée de leur vue est telle, qu’ils aper-
Fig. 398. Pygai'gue d'Europe (Orfraie).
çoivent, du haut des airs, le poisson qui nage près de la surface de l’eau; iis se précipitent alors sur lui, avec une rapidité incroyable, et il est rare qu’ils manquent leur coup. Ils osent môme attaquer les phoques, et comme ils ne peuvent les enlever, ils se cramponnent sur leur dos, et les traînent sur le rivage, en s aidant de leurs ailes. Mais cet excès d’audace leur est parfois
OISEAUX
fatal : certains phoques sont assez vigoureux pour plonger, et pour entraîner avec eux leur ennemi, qui trouve au iond de la mer une fin misérable; car il a tellement enfoncé ses serres dans sa proie, qu’il lui est souvent impossible de se dégagei .
Les pygargues chassent la nuit comme le jour. Ils guettent souvent les oiseaux pêcheurs plus faibles qu’eux, et les poursuivent, pour s’emparer de leur butin. Ils s’acharnent de même après les vautours, pour leur faire dégorger et s’approprier ensuite le contenu de leur jabot. Audubon a vu, sur les boids du Mississipi, un pygargue poursuivre un vautour qui venait d avaler un intestin. Une portion de cet aliment sortait encore du bec du vautour ; le pygargue saisit le bout qui pendait au dehors de plus d’un mètre, et força le fuyard à le lui abandonner .
Le Pygargue d’Europe, ou Orfraie (fig. 398, page 673), vit dans les régions les plus froides du globe. Il est assez commun en Suède, en Norwége et au Groenland, où il établit son aire, large de deux mètres, dans les forêts qui avoisinent les grands lacs et la mer. 11 passe sur nos côtes en automne, à la suite des bandes d’oies qui émigrent vers le sud; et on le voit encore au printemps, lorsqu’il retourne vers le nord. En Russie, des conditions spéciales d’existence modifient quelque peu ses habitudes : il vit au milieu des steppes, et se nourrit, non plus de poissons, mais de rongeurs , d’oiseaux et de cadavres. L’orfraie atteint presque la grandeur de l’aigle royal, c’est-à-dire un métré
environ. , . . . . , .
Le Pygargue à tête blanche, nommé vulgairement Aigle a Mc
blanche, habite l'Amérique septentrionale. H niche a la cime des
arbres les plus élevés. Son vol est aussi puissant que celui de
Paierie royal; sa force et son adresse sont incomparables.
L’aille à tête blanche est représenté, comme embleme, sur
l’étendard des États-Unis. L’illustre Franklin ne voyait pas avec
plaisir que le choix de la nation fût tombé sur cet oiseau.
« C’est un oiseau d’un naturel bas et méchant, écrivait Franklin dans
? il ne sait noint gagner honnêtement sa vie. En outre,
une de ses lettre U ^t point gg ^ ^ pas si gros