Les Poissons des eaux douces de la France
Le Lavaret Houting est un poisson qui abonde clans la mer du Nord. A l'époque du frai, il remonte les grands cours d’eau, et on le pêche alors dans le Rhin et dans la Meuse.
Le corps de la Truite est médiocrement allongé et comprimé latéralement. Sa coloration, toujours agréable, est sujette à
Fig. 50. Truite commune.
beaucoup de variations. En général, une teinte d’un vert olivâtre s’étend dans toutes les régions supérieures ; cette même teinte plus pâle règne sur les côtés; le dessous est d’un jaune clair et vif. Le dos, les opercules, la nageoire dorsale, offrent çà et là des taches noires. Les flancs sont ornés de taches rondes, d’un rouge orangé, entourées d’un cercle pâle ou bleuâtre. Les nageoires inférieures et caudales sont le plus souvent jaunâtres, pointillées et bordées de noir. Toutefois, nous le répétons, ces couleurs varient avec l’âge, et surtout avec les localités. Tout le corps de la Truite commune est couvert d’écailles oblongues et striées. La tête est épaisse, le museau large et obtus, l’œil grand.
La Truite est très-vorace; elle s’attaque aux vers et à une infinité de poissons, et surtout à leur frai. Mais elle recherche suitout les petits insectes aquatiques. On l’a vue souvent saisir
avec adresse les friganes et les éphémères, lorsque ces insectes voltigent prestement à la surface de l’eau.
Cette observation a trouvé son application utile dans l’art de la pêche. Comme il serait difficile de présenter, comme appâts, de véritables insectes aquatiques aux poissons qui les recherchent, les fabricants d’engins de pêche ont inventé l’appât connu sous le nom de mouche artificielle. C’est une imitation, plus ou
Fig. 51. Insectes artificiels pour la pèclie.
moins grossière, de l’insecte naturel, mais que l'on peut se procurer en tout temps, pourvu que l’on y mette le prix. C’est, en effet, tout un art que celui de fabriquer des insectes artificiels, appropriés à la pêche de chaque poisson; et les fabricants de ces petits engins ont toutes.sortes de raisons, bonnes et mauvaises, pour vanter leur marchandise. L’ insecte-appât, employé pour la pêche de la Truite, c’est la mouche artificielle.
Bien lancer la mouche artificielle n’est pas 1 affaire du premier venu. 11 ne faut pas frapper l’eau d’un coup de foue , car les poissons , effrayés de ce procédé, renouvelé de Xerces, s’enfuiraient à tire de nageoires. Il ne faut pas, non plus, que la mouche artificielle tombe comme une bombe au milieu de la troupe aquatique, si facile à effaroucher. Elle oi air sans tumulte et sans bruit son entrée dans le royaume des poi sons. Elle doit, pour ainsi dire, s’asseoir doucement a la surlace de l’eau, et y descendre avec lenteur.
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Pour cela, après avoir lancé l’appât, il faut arrêter son essor, par un coup de poignet qui le retienne et le modère (fig. 52).
Fig. 52. Pèche à la ligne. — Le lancé de la mouche artificielle.
On prend la truite non-seulement à la ligne, mais encore à la truble, à la louve et à la nasse. Un mot sur ces différents engins de pêche de la truite. °
La figure 53 représente la truble ou trouble. On la place dans es petites rivières, devant l’entrée des nombreuses cavités où le poisson vient, pendant le jour, chercher un abri contre la chaleur, ou bien un refuge contre ses ennemis. On enfonce la perche clans l'eau, jusqu’à ce que la corde et les deux extrémités de 1 arc reposent sur le fond. On agite Peau; le poisson effrayé cherche a s échapper, et il tombe dans l’ouverture béante du filet dans leque on le trouve, quand on l’a adroitement retiré de l’eau’ La nasse (fig 54) est un grand panier d’osier, en forme de cône a onge A la base et à la pointe sont deux ouvertures l’une arge et evasee, qui reste toujours ouverte, l’autre étroite et 1er ee.soit par une petite porte à claire voie, soit par un bouchon
de paille ou de joncs. On a le soin de disposer à 1 entrée une sorte de petit couloir au moyen de brins d’osier ou de joncs lins et élastiques, dont les extrémités libres viennent se rapprocher et presque se réunir. Le poisson franchit facilement ce défilé végétal en écartant les brins flexibles qui le forment, et il.se trouve & ’ ainsi introduit dans le pa-
nier. Les brins d’osier placés à l’entrée, étant revenus sur eux-mêmes par leur élasticité, toute retraite est fermée au pauvre captif de la nasse.
Le verveux (fig. 55) est un piège à poissons semblable à la nasse, mais dans lequel l’osier a été remplacé par du filet.
Enfin la louve (fig. 56) est un double verveux ou un verveux à deux entrées.
T a senne (fig. 57) est une bande de filet qui se tend au milieu La senne { 0 d>une rivière, comme un
mur qui en barre le cours.
On balaye avec cette muraille de filet, tenue verticalement , toute la largeur de la rivière, et on tire sur
Fia 53. Truble ou trouble (filet pour la peche ë' en rivière).
Fie 54. La nasse (panier pour la pèche en rivière)
î n fi o ontmîné fli°’ 58). Tous ces moyens le bord tout ce que le filet a entraîne t &• '
Fig- 55.
Verveux (piège pour le poisson de nviere).
1 • nmir la pêche de beaucoup de poissons gobeurs
excellents pour s'emparer de la truite dans nos rivières.
sont
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L’eau que la truite préfère, est celle qui est claire, froide, courante. C’est pour cela qu’elle est rare dans la Seine; les eaux
Fig. 56. Louve (piège pour le poisson de rivière).
de ce fleuve sont trop troubles pour elle et trop lentes dans leur cours. Ce poisson nage presque toujours contre le courant; il
Fig» 57. Senne (filet pour la pêche en rivière).
aime à s’établir dans les trous des berges des cours d’eau. Il se tient si tranquille au fond de ces retraites, que quelquefois on peut le prendre avec la main.
La Truite des lacs se trouve dans plusieurs des grands lacs de 1 Europe, et particulièrement dans le lac de Genève. Elle offre un corps plus long que celui de la Truite commune, et tellement epa!s qu’il parait presque cylindrique. Le dos a une teinte
“! de pf f ' ' passant vaguement au bleuâtre et au verdâtre • les cotes sont d un gris pâle et tachetés de noir, le dessous est d’un
Mvidus ' 1,6 V<>it ^ taCheS r°UgeS 1™ sur Ies j«.nes
On prend quelquefois dans le lac de Genève des truites de pnnze a vingt kilogrammes. Ces poissons abandonnent les eaux
t cour des r : temPS„dU frai CSt a™é’ «montent très-haut
e mo, lien f, S S°nt °lors parés ^ vives couleurs, qui se modifient suivant les cours d’eau.
La Truite de mer, que l’on nomme aussi Truite saumon», vit alternativement dans les eaux douces et salees. Elle est argen ee sur les côtés, et ornée de petites taches noires éparses; son dos est d’un gris bleuâtre, les parties inférieures son d Lun b anc éclatant, ce qui la distingue au prem.er coup d œil de , ta IV»» commune D’après M. Blanchard , la Trmle saumonée naît dans ^rivières; parvenue à une certaine taille, elle descend a la mer et remonte ensuite les eaux douces, pour y frayer .
On pêche principalement la Truite saumonée dans es eaux de nos départements de l’est, le Rhin, l’Ill, la Moselle, la Meuse et
ses affluents. On la prend aussi dans la Loire. Elle peu a ein le
Fig. 58. Pêcheurs à la senne tirant le ület.
1 HillP Son poids ordinaire est de quatre à six kiloune grande taille. S ^ on en a pêché de quinze kilo-
HZZs. Sa chair, d’un goût exquis, est rose, et de couleu.
des truites. Ils ont égale-
et tZZlZZtfX* de saumon, a le corps comprime la-
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téralement, et plus ou moins élancé. Ses écailles sont très-petites, et peu distinctes à la vue simple. En dessous, il est blanc ou
Fig. 59. Ombre chevalier.
rougeâtre (à l’époque du frai) ; en dessus, il est d’un gris perle ou bleuâtre. Les côtés sont ponctués de petites taches blanches et rougeâtres. C’est un habitant sédentaire des lacs de l’Europe centrale; il n’entre jamais dans les rivières.
Le Saumon commun (fig. 60) a le corps allongé, le museau arrondi, mais plus long chez les mâles que chez les femelles, avec la mâchoire supérieure pourvue d’une fossette, dans laquelle pénètre la pointe de la mâchoire inférieure. Son dos est d’un bleu d’ardoise, ses flancs et le dessous du corps sont d’un blanc argenté et nacré. De gros points noirs sont épars sur le dessus de la tête, autour du bord supérieur de l’œil et sur l’opercule ; des taches irrégulières, brunes et d’ailleurs variables de forme et de grandeur, se voient sur les côtés. Au reste, ces couleurs sont sujettes à varier suivant les circonstances.
Avant de prendre les caractères que nous venons d’indiquer, le saumon a traversé trois âges, qui sont marqués, chacun, par des particularités dignes d’être signalées. Lejeune saumon est grisâtre et rayé de noir. Au bout d’une année environ, il est revêtu d’un magnifique éclat métallique.
, l< Parties supérieures sont d’un bleu d’acier étincelant, ditM. Blan- ’ uit ou dix grandes taches du même bleu brillant, comme voilées.
par un manteau d’argent, occupent les flancs; entre ces taches règne une teinte rougeâtre ou ferrugineuse très-vive; une tache noire se voi
Fig. 60. Saumon adulte.
ordinairement au milieu de l’opercule ; le ventre est d’un beau bleu de nacre.... »
Fig. 61. Jeune Saumon.
Pendant le premier âge, le jeune saumon est appelé les Anglais; pendant le second, on le nomme smoit. Tant que les Saumoneaux sont à l’état de pam, ils vivent isolés. Qm ils sont devenus molls , et qu’ils ont pris leur costume de ioya
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geurs, ils se réunissent en bandes, et descendent les rivières, pour gagner l’Océan. Arrivés aux points où remonte la marée, les Saumons séjournent deux ou trois jours dans l’eau saumâtre, comme pour s’habituer à un nouveau milieu, puis ils disparaissent dans la vaste étendue de l’Océan.
Au bout de deux mois d’une vie mystérieuse et pour nous encore inconnue, ces poissons reparaissent dans les rivières et reviennent à leur lieu natal. Mais combien ils sont changés! Quantum mutati! Le smoll qui a vécu dans les rivières pendant
Fig. 62. Saumoneau.
deux et trois ans, pour atteindre une longueur de douze à vingt centimètres, revient, au bout de deux mois de séjour dans 1 Océan, avec un poids d’un kilogramme et demi à deux kilogi animes ! Voilà du temps bien employé ! Le smoll prend alors, toujours chez les Anglais, le nom de grilse.
Après leur ponte, les grilses demeurent quelque temps dans les eaux douces ; puis ils retournent encore à la mer. Un nouveau séjour de deux mois environ suffit pour leur faire atteindre un poids de 3 à 6 kilogrammes. Alors le saumon est fait.
A chaque nouveau voyage du saumon à la mer, son accroissement augmente et cela proportionnellement à la durée du voyage. Au mois de mars 1845, le duc d’Atholl prit un saumon tans la Ta y après la ponte, et le marqua d’une étiquette formée d un collier de métal très-lâche. Il pesait dix livres. On réussit a repecher le même individu, toujours muni de son étiquette,
apres cinq semaines et trois jours : il pesait alors vingt et une livres.
Dans la plupart des circonstances, dit M. Blanchard, auquel nous empruntons la substance de tous les faits relatifs au développement et aux migrations de ces poissons, les saumons de divers âges ayant séjourné encore plusieurs fois à la mer, c’est-à-dire les grilses, les saumons adultes et des individus en quelque sorte intermédiaires, dont le premier séjour à la mer a pu être de huit à dix mois, remontent ensemble . les cours d’eau, dans un ordre qui ne varie guère. Les vieux individus forment la tête de la colonne, et les jeunes les
suivent. A
Lorsque le temps de la ponte est arrivé, un male et une
femelle se réunissent. Ils semblent alors choisir, d’un commun accord, l’endroit destiné à recevoir la ponte. Le male et la femelle se mettent ensuite à creuser, dans le gravier, un lit de vingt centimètres de profondeur -, la femelle y déposé ses œufs, le mâle sa laitance, et ils abritent les œufs sur une
couche de sable.
Les saumons ne remontent les rivières que pour frayer, il reviennent ensuite , avec beaucoup d’empressement , dans les
eaux douces. ,
Quand ils se plaisent dans une rivière, ils nagent lentement,
et se jouent, pour ainsi dire, à la surface des eaux. Mais si un désir les appelle, si un danger les menace, ils peuvent s élancé hors de l’eau, avec une promptitude extraordinaire.
La queue du saumon est, en effet, une véritable rame mue par des muscles puissants. Une clmte d'eau, une cataracte e'evee n’est pas pour le saumon un obstacle serieux. Courbât * ■ colonne vertébrale, il forme ainsi une sorte de resso , débande cet arc avec vivacité, frappe l'eau avec violence, e s'élançant à une hauteur de plus de quatre a cinq franchit la chute d'eau. S'il retombe sans avoir pu franchir l'obstacle, il recommence bientôt la même manœuvre, jusqu a ce ciu’il ait réussi. C’est surtout lorsque le chef de la bai lll avec succès, que les autres s'élancent avec une nouvelle ardeur, et une émulation presque toujouis
^Quelques chutes d’eau sont célèbres dans la Grande-Breta»ne pour le saut du Saumon. Tel est celui du comte de Peu îmoke, où l'on vient admirer la force et l'adresse avec les-
quelles ces poissons franchissent la cataracte. En Irlande sont deux autres sauts de Saumon très-renommés, l’un à Leixlif, l’autre à Bally-Shannon.
La cataracte de Leixlif a six mètres de haut ; un grand nombre d’habitants du pays s’y rendent pour voir les saumons franchir cette hauteur. Nos poissons acrobates retombent souvent avant de réussir; aussi place-t-on sur les bords du torrent des mannes d’osier pour les attraper dans leur chute.
A la cataracte de Kilmorack, en Écosse, les habitants du voisinage ont l’habitude de fixer des branches d’arbres sur les bords des rochers. Au moyen de ces branches, ils parviennent à retenir ceux de ces poissons qui ont manqué leur saut.
Après ce que l’on vient de lirç, on ne sera nullement porté à considérer comme une fable l’assertion des chasseurs qui prétendent avoir tué des saumons au vol !
Mais ce qui paraîtra une fable, ou du moins une spirituelle gasconnade, c’est l’exploit que le docteur Jonathan Franklin attribue à lord Lovât1.
ng od. L,e saut au saumon a la cataracte
Ayant remarqué qu’un grand ~ de Kilmorack” nombre de saumons manquaient leur but en essayant de sauter au-dessus des chutes de Kilmorack, et qu’ils retombaient sur le rivage, lord Lovât eut l’idée de placer une poêle à frire sur un fourneau allumé à la pointe des rochers qui bordaient la rivière. A la suite de leur essai infructueux, quelques malheureux saumons tombèrent, par hasard, dans la poêle, et e lord put dire, pour vanter son pays, que les ressources de la vie y sont tellement abondantes, qu’il suffit de faire du feu et de mettre une poêle à frire près du bord d’une rivière, pour
1. la Vie des animaux ( Poissons , Mollusques) , in-18 , page 127.
que les saumons y sautent d’eux-mêmes , épargnant ainsi a
l’homme le soin de les pêcher !
On a vu combien les jeunes saumons prospèrent et se développent rapidement, quand ils vivent au sein de la mer. On n’a pu faire jusqu’ici que des conjectures sur leur genre d’alimentation à cette époque; mais on est plus instruit de leur maniéré de vivre dans les eaux douces. Pendant leur premier âge, us vivent d’insectes, de frai, et aussi de petits poissons, des qu’ils ont atteint une certaine taille. A l’état de grilse et à l’état adulte,
ils dévorent une foule de poissons.
Les saumons sont assez abondants dans la Loire et dans es grands affluents de ce fleuve, et beaucoup plus rares dans la Seine et la Marne. Ils entrent aussi dans le Rhin, dans 1 Elbe, et dans tous les grands fleuves du nord de l’Europe. En France, on en trouvait autrefois beaucoup dans les fleuves et les cotes de la Bretagne, ainsi que dans la Gironde ; ils y sont maintenant assez rares. Les côtes de la Picardie en sont assez bien fournies; mais il y en a moins sur celles de la haute et de la basse Normandie En Norwége, surtout dans le district de Drontheim, la peche du saumon est exploitée en grand, soit sur le bord de la mer, soit dans les eaux intérieures. La mer Baltique est extrememen riche en saumons; on en fait une pêche considérable dans toutes les eaux du golfe de Finlande et de Bothnie, ainsi que dans les
eaux de la Laponie suédoise. ,
Dans la Grande-Bretagne, les rivières de l’Ecosse, la Tweed le Tay, le Don, le Dee et plusieurs des courants qui avoisinen les côtes, sont très-renommés pour cette pêche, et il faut en dire autant des principaux fleuves d Irlande. .
Le saumon était autrefois si abondant en Écosse, que, maigre un mouvement considérable d’exportation, un beau saumon de douze livres se vendait six pence (soixante centimes). Aussi les valets de ferme, avant de s’engager, posaient-ils pour condition qu’on ne servirait pas plus de trois lois pai s®mdl” du saumon sur leur table. Ces temps sont changés. Le c e iouc de ce poisson étant devenu considérable, son prix s es ee singulièrement. D’autre part, les changements produits dans e cours d’eaux, par l’emploi général du drainage, ont 1111 P' diminuer le nombre des saumons. La facilité de tianspoi poisson à de grandes distances, en le plaçant dans c es cai
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pleines de glace, a également contribué à fournir à l’approvisionnement des marchés dans les grands centres de population.
Les procédés de pêche pour le saumon sont très-divers. On emploie des filets, des nasses, des hameçons, des tridents, et surtout le filet, c’est-à-dire le truble ou tramail.
Le tramail que l’on tend en travers d’une rivière est un filet fait avec de grosses ficelles, et qui a jusqu'à cent brasses de longueur sur quatre de hauteur. Les mailles ont communément quatre à cinq pouces
de largeur. 64- Le tr£maii.
5 Un tramaü (fig. 64) se compose de trois tissus de mailles tressées d’une certaine manière et qui se font suite. Les deux premiers, nommés hameaux , sont semblables pour les dimensions, et ont de larges mailles. Le troisième, qu’on nomme nappe ou flue, parce qu’il est destiné à flotter entre les deux autres, offre des mailles plus fines et a trois fois autant de longueur et de largeur que les autres. Grâce à des plombs et à des bouées de liège, ce filet prend dans l’eau une position verticale. Le poisson, poussé, refoulé par le filet, ou plutôt la cloison mobile que nous avons décrite plus haut (fig. 57) sous le nom de senne, et qui, traînée par des pêcheurs, balaye devant elle les habitants de la rivière s’engage dans les larges mailles des hameaux; il pousse le tissu flottant de la fine, et fait saillir au dehors d’une des mailles du hameau place en aval une portion de la fine, qui se trouve ainsi aire hernie et qui, retenue à sa base par la maille du hameau enveloppe le poisson comme dans un sac, et paralyse ses mouvements Quand on retire le filet, on trouve le poisson empêtré
dans cette espèce de sac.
dupes. — Cette famille a pour type le hareng.
Les Clupes ont en général le corps allongé, et, dans la majodfS cas’ très-comprimé, surtout le ventre, qui devient
facTementChant ““ éCaiIIeS Srandes’ mais rlui tombent m- , 1 C0"Vrent tm,te la P*»»- Le» nageoires n'ont jalayons épineux; les ventrales sont habituellement à
peu près sous le milieu du corps, la dorsale est toujours unique et il n’y a pas de nageoire adipeuse.
Les principaux genres de cette famille sont les Harengs , les Aloses , les Anchois et les Sardines.
Le Hareng commun est un poisson trop connu, pour que nous ayons besoin de le décrire. Sa livrée est magnifique, et il nous suffira de faire remarquer que son dos, qui est bleu d’indigo après la mort, est vert pendant la vie. Au reste ces couleurs varient. Elles peuvent aller jusqu’à représenter des sortes de caractères d’écriture, que des pêcheurs ignorants ont considérés quelquefois comme des mots mystérieux.
Le 21 novembre 1587, on prit dans la mer de Norwége deux harengs, sur le corps desquels des caractères gothiques semblaient imprimés. Ces harengs eurent l’insigne honneur d être présentés au roi de Norwége Frédérick IL Ce prince, trop superstitieux, pâlit à la vue de ce prétendu prodige. Sur les traits cabalistiques que portait le dos de ces innocents habitants des ondes, il crut lire l’annonce de sa mort et de celle de la reine. Les savants furent consultés , c’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Leur science leur permit de lire distinctement, sur les miraculeux harengs : « Bientôt vous ne pêcherez pas de harengs aussi bien que les autres peuples. » Cette version était un peu insignifiante; le roi fit donc assembler d’autres savants, pour savoir bien au juste quelle destinée lui annonçait le prodige zoologique. On échangea sur ce chapitre force dissertations, pleines de croyances absurdes. En 1588, le roi de Norwege mourut, comme pour terminer le différend. Chacun demeura dès lors bien convaincu que les deux harengs étaient des messagers célestes, chargés d’annoncer au peuple de Norwege la fin prochaine du monarque.
Mais laissons de côté ces preuves mémorables de 1 ignorance et de la faiblesse des peuples et des rois; revenons a nos
Ces poissons habitent en grande abondance l'Océan boréal tout entier, c'est-à-dire les baies du Groenland, de ‘Irlande, contour des îles de la Laponie, des îles Feroe et toutes côtes des lies Britanniques. Ils peuplent les golfes de la Nor Wég de la Suède, du Danemark et de la mer du Nord; Us ex, s-
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tent aussi dans le Baltique, dans le Zuyderzée. On les trouve dans la Manche, et le long des côtes de France jusqu’à la Loire; mais ils ne paraissent pas descendre plus bas.
Les harengs sont des poissons voyageurs, qui vivent en société, et se réunissent en bandes prodigieusement serrées. Quant à leur nombre, ce n’est pas par milliers qu’il faudrait les compter, si l’on pouvait se flatter de les compter : il faudrait des milliards de milliards pour chiffrer les quantités d’individus qui composent les bandes de harengs dont l’Océan est rempli et qui nagent côte à côte. Un pêcheur de Dieppe se trouvant par vingt
kilomètres nord-ouest de la pointe d’Ailly, sur un fond de pêche appelé la cuvée , fut porté un jour au milieu d’un banc de harengs. Ils étaient formés en colonnes régulières parallèles, sur une étendue de plus d’un kilomètre. Ces colonnes peuvent avoir, dit-on, jusqu’à trente kilomètres de longueur sur cinq ou six de largeur.
En 1773, les harengs furent si abondants pendant deux mois, sur les rives maritimes d’Ecosse, que, suivant des calculs assez exacts, on en chargeait dans le golfe Terridon seize cent cinquante chaloupes, ce qui faisait près de vingt mille tonnes!.... et cela loules les nuits!
En peu plus tard, ces poissons se portèrent en si grande
quantité sur la côte occidentale de 1 île de Skyc, qu on ne put emporter tous ceux qu’on y avait pris. Quand les chaloupes furent chargées et que tout le voisinage en eut fait sa provision, les fermiers des environs firent du reste de 1 engrais pour leurs champs. Je vous laisse à penser si les terres furent cette
année merveilleusement fumées !
En 1825, les harengs entrèrent dans le golfe Urn, en quantité si immense, qu’ils le remplirent depuis son embouchure .jusqu’à l’autre extrémité, ce qui forme l’espace de plus d’une demi- lieue. Une certaine quantité fut poussée à terre, et les bords supérieurs du golfe en furent couverts à une profondeur de six à dix-huit pouces ; si bien qu’à la marée basse il y en avait autant au fond de l’eau. Cette troupe était tellement épaisse qu’elle formait une espèce de barrage vivant, et tellement forte qu’elle poussait devant elle tous les autres poissons. On trouva, en effet, sur le rivage, des loches, des carrelets, des raies, etc., qui avaient été poussés avec les premiers rangs de harengs, et qui périrent avec eux.
Les harengs se tiennent dans la mer, à des profondeuis tiesvariables. Ils descendent quelquefois dans les plus profonds abîmes de l’Océan, et s’y confinent avec obstination : c’est ce qui arrive par les gros temps. D’autres fois, ils rasent de si près la surface de la mer, que leurs nageoires dorsale et caudale sortent
de l’eau. , . ,
C’est un des plus beaux spectacles réservés aux marins que d
voir dans une nuit tranquille, quand la lune brille à l’horizon, des colonnes de harengs, de cinq à six kilomètres de long, s avancer, comme une phalange guerrière , à la surface des eaux. Ici brillent et se déroulent des tapis d’argent; la, les reflets irises du saphir ou de l’émeraude, et la mer semble partout couverte de pierres précieuses. Les scintillations phosphorescentes qui s’échappent de cette nuée de corps vivants, viennent
ajouter encore à l’éclat et à la beauté du tableau
Quand les harengs se tiennent à la surface de la mer, il dressent parfois leur tête hors de l’eau, comme pour humecte ^ pair • assez souvent même ils tombent, pour replonger au meme instant. C’est ainsi qu’ils sautent quelquefois dans la baïqu des pécheurs. Lorsque des millions d’individus font ce petit manège, on entend un bruit pareil a celui que pioduil h 1
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tombant en larges gouttes. On attribue ces mouvements brusques en pleine mer, à l’effet des courants.
Ces lits de matière vivante s’avancent parfois avec une telle impétuosité, qu’ils fendent les flots comme un navire voguant à pleines voiles. Ils perdent cette vivacité à la venue de l’hiver. Cependant ils supportent bien le froid, puisqu’on les trouve jusque sous les bancs de glace des golfes de l’océan Arctique, et qu’en général ils apparaissent en troupes sur les côtes d’Irlande immédiatement après le dégel.
Cette prodigieuse abondance, cette fécondité admirable et inépuisable, s’expliquent par les raisons suivantes. Il y a d’abord beaucoup plus de femelles que de mâles (dans le rapport de sept à trois); ensuite le nombre des œufs que chaque femelle pond annuellement, est prodigieux : il varie entre vingt et un mille et trente-six mille. Lorsqu’une bande de harengs s’approche de la côte pour frayer, elle abandonne une telle quantité d’œufs, qu’à la marée basse ou sur les talus des digues, on voit quelquefois le fond tout couvert d’un lit d’œufs de deux à quatre centimètres d’épaisseur. Dans les mouvements qu’elles font pour expulser les œufs, les femelles perdent une partie de leuis écailles sous-ventrales, qui couvrent quelquefois la surface de la mer comme d’un immense manteau d’argent.
On ne sait combien de jours les œufs mettent à éclore. Vers la fin de janvier, habituellement, les bas-fonds sont remplis de petits harengs, longs comme des épingles. Vers le mois d’avril, ils ont déjà de dix à douze centimètres, et commencent à s’éloigner des côtes.
L opinion qui a régné longtemps sur la cause des migrations des harengs, a été beaucoup modifiée de nos jours. On croyait autrefois que les harengs se retiraient périodiquement dans les régions du cercle polaire ; qu’ils allaient chercher sous les glaces des régions arctiques un asile contre leurs ennemis ; et que, vers le mois de mars, ils venaient, par bancs immenses’ chercher les rivages plus méridionaux de l’Europe et de l’Aménque. On a même tracé la route de ces armées. On a cru les voir se diviser en deux troupes : l’une se pressant autour des cotes de l’Islande et se répandant au-dessus du banc de Terre- Neuve, allait remplir les golfes et les baies du continent américain; 1 autre, suivant des directions orientales, descendait
le long de la Norvège, pénétrait dans la mer Baltique. Là, faisant le tour des Orcades, elle s’avançait entre l’Écosse et l’Irlande, cinglait vers le midi de cette dernière île, s’étendait à l’orient de la Grande-Bretagne, parvenait jusque vers l’Espagne, et occupait tous les rivages de la France, de la Batavie et de l’Allemagne qu’arrose l’Océan. Les harengs voyageurs revenaient alors sur leur route, disparaissaient et allaient regagner leurs retraites boréales.
Lacépède n’admet point ces grands et périodiques voyages. Valenciennes les rejette également. Ce fait, que les harengs disparaissent de certains parages où la pêche était auparavant trèsabondante ; — cette observation , certaine , qu’auprès de beaucoup des prétendues stations de ces animaux, on en peut pêcher pendant toute l’année; — la découverte que les harengs d’Amérique constituent une espèce distincte de celle d’Europe, et partant, qu’ils ne naissent pas dans les mêmes eaux; — enfin, l’absence de preuve positive de leurs voyages réguliers dans les hautes latitudes , — tout cela combat l’idée des grands voyages dont nous avons développé plus haut l’itinéraire, sans pouvoir cependant enlever au hareng la qualité de poisson migrateur, qui ne saurait lui être contestée.
Le hareng se nourrit de petits crustacés, de poissons qui viennent de naître, etdu frai même de ses semblables. Il a pour ennemis de nombreux habitants de l’Océan. La baleine les détruit par milliers. Mais l’homme surtout lui fait une guerre continuelle.
En effet, la pêche du hareng est une des grandes causes de la prospérité de certaines nations : elle fait la fortune de la Hollande. La soie, le café, le thé, les épices, le tabac, qui sont la cause d’un si prodigieux mouvement commercial, ne s’adressent qu’à des besoins du luxe ou de la fantaisie; ce sont, au contraire, les nécessités de l’alimentation publique qui réclament le hareng. La Hollande aurait langui et aurait disparu promptement de son territoire factice, si la mer n’eùt offert à son commerce une mine inépuisable. Ces champs infinis, elle les a exploités avec ardeur, et c’est ainsi qu’elle a conquis son existence. Chaque année, des flottes nombreuses partent des rivages de la Hollande, pour cette précieuse moisson marine. La pêche du hareng est, pour le peuple hollandais, la plus impor-
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tante des expéditions maritimes. Il la nomme la grande pêche tandis qu il appelle petite peche celle de la baleine. Les pêcheries de harengs sont les mines d’or de la Hollande.
Le commerce du hareng est fort ancien d’ailleurs. On le trouve déjà florissant au douzième siècle; car en 1195, suivant un historien, la ville de Dunwich, en Angleterre (comté de Suffolk), fut obligée de fournirai! roi vingt-quatre mille harengs. On a même trouvé une mention de la pêche du hareng dans une chronique du monastère d’Eresham, en l’an 709.
A ers l’an 1030, les Français envoyèrent de Dieppe, pour cette pêche , des vaisseaux dans la mer du Nord. C’est au douzième siècle qu’elle commença en Hollande, et dès le treizième siècle, les Hollandais consacraient déjà 2000 bâtiments à cette exploitation. Les Anglais, les Français, les Danois, les Suédois et les Norwegiens,se livrèrent, après eux, à cette industrie.
Les Français, les Danois et les Suédois, ne fournissent guère ;|Ujouixl hui qu’à la consommation de leur pays; le monopole
de expédition au dehors appartient aux Anglais, aux Hollandais et aux Norwégiens.
dix tonnes ; dont gvZt Znt mZès llZlThlmmTsT
revenu est d environ 17 500 000 francs Fn ir-t* • -, Sommes. Le
appartenant au même propriétaire apnortèrem I’ C6S navires>
soixante-deux mille poissons. ’ PP 1 tr°1S milIl0ns sePt cent Depuis le commencement de ce siède iPQ *
commencé de rivaliser de cèle avec ceux' de lÆ £ rnT °f
emp,oïaient déji 40633
Pal ? S’é'eraiti
trente-sept mille marins. Trois ans rilos tard” nn' ^ m‘lle bateaui et vinces-Unies envoyaient trois mûl" b r, J “à°ia mer™5 *" ta Pr°navires transportaient les harengs dans le, a ’ qUe neuf milIe
“ ce précieux poisson
sar ïwsswsrs^gs
cent quarante ton^ S d'eux lent trenle. Cette
VSSSSSSS^^^ francs, soif W «. francs par navire '. »
la nêche norvégienne a donné en 1862, dans la saison dite du printemps, 659 000 tonnes de harengs, c’est-a-dire 764 44 ëc o iefdont il faut retrancher 25 >/. pour la consommatkm° intérieure ; il reste donc, comme objet de commerce ave l'étranger 494 250 tonnes ou 573 330 hectolitres, représentant sur place une valeur minimum de 8 551 675 francs, et maximum fie 11 274 600 francs.
On emploie pour la pêche du hareng des bateaux du po de soixante tonneaux. Ils partent généralement au mois & juin . • -11pt mir ies îles Orcades et Shetland. Les pécheurs eta lisë’nt ensuite dans la mer d'Allemagne -, ils travaillent dansla
«S sontcomphsésdeéi^ou s»™^^ ^
distinctes. La Jjdes^oiëpar des morceaux de liège, et leur partie
ënfériermë par 'des ' pierres ou autres corps pesants placés Ua
profondeur convenable filets est telle, que le hareng y
est retenu^par lÏ ouïes et les nageoires pectorales lorsque sa
tète s'y engage droits oüia présence des harengs
On jette ces filets dan e ^ ojseaux ^ des squales et
est indiquée par 1 abondanc présence se trahit
des, autres ennemis de ces po.ssons. etqui
également par une matière Sialsst^ u sorte que les
Tue pêche se fait surtout la nuit. Quand les filets sont à
Le Monde de la mer, V édition,
page 508.
■tig* b ci. Pèche du hareng.
POISSONS OSSEUX
l’eau, on laisse dériver les bateaux pendant la nuit. Chaque bateau est muni d’un fanal, tant pour éviter les collisions que pour attirer le poisson. Quand plusieurs milliers de bateaux sillonnent à la fois la mer, toutes ces lumières qui se meuvent et s’entre-croisent dans l’ombre, à la surface agitée par les vagues, sont d’un effet saisissant.
Quand on juge que le filet est suffisamment chargé, ce qui a lieu dans des espaces de temps très-variables et souvent trèscourts, — car Valenciennes vit prendre 110 000 harengs en moins de deux heures , — on retire les filets. On les retire à bras si les hommes sont assez forts ; mais le plus souvent on a recours au cabestan. Quelques hommes remontent le filet bien ouvert, et détachent les barils qui servent à le faire flotter; d’autres démaillent le poisson; d’autres plient le filet dans la soute où il doit être renfermé.
Il nous reste à ajouter que, de nos jours, le télégraphe électrique a été appliqué, en Norwége, à cette pêche, pour donner avis aux habitants de la côte de la prochaine arrivée de bandes de harengs. Ainsi d’humbles pêcheurs sont appelés à tirer un avantage direct de cette merveilleuse invention moderne, et c’est certainement pour la première fois que l’on a songé à faciliter les opérations de la pêche par l’application de l’électricité.
Dans les fiords de la Norwége, où la pêche du hareng est le principal moyen d’existence de populations entières, il arrive souvent que les bandes de poissons se présentent à un moment tout a fait inattendu, et dans des points de la côte où il ne se rencontre pas quelquefois plus d’un ou deux bateaux pêcheurs.
- van que es bateaux des baies et des fiords environnants aient [m etre appelés à prendre part au butin, les harengs ont déjà presque tous déposé leur frai et regagné la pleine mer.
Pour prévenir ces désappointements, souvent répétés, et les pertes qui en résultent pour les pêcheurs, le gouvernement norwegien a établi, en 1357, sur une étendue de 200 kilomètres long de la cote fréquentée par les bancs de harengs, un câble
J—’ T'' dGS Stati°nS à teiTe’ placées à des intervalles hj, . ‘ amnilent approches et communiquant avec les villages ha-
: flles pefclfleurs- Dès î“’un de harengs est aperçu au
,nr 1 n n T”8 le reconraî1™ dune certaine distance I flot qu ,1 soulève), une dépêche télégraphique, expédiée
le long de la côte, fait savoir à chaque village, la baie dans laquelle le hareng a pénétré.
La pêche du hareng n’a pas toujours présenté l’importance extraordinaire qui la distingue aujourd’hui. Il y a quelques siècles seulement que cette industrie est devenue puissante.
Sa subite et prodigieuse extension tient à la découverte que fit un simple pêcheur hollandais, Georges Beukel, mort en 1397.
G’ est à cet homme que la Hollande a dû toutes ses richesses. Georges Beukel découvrit, en effet, l’art de préparer le hareng, de manière à lui assurer une conservation indéfinie. A partir de ce moment, le commerce du hareng prit des proportions inattendues, et enrichit la Hollande d’une manière inespérée.
Cent cinquante ans après la mort de Beukel, 1 empereui Charles Y, pour honorer sa mémoire, mangea solennellement un hareng sur sa tombe. C’était un faible hommage pour les bienfaits dont le créateur d’une industrie nouvelle avait enrichi
son pays. - .
Voici en quoi consiste la préparation des harengs. On lait
une première salaison des harengs à bord des navires; plus tard on les remanie et on les sale de nouveau. C’est alors qu on les caque, c’est-à-dire qu’on les arrange par lits, dans des tonneaux.
On appelle harengs saurs , ceux qui ont été placés sur des couches de sel, embrochés dans des baguettes et suspendus dans des tuyaux de cheminée, dans lesquels on les soumet à une chaleur douce et à la fumée. Les harengs saurs les meilleurs et les
plus renommés sont ceux de Yarm outil.
Les différentes localités dans lesquelles on pêche le hareng, et l’état dans lequel on prend ce poisson, ont fait beaucoup varier les noms sous lesquels on le désigne dans le commeice. On nomme harengs pleins, ceux qui n’ont pas encore fraye , harengs gais, ceux qui ont donné leurs œufs ou leur a tance depuis longtemps ; harengs boussards, ceux qui son . frayer- harengs pccs, les harengs salés et blancs, caques, c e dire vides et conservés dans les barils ou «**. Ces derniers produits viennenten général des grandes pèches qui se font dai . les mers du Nord, jusque vers les Orcades.
Les Aloses, qui ont le corps un peu plus haut que celui des harengs, s'en distinguent encore par la disposition des den •
POISSONS OSSEUX
On en connaît plus de vingt espèces, de taille grande ou petite, qui habitent les mers des côtes d’Europe, d’Afrique, de l’Inde, de l’Amérique. Leur type est Y Alose commune, qui vit dans toutes les mers des côtes de l’Europe. Elle est d’une teinte généralement argentée, avec le dos verdâtre, et une ou deux taches noires en arrière des ouïes.
L’alose aime à se rapprocher des rivages, et remonte, habituellement, au printemps, le cours des grands fleuves, où elle va frayer, tels que le Rhin, la Seine, la Garonne, le Volga, l’Elbe, le Tibre, etc. Elle atteint une assez forte taille, et un poids de
Fig. 67. Alose.
deux a trois kilogrammes. Les aloses prises dans la mer sont moins bonnes que celles que l'on pêche dans les eaux douces Les habitudes de ce poisson sont encore presque ignorées.
Une petite espèce de hareng bien connue, c’est la Sardine. Elle habite surtout nos mers européennes. On la pêche principalement sur la cote ouest de l’Angleterre, sur les côtes de Bretagne, ou elle est très-abondante, et dans la Méditerranée aux environs de la Sardaigne. C’est même de cette origine
Tarfeona)^11 ^ ^ ^ mot latin Sardinia ou de l’italien
A 1 époque du frai, les sardines s’avancent vers les rivages,
en troupes si nombreuses, qu’on les pêche avec une abondance
extraordinaire, dans la Méditerranée.
On emploie pour pêcher la sardine un filet à petites mailles, et d’une seule nappe, qui flotte verticalement entre deux eaux, en décrivant des courbes, à une certaine distance du rivage. Une des extrémités du filet est attachée à un piquet planté près du bord, l’autre est fixée au bateau, qui va en dérive.
En Bretagne on emploie aussi, pour cette pêche, des filets
flottants.
Les Anglais se servent d’une grande senne, que trois ou quatre chaloupes manœuvrent contre le courant.
Fig. 68. Sardine.
Les Basques emploient un filet, en forme de sac, avec des
anneaux de corne. ,. , i „
Sur les côtes de la Bretagne, on peche la sardine dans barques contenant chacune cinq hommes. On voit quelquefois mille embarcations qui pèchent à la fois, a trois ou quatre lieues de la côte. On ne retire les filets que lorsqu, chargés d’une énorme quantité de poissons, que Ion d spose couche par couche, dans des corbeilles d’osier. Chaque lia, qi rentre habituellement au port avec 25000 sardines. Cet ^tepeche qui dure cinq ou six mois, produit 600 millions de sardines.
Mais la pêche aux sardines la plus curieuse es ce e ’J"' fait entre Cette et Agde (Hérault). Les pêcheurs jettent de lar d’immenses filets, qu’ils viennent tirer sur la grève, chargés
d’une innombrable quantité de poissons. ^
On conserve les sardines de plusieurs maniérés. On les sa e.
on les met en baril dans de la saumure mêlée d’ocre rouge pulvérisée; on les soumet, comme les harengs, à l’action de la fumée, pour les saurir ; enfin on les maintient dans de l’huile ou dans du beurre fondu.
Le genre Anchois comprend V Anchois vulgaire , si recherché par la saveur qu’il communique à nos divers aliments quand il a été salé. C est un petit poisson qui n’a pas plus de douze à quinze centimètres de longueur. Vivant, il est vert sur le dos et argenté sous le ventre ; après la mort, il devient d’un bleu noirâtre.
La pèche de 1 anchois, qui donne de très-abondants produits, se fait sur les côtes de la Méditerranée , principalement en Sicile, à l’ile d’Elbe, en Corse, à Antibes, Préjus, Saint-Tropez, Cannes, etc. On en prend aussi beaucoup sur les côtes de la Dalmatie et dans les environs de Raguse.
Les anchois ne servent à l’alimentation qu’après avoir été conservés par la salaison. Pour les saler, on commence par
Fig. 69. Anchois.
les jeter dans une forte saumure; puis on leur ôte la tête et les entrailles, on les range dans des barils ou dans des boîtes de fer blanc, en lits alternatifs de sel et de poissons; enfin au bout de quelques jours on ferme les vases et on les expédie.
Les anchois préparés .sur les côtes de Provence étaient autrefois portés à la foire de Beaucaire, d’où ils se répandaient dans 1 intérieur de la France et dans le reste de l’Europe \ujourd’hui, les saleurs d’anchois de Marseille et des autres ports provençaux, expédient directement leurs produits dans les divers marchés de l’Europe.
^r;-Nousrf dam cette famille, lec Brochet,, les Slomias et les Exocets .
Le genre Brocha a pour caractères principaux, d'après
verf d- nhar, : lm C°rpS all0ngé’ arrondi le dos, couecailles de moyenne dimension ; une tête large et aplatie ■
«ne bouche très-largement fendue, avec le palafs hérissé jè
dents très-nombreuses; une mâchoire inférieure gai nie de très-grosses dents espacées ; une nageoire dorsale située fort
en arrière.
Ce genre n’est représenté en Europe que par une seule espèce, le Brochet cowimun.
Ce poisson a le corps long, presque aussi élevé près de a nageoire caudale, que vers la partie intérieure. Sa tête, fortement aplatie, s’allonge, en un large museau qui a la forme d une spatule. Sa gueule énorme est fendue jusqu’aux yeux, . a ma-
tig. 70. Brochet.
choire inférieure est plus longue que la s“Peu«u '
formidable arsenal que la gueule du brochet, e
dents, entremêlées des petites, arment les os mtermaxilla r
le palais ; des dents en brosse ou en carde her issen
et la langue; de grands crocs coniques, inégaux et recourbe
en arriére, se dressent sur la mâchoire inférieure.
Les écailles de l'animal sont petites et en grande partie e veloppées par la peau. Il est d'un vert grisâtre, avec le
POISSONS OSSEUX
plus foncé, les côtés jaunâtres, le ventre blanchâtre, pointillé de noir. Les côtés sont, en outre, marqués de bandes transversales irrégulières et d’un vert olive.
Le brochet se trouve dans les étangs, les fleuves, les rivières, les lacs. Abondant particulièrement dans la Scandinavie , la Russie, la Sibérie, il est commun dans l’Europe centrale, et se trouve moins fréquemment dans l’Europe méridionale.
Le brochet est le requin des eaux douces. Non-seulement il dévore un grand nombre de poissons fluviatiles, mais encore il attaque ceux de son espèce, et détruit jusqu’à des petits mammifères, des oiseaux aquatiques et des reptiles.
Boulker rapporte, dans son Art dépêcher à l'hameçon , que son père ayant pris un brochet de trente-cinq livres, le donna au lord Cholmondeley. Fâcheux présent, car lord Cholmondeley, ayant fait mettre le brochet dans son vivier, qui était trèspoissonneux, s’aperçut, au bout d’une année, qu’il avait dévoré tous les poissons. Il ne restait qu’une carpe de neuf à dix livres, qui même avait été mordue gravement.
On a souvent vu un brochet saisir et traîner sous l’eau des canards et d’autres oiseaux aquatiques.
Des chasseurs qui venaient de tirer des corneilles, et qui les avaient jetées dans l’eau, virent un brochet s’en saisir en leur
presence.
On a vu un brochet s’étrangler pour avoir voulu avaler un poisson de son espèce, qui était trop gros pour une seule goulée.
Un autre, enfermé dans le canal de lord Gro wer, à Trenton, saisit la tete d’un cygne, au moment où cet oiseau la plongeait cans 1 eau, pour chercher sa nourriture. Il serrait si fortement e cou de 1 oiseau, qu’il voulait absolument avaler, que l’un et I autre moururent de leurs blessures et de leurs efforts.
Walton rapporte qu’un de ses amis vit un jour un brochet aüame se battre contre une loutre. La loutre avait happé une carpe et se disposait à s’en régaler, lorsqu’un brochet qui la convoitait et se tenait aux aguets dans les environs, furieux de voir sa proie ravie par un autre habitant du domaine aquaique, s élança au nez de la loutre, et voulut lui arracher sa ime. De la bataille. Mais le brochet ne se retira pas avec honneur de ce combat, vraiment singulier!
Si goulu qu’il soit, le brochet a pourtant des préférences et
des antipathies, nées de l’expérience ou de l’instinct. U recule avec une sorte de dégoût devant la tanche visqueuse. 11 ne prend une perche qu’à la dernière extrémité. Encore la tient-il transversalement dans ses mâchoires, tant qu’elle a le moindre souffle de vie. Il extrait ensuite avec soin les épines vulnérantes que la perche porte sur son dos, et la mange, toutefois avec répugnance et seulement poussé par la faim.
Il déteste plus encore les épinoches que la perche, car, jeune, il a pu faire l’expérience des maux qu’elles peuvent lui causer. Lorsqu’un brochet, jeune et inexpérimenté, s’avance, la gueule ouverte, sur de frétillantes épinoches, celles-ci, comprenant le danger qui les menace, se préparent, sinon à une défense impossible, du moins à la vengeance. Elles hérissent les petites lancettes dont leur dos est armé , et plantent la pointe de ces lancettes dans le gosier de l’agresseur , ce qui lui occasionne des maladies terribles.
L’homme redoute, avec raison, les atteintes de ce féroce habitant des eaux douces. On a signalé plusieurs exemples de blessures graves faites par un brochet aux mains et aux jambes de personnes occupées à marcher dans l’eau, ou à lessiver du linge.
Le nombre de ses armes, la force de ses muscles et sa grande taille, rendent donc ce poisson très-redoutable.
On pèche fréquemment des brochets du poids de trente livres, et quelquefois du poids de quarante à cinquante livres. On en pêche souvent dans les eaux de la Norwége, de la Suède, de la Sibérie, qui ont un mètre et demi de longueur.
On attribue à ce poisson une extrême longévité; mais aucune certitude n’existe à cet égard. Le célèbre naturaliste du seizième siècle, Conrad Gesner, dans son Histoire des animaux , parle d’un brochet du lac de Kayserweg, qui comptait deux cent soixante sept printemps. On avait pu, dit Gesner, calculer cet âge par l’anneau que portait l’animal, où se trouvait gravée une inscription, en langue grecque, dont le sens était : Je suis le poisson qui, le premier , a élè mis dans ce lac, par les mains du maître de l'univers Frédéric //, le 5 octobre 1230. M. E. Blanchard semble très-incrédule à l’endroit de cette histoire.
La croissance du brochet est rapide ; elle est en rapport avec l’abondance de sa nourriture. On estime que ce poisson consomme, en une semaine, deux fois son propre poids d’aliments.
POISSONS OSSEUX
Fait remarquable! Ce bandit des eaux douces paraît donner, plus que tous les autres poissons, des signes d’intelligence, et même de sentiment. L’anecdote suivante est rapportée dans un mémoire lu en 1850, par le docteur Warwick, devant la Société littéraire et philosophique de Liverpool.
* Quand je demeurais à Durham, je me promenais un soir dans le parc qui appartient au comte de Stamenford, et j’arrivai sur le bord d’un étang, où l’on mettait pour quelque temps les poissons destinés à la table. Mon attention se porta sur un beau brochet d’environ six livres ; mais voyant que je l’observais, il se précipita comme un trait au milieu des eaux.
a Dans sa fuite il se frappa la tête contre le crochet d’un poteau. J’ai su plus tard qu’il s’était fracturé le crâne et blessé d’un côté le nerf optique. L’animal donna les signes d’une effroyable douleur; il s’élança au fond de 1 eau, et, enfonçant sa tête dans la vase, tournoya avec tant de célérité que je le perdis presque de vue pendant un moment; puis il plongea çà et là dans l’étang, et enfin se jeta tout à fait hors de l’eau sur le bord. Je l’examinai et reconnus qu’une très-petite partie du cerveau sortait de la fracture sur le crâne.
« Je replaçai soigneusement le cerveau lésé, et avec un petit curedent d’argent je relevai les parties dentelées du crâne. Le poisson demeura tranquille pendant l’opération, puis il se replongea d’un saut dans 1 étang; mais, au bout de quelques minutes, il s’élança de nouveau et plongea ça et là jusqu’à ce qu’il se jeta encore hors de l’eau. Il continua ainsi plusieurs fois de suite. J’appelai le garde, et, avec son assistance,
J appliquai un bandage sur la fracture du poisson; cela fait, nous le rejetâmes dans 1 étang et l'abandonnâmes à son sort.
« Le lendemain matin, dès que je parus sur le bord de la pièce d’eau le brochet vint a moi, tout près de la berge, et posa sa tête sur mes pieds Je trouvai le fait extraordinaire; mais sans m’y arrêter j’examinai le crâne du poisson et reconnus qu’il allait bien. Je me promenai alors le long de la piece d’eau pendant quelque temps. Le pofsson ne cessa de naDer en suivant mes pas, tournant quand je tournais; mais, comme il était borgne du cote qui avait été blessé, il parut toujours agité quand
]Sa°d,WVaiS/ 56 tr°UVait 6n faCe de la rive sur ]a(îueIle Je changeais la direction de mes mouvements. J
« Le lendemain j’amenai quelques jeunes amis pour voir ce poisson - le brochet nagea vers moi comme à l’ordinaire. Peu à peu il devim si docile qu il arrivait des que je sifflais, et mangeait dans ma main. Avec les autres
ü resia aussi ombrageux et aussi
Ce récita été plusieurs fois reproduit; nous en laissons pourtant l entière responsabilité au docteur Warvick.
La chair des brochets est assez agréable au goût. On la sale dans beaucoup d endroits, après les avoir vidés, nettoyés et coupés par morceaux. Sur les bords du Jaïk et du Volga, en Russie
on les sèche ou on les fume," après les avoir laissés pendant trois jours entourés de saumure. Dans certaines contrées, particulièrement en Russie et en Allemagne, on fait du caviar avec
leurs œufs. ,
On emploie pour pêcher le brochet, le trident, la ligne, la
truble la louve, la nasse et Yèpermer. Nous avons parlé précédemment de la structure des principaux engins de peche; mais nous n’avons encore rien dit de Yépermer. Nous réparerons ici
cette omission.
L’épervier (fig. 71) est une vaste calotte de filet, de forme conique, à mailles plus ou moins larges, selon que l’on veut prendre du petit ou du gros poisson, et dont le bord extérieur, garni d un chapelet de , lingots de plomb qui fait immerger promptement l’appareil, couvre une, superficie circulaire d environ trente
Hg. 71. L’épervier, filet pour la pêche en rivière
mètres carrés. Il est destiné à se déployer, à un moment donne, sur la surface de l’eau, puis à descendre rapidement au tout , pour emprisonner les poissons qui se trouveront sous son pe
rimètre
Il faut plusieurs conditions pour bien lancer l’épervier (fig. '2 ) • il faut de l’adresse, de l’habitude et de là force.
Les Sioraias (fig. 73) sont des poissons au corps très-allonge, don on ne connaît jusqu’ici que deux espèces, l’une de la Méditerranée, l’autre de l’océan Atlantique. Le Siomias bca de la Méditerranée a le corps étroit, comprimé, couvert d’écailles petites et minces,
POISSONS OSSEUX
d’un bleu noirâtre , très-foncé sur le dos et sur le ventre, plus clair sur les flancs. La tête rappelle celle d’un serpent.
Fig. 72. Pêcheur se préparant à lancer l'épervier.
Chez Y Exocet les nageoires sont transformées en ailes, ce qui lui a fait donner le nom de poisson volant. Il peut, en effet, sélt\er pendant quelques secondes au-dessus des eaux, mais son vol n’est pas long, car il porte plutôt des parachutes que des ailes. Il saute hors de l’eau presque toujours pour se jouer, s’amuser à passer d’un élément à l’autre, mais d’autres fois pour échapper aux poissons voraces qui le poursuivent. Seulement un autre péril 1 attend ici. Dans l’air, il est victime des oiseaux carnassiers qui rasent la surface de l’Océan, et qui guettent cette P) oie ailée, sortie, pour son malheur, de son élément naturel.
L espece la plus commune de ce genre est Y Exocet volant. Sa pai ure brillante le désigne, pour ainsi dire, aux ennemis, et il
j 28 POISSONS.
est contre eux sans défense. Un éclat argentin resplendit sur toute sa surface-, le sommet de sa tête, son dos et ses cotes son
F:g. 73. Stomias.
d’un bleu d’azur ; ce bleu devient plus foncé sur sa nageoire dorsale, sur sa pectorale et sur sa queue.
Les poissons carnassiers et les oiseaux p envi, dans l’air et dans les eaux, ce
chasseurs poursuiv ent malheureux poisson .
il ne peut éviter le Charybde des eaux, sans tomber dans le Scylla des airs ! En termes moins mythologiques , il tombe des crochets du requin dans le bec de la mouette. 'Malheureux exocet ! la nature te fait cruellement expier le double privilège qu’elle t’a accordé ; elle te retire d’une main ce qu’elle te donne de l’autre !
Cyprins. — Dans cette famille rentre la foule, la tourbe de nos poissons d’eau douce.
Les caractères des Cyprins sont les suivants, d’après M. E. Blanchard. Ils ont toutes les parties de la bouche privées de dents, tandis que les os pharyngiens en sont constamment pourvus.’ Ils ont le bord de la mâchoire supérieure formé par les os intermaxillaires; une seule nageoire dorsale; les nageoires ventrales attachées en arrière des pectorales ; un corps écailleux et la membrane branchioslêge avec trois rayons aplatis.
Nous passerons en revue, dans cette famille, les Loches,
es oujons, es Barbeaux, les Tanches, les Cyprinopsis , les
nmes, les Ablettes, les Gardons, les Chevaines, les Vandoises les vairons. ’
es Loches ont le corps allongé, couvert de très-petites écailleses eues charnues, entourées de barbillons, des dents pharyngiennes nombreuses , des ouïes peu fendues. Chez ces poissons a lespnation par les branchies paraît insuffisante ; le canal intestinal do.ty suppléer. Ils viennentàla surface de beau avalêût
61 ^ “r SOrt 1“' >'«trémité du tube
cngestit, a 1 état d’acide carbonique
lietds vers et de mollusques, qu’elle attire ’àVaMe de" ses baf
est grasse comme une lofé ?dit o CyÜnM<^- ’ *Ue
certain embonpoint. Sa peau est d’Une fiUe d’un
et marbrée de taches hrnnâi • . 1 VISCllleuse, grisâtre,
six barbillons. Comme elle est "''e8’l,lllireS; sa bouche Porte
eue est vive dans ses mouvements, et
Cme sa robe est agréablement mouchetée et miroitante beaucoup d’amateurs l’élèvent clans un bocal. Ils aiment a la cou
Fig. 75. Loche franche.
monter à la surface de l’eau, quand un orage se prépare. C’est
“nSa“ch“r est d’ailleurs estimée. Dans certains pays on. engraisse les loches en les élevant dans des réservoirs, et les nourris
sant avec du sang caillé d’animaux de boucherie .
T fnche de rivière , moins commune que la precedente, ,1’une ome longue et aplatie. Ses couleurs et ses b.garrure
ï rr*
mais la chair est coriace, et désagréable a cause de ses fines
T»*. ***>. «*■ » A!r0“;“ " et en
rlii se distinguent principalement par leurs na- L.r„, dorsale et anale écourtées; par les barbillons, au
espèce, le Goujon do rivière (fig. 76).
Le goujon est assez connu pour que nous n’insistions pas sur sa description. Ce petit poisson aime particulièrement les eaux courantes , claires, peu profondes, coulant sur un fond
de sable. Il vit aussi dans les lacs et les étangs; mais il les quitte au printemps pour remonter les rivières. C’est ce qu’on voit particulièrement dans les lacs de Genève et du Bom-et près d’Aix en Savoie.
Le goujon est éminemment sociable. Il marche en troupes a toutes les époques de l'année, se nourrissant de vers et dè petits mollusques, qu’il cherche sous les graviers Use multiplie avec une facilité extrême. Aussi abonde-t-il dans certaines rivières. M. Carbonnier a calculé que trente pêcheurs a l epervier pouvaient prendre annuellement dans Seine, a Pans entre les ponts de Bercy et de Passy, environ un million d individus. Dans certaines localités de l'An-leterre on les prend en telle quantité qu’on en nourrit le°s Tou^ ceaux. Thompson rapporte que dans une chute de moulin turle Lagan, en Irlande, les goujons se trouvaient en grandes masses, que le chien du meunier en faisait chère
Est-il nécessaire d ’ i n s i << m y» onr* m . a, * , umsistei sm la passion, souvent lien pphqh
du pécheur parisien pour le goujon et sur Ja ren , e ( ’ cé poisson, a cause de sa saveur si particulière ? Cet innocent
habitant des eaux douces met une sorte d’empressement à se laisser prendre, et il induit ainsi beaucoup de bonnes gens, qui „’y auraient pas songé peut-être, à se mettre au bout d une canne à pêche, pour lui offrir un appat.
, . . „ v, lp fincteur Jonathan Franklin, ramené au bout de
“ V anealunngouion qui me sembla légèrement piqué ; je lui rendis la ma ligne un goujon qui ;e tire et e reconnais mon
liberté. Ma plume enfonc ’ leQon n’avait pu résister aux
même goujon, qui, malgi un P triais en veine de clémence :
douceurs de 1— Le ce "u^“ “J ,,eau. Environ „„